‹ L'enfant du divorceChapitre 19 sur 88 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

PLDS DE MÈRE

E marquis de Fleurance avait réfléchi à la situation.

Calme maintenant, il avait résolu froidement ce qu'il allait faire.

Par-dessus tout, il ne voulait aucun éclat, aucun scandale.

Le baron Loriol, il le provoquerait sous un prétexte quelconque pour qu'on ne soupçonnât pas la cause de ce duel.

Le divorce ! . . .

Voilà la solution qu'il avait trouvé.

Les journaux ne parlaient que de cela.

A la Chambre, la nouvelle loi qui le rétablissait était votée à une importante majorité.

Le Sénat, assurait-on, ratifierait le vote des députés.

Avant quelques semaines, la loi serait proclamée.

Oui, divorcer!... Enlever à l'épouse indigne le nom qu'elle avait déshonoré comme il enlèverait à la mère l'enfant dont elle ne méritait pas la tendresse : c'est ce que Guy de Fleurance avait résolu.

Mais tout cela, il le fallait sans bruit, sans que l'opinion publique s'en occupât, sans que son nom fût prononcé.

Avant tout, il fallait éloigner Diane, car la fillette devait ignorer ce qui se passait.

Il ne fallait pas qu'elle connût la faute de sa more.

Le marquis réfléchit à ce qu'il avait à faire et il ne tarda pas à prendre une détermination.

Il ne voulait pas s'astreindre à habiter les Migettes.

La vie de Paris l'appelait.

La passion que Marion lui avait inspirée le rappelait irrésistiblement auprès d'elle.

Cependant il sentait qu'il ne pouvait pas laisser sa fille seule en ce château, au milieu de ce domaine immense, confiée à une institutrice qu'il ne pouvait pas surveiller, à la garde de serviteurs quelques dévoués qu'il» fussent.

196 L'ENFANT DU UIVORCli:

Il ne pouvait pas non plus l'emmener avec lui à Paris dans cette maison où elle serait bien souvent seule.

Une seule solution se présentait : le couvent.

A Paris, les établissements d'éducation pour jeunes filles du plus grand monde sont nombreux.

C'est là que le marquis de Fleurance placerait Diane.

Ainsi, il l'aurait près de lui.

— Ainsi, — se disait-il avec, dans les yeux, un éclair de jalousie subitement rallumé, — elle sera séparée de sa mère!...

Elle ne la verra plus ! . . .

Pendant l'après-midi Guy se rapprocha de sa fille.

Il avait conscience de l'amour immense que l'enfant avait pour sa mère et il avait compris quelle était la profonde désolation de son âme depuis qu'elle était séparée d'elle.

Il comprenait qu'il était nécessaire, sinon d'opérer une diversion impossible sur son esprit trop profondément troublé, du moins de donner à son cœur un aliment nouveau.

Il voulait, — c'était une autre forme de sa jalousie, — augmenter pour lui la tendresse de cette enfant dont jusqu'ici, — il le reconnaissait bien, — il s'était tenu trop éloigné.

Le marquis fit avec Diane une longue promenade dans le parc admirable qui entourait le château.

Quand elle lui parlait de sa mère, ce qui était inévitable, il lui expliquait son absence en paraphrasant de différentes manières ce qu'il lui avait dit le matin.

Il cherchait à pénétrer sa pensée, car il craignait que Diane ne crût pas ce qu'il lui disait.

Il s'ingéniait de mille façons à provoquer chez elle ses élans de tendresse et il l'embrassait par moment en des baisers comme il ne lui en avait jamais donné.

Diane avait certainement pour son père une affection profonde et véritable, mais mêlée de respect, paralysée par une certaine timidité que le défaut d'accoutumance lui avait donnée, et cette affection était bien différente de celle qu'elle éprouvait pour sa mère.

L'adorable fillette avait en outre l'âme trop endolorie pour oublier dans les caresses qu'elle donnait à son père, la mère chérie à qui elle ne pouvait plus les prodiguer.

Son affection se ressentait de sa tristesse.

L'ENFAiNT DU DIVORCE 197

Le soir, après le dîner, lorsque les domestiques qui avaient fait le service se furent retirés, le marquis entama avec sa fille l'entretien auquel il s'était préparé.

Il voulait lui annoncer sa résolution.

Il avait résolu de l'exécuter au plus tôt.

— T'es-tu jamais dit, lui demanda-t-il d'une voix caressante, qu'un jour il faudrait songer sérieusement à ton instruction?

L'enfant fut surprise.

— Ici, continua le marquis, tu ne pourrais être instruite comme je le veux, comme il convient à une jeune fille de ton âge et de ta position.

Alors Diane hésitante dit :

— Petite mère m'apprend bien.

— Oui, je le sais, répondit Guy de Fleurance, mais je parle de l'instruction supérieure, dôiStelle que peuvent seulement donner les personnes qui se sont vouées à l'enseignement, qui ont l'habitude de professer. L'éducation maternelle est celle du jeune âge, celle de l'enfance, et te voilà déjà une jeune fille.

— Oh! pas encore...

— Tu le deviendras tout à fait quand tu seras en pension.

— En pension!... s'écria Diane surprise et affligée.

— Sans doute; avec des jeunes filles qui seront tes amies... Tu seras bien plus heureuse que de vivre ainsi toute seule.

— Mais... petite mère?... hasarda l'enfant en une question pleine d'angoisses.

Le marquis ne répondit pas directement.

— Toutes les petites amies que tu auras, dit-il, ont aussi des parents qui les aiment bien.

Diane n'osa plus interroger.

Quelques moments plus tard, Guy parla plus catégoriquement de son projet.

— Demain, dit-il, nous partirons pour Paris. Diane eut à cette nouvelle une joie bien vive. Elle s'écria :

— Nous irons rejoindre petite mère?

— Nanette viendra avec nous, dit le marquis sans lui répondre. / Puis il ajouta :

— Je m'occuperai do trouver la maison où tu seras élevée. Je t'y conduirai... Tu verras comme tu seras bien... Je viendrai te voir souvent. Aux vacances nous voyagerons.

La fillette n'osait plus questionner.

La joie si spontanément éveillée en elle s'était évanouie.

Elle était résignée et obéissante.

Mais quelques instants plus tard, lorsque Nanette l'eut aidée à se coucher et quand elle fut seule dans sa jolie petite chambrette aux tentures et aux rideaux bleus, son petit cœur gonflé éclata.

La pauvre Diane sentait planer un malheur au-dessus d'elle.

Il lui semblait que sa mère et elle étaient enveloppées par quelque chose de mystérieux, de menaçant, d'efl"royable.

Elle cherchait tout en pleurant à comprendre ce qui se passait et son imagination d'enfant ne parvenait pas à saisir la vérité.

Pourquoi sa mère n'était-elle pas revenue?

Pourquoi son père, puisqu'il allait l'emmener à Paris, ne lui avait-il pas répondu lorsqu'elle lui avait demandé si elle irait la rejoindre?

Pourquoi décidait-on tout à coup de la mettre en pension, lorsque sa bonne mère lui avait dit si souvent qu'elle ne se séparerait jamais d'elle?

Elle ne pouvait trouver aucune réponse à ces questions et elle continuait à pleurer en appelant sa mère, en priant pour elle, en demandant à Dieu de la lui rendre, et elle s'endormit enfin lasse, épuisée, sanglottant encore dans son sommeil agité.

Le marquis de Fleurance avait donné des ordres le soir même, lorsqu'il fut seul.

D'abord, il avait préparé une lettre pour la receveuse de la poste à qui il demandait de lui réexpédier à Paris toutes les lettres qui pourraient être adressées à la marquise ou à lui-même.

Il avait prévenu M. Dupuis que le lendemain, aussitôt après le déjeuner, il comptait repartir avec Diane et avec Nanette.

Pendant son absence, il lui laissait l'administration du château et de ses dépendances.

Puis, il avait annoncé à Clorinde, la femme de chambre de Geneviève, qu'elle cesserait son service, alléguant que la marquise, devant résider désormais à Paris, serait servie par Collette.

Il lui avait réglé les gages qui lui étaient dus augmentés d'une généreuse gratification.

Quant à Nanette, dès qu'elle eut terminé son maternel office auprès de Diane, le marquis la prévint qu'elle l'accompagnerait à Paris oiî elle continuerait à s'occuper de sa fille pendant les vacances et dans les jours de sortie.

Puis, la matinée fut toute prise par les préparatifs du départ.

La pauvre enfant, qui n'avait jamais quitté le château où elle était née, assistait, l'âme navrée, à ce spectacle nouveau pour elle.

Elle voyait s'agiter tous les serviteurs de la maison, Nanctte et Clorinde sortir tout son petit trousseau, ses robes, ses chapeaux, et les ranger dans une grande malle.

Il lui semblait que de tout ce qui l'environnait, de cette chambre où sa mère l'embrassait chaque soir et chaque matin, de ce petit salon oii elle passait auprès d'elle les longues et grises journées d'hiver, de ce donjon, de ce parc, de ces arbres, de tout partait un éternel adieu.

Sur le grand portrait de sa mère pendu dans le salon, elle voyait un air triste jusqu'à la mort, l'air de la séparation définitive.

Et cela cependant semblait impossible à Diane.

Pourquoi n'aurait-elle plus revu sa mère?

Qui l'aurait séparée d'elle?

Non, pensait Diane, elle s'alarmait en vain.

A Paris où elle allait avec son père, elle la reverrait.

Mais alors l'enfant eut une soudaine inspiration et elle prit une résolution subite.

Pendant que Nanette ne la voyait pas, occupée à ranger une dernière valise, elle courut à sa chambre.

Là, sur la cheminée, dans un petit cadre aux coins d'or, il y avait une photographie de la marquise.

Diane la prit.

Elle saisit le portrait comme si elle commettait un larcin, elle l'embrassa avec ferveur et elle le cacha dans la poche de sa robe.

Personne ne l'avait vue.

Elle emporterait avec elle cette image adorée qu'elle avait contemplée tant de fois, cette image à qui elle avait parlé si tristement pendant ces jours passés loin de sa mère.

Elle la conserverait pieusement, loin de tous les regards, pour elle seule, afin d'être toujours avec elle.

Au couvent, où on devait la mettre, elle l'aurait encore et, le soir, avant de s'endormir, elle l'embrasserait pieusement.

Le marquis de Fleurance était préoccupé. f 11 était sombre.

Malgré l'agitation et le va-et-vient qui remplissait le château, il n'avait jamais été aussi silencieux.

Les domestiques ne se parlaient qu'à voix basse.

Sur tout régnait une contrainte pénible et douloureuse.

Guy sentait cela.

Il éprouvait un malaise inexplicable et il était en proie à une irritation intérieure que rien ne pouvait dissiper.

Il agissait comme s'il était poussé par une force invisible et il s'efforçait de ne plus penser à ce qu'il faisait pour ne pas entendre la voix de sa conscience qui, malgré son aveuglement et son erreur coupable, lui aurait dit qu'il allait commettre une mauvaise action.

Il évitait la présence de sa fille, comme s'il avait craint de voir un blâme dans ses regards.

Il languissait que l'heure du départ fût arrivée, afm de voir un terme à tout cela et de quitter ce château oii maintenant il s'ennuyait mortellement.

Le déjeuner fut fait à la hâte, presque silencieux.

Puis enfm, ce fut le départ.

Les bagages, chargés sur une voiture, avaient déjà été transportés à la gare de Limeray.

Devant la terrasse du château, la berline attendait, attelée de ses deux robustes percherons qui en moins d'une demi-heure franchissaient les deux lieues qui séparaient les Migettes de la gare.

Tout le monde venait embrasser Diane.

Il y avait là M. Bécoulet, le juge de paix de Souvigny, et l'abbé Julien, qui avaient été prévenus du départ du marquis et de sa fille et qui venaient faire leurs adieux.

Gênés comme les autres par cette situation inexpliquée, par cette absence de la marquise de Fleurance qui paraissait mystérieuse, ils se tenaient sur une pénible réserve, eux les meilleurs amis de cette maison.

Diane était vaillante.

Elle ne voulait pas pleurer, malgré la peine atroce qui la minait, el elle avait la force de contenir ses larmes et d'effacer jusqu'aux moindres traces de sa douleur.

Elle souriait.

Le marquis voulut que Nanette prît place à l'intérieur de la berline îivec sa fille et avec lui.

Il redoutait le tête-à-tete avec cette enfant qui, il le voyait bien, ne cessait de songer à sa mère.

Il préférait mettre en tiers cette vieille servante dont il connaissait l'affection dévouée pour Diane et c'est elle qu'il laisserait répondre à sa place lorsque la fillette interrogerait encore.

^auetle avait pris Diane par la main pour lui faire traverser le large trottoir en l'abrilant sous un parapluie. (P. 20o.}

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. — J. ROUFF ET C'o, ÈDIT. 26" UV.

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Nanette, aussi soumise que dévouée à son maître, le secondait dans cette tâche.

Il lui semblait que Diane l'écouterait et la croirait mieux que lui.

Pour le voyage, Guy fit encore installer la vieille bonne dans le même compartiment de première classe que Diane et que lui, et lui-même il donna le premier élan à la conversation qu'il laissa ensuite continuer entre l'enfant et Nanette.

Il s'absorba dans ses méditations, méditations tour à tour irritées et pleines de charme, car son esprit se reportait successivement de Geneviève à Marion, de l'épouse qu'il croyait coupable à la maîtresse qui l'embrasait de son amour, de l'une à l'autre de ces deux femmes qui avaient également trahi leurs devoirs, mais l'une contre lui et l'autre pour lui.

Guy acheta des journaux à la première station, non pour lire et pour passer le temps, mais pour voir ce que l'on disait de la loi du divorce, pour savoir s'il serait bientôt rétabli, car la séparation de corps, malgn'' les préjugés de caste qu'il aurait partagés en toute autre occurrence, ne suffisait pas à son implacable ressentiment.

Le divorce !

Dès qu'il serait débarrassé de Diane, dès qu'il l'aurait mise dans le couvent qu'il allait lui choisir, il allait s'occuper de cette adaire.

Son avoué le rensei2;nerait.

Puis, Marion !

C'est vers elle qui l'avait repris avec toute la passion de sa prime jeunesse que tendaient maintenant les plus ardentes, les plus folles aspirations de son cœur.

C'est elle, elle seule, qu'il aimait I

Le train filait.

Diane contemplait dans une rêverie langoureuse, ce spectacle nouveau pour elle du panorama merveilleux qui se déroulait.

Malgré le silence que son père avait gardé quand elle l'avait interrogé, elle sentait qu'à chaque poteau télégraphique que le train franchissait dans sa course bruyante, elle se rapprochait de cette mère bien-aimée.

Sa mère était à Paris ; elle n'en pouvait douter.

Sa dépêche n'était-elle pas datée de Paris .

Quand elle y serait, elle la verrait, et alors elle saurait quelle était la cause de cette absence.

Et cependant, quand son esprit se plongeait dans les méditations

204 L'ENFANT OU DIVOUCK

qui Fattiraiont, ronfant sentait en elle quelque chose qui lui disait qu'elle ne la reverrait [)lus.

Elle luttait alors contre celte mystérieuse menace et elle cherchait à dominer ses angoisses.

Elle regardait au loin, passant sa brune tête à la portière, pour voir si elle ne découvrirait pas bientôt Paris.

Elle cherchait à apercevoir ces monuments élevés et splendidcs qu'elle avait admirés dans des vues photographiques comme si, dès qu'elle les distinguerait, elle devait voir sa mère.

L'air vif que le train agitait en dévorant l'espace fouettait son visage et faisait pointer des teintes d'incarnat à ses joues pâlies.

Nanette causait tout le temps pour la distraire.

Elle était venue à Paris, dans le temps, à l'époque des diligences, et elle racontait tout ce qu'elle savait.

Elle cherchait à occuper Diane par son affectueux bavardage^ afin de l'empêcher de songer à des choses tristes.

Déjà, l'on avait dépassé Blois, Orléans, et l'on arrivait maintenant à Etampes.

Dans une heure on serait à Paris.

Cette heure fut la plus longue du voyage.

En outre de l'impatience dans laquelle elle était d'arriver à Paris, Diane, qui était habituée au grand air et au mouvement, éprouvait le besoin de changer de place et de marcher qu'elle ne pouvait satisfaire dans ce compartiment.

Le temps, qui s'était couvert en arrivant à Orléans, s'était obscurci davantage et maintenant il commençait à pleuvoir.

Le vent poussait la pluie dont les gouttes tombaient en zébrant les glaces que l'on avait été obligé de relever.

Il faisait dans le wagon une chaleur suffocante.

Le ciel ajoutait sa tristesse à celle qui emplissait déjà l'âme de la jeune fille.

Lorsque, enfin, on arriva à Paris, la pluie tombait fine et serrée d'un ciel uniformément gris, sans la moindre nuance dans sa voûte écrasante de nuages.

La fillette ne pouvait satisfaire sa curiosité naturelle.

Elle regardait et elle ne voyait rien de remarquable.

Elle s'attendait à voir à tous les pas dans la capitale, de superbes monuments et des édifices remarquables.

La première impression que Faris produisait sur elle n'était pas favorable.

Le marquis de Fleurance commanda un do ces petits omnibus qui font le transport des voyageurs et des bagages.

On chargea les malles sur l'impériale et on dut les recouvrir dune bâche.

Puis l'adresse du boulevard Malesherbes donnée au cocher, on partit et la voiture roula avec bruit sur les pavés de la cour de la gare, puis sur ceux du quai défoncé par les lourds camions et les longs baquets qui y circulent chaque jour.

Maintenant Guy parlait davantage.

Il voulait la distraire, occuper son esprit pour Fempêcher de songer à autre chose.

Il lui montrait le Jardin des Plantes dont la grille courait à gauche et la Seine que l'on suivait.

Plus loin riïôtel de Ville, la Sainte-Chapelle, le Louvre, les Tuileries, la statue de Jeanne d'Arc, l'avenue de l'Opéra que l'on suivit dans toute sa longueur.

Il lui expliquait tout, parlant presque tout le temps, s'étourdissant lui-même par ses paroles.

Enfin l'omnibus s'arrêta devant la maison du boulevard Malesherbes.

Bénévent et Collette, prévenus par un télégramme de l'arrivée de leur maître, descendirent dès qu'ils entendirent la voiture.

Nanette avait pris Diane par la main pour lui faire traverser le large trottoir en l'abritant sous un parapluie.

Collette accueillit la fillette de ses maîtres avec les démonstrations les plus amicales.

Frappée par la beauté de Diane qu'elle n'avait vue que toute petite lorsqu'elle était encore aux Migettes, émue par l'air de langueur et de tristesse qui était sur son visage, elle conçut aussitôt pour elle une ardente sympathie.

Elle la fit monter dans l'appartement avec Nanette, tandis que le marquis demeurait sous la voûte de la maison pour surveiller la descente des bagages que le cocher opérait avec le concours de Bénévent et du concierge.

L'appartement du marquis de Fleurance était vaste, somptueux, meublé avec autant de richesse que de goût.

Malgré la cordialité de l'accueil qui lui avait été fait, Diane éprouvait une véritable gêne dans cette maison nouvelle pour elle.

20Ô L'ENFANT DU DIYOIlCE

Il lui semblait qu'elle n'était pas chez elle.

Elle regardait autour d'elle avec une curiosité inquiète, cherchant quelque chose qui lui révélât la présence de sa mère, un indice qui lui dît qu'elle avait passé par là.

Elle ne voyait rien.

Tout à coup, dans le salon où elle pénétra avec Collette et Nanette, elle aperçut sur la table le portrait de Geneviève.

Le cœur de la pauvre enfant se gonfla subitement de joie.

— Ma mère !... se dit-elle. Ma bonne petite mère !... Elle s'approcha.

De sa main mignonne, elle envoya un baiser que l'élan de son cœur porta jusqu'au portrait aimé.

Elle eut un moment d'espoir.

Elle pensa qu'elle allait la voir et elle adressa une question, se tournant vers Collette :

— Oii est donc petite mère?

La femme de chambre était embarrassée pour répondre.

Elle regarda Nanette et des yeux l'invita à s'expliquer à sa place, pensant qu'elle savait mieux ce qu'il fallait dire.

^lais le marquis de Fleurance entra à ce moment.

Il vit le portrait de sa femme et il comprit ce qui se passait dans l'esprit de sa fiiie.

— Tu vois, fit-il avec un enjouement forcé, comme c'est gentil ici?...

Diane promenait ses regards autour d'elle. Sa tristesse ne lui permettait pas de parler.

Tout lui était indifférent du reste, car son esprit, uniquement préoccupé de sa mère, ne pouvait rien apprécier loin d'elle. Le marquis dit encore :

— Tu verras les jolies promenades qu'il y a à Paris... Le bois de Boulogne, oii nous irons nous promener en voiture.

Alors l'enfant, rompant la contrainte que lui imposait son père, demanda :

— Mère?... dit-elle en levant timidement les yeux; elle n'est donc pas ici ?

Guy de Fleurance était à la fois contrarié et gêné par cette question, à laquelle il s'attendait cependant.

H prit aussitôt un parti.

Il fallait éviter des explications qu'il ne voulait ni ne pouvait fournir.

LKM-'AN l' DU D1V014CE 207

— Non, ta mère n'est pas à Paris, rcpondit-il.

Puis, il ajouta sur nu autre ton, comme s'il cherchait à se délivrer d'une situation embarrassante :

— Plus tard... je t'expliquerai.. . Tu comprendras ça quand tu seras plus grande...

Je te l'ai déjà dit, n'est-ce pas?...

Il dit cela à haute voix, devant Nanette, Bénévent et Collette qui élaient là et qui entendirent.

Cela leur indiquait ce qu'ils auraient à répondre s'ils étaient questionnés par Diane pendant les quelques jours qu'elle allait passer dans la maison.

Les serviteurs comprirent.

Il se passait depuis quelques jours des choses incompréhensibles, mystérieuses, douloureuses, dont leur curiosité naturelle en même temps que l'attachement qu'ils avaient voué à leur excellente maîtresse leur faisait désirer l'explication.

Ils plaignaient cette enfant dont ils voyaient bien la profonde d€solation et l'accablante tristesse.

Diane avait baissé la tête.

Elle contenait sa douleur immense, car la réponse de son père venail de lui dire :

— Tu n'as plus de mère l

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