ENTRE GENS DE MAISON
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yoEL QUE soit l'attachement que les domestiques aient pour leu A maîtres, quels que soient leur fidélité et leur dévouement, il n'en \^^^^j aiment pas moins bavarder sur leur compte, s'occuper de leurs affaires, et celles qui piquent le plus leur curiosité, celles qui donnent les plus vives démangeaisons à leurs langues sont précisément celles qu'on ne leur confie pas, celles que l'on cache, celles que l'on tient secrètes surtout à leur égard.
Les « gens de maison » ont aussi la manie, les uns par rapport aux autres, de se raconter d'une manière confidentielle qui équivaut à celle de de polichinelle quand il a à garder un secret, tous les petits travers, toutes les faiblesse de caractère et de cœur, toutes les infériorités physiques et morales, toutes les imperfections humaines en un mot des maîtres qu'ils servent, comme s'ils éprouvaient le besoin de démontrer par là qu'ils sont estimés, appréciés au point de n'avoir aucun secret pour eux.
Bénévent et Colette ne faisaient pas exception à cette règle.
Denis, avec la perfide habileté dont il était doué, savait à merveille exciter la loquacité de son camarade, et pour le pousser à démontrer qu'il n'était pas moins bien que lui au courant de tout ce qui concernait le marquis de Fleurance, il lui racontait d'abord tout ce qu'il savait sur le compte du jeune duc de Glamondans.
Il savait déjà, car il avait exercé sa petite surveillance, que le marquis était revenu à Paris et qu'il avait amené sa fille.
Mais il voulut le faire dire à Bénévent.
— Eh bien, lit-il en lui serrant la main, ça va toujours?
— Oui, ça boulotte, réponditle valat de chambre de M. de Fleurance.
— Mais sans beaucoup de vacances, car M, le marquis est revenu, n'est-ce pas.
— Oui, et M''° Diane avec lui.
- B ih ! fit Denis avec un ctonncment simulé.
— Par pour longtemps, car son père va la mettre en pension.
— Ah! oui... 0:1 cff.'t... ma lom(?i>plle est d'jà d'âge maintenant...
[228 L'KNFANT DU DIVORCE
Mais je croyais que ÎM"" la marquise voulait la faire élever aux MigeLtes.
— C'est ce qu'on avait dit... et puis on a changé^d'avis
— Et M"" la marquise?
— - Elle n'est pas à Paris.
— Je sais bien... Tu ne trouves pas ça drôle?
- Mon cher, c'est à n'y rien comprendre! fit Bénévent.
— Oui, il se passe quelque chose de singulier depuis quelque temps. M. le marquis qui va aux Migettes et qui revient au bout de deux jours; M""' la marquise qui arrive à Paris on n'a jamais su pourquoi et qui repart le lendemain; là-dessus M. le marquis qui s'en retourne là-bas pour revenir de nouveau quarante-huit heures après avec sa fille, et M"° la marquise, qui n'avait jamais voulu se séparer de mademoiselle, qui la laisse partir et mettre en pleine pension!...
— C'est incompréhensible.
— Par-dessus tout ça, cette affaire de vol de bijoux. Collette revint à ce moment.
Diane était couchée et Nanette seule était restée auprès d'elle, car, depuis que la pauvre enfant était séparée de sa mère, elle ne la laissait pas le soir avant qu'elle fût endormie.
Elle la gâtait encore plus, maintenant qu'elle savait que la fillette allait bientôt la quitter pour aller au couvent.
— Je disais à votre mari, reprit Denis en s'adressant à Collette, que c'est drôle tout ce qui se passe ici depuis quelques jours.
A propos, fit-il en changeant de ton, je connais la maîtresse de M. le marquis.
^- Bah !.. . s'écrièrent Collette et son mari en se rapprochant curieusement.
— C'estM""' Gradignan.
— M"' Gradignan, fit Bénévent chez qui ce nom là n'éveillait aucun souvenir.
— La femme du négociant en vins.
— Ah ! oui... Ce marchand de vins de Bercy chez qui M. le marquis se sert?
• — C'est ça.
— Précisément il vient de nous livrer trois caisses de Bordeaux, du blanc et du rouge.
— Ah ! . . . fais-en donc goûter une bouteille, proposa Denis ; je te dirai s'il est aussi bon que celui de M. le duc,
— C'est facile; les caisses sont déballées et les bouteilles déjà enrayons
à la cave; j'en ai monté deux paniers et M. le marquis en a bu ce soir en dînant.
Apporte en donc une Collette.
— Du blanc ou du rouge ?
— Il vaut mieux du blanc, dit Denis
— Eh bien ! en voilà une à laquelle monsieur a à peine touché en dînant ce soir. Il n'a presque rien mangé.
- Parbleu, fit Bénévent, c'était trop tard. Monsieur est rentrée à dix heures.
— Sans avoir dîné?
— Faut croire qu'il avait dîné tout de même.
Collette emplit trois verres avec la bouteille de Château- Yquem qui était à peine entamée.
On trinqua, puis Denis but lentement, humant en connaisseur, et ayant fait claquer sa langue :
— Mazette, fit-il, M. Gradignan ne se moque pas de M. le marquis ; c'est du fameux !
— Oui, un bouquet délicieux !
— Ce qu'il doit vite vous, porter à la tête, ce petit vin-là! dit Collette. — • Ahl... fit Bénévent, alors, c'est la femme du marchand de vins...
— Oui, M""' Gradignan!... répondit Denis. Une jolie brunette, mon vieux, avec des cheveux tout frisés et des yeux bleus splendides.
— Comment as-tu su ça ?
— Par le baron.
— Le baron Loriol?
— Oui. — Tu sais bien que c'est un ami de M. Gradignan?
— Je sais bien, puisque c'est lui qui lui a fait avoir la clientèle de M. le marquis.
Les trois domestiques échangèrent quelques plaisanteries faciles c t d'un goût douteux sur les amours du marquis et de Marion ; puis Denis, ayant achevé de vider son verre, fit un nouvel éloge duChâteau-Yquem et revint au sujet qui le préoccupait.
C'est l'absence de la marquise de Fleurance qui l'intriguait par-dessus tout.
Il parla d'abord du vol de bijoux.
— Alors c'est une femme qui a fait le coup? dit-il... M. le marquis n'a pas dit qui elle était?
— Il n'en a pas soufllé un mot, répondit Bénévent.
— Vous n'avez pas été appelés ni l'un ni l'autre?
— Pas encore, répondit Collette. — Oh! mais il faudra bien que le
juge nous convoque, puisque c'est nous qui nous sommes les premiers aperçus du vol.
— Et M"' la marquise, c'est étonnant qu'on ne l'ait pas interrogée la première, puisque c'est à elle que les bijoux ont été volés.
Bénévent répondit :
— Sans doute que monsieur a dit tout ce qu'il fallait au juge.
— • Oui, fît Collette à la suite d'une réflexion qui venait de lui traverser l'esprit, il se passe depuis quelques jours des choses bien singulières. — Moi, c'est madame qui m'inquiète.
— Il y a quelque chose d'extraordinaire là-dessous, ajouta le valet de chambre de Guy.
— Quoi donc? interrogea Denis qui brûlait d'apprendre du nouveau. ■- ' Eh bien, quoi?... ce qu'est devenue M""' la marquise, parbleu!
— Comment!... elle n'est pas au château?...
— Mais non.
— Par exemple!... s'écria Denis ravi et intrigué de cette nouvelle, qu'est-ce que tu me dis là?
— La vérité!... répondit Collette. — Nanette nous l'a bien dit: madame n'est pas revenue aux Migettes.
— Oh! oui, alors., il y a des choses...
— Y comprends-tu quelque chose, toi? fit Bénévent.
— Alors, l'autre jour, quand monsieur l'a accompagnée à la gare d'Orléans, elle ne partait donc pas pour son château?
— Paraît que non.
- Où est- elle allée, alors?
-- Ah! voilà!... fit Collette.
— Si tu le sais, ajouta Bénévent, tu feras bien de nous le dire
— Saperlotte ! . . . C'est curieux tout de même !
LN'anette arriva à son tour à l'office.
— Mademoiselle dort? lui demanda Collette.
— Oui, répondit-elle; elle s'est endormie.
Puis, elle salua Denis qu'elle connaissait depuis longtemps.
— Tiens, c'est toi, Denis!., fit-elle.
Elle le tutoyait, car elle l'avait connu tout jeune autrefois à Glamondans.
La vieille bonne de Diane n'aurait pas eu d'elle-même une grande sympathie pour le valet de chambre du fils de ses anciens maîtres; mais elle avait laissé dissiper l'aversion naturelle et la défiance qu'il lui inspirait en voyant quelle confiance la marquise avait en lui.
L'ËNFAiM DU DlVOnCI^ ?31
Elle lui serra la main.
— Donne donc un verre pour Nanelte, dit Bénévent à sa femme. Il faut bien qu'elle goûte ce Château- Yqucn qui est fameux.
Et pendant que Collette versait de nouveau à boire, Denis dit en »s'adressant à Nanette :
— Alors, comme ça, on ne sait pas ce que M"^ la marquise est devenue?
— Ah ! fit la vieille bonne, je me fais assez de mauvais sang à cause de tout ça depuis tous ces jours-ci !
— Oui, il y a de quoi.
— Songe donc : la petite ne fait que pleurer.
— Mademoiselle ne sait donc rien non plus? demanda Denis.
— Son père ne lui a rien expliqué, dit Bénévent.
— Quand madame est partie de là-bas, raconta Nanette, elle a dit qu'elle serait de retour le soir même, et elle n'est pas revenue. Alors vous pensez si cette pauvre enfant, qui n'a jamais quitté sa mère d'un pas, s'est mise à se tourmenter.
— C'est à cause du vol, dit Collette, que madame n'a pu repartir.
— ■ Au fait, fit Denis qui voulait profiter de la présence de Nanette pour lui faire dire tout ce qu'elle savait, on n'a jamais compris le but de ce voyage de la part de M""* la marquise qui n'était jamais venue à Paris, si ce n'est deux jours à l'époque de son mariage.
Nanette répondit :
— Quand madame s'est décidée à partir, ça lui a pris comme ça, tout d'un coup, elle a dit à Diane qu'elle allait à Paris pour une affaire qui était convenue avec son père.
— Alors M. le marquis le savait!... et il n'en a rien dit?
— Non, fit Bénévent, et voilà précisément ce qui m'étonne ; car, du moment que madame devait venir à Paris, M. le marquis aurait bien dû prévenir pour que l'on prépare la chambre de madame.
— Parbleu !
— ■ Monsieur était parti la veille, dit Nanette.
— Et il n'est pas venu tout droit à Paris, ajouta Collette, car nous ne l'avons vu que le matin du jour oii M""* la marquise est arrivée.
— Ils sont venus ensemble, dit Bénévent; ce qui prouve qu'ils avaient rendez-vous quelque part.
— Alors, reprit la vieille bonne de Diane, le lendemain j'ai reçu une dépêche, car c'est à moi que madame a télégraphié, pour me dire qu'elle reviendrait le soir, afin de rassurer la petite.
— Mais elle n'est pas revenue.
— On ne l'a plus revue!... Nous ne savions plus que penser. . Je ne savais plus que faire pour consoler cette pauvre enfant... Je lui disais que sa mère était avec son père et que sans doute elle était retenue par ses affaires plus longtemps qu'elle ne le croyait.
Et puis voilà que dimanche matin, on reçoit une autre dépêche, adressée à M. Dupuis celle-là, une dépèche de monsieur, disant de venir le prendre à la gare d'Amboise.
— Alors, fit Denis qui savait bien à quoi s'en tenir, puisqu'il avait suivi le marquis de Fleurance et Marion jusqu'à Tours, il ne venait pas de Paris; sans ça, il serait descendu à la gare de Limeray.
— C'est vrai ! dit Bénévent frappé de cette juste observation
— Cependant, observa Collette, M. le marquis est parti samedi soir par le train de huit heures, il aurait dû arriver dans la nuit.
— Pensez un peu, reprit Nanette, comme la petite a été désappointée en voyant revenir son père tout seul!... Elle lui demandait pourquoi sa mère n'était pas revenue... et monsieur lui répondit d'un air ennuyé qu'elle avait été retenue... Mais on voyait que ces explicatiors l'irritaient...
— Tiens! fit Denis qui écoutait avec la plus vive attention, faisant son profit de tout.
— Oui, dit Bénévent, oîi donc M"^ la marquise était-elle allée, puisqu'elle était partie d'ici ?
— M. le marquis doit bien le savoir, répondit Collette, du moment qu'il l'a accompagnée à la gare.
— Mais il n'en a rien dit.
— ■ Pas un mot.
— Enfin, reprit Nanette, cette pauvre enfant pensait, en partant avec son père et avec moi, qu'à Paris elle allait retrouver sa mère, et ici ce fut une nouvelle déception, encore plus vive et plus triste.
— Mademoiselle a demandé à son père, dit Collette, et M. le marquis lui a répondu : « Plus tard!.,, tu comprendras ça plus tard, quand lu seras grande. »
Du coup, les yeux de Denis s'agrandirent dans le saisissement qui s'empara de lui.
— M. le marquis a dit ça! fit-il.
— Pas un mot de plus,
— Alors, c'est qu'il y a quelque chose de grave.
Tous les regards se dirigèrent sur le valet de chambre du duc da Glamondans.
— Quelque chose de grave ! fit Nanette déjà émue.
Elle lui prit la main et la sentit brûlante. (P. 240.)
— Quoi donc ? demanda Collette.
— Pour ça, je n'en sais rien, répondit Denis. Mais enfin c'est facile à comprendre... Du moment que M. le marquis a dit ça, il sait ce que
» M"" la marquise est devenue et il faut croire qu'il a des raisons pour qu'on ne le sache pas.
— C'est probable, fit Bénévcnt, mais. c'est curieux!...
30» uv. — l'enfant du divorce.
30» uv.
— Pour moi, continua le père de Fernande Maurin, d'après ce que je comprends, M"° la marquise n'est pas près de revenir.
— Mon Dieu ! gémit Nanette éplorée, qu'est-il donc arrivé?
— On ne sait pas... On le saura peut-être un jour... Enfin il est clair que si M. le marquis met M"* Diane en pension, c'est parce que M"^ la marquise ne doit pas revenir.
— C'est bien ce que j'ai pensé, dit Collette. A-lors Bénévent demanda à Denis :
— M. le duc ne sait rien de tout ça ?
— M. le duc!... il est à Trouville depuis mercredi de la semaine passée, et à moins que M"" la marquise ne lui ait écrit, il ne doit rien' savoir.
— Et si madame était allée le rejoindre?... suggéra Collette.
— Pour ça, non, répondit Denis. M. le duc est avec sa maîtresse...
— Oui, c'est vrai, dit Bénévent, M"' la marquise ne peut pas y être allée.
— Du reste, je le saurais.
— Mon Dieu, mon Dieu, répéta la vieille bonne de Diane, que va-t-il résulter de tout ça?
— Je vous parie, dit le valet de chambre du jeune duc, qu'avant peu de temps nous verrons des choses qui nous étonnerons... Car enfin la situation ne peut pas s'éterniser de la sorte... Il faut que M°° la marquise soit quelque part et par conséquent il faudra bien qu'on le sache. Si M. le marquis ne veut pas le dire, c'est qu'il a des raisons pour ça, des raisons sérieuses, croyez-le... alors, quoi?... on est obligé de supposer quelque chose !... Eh bien, à mon avis, M. le marquis et M"* la marquise se sont quittés, voilà !
— Quittés !... s'écrièrent à la fois Bénévent et Collette.
La vieille Nanette ne comprenait pas ou plutôt elle avait peur de comprendre.
— Oui, quittés, répéta Denis. — Parbleu ! que voulez -vous que ce soit?... Enfin vous verrez ce que je vous dis.
— Mais enfin, dit Collette, monsieur et madame n'ont pas eu un mot ensemble !
— Pas un mot, confirma Bénévent.
— x\.u contraire, ajouta la soubrette, monsieur était plein de prévenances pour M"^ la marquise.
— Tout aux petits soins !
— Dame, parce qu'il se sentait coupable, opina le valet de chambfe d'Hubert.
— Le matin, quand monsieur est rentré, reprit Collette, — car il a découche', — il était encore plus aimable.
— Là-bas non plus, dit Nanette à son tour, il n'y a rien eu... rien de rien; je l'aurais bien su.
— Ah ! on ne sait pas tout, fit Denis.
■ — Il n'y a (|ue lorsque M. le marquis est parti, mercredi matin. . .
— Vous voyez bien!
— Jamais je n'ai vu M""' la marquise si triste.
— C'est que M""^ la marquise savait peut-être déjà quelque chose, dit le valet de chambre de M. de Fleurance. Elle se méfiait, elle aura su que M. le marquis avait une maîtresse...
— Et elle aura pensé qu'il allait la rejoindre, compléta Denis Féroux.
— Alors, dit Collette, ce serait madame qui aurait quitté M. le marquis.
— Peut-être, fit Bénévent.
— Non, dit Nanette, ce n'est pas possible. ■ — Pourquoi?
— Voyons, si M""" la marquise avait quitté M. le marquis, ça ne se serait pas passé comme ça!... Elle m'aurait dit quelque chose...
— Si elle n'a pas pu?
— Et la petite!... persista la vieille bonne, croyez-vous que sa mère l'aurait laissée?
— Tout ça dépend des circonstances, dit Bénévent.
— Non, je ne peux pas croire ça!... Je connais madame; je la connais depuis assez longtemps, puisque je l'ai vue naître, à Glamondans. Quand même elle aurait su que M. le marquis la trompait, elle aurait passé par-dessus tout, à cause de sa fille.
— Alors, il faut croire qu'il y a autre chose, dit Denis.
— Et puis, on ne se quitte pas comme ça, dit Collette. M"" la marquise n'a rien emporté de ce qui est à elle, puisqu'elle n'est pas revenue aux Migettes.
— Absolument rien ! confirma Nanette.
— Elle est peut-être allée à Glamondans, dit Bénévent.
— Non, je le saurais bien, répondit Denis. Le château appartient à M. le duc et il y a cinq ans qu'il n'y a pas mis les pieds.
— Enfin, dit Nanette désolée, il y a quand même un malheur dans la maison.
■ — Je le crois.
— De si bons maîtres !...
— Oui, dit Bénévent, bien agréables à servir.
— Et M""* la marquise ! ajouta Nanette. La meilleure des femmes.
— Pour sûr!... dit hypocritement l'ancien serviteur de Glamondans.
— Yous ne sauriez croire, reprit la vieille bonne de Diane, quelle peine ça me fait de me séparer de mademoiselle, maintenant surtout que je sais que sa mère...
Elle s'interrompit.
— Non, fit-elle, je ne peux pas croire que monsieur et madame se , soient quittés pour toujours ! . . .
Ce serait trop épouvantable ! . . .
Cette pauvre enfant!... Songez donc!... que deviendra-t-elle sans sa mère?... Car, on a beau dire, les meilleurs pensionnats ne valent pas la famille ! . . . rien ne remplace une mère ! . . .
Madame qui voulait ne jamais la quitter!... Elle voulait prendre une institutrice au château, afin de ne jamais se séparer de sa fille!...
Pauvre petite! Mon Dieu, que je voudrais donc savoir ce qui se passe !
— Allez, fit Denis, nous saurons bientôt à quoi nous en tenir, car ça ne peut pas durer comme ça.
Ce fut son dernier mot.
Mais en revenant chez lui, le drôle récapitulait dans son esprit tout ce qu'il venait d'apprendre et il y méditait profondément, cherchant à déduire quelque chose de ces mystérieux événements et se promettant d'être plus que jamais attentif à ce qui se passerait, afin d'en faire son profit et de servir sa haine abominable.