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Selon les ordres du juge d'instruction, elle devait être mise au secret ; on devait veiller à ce qu'elle n'ait aucune communication avec les autres détenues et exercer sur elle une surveillance constante.
Geneviève s'était laissée conduire docilement parle garde de Paris qui l'avait remise à l'une des religieuses de la prison et on l'avait enfermée dans sa cellule.
La malheureuse était atterrée par ce qui venait de se passer.
Elle sentait sa tôte s'égarer et sa raison bouleversée essayait de ressaisir la faculté de penser qui semblait l'abandonner.
Que s'était-il passé dans l'esprit du marquis de Fleurance pour qu'il ait pris cette soudaine résolution de ne pas la reconnaître?
Quelles pensées avaient été les siennes lorsqu'il l'avait vue entre les mains de la justice ?
Qu'avait-il cru ?
Qu'avait-il soupçonné?
Geneviève ne pouvait venir à bout de trouver une réponse satisfaisante à ces questions douloureuses.
Elle cherchait à comprendre et son esprit s'y refusait.
Son mari savait maintenant que les bijoux n'avaient pas été volés, comme elle l'avait laissé croire.
Il savait qu'elle avait voulu les engager.
Comment s'élait-il expliqué le besoin de cette somme importante qu'elle avait cherché à se procurer sans le lui dire, en se cachant?
Il était impossible qu'il soupçonnât la vérité.
Le chèque devait avoir été conservé précieusement par ^L Lcbon qui espérait, sans doute, en tirer parti un jour.
Guy ne pouvait donc rien savoir, car ce n'est pas à lui ([ue le caissier de M" Ducormier se serait adressé, convaincu que la marquise finirait par
payer lorsqu'elle le pourrait pour racheter la preuve du déshonneur infligé à son frère.
Mais Geneviève était incapable d'avoir seulement l'idée de l'épouvantable soupçon qui était né dans l'esprit de son mari.
Elle qui n'avait jamais failli, pas même par pensée, elle qui se savait irréprochable, elle qui aimait son mari au point de tout lui pardonner, elle ne pouvait songer que le marquis de Fleurance l'aurait crue coupable envers lui.
Alors sa tête se perdait.
Une pensée, du reste, la dominait tout entière.
Sa fille !... son adorable petite Diane !,.. c'est à elle qu'elle songeait par-dessus tout.
Quelle devait être sa désolation en ne revoyant pas sa mère !
Que devait-elle croire?
Geneviève la voyait et elle percevait son immense douleur.
Cette séparation était pour l'infortunée un épouvantable martyre.
Elle aurait voulu pouvoir s'échapper de cette prison pour courir vers elle et pour la consoler.
Alors, il lui prenait l'envie de tout dire, afin qu'on la mit en liberté et qu'elle pût retrouver sa fille.
Il lui semblait entendre Diane l'appeler en pleurant.
Pendant toute la journée, la marquise s'abîma dans les plus douloureuses pensées et, pendant la nuit, dans le silence sinistre de la prison, elle pleura en pensant à son enfant dont elle était si cruellement séparée.
Lorsque le jour se leva, Geneviève était à bout de forces.
Elle sentit qu'elle ne pouvait plus vivre ainsi.
Son cœur de mère, atrocement brisé, était incapable de subir plus longtemps ce martyre.
— Qu'importe!... se dit-elle, je parlerai!..,. Ma fille!... je veux revoir ma fille !
Elle était résolue.
Une des religieuses vint ouvrir sa cellule pour le service du matin.
Geneviève se leva.
— Ma sœur !... fit-elle.
Puis elle hésita.
La religieuse entra dans la cellule qu'une détenue commençait à balayer.
— M. le juge que j'ai vu hier... fit la marquise. — Je voudrais lui parler...
— Ce n'est pas encore l'heure de l'instruction, répondit la religieaise ;
les magistrats du parquet n'arrivent pas avant dix heures. — Quand ces messieurs seront là, on fera prévenir M. Cordurier. Geneviève ne répondit pas.
— Alors vous avez réfléchi? reprit la gardienne.
— Oui, ma sœur... oui, j'ai réfléchi... Je dirai tout... Je veux sortir d'ici ! ... Je veux être libre ! . . .
La religieuse réprima un sourire.
— Bien : on vous appellera quand le moment sera venu. Et elle referma la porte de la cellule.
A onze heures, on appela la marquise.
— Numéro 11, venez, dit une religieuse en ouvrant la porte; M. le juge d'instruction vous attend.
On remit de nouveau la malheureuse aux mains d'un garde de Paris (jui la conduisit.
Mais alors, la résolution de Geneviève avait failli.
Elle avait réfléchi et maintenant elle avait peur.
Ses aveux l'effrayaient.
Elle s'épouvantait des explications qu'elle serait amenée à fournir.
Elle redoutait d'être mise de nouveau en présence de son mari, ce qui serait inévitable, car on l'appellerait de nouveau pour confirmer ce qu'elle dirait.
Alors, quand le juge lui dit :
— Yous avez demandé à me voir ?
Elle baissa la tête, confuse, incapable de prononcer un mot.
— Yous etes-vous décidée à dire la vérité? M. Cordurier attendait sa réponse.
— Eh bien !... fit-il. — Parlez !
— Oui... dit enfin la marquise d'une voix à peine distincte, je voulais tout vous dire... mais je ne puis pas... non, je ne puis pas...
— - Yous ne pouvez pas !... dit le juge surpris.
Il connaissait les hésitations des prévenus qui combinent dans la solitude du secret des mensonges qu'ils croient capables de les tirer d'afl'aire, et qui hésitent au dernier moment, sentant eux-mêmes l'invraisemblance de leurs combinaisons.
Le juge d'instruction crut avoir affaire à un cas sembhible.
— Yous avez donc bien des choses à cacher, fit-il.
Et comme Geneviève, consternée, tremblait en baissant les yeux, il ajouta :
— Yous avez donc bien peur qu'on ne découvre qui vous êtes?
Il essaya encore de la faire parler, usant tour à tour des menaces et de la douceur, employant la persuasion puis l'épouvante, essayant d'amener sa prévenue à se .prendre à l'un de ces pièges que l'habileté professionnelle suggère aux magistrats qui ont à lutter de ruse contre les plus retors criminels ; il ne parvint à obtenir aucun aveu.
Alors il s'emporta.
— Le secret finira bien par avoir raison de votre obstination! s'écriat-il. Vous serez bien obligée d'avouer ce que vous ne voulez pas dire, ce qui sera découvert, du reste, sans votre concours ! — Allez !
Et s adressant au garde :
^- Ramenez cette femme au Dépôt ! ordonna-t-il d'une voix brève '
Le soir, lorsque la religieuse de service fit sa dernière ronde, elle trouva la prévenue du numéro 11 étendue tout habillé sur la couchette de sa cellule.
Elle entra.
— Numéro 11, appela-t-elle.
■ — Ma sœur, répondit la marquise d'une voix faible. La religieuse comprit que la malheureuse souffrait.
— Qu'avez-vous?
Elle lui prit la main et la sentit brillante. ■ — Vous êtes malade?
Geneviève ne répondit pas.
— Vous avez de la fièvre... que ressentez-vous ?
— Rien, ma sœur, dit la marquise. — Ça passera...
Mais dans la nuit, à sa première ronde, la religieuse vint revoir sa prisonnière.
Geneviève ne l'entendit pas entrer.
Elle était plongée dans un sommeil lourd, agité.
Elle tata de nouveau sa main et la trouva plus chaude encore.
Le pouls battait avec une violence inouïe.
— Cette femme est malade, se dit-elle.
Le matin, la gardienne prévint sa supérieure. La marquise était dans un état de prostration épouvantable. Une fièvre intense la dévorait.
Lorsque l'heure de la visite arriva, on conduisit le médecin auprès d'elle.
C'est à peine si elle put répondre à ses questions.
La marquise ouvrit les yeux, lentement, en même temps que son teint se colorait légèrement. Elle promena autour d'elle des regards hébé:ts... (F. 246.)
31^ LIV — HECTOR DE llOMrEKKELX. — LEÎS'FANT DU DIVORCE. — J. ROUFF ET C^"", KDIT. 31<^ UV.
Le docteur l'examina, il hocha plusieurs fois la tête et il dit à voix basse à la religieuse :
— Cette femme ne peut pas rester ici ; elle a une fièvre cérébrale. Il faut qu'elle soit transportée à l'hôpital.
En attendant, il prescrivit deux cachets d'analgésine et de phénacétlne qu'on lui ferait prendre à un quart d'heure de distance dans une infusion de tilleul.
Puis il libella l'ordre de transfert qui fut communiqué sur-le-champ au juge d'instruction.
Dans l'après-midi, la marquise fut extraite du Dépôt et emmenée à l'Hôtel-Dicu oiî on la consigna dans une chambre spéciale affectée aux prévenues, sous la surveillance d'une gardienne qui empêcherait toute communication avec le dehors.
Les médecins qui visitèrent la marquise de Fleurance jugèrent son état très grave.
La fièvre cérébrale était absolument déclarée.
La malade était en proie à une caractéristique divagation d'esprit, prémonitoire du délire qui allait s'emparer d'elle.
On lui administra une potion énergique, en même temps que l'on employait les révulsifs classiques pour dégager le cerveau sur lequel se portait toute l'activité du sang.
Mais, lorsque tout ce que la science indiquait lut exécuté, le médecin en chef, qui n'avait pas quitté la malade un seul instant, hocha la tête d'une façon peu rassurante et il dit aux médecins et aux internes qui l'entouraient :
— Je doute qu'elle passe la nuit. — Il faudra veiller cette femme sans la quitter un seul instant.
Puis, après avoir prescrit tout ce qu'il y avait à faire pour tenter de sauver Geneviève, après avoir pronostiqué avec son expérience de vieux praticien les phases diverses que la terrible maladie allait voir se dérouler, il ajouta avec un éclair d'espoir qui brilla sous ses épais sourcils gris :
— Si elle a la chance d'aller à demain matin, je réponds d'elle !...
Le soir, la fièvre augmenta d'intensité.
La divagation d'esprit s'accentua.
Maintenant, non seulement la marquise de Fleurance ne se rendait plus compte de ce qui l'entourait, non seulement elle ne reconnaissait plus personne, mais le délire commençait.
Elle prononçait des mots incohérents ou la plupart du temps inintelligibles.
Elle agitait sur l'oreiller sa tête aux blonds cheveux épars, avec ce mouvement caractéristique, ce balancement de droite à gauche, les yeux clos, que l'on observe dans toutes les affections aiguës de l'encéphale ou des méninges.
On avait toutes les peines du monde à maintenir sur sa tête le sache 1 de glace pilée que l'on renouvelait toutes les demi-heures.
Il était impossible de percevoir un mot de ce qu'elle disait, tant sa voix était faible, tant sa parole était brève, saccadée, hachant les syllabes, inarticulant les sons.
On entendit seulement ces mots qu'elle prononça à plusieurs, reprises :
— Ma fille!... ma fille!...
C'était comme un appel désespéré, comme une plainte suprême dans une désolation épouvantable.
— Ma fille!... ma fille!...
Puis, plus tard, au milieu de la nuit, lorsque le délire fut dans toute sa violence, l'interne de garde et la fille de salle entendirent distinctement :
— Que croit-il?... Il ne saura rien... Non, je ne veux par parler... à cause d'elle... rien... rien!...
Et cet appel, qui revint sur ses lèvres, plus exalté, plus douloureux :
— Ma fille!... ma chérie!...
On fit tout pour la calmer.
L'interne lui administra une nouvelle dose de la potion calmante que le médecin en chef avait prescrite.
Puis, comme le délire continuait, de plus en plus violent, comme la fièvre augmentait d'intensité, il appliqua deux sangsues derrière chaque oreille.
Geneviève se débattait en des mouvements épuisés et affaiblis.
Elle criait :
— Non... Je ne veux pas le dire !... Lui non plus, il ne parlera pas... l'honneur !... ma fille chérie !... C'est pour toi... oui, pour toi... tu ne sais pas... Jamais... tune sauras jamais... Mon Dieu!... ma fille!...
Lentement sa voix s'affaiblissait.
Les bras agités retombèrent inertes le long du corps.
Un engourdissement gagna graduellement la malade dont la tête était devenue immobile et dont les yeux paraissaient être lourdement clos.
L'interne l'examina attentivement.
Il consulta les pulsations de l'artère et le degré de température indiqué par le thermomètre.
Il sentit la peau, moins sèche, prendre une moiteur plus tiède
Les tempes se couvrirent d'une fme sueur.
Geneviève dormait.
je jeune docteur prononça ces mots :
— C'est le coma!
A la fièvre violente, au délire qui avait agité la marquise succédait le sommeil comateux qui est un symptôme d'aussi mauvaise augure que le reste.
L'infortunée était entre la vie et la mort.
On n'entendait plus le bruit de sa respiration tellement il était imperceptible.
Aucun mouvement, même le plus léger, ne soulevait sa poitrine pendant la période d'inspiration.
Elle était pâle, le visage entièrement décoloré, avec cette matité livide ae la cire, semblable à une morte.
Lorsque le jour se leva, la malade dormait encore.
Le médecin en chef arriva à l'Hôtel-Dieuà la première heure, toujours exact et d'une ponctualité de chronomètre pour sa visite.
Il vint tout droit à la salle oi!i se trouvait Geneviève.
— Eh bien? interrogea-t-il l'interne d'un seul mot.
— Elle dort.
— Le coma?
— Oui.
— Depuis quelle heure ?
— Deux heures.
— Diantre!... fit le médecin en chef avec une grimace de découragement.
Puis il ajouta :
■ — Enfin, elle vit !
L'interne raconta alors tout ce qui s'était passe et expliqua tout ce qu'il avait fait.
Le vieux praticien l'approuva et le félicita.
Il vint voir sa malade et l'examina longuement.
Il l'étudia pendant plus d'une demi-heure, comme s'il avait, plus que pour toute autre, à cœur de la sauver.
Il fit préparer sur-le-champ une potion nouvelle, dont il donna la formule au pharmacien de l'Hôtel-Dieu et il en administra lui-même deux petites cuillerées à Geneviève.
L'effet fut presque immédiat.
La marquise ouvrit les yeux, lentement, en même temps que son teint se colorait le'gèrement.
Elle promena autour d'elle des regards hébétés, des regards qui ne voyaient pas.
Ses lèvres s'agitèrent sans qu'aucun son ne parvînt à en sortir.
Le vieux docteur donna de longues explications au nouvel interne qui allait remplacer son confrère auprès de la malade et il lui indiqua minutieusement tout ce qu'il aurait à faire.
Maintenant il espérait.
Il était même sûr de la sauver.
Il le dit clairement, en savant qui ne craint plus que les faits ne viennent lui donner un démenti.
Seulement la maladie serait longue.
Elle durerait plusieurs semaines, peut-être plus de deux mois, et pendant quinze ou vingt jours au moins la malheureuse serait comme privée de sa raison.
Avec des soins assidus et intelligents, avec un traitement savamment combiné, le médecin de l'Hôtel-Dieu pensait arriver à préserver son intéressante malade des suites épouvantables de la maladie.
Il ne voulait pas qu'elle échappât à la mort pour être condamnée à vivre dépouillée de son intelligence.
C'est la guérison complète, radicale qu'il espérait atteindre, et qu'il atteindrait sûrement si aucune circonstance imprévue ne venait détruire ce qu'il aurait fait.
Dans la journés, le juge d'instruction vint lui-même à l'Hôtel-Dieu prendre des nouvelles de sa prévenue.
Il ne trouva auprès de la malade que l'interne de garde et la fille de salle.
On le renseigna sur l'état de la marquise dont on ne lui cacha pas ]a gravité.
Quand M. Cordurier sut que la prévenue avait eu le délire, il voulut savoir ce qu'elle avait dit, espérant y trouver peut-être un indice qui le mettrait sur la voie du mystère qu'il s'était jusque-là vainement efforcé de pénétrer.
La fille de salle, qui avait passé la nuit, avec l'interne absent en ce moment, le renseigna.
Elle lui répéta mot à mot tout ce que la malade avait dit dans son délire.
Cela ne lui révélait pas grand'chose.
Le magistrat cependant fit ses réflexions et ses conjectures.
Il comprit que l'intérêt que la mystérieuse inconnue avait à cacher son idendité devait être bien puissant pour qu'il ait ainsi fait l'objet de SCS préoccupations même inconscientes.
Cela l'intriguait davantage.
Cette femme avait aussi parlé de sa fille.
Qui sait si l'on ne pouvait pas, avec cet indice, arriver à savoir qui elle était.
M. Cordurier se promit de revenir et en même temps d'activer les recherches qu'il avait ordonnées.
11 pressentait sous ce vol, accompli dans des circonstances inexplicables, quelque drame mystérieux, quelque secret que la justice devait avoir intérêt à connaître.
Aussitôt revenu à son cabinet, il fit appeler un inspecteur de la sûreté qui s'était déjà occupé de l'affaire; il lui communiqua les nouveaux renseignements qu'il possédait et il lui donna ses instructions.
Puis, il envoya une commission rogatoire au juge de paix de Souvigny pour qu'il fit, de son côté, une enquête.
Dans la soirée, après avoir quitté le Palais, le juge, qui revenait chez lui en compagnie d'un autre magistrat du parquet, rencontra le marquis de Fleurance dans la rue de Rivoli.
Guy le reconnut et le salua.
M. Cordurier s'arrêta en rendant le salut et s'approchant du marquis, il lui dit :
— Nous n'avons encore rien de nouveau sur notre voleuse; cependant je crois que je ne tarderai pas à savoir qui elle est*.
Le mari de Geneviève blêmit.
Le juge, sans s'en apercevoir, continua :
— On a dû la transporter à l'Hôtel-Dieu, car ellf a été prise d'une fièvre cérébrale très violente, qui met mènir ses jours en danger.
Guy se surmontait pour ne rien laisser paraître de son émotion.
— Cette nuit, elle a eu le délire, continua le maj^risirat, et elle à
prononcé quelques paroles qui indiquent quel intérêt puissant elle a à se taire... Elle a parlé de sa fille, qu'elle appelait en pleurant...
Enfin, je viens d'envoyer une commission rogatoire au juge de paix de Souvigny et je pense que nous saurons bientôt la vérité.
Dès que j'aurai du nouveau je vous ferai prévenir.
M. Gordurier salua le marquis et s'éloigna pour rejoindre son collègue qui avait fait discrètement quelques pas pour aller l'attendre un peu plus loin.
Guy de Fleurance était en proie à des transes inexprimables.
— La vérité I... se dit-il. — Oh ! non, il ne faut pas qu'on la sache!..., non, non!... Je saurai bien l'empêcher!
Puis, réfléchissant à ce qu'il venait d'apprendre :
— Ge juge sait peut-être déjà quelque chose!... se dit-il. Il a un indice qui Ta mis sur la voie,
Geneviève a parlé dans son délire!...
Qu'a-t elle dit?
Elle a parlé de sa fille... Si le juge sait, il découvrira tout!... c'est fatal!... G'est immanquable.
Il a envoyé une commission rogatoire au juge de paix de Souvigny, à M. Bécoulet...
Alors tout est perdu!...
M. Bécoulet reconnaîtra Geneviève quand il lira les renseignements qui lui ont été transmis.
Il sait que Geneviève n'est pas aux Migettes !...
Il comprendra ce qui s'est passé.
Comment empêcher cela?...
Le marquis avançait lentement,, angoissé, énervé, abattu, essayant de lutter contre le danger qui le menaçait
Il se demandait ce qu'il pourrait faire pour empêcher l'enquête d'aboutir.
Il se sentait impuissant.
Toute démarche ne servirait qu'à révéler cette vérité qui l'épouvantait.
Il ne pouvait agir par lui-même.
Autour de lui, il ne voyait personne capable de le servir utilement.
Du reste, tout ce qu'il tenterait pourrait être inutile.
Si Geneviève n'avait pas été explicite dans les mots inconscients qu'elle avait prononcés en son délire, elle pouvait être reprise par une crise semblable, elle pouvait parler encore.
... Elle prit Diane par le bras qu'elle passa sous le sien, puis elle l'entraîna à l'écart... (P. 256.)
Elle pouvait prononcer un nom!
On la surveillait.
\ Puis une horrible pensée lui vint, une pensée affreuse suscitée par
l'afTolement et par Tépouvante :
— Si elle pouvait mourir !...
32» UV. — L'iiM'AM DU DIVOnCE. 32« LTV.