‹ L'enfant du divorceChapitre 36 sur 88 · CONSULTATION · texte numérisé non relu

CONSULTATION

i^ARiON avait bien préjugé des dispositions de son amant.

Aveuglé à la fois par la passion que la perfide ensorceleuse <)'(LÎi) avait su lui inspirer et qu'elle maintenait en lui au même degré d'excitation, et par le ressentiment qu'il éprouvait à l'égard de Geneviève que, inspiré par Marion, iL croyait réellement coupable, le marquis de Fleurance attendait lui-même avec impatience le rétablissement du divorce.

Autrefois il avait blâmé cette campagne qu'avait si énergiquement entreprise Alfred Naquet.

Il y a cinq ans, lorsque le député de Yaucluse fit sa brillante tournée de conférences pour répandre partout les idées dont il s'était fait l'apôtre, Guy, comme le plus grand nombre des gens de son monde, qualifiait volontiers le divorce de loi impie, qui désagrégerait définitivement la famille déjà si compromise sous le régime qu'il réprouvait.

Sa conscience de chrétien répugnait à la réapparition de cette institution que condamnait l'Eglise, vigilante gardienne de l'indissolubilité du mariage.

Aujourd'hui il aspirait à l'avènement de cette loi de délivrance, ainsi que la qualifiaient ses partisans.

Il l'attendait avec impatience, et il n'eut pas besoin que Marion lui en annonçât l'insertion à V Officiel et au Bulletin des lois.

Le marquis avait déjà lu la nouvelle dans le Gaulois et dans le Figaro, ses deux journaux habituels.

Partout, on ne parlait, d'ailleurs, que du divorce.

C'étaient d'acerbes critiques et des blâmes indignés ici, et là des approbations et des félicitations enthousiastes adressées au député qui avait poursuivi sans répit la mission qu'il s'était donnée.

Les journaux illustrés offraient à leurs lecteurs les portraits et les caricatures les plus variés d'Alfred Naquet.

Les journaux conservateurs et les organes catholiques annonçaient que ceux qui avaient encore la foi n'auraient jamais recours à cette loi impie et se contenteraient, le cas échéant, de la séparation de corps que l'Eglise admet.

L'I'NFANT DU DIVORCE 333

Les feuilles libérales et républicaines se préparaient, au contraire, à chcrclier dans la statistique des instances en divorce une sanction à la nécessité de la nouvelle loi.

On annonçait déjà que les présidents des tribunaux civils de tous les ressorts recevaient des requêtes préparées depuis longtemps par les avoués des demandeurs.

Les conversions en divorce des séparations de corps prononcées depuis plus de trois ans allaient seules fournir, dès les premiers mois, un contingent imposant de demandes.

Le marquis de Fleurance était bien décidé.

Il avctit fait taire sa conscience de chrétien et ses convictions de légitimiste.

Son procès allait être commencé sans délai.

Une seule chose le préoccupait : le bruit, le scandale qui pourrait être fait autour de son instance.

Il voulait éviter à son nom la publicité des débats.

Il lui répugnait de penser que, dans les comptes rendus judiciaires, on pourrait parler de lui et le classer publiquement sous l'étiquette des maris qui n'ont pas su inspirer à leur femme une affection sans partage.

Il aurait voulu que son procès passât inaperçu.

Marion savait tout cela et elle était prête à éviter à son amant toutes les démarches ennuyeuses.

Mais il fallait être renseigné exactement.

Les journaux avaient eu beau donner en son entier le dispositif de la loi nouvelle, il était nécessaire de consulter un homme compétent, une personne habituée à la procédure, ayant la pratique des lois et l'interprétation des textes, qui donnerait son opinion sur le cas en question.

Il importait avant tout à Mai'ion de savoir s'il n'y avait aucun obstacle, si le divorce du marquis de Fleurance serait obtenu sans difficulté.

Il fallait connaître l'avis d'un homme de loi, d'un avoué, d'un jurisconsulte quelconque.

Qui sait si, pour assurer le succès de l'instance et la rapide exécution de la procédure, il n'y avait pas quelques précautions préalables à prendre, certaines démarches à faire, diverses pièces à se procurer?

Il ne suffisait pas à Marion de savoir que Guy était sérieusement disposé à demander le divorce et qu'il consentirait à faire tout ce qui était nécessaire pour l'obtenir.

Elle voulait aussi savoir par elle-même tout ce qui se passerait, être

renseignée directement, afin de se former une opinion et d'étayer sa confiance dans l'issue du procès.

Elle aurait désiré être avec son amant, lors de la visite qu'il ferait à son avoué pour exposer son cas et prendre les informations préliminaires qu'elle jugeait indispensables.

Mais elle comprenait bien que cela était impossible.

La prudence, autant que les convenances extérieures, s'opposait à ce qu'elle fût là.

Alors l'habile créature, dont l'intelligence fort vive était fertile en expédients et l'esprit apte à toutes le roueries, eut vite fait de trouver un moyen.

Elle proposa à Guy de faire elle-même la démarche dont on venait de parler.

Elle irait voir un homme d'affaires à qui elle exposerait le cas comme si c'était le sien propre.

Elle prendrait cette consultation en son lieu et place.

Cela éviterait au marquis de Fleurance tout ce que cette visite avait d'ennuyeux et de désagréable.

Bien mieux : Marion trouva un argument qu'elle fit valoir à son amant avec une habileté machiavélique.

Guy voulait éviter le bruit qui pourrait être fait autour de son nom.

Cela coupait court à tout.

Encore qu'il se rendrait chez un homme d'affaires sans se faire connaître ou qu'il se confierait à la discrétion professionnelle d'un avoué honorable, il ne pouvait être certain que l'homme d'affaires ne chercherait pas à le connaître ou que l'un des clercs de l'étude de l'avoué, qui le reconnaîtrait, n'aurait pas la langue trop longue.

En y allant à sa place, rien ne transpirerait.

Ce n'était pas à Paris que l'on introduirait l'instance en divorce. Elle y aurait quand même quelque retentissement à cause du nom et de la haute situation de fortune et des nombreuses relations du marquis de Fleurance.

A Paris, on ne pourrait tenir la presse entière pour l'empêcher de parler de ce divorce qui provoquerait un légitime étonnement et une vive curiosité.

Le procès serait fait à Tours.

Le marquis de Fleurance en avait le droit.

Son domicile légal était aux Migettes, sur le territoire de la commune de Souvigny.

Marion commença. (P. 340.)

Mais les renseignements, c'est à Paris qu'il fallait les prendre, avant d'engager l'action là-bas.

Alors, il était inutile que le marquis fît lui-même la moindre démarche.

11 était au contraire fort prudent de s'en abstenir.

Le marquis de Fleurance trouva la proposition de sa maîtresse fort prudente et fort ingénieuse.

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Il ne soupçonna pas l'habileté et la rouerie qui l'avaient inspirée. C'est de grand cœur qu'il acquiesça et Marion, tout heureuse, songea aussitôt à faire cette démarche.

Depuis le jour même de la promulgation de la loi rétablissant le divorce, on voyait à la quatrième page des journaux les annonces de nombreux « jurisconsultes » offrant leurs services aux époux mal assortis.

Marion n'avait que l'embarras du choix.

Une de ces insertions l'arrêta de préférence aux autres.

Elle était ainsi conçue :

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