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LE RÉTABLISSEMENT DU DIVORCE

G Y^ '' baron monta directement à la chambre occiipe'e par Marion qu'il

ulf^ s'était fait indiquer.

'^'^^^^S II frappa à la porte.

Marion crut que c'était son amant qui revenait.

Elle courut ouvrir et sa stupéfaction fut grande, excitant un désappointement et une certaine colère, quand elle se trouva en présence de Loriol.

Elle ne se débarrasserait donc pas de cet homme !

— Vous!... fit-elle sans dissimuler son irritation. — Encore vous!... que me voulez-vous donc?

Le baron ne s'attendait certainement pas à un accueil sympathique de la part de M""' Gradignan.

Cependant il fut saisi de son attitude.

— Oui, c'est moi, répondit-il en entrant. Je veux vous parler.

— Qu'avez vous à me dire?... qu"ai-je à savoir de vous?

— Je ne veux pas vous parler de l'amour que vous m'avez inspiré et que vous n'avez jamais voulu partager... Vous savez ce que cet amour m'a fait faire!... la jalousie s'est emparée de moi quand je vous ai vue en aimer un autre... et quel autre?... celui que j'ai trouvé devant moi chaque fois que mon cœur a été pris... celui qui s'est élevé entre la femme que j'aimais et moi... Le marquis de Fleurance que je hais parce qu'il a sans cesse été l'obstacle à mon bonheur...

Marion souriait railleusement.

— Avant lui, continua Loriol, j'ai connu et aimé la fille du duc de Glamondans; j'avais demandé sa main, et je crois qu'elle répondait aux sentiments que j'avais fait connaître à son père... Alors M. de Fleurance s'est présenté, amené par un puissant ami, il a vu cette jeune fille dont la beauté l'a saisi et il l'a demandée... Il me l'a prise, car le duc la lui a accordée, à cause de sa fortune, à cause de son titre.

— Et vous?... demanda ironiquement la jeune femme.

— Ne me raillez pas!... risposta Loriol.

L'ENFANT DU DIVOHGE 325

— Personne ne vous oblige à me dire ces choses-lk, mais s'il vous plaît (le me les apprendre, j'ai bien le droit d'en rire.

— Puis, je vous ai connue, poursuivit le baron. — Je vous ai aimc^e et je croyais que vous aviez compris ce qui se passait en moi. — Je voyais bien que vous n'aimiez pas votre mari et j'espérais...

Cet homme s'est encore trouvé là pour arrêter le bonheur que j'appelais.

— Vous n'avez pas de chance! dit Marion impitoyablement moqueuse.

— C'est lui que vous aimiez, continua Loriol sans relever la raillerie, et, je le sais aujourd'hui, vous le connaissiez déjà depuis longtemps.

— Ah!... Yous saviez cela?... demanda la maîtresse du marquis avec pleine assurance.

— Je l'ai su ce matin, lorsque j'ai vu votre mari, lorsqu'il m'a montré la lettre qu'il avait reçue... Avant votre mariage, vous aimiez déjà M. de Fleurance.

— Oui, je l'aimais... Eh bien?

— Toujours lui!...

. — Je l'ai retrouvé, je l'ai revu et je l'aime encore, déclara imperturbablement Marion.

— Moi je le hais !

— A votre aise!

Elle ajouta :

— Ne suis-je pas libre aujourd'hui?... Mon mari sait tout... Eh bien! tant mieux!... La situation est plus franche. — Lui de son côté, moi du mien. C'est tout ce que je désire.

Si vous connaissez celui qui lui a écrit cette lettre anonyme, ht Marion avec une intention bien évidente, vous pouvez le remercier de ma part, et lui dire qu'il m'a rendu le plus grand service.

Loriol ne se méprit pas sur ce que la jeune femme voulait dire.

— Quoi! fit-il, vous croyez que c'est moi...

— Oh! je vous assure que je m'en soucie fort peu, répondit la maîtresse de Guy. — Si c'est vous, vous avez très bien fait.

— Je vous jure...

— Que m'importe?...

— Je ne suis pas capable d'une telle lâcheté...

— N'avez-vous pas déjà envoyé un télégramme à M. Gradignan pour le rappeler à Paris?

Le baron fut interdit.

326 L'ENFANT DU DiVOUCE

Il n'avait pas cru jusqu'alors que Marion Tavait deviné. Il n'eut pas le courage de nier.

— J'étais fou, dit-il. — Je vous aimais tellement que je souffrais le martyre en vous voyant à un autre... J'ai su ce qui se passait... J'ai appris que vous étiez allée à Souvigny, que vous aviez vu M. de Fleurance, que vous étiez partie pour Tours avec lui...

Je le détestais déjà, mais à ce moment la colère m'aveuglait! Je vous ai dit que je devais me battre avec lui... Je l'aurais tué avec joie!... je vous l'aurais enlevé...

Marion ricana.

— ■ Mais ce duel n'a pas lieu, fit-elle.

— Non... M. le marquis de Fleurance s'abrite derrière un prétexte de créance, derrière une dette!... Je lui dois de l'argent, c'est vrai; alors il ne se bat pas ! ... Le code de l'honneur le défend ! ... On insulte bien celui qui est votre débiteur, mais quand on est gentilhomme, on ne lui accorde pas de réparation!... C'est lâche!

Alors, Marion, impatientée, énervée, en ayant assez, l'arrêta.

— Laissez-moi donc tranquille avec vos déclamations ! dit-elle durement. — M. de Fleurance sait mieux que vous ce que l'honneur exige.

Loriol fut saisi du ton de la jeune femme.

Il sentit passer dans son emportement comme un aveu audacieux de son amour.

Il avait devant lui la maîtresse qui défend son amant.

— M. de Fleurance, reprit Marion, vous a traité comme vous le méritez!... Qu'a-t-il à faire avec vous?

— Il m'a insulté... et il refuse de se battre!... proféra le baron blême.

— Il a raison! riposta Marion. — On ne se bat pas avec un homme tel que vous!... Ce serait trop d'honneur, vraiment!

Loriol eut un rugissement de rage et d'impuissance.

— Un homme d'honneur, reprit Marion avec mépris, ne peut se commettre avec vous. . . pas plus qu'une femme ne peut vous aimer !

— Vous aussi! dit alors le baron d'une voix qui grinçait. — Vous approuvez votre amant!... vous m'insultez à votre tour!... Ah! prenez garde!... vous ne savez pas ce que peut faire l'amour qui se change en haine, la passion qui s'exaspère jusqu'à la rage!...

Marion était énervée.

Elle ne pouvait plus rien entendre de cet homme qui ne lui inspirait que mépris et dégoût.

— • Finissez donc!... lui dit-elle.

Et pour lo chasser, en même temps que pour le contraindre à crier moins haut, elle ouvrit la porte.

Loriol se disposa à sortir.

— Je me vengerai!... lui dit-il en passant devant elle, les dents serrées par la colère. — Je me vengerai de lui et de vous!... Vous verrez!...

Sans repondre, Marion repoussa la porte avec force, le contreignant ainsi à sortir, le laissant sur le palier exaspéré, furieux, véritablement hors de lui.

— Qu'il fasse donc ce qu'il voudra!... se dit-elle. — Je me moque de lui et de ses menaces!

Puis, avec un rictus méchant et cruel :

■ — La belle marquise de Fleurance sera libre lorsque le divorce sera rétabli. Qu'il aille donc lui offrir ses hommages et ce titre de baron... de principauté qui n"a pas séduit autrefois le duc de Glamondans.

En vérité, Marion était fort peu émue par les menaces du prétentieux personnage.

Que pouvait-il contre elle?

Du côté de son mari, qu'avait-elle à craindre?

Quelle nouvelle infamie anonyme ou avouée Loriol pouvait-il commettre contre elle?

Gradignan savait tout aujourd'hui!

Marion en était heureuse.

Elle n'avait souffert qu'un court instant de la honte d'être chassée et de l'affront humiliant qui lui avait été fait devant tous.

Mais elle n'en voulait même pas à son mari.

Elle n'avait pas tardé à sentir se dissiper sa révolte du premier instant et à comprendre les avantages de sa situation nouvelle.

Elle élait libre maintenant.

M. Gradignan, lorsqu'il y aurait réfléchi, voudrait probablement faire sanctionner sa rupture par les tribunaux.

Il divorcerait dès que cela serait possible.

C'est tout ce qu'elle désirait.

Sa liberté, ainsi, serait entière, et c'est ce qu'elle voulait, car elle tenait à se faire épouser par le marquis de Fleurance.

Elle voulait être marquise.

Elle avait juré de l'être.

Du côté de son amant, que pouvait Loriol contre elle? Il ignorait ce qui s'était passé.

Ce n'est pas lui qui était de taille à pénétrer le mystère devant lequel la justice elle-même était impuissante.

Il ignorait où se trouvait la marquise de Fleurance.

Il ne la retrouverait pas à l'Hôtel-Dieu ni en prison, où personne ne la connaissait.

Alors que ferait-il?

Marion se sentait forte dans sa position.

Elle avait reconquis celui qui le premier, le seul même avait fait battre son cœur et enflammé ses sens.

Elle avait reconquis cet amant de sa jeunesse.

Elle ne le perdrait pas aujourd'hui.

Ni le baron Loriol, ni personne ne serait capable de le lui enlever.

L'ensorceleuse savait qu'elle le tenait puissamment par l'ardente passion qu'elle lui avait inspirée et que ses baisers amoureux avivaient sans cesse.

L'avenir était pour elle !

Cependant, quand elle y réfléchit au bout d'un moment, Marion se mit à songer.

Les menaces de Loriol tintaient encore à ses oreilles.

Elle les avait méprisées, mais elle ne pouvait se défendre de l'impression qu'elle en avait ressentie.

Qui sait quel plan avait le baron?

Pour avoir promis de se venger, n'en avait-il pas déjà combiné les moyens?

Elle aurait mieux fait de le laisser parler. — Dans son emballement, il aurait peut-être divulgué ses projets.

Que pourrait-il faire?

Alors Marion y songea sérieusement.

Le divorce allait être rétabli, mais la loi nouvelle allait être hérissée de difficultés.

Le projet de loi avait été renvoyé du Sénat à la Chambre pour être modifié, et il venait de revenir à la chambre haute.

Les journaux, que Marion avait lus attentivement, avaient dit dans quelles conditions le divorce pourrait être prononcé, après le vote définitif et la promulgation de la loi.

Les causes seules du divorce seraient l'adultère, les sévices et les injures graves.

Le baron Loriol serait peut-être appelé.

L'ENFAiN-f DU DIVORCE

Le soir, Marion acheta encore un journal. (P. 330.)

Gela inquiétait Marion.

Etait-ce de son intervention devant le tribunal qu'il avait voulu la menacer?

La perfide créature, qui avait réussi à faire entrer dans l'esprit de

son amant l'idée de l'infidélité de sa femme, n'y croyait pas elle-même.

Ce qu'elle savait de la marquise de Fleurance, la simplicité de ses

42« Liv. — l'enfant du divorce,

goûts, son existence retirée, son amour maternel, suffisait pour qu'elle eût discerné en elle l'épouse fidèle, incapable d'un oubli de ses devoirs et d'une faute contre son honneur.

Loriol aurait-il le moyen de rendre impossible ce divorce qu'elle désirait si ardemment pour prendre le nom et la place de Geneviève?

Marion sentait que c'était de ce côté qu'il fallait aviser.

Elle redoutait l'hostilité du baron.

Sûrement, il allait se tourner vers la marquise de Fleurance.

Il allait la rechercher.

Mais alors elle se disait :

— Il faut que je hâte les affaires !... Il faut que le divorce de Guy soit prononcé avant que sa femme soit libre, avant qu'on sache la vérité; car on la saura immanquablement un jour !

Et cette loi que ces vieux sénateurs ne se décident pas à voter!... Qu'attendent-ils donc?...

Si le divorce pouvait être rétabli tout de suite, il n'y aurait plus rien à craindre. — La femme de Guy a disparu. Personne ne sait ce qu'elle est devenue. — Que lui opposera-t-on, que pourra faire le baron Loriol quand Guy dira aux juges qu'elle est partie avec un amant et qu'il n'a plus eu de ses nouvelles ?

Voilà ce qu'il faudrait !

Le soir, Marion acheta encore un journal.

On n'y parlait pas du divorce.

Les chambres étaient en congé à cause de la fête nationale qui venait d'avoir lieu.

Elles ne rentraient en session que le mardi de la semaine suivante.

Le projet de loi rétablissant le divorce, définitivement adopté avec ses modifications par la Chambre des députés, était à l'ordre du jour du Sénat.

On allait passer au vote en dernière lecture.

D'ici là, pourvu qu'il ne se produisit rien de nouveau !

Marion était tenue au courant.

Elle savait que la marquise de Fleurance était toujours à l'Hôtel- Dieu et que son état ne cessait d'inspirer les plus vives inquiétudes

Le juge d'instruction n'avait rien découvert.

On continuait à ignorer l'identité de celle qu'on accusait d'avoir volé les bijoux de la marquise de Fleurance.

Mais demain, ne saurait -on rien?

Ce juge de paix de Souvigny, à qui M. Cordurier avait envoyé une

L'EiNFANT DU DIVORCE 331

commission rogatoire, n'allait-il pas reconnaître Geneviève dans le signalement qui lui avait été envoyé ?

Ne devait-on pas être intrigué par l'absence incompréhensible de la marquise que l'on n'avait pas revue aux Migettes?

D'autre part, que faisait M. Gradignan?

Marion n'avait plus entendu parler de lui.

Elle aurait bien voulu savoir quelles étaient ses intentions pour pouvoir être rassurée ou se défendre.

Marion avait tort de s'inquiéter au sujet de son mari.

Le négociant bordelais était bien près de ne plus songer à elle.

Sur le coup de la colère amoncelée par la révélation qui venait de lui être faite, il avait chassé celle qui l'avait trompé dès le premier jour.

En cela, il avait été expéditif comme il l'était habituellement dans ses négociations commerciales.

Puis, Marion partie, Gradignan avait eu un instant d'attendrissement, la tête dominée par le cœur qui se souvenait de tout l'amour qu'il avait eu pour cette femme.

Mais elle n'était plus là.

Alors, ce qui était fait était fait.

Il ne fallait plus y revenir, et la tête reprit le dessus sur le cœur.

L'amour se trouvait tout à coup tué, anéanti en lui, sous l'inlluence du mépris qui l'envahissait.

Le commerçant, l'homme pratique reparaissait.

Qu'était Marion maintenant de plus pour lui que le client qui devient insolvable, qui à l'échéance laisse protester sa signature?

Il s'était trompé à son égard, voilà tout.

Dans sa vie commerciale, c'est ainsi qu'il agissait.

Malgré les relations souvent amicales qui s'établissaient entre le négociant et certains clients, à la suite des fournitures suivies et régulièrement payées qu'il avait à leur faire, l'amitié ne l'arrêtait pas le jour où le client devenait mauvais.

En affaires, il n'y avait pas d'amis.

Du jour où les traites retournaient protestées, M. Gradignan ne connaissait plus rien.

Il n'était pas processif.

Un protêt lui suffisait et il n'aimait pas à dépenser de l'argent en frais de poursuites pour tenter d'opérer des rentrées contcntieuses et par trop hypothétiques.

Les huissiers seuls y auraient eu du bénéfice.

Notre Bordelais n'aimait ni les huissiers ni les hommes de loi.

Souvent même, un client ayant été déclaré en faillite, il n'avait pas produit le bordereau de sa créance.

Ça n'en valait pas la peine.

Le failli aurait son concordat avec cinq ou dix pour cent ; il était inutile de se déranger pour recouvrer une somme dérisoire, compensée au delà par les pertes de temps et les tracas.

Gradignan faisait une croix là-dessus.

Envers Marion, il en était de même-.

Le divorce !... La séparation !... Il n'y songeait même pas.

A quoi bon ?

Encore un procès, des dérangements, des frais, des gens de justice !

Qu'elle aille se faire pendre où elle voudra !

Seulement, cette rupture amenait un bouleversement dans l'existence matérielle de notre homme.

Il s'était habitué à son intérieur, à cette vie à deux.

Allait-i] vivre en garçon désormais?

Achille Gradignan ne se sentait pas disposé à ce genre de vie qui n'a d'agréments que pour ceux qui s'amusent, qui font la noce^ qui ont des maîtresses.

Lui, il ne songeait qu'à ses affaires.

Le commerce, où il réussissait fort bien, était son unique passion.

Alors, il allait aviser.

Le négociant ne fut pas long à prendre une détermination.

En trois jours, il avait décidé ce qu'il allait faire.

Il ne pouvait pas penser à vendre sa maison de Paris ; jamais il n'en aurait trouvé le prix qu'elle valait.

Mais d'autre part, il ne voulait pas la conserver lui-même, car il sentait que l'ennui le gagnerait dans sa petite maison de Saint-Maurice.

La solution, ménageant tous les intérêts commerciaux, s'offrit toute seule.

Le premier employé de la maison, Gaétan Lespinasse, était un cousin germain d'Achille Gradignan, un Bordelais comme lui, un brave garçon en qui il avait toute confiance.

Il deviendrait son représentant à Paris.

Gradignan l'avait pris avec lui pour lui faire une position, et le jeune homme s'était montré digne de ce que l'on avait fait pour lui.

Il connaissait la partie à merveille.

Il était en rapport avec toute la clientèle.

C'est lui qui resterait à Paris et qui gérerait la maison.

Gradignan lui donnerait une part d'intdrôts dans les affaires, — vingt pour cent des bénéfices annuels, — en sus des six mille francs d'appointcment qu'il lui comptait déjà.

Quant à lui, tranquille au sujet de sa maison qui continuerait à prospérer, il retournerait dans son pays.

L'hiver, il habiterait Bordeaux; l'été, Arcachon, où il avait une « bastide » au bord de la mer ; et l'automne, à Léognan et à Cestas pour surveiller ses vignobles et diriger ses vendanges et sa vinification.

Il serait là en famille, avec Thérèse Gradignan, sa sœur, vieille fille qui n'avait jamais approuvé son mariage, car Marion n'avait jamais eu l'heur de lui plaire.

Et aussitôt dit, ce fut exécuté.

A la fin de juillet, M. Gradignan était prêt à partir.

Marion n'en sut même rien.

Enfin, le 29 juillet, le Journal officiel publia le décret présidentiel promulguant la loi rétablissant le divorce que le Sénat avait définitivement volée.

Marion lut cela dans les journaux.

Elle acheta « l'officiel » et elle étudia, en de longues colonnes de texte compact, toutes les dispositions de la loi.

Maintenant, il n'y avait plus à hésiter, ni un instant à perdre.

Il fallait que Guy introduisit sur-le-champ son instance.

L'occasion était propice, toutes les circonstances étaient favorables,

La marquise, à l'Hôtel-Dieu, minée par la fièvre cérébrale, était toujours entre la vie et la mort.

On ne savait pas si elle en réchapperait.

Si on parvenait à la sauver, il y avait bien des chances pour qu'elle demeurât privée de la raison.

Le procès irait tout seul.

Le jugement serait rendu par défaut et les délais se trouveraient ainsi fort abrégés.

Marion avait étudié particulièrement le cas où le conjoint défendeur ne se présente pas devant le tribunal.

Elle était ferrée là-dessus comme le premier avoué.

Il fallait donc agir sans relard, et elle se chargeait bien d'y décider son amant, déjà si habilement préparé, et qui, grisé sans cesse par ses baisers, était en quelque sorte devenu son esclave.

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