VENTE POUR CAUSE DE DÉPART FORCE
A conversation qu'il avait eue avec Denis avait vivement frappé Lebon.
Il se félicitait de Tintelligence qu'il avait déployée pour amener le valet de chambre du duc de Glamondans, à lui faire des confidences.
Il ne lui semblait plus difficile maintenant de rétablir les faits tels qu'ils avaient dû se passer.
C'est ainsi que la marquise désespérée du faux imputable à son frère, n'avait eu d'autre moyen de se procurer les fonds nécessaires que d'engager ses bijoux pour en avoir de l'argent.
Elle avait dû frapper à bien des portes avant de songer au Mont- de- Piété.
C'est pendant ses démarches et ses nombreuses allées et venues, qu'elle avait été volée sans doute.
Alors, de nouvelles tribulations avaient commencé.
Privée de guide à Paris, elle s'était résolument mise à la recherche de sa voleuse.
De là son silence. Que pouvait-elle écrire, en effet?
Ces bijoux étaient son unique ressource pour sauver l'honneur du nom de Glamondans ; il fallait à tout prix les retrouver.
Enfin le hasard l'avait favorisée.
La voleuse était venue bêtement se faire prendre au Mont-de-Piété.
Maintenant, sans doute, M""* de Fleurance devait recommencer ses démarches.
Mais son absence avait été longue, le marquis s'était inquiété. Il n'avait su que penser tout d'abord, puis son énervement aidant, il avait fini par croire à une faute, à un abandon du domicile conjugal.
L'idée était folle, certes, mais après tout, le marquis était-il enchanté de se débarrasser d'une lourde chaîne.
Deux cas alors se présentaient : ou la marquise continuait ses recherches; il était de son intérêt de la retrouver.
Il était nécessaire de l'aider pour obtenir cet argent.
Ou, prise de terreur, seule à Paris, elle s'était enfuie. Il fallait encore dans cette alternative se mettre en quête de ce qu'elle avait pu devenir, pour la rassurer, et arriver enfin à toucher ces trente mille francs.
Décidé à rester à Paris, poussé par cette nécessité, Lebon se mit à réfléchir à son étude et à une grave question qui le préoccupait.
Le marquis divorçant exigerait prochainement sa reddition de comptes.
Sans doute, il verrait alors le chèque entaché de faux, que Lebon avait été obligé de remettre dans les pièces avant^son départ.
Il est vrai que tout cela était dans son tiroir, mais il suffisait d'un hasard pour mettre le marquis au courant de cette histoire.
Quel gâchis alors!
— Bah! pensa enfin le caissier, cela se passera comme tous les ans, le marquis, qui est l'insouciance même, signera sans le regarder son établissement de compte; puis on brûlera ensuite les pièces inutiles.
Ce qui n'empêche pas qu'avec cette combinaison, je ne gagne rien. J'ai bien repris dans la caisse de mon patron, l'argent que j'avais déboursé, mais mes projets si habilement ourdis, tombent à l'eau, du fait de cette marquise qui s'obstine à ne pas donner signe de vie.
Donc, si je retourne à Tours, je suis Gros-Jean comme avant; tandis qu'en restant à Paris, j'ai la chance de mettre la main sur la sœur du duc et par conséquent sur le magot.
Reste à savoir où et comment je vais la retrouver.
J'ai la ressource de la faire rechercher par une de ces agences officieuses qui pulullent dans Paris.
Oui, mais je les connais ces agences.
Je serais roulé par quelque bon confrère, qui me prendra mon argent et ne me donnera rien en échange.
Une idée alors frappa subitement Lebon, qui s'arrêta soudain.
— Parbleu! s'écria-t-il d'une voix si élevée que plusieurs passants se retournèrent pour regarder cet original qui gesticulait et parlait comme s'il eût causé avec son interlocuteur. Parbleu! la voilà bien l'idée que je cherchais !...
Pourquoi ne serais-je pas mon propre agent?
Pour fonder une agence, il faut des affaires ; or, n'ai -je pas en mains deux superbes affaires : l'emprunt du duc et le faux chèque ?
Hé! hé! mon gaillard, ce n'est pas si mal imaginé, cela.
Il y a bien des camarades qui se contenteraient d'une seule de tes affaires et en feraient leur choux gras, encore.
L'ENFANT DU DIVORCK 407
C'est même assez bute à moi de n'avoir pas songé plutôt à cela.
Au lieu de m'entcrrer à Tours avec cet excellent M* Ducormier, jai de l'argent à 2:agner à Paris.
Oui, Paris... Il n'y a que là que l'on fait fortune!... c'est là que convergent et qu'aboutissent toutes les intelligences, se dit rhonr.ôte caissier qui ne doutait pas de sa supériorité intellectuelle. Paris!... j'ai toujours eu dans l'idée que c'est à Paris que je finirais!...
Il suffit d'avoir le pied à l'étrier pour se retirer avec quelques bonnes rentes; que puis-je demander de plus que ce qui me tombe du ciel.
Ces réflexions décidèrent complètement Lebon qui, d'un pas alerte, entra dans le premier café venu pour consulter les Petites Affiches.
Il trouverait bien, pensait-il, un fond à acheter, cela le dispenserait de faire une installation, toujours onéreuse.
Le hasard lui sourit bien, car ses yeux furent immédiatement frappés par une annonce de vente.
Un cabinet d'affaires à céder, avec les meubles et la clientèle, rue de Franche-Comté, numéro 6, s'adresser à M"' Hippolyte.
Décidé à ne pas perdre de temps, Lebon se rendit sur l'heure à l'adresse indiquée.
Au cinquième étage, il sonna à une porte que désignait l'inscription du « capax en droit ».
Étrange coïncidence, le vilain personnage se présentait justement à l'étude de l'agent d'affaires qui avait donné à Marion une consultation sur le divorce.
Le même petit saute-ruisseau, les oreilles en avant et le nez retroussé, l'introduisit cette fois auprès de M"" Hippolyte, solide matrone d'une cinquantaine d'années environ, débordante de chair et de santé.
Lebon, d'un seul coup d'oeil, l'eût jugée, évaluée et comprit à quel genre de femme il avait à faire.
Il flairait quelque chose.
Évidemment ce cabinet d'affaires sur la porlo duquel il venait do lire le nom d'IIippolyte et la qualité de capax en droit, n'était pas géré par cette opulente matrone,
jyjme Hippolyte n'avait pas l'air veuve non plus.
Il se passait donc quelque chose qu'il importait d'éclaircir, car cela pouvait avoir un intense intérêt sur le prix à débattre.
M. Lebon, tout en inspectant le mobilier, dont la vue lui suggéra une grimace, interrogea.
— C'est vous, madame, qui êtes chargée de vendre ce cabinet d'atïaii:es?
— Oui, monsieur, répondit M""" Hippolyte, c'est moi... au lieu et place de mon mari... qui est absent en ce moment... qui est en voyage...
— En voyage 1... fit le caissier avec incrédulité fort peu dissimulée. — ■ Mon mari a été obligé d'aller dans le Midi... à cause de sa santé...
oui, à cause de sa santé... C'est le médecin qui le lui a ordonné... et il a dû partir tout de suite.
L'embarras de la puissante femme était manifeste, quelque préparée qu'elle fût à débiter cette fable, car elle se sentait gênée par les regards perçants que son interlocuteur lui lançait par-dessus les verres de ses lunettes.
Pour détourner la conversation, et en même temps pour se renseigner, elle demanda :
— Puis-je savoir de quelle part vous venez?
— D'aucune part, répondit Lebon. J'ai lu l'annonce que vous avez faite dans les Petites Affiches, voilà !
Par conséquent, aucune commission à payer à un intermédiaire sur la vente ; c'est ce que vit tout de suite la femme du capax en droit.
A son tour, l'ex-caissier de M* Ducormier questionna.
Il se fit montrer le logement ; il critiqua assez vertement le mobilier qui lui paraissait bien mesquin pour la clientèle distinguée qu'il possédait déjà, assurait-il; il trouva bien pauvre le chiffre d'affaires que faisait M' Hippolyte et très élevé le prix de cinq mille francs que sa femme espérait tirer du fond, de l'agencement et de la clientèle.
Enfin, il annonça qu'il reviendrait le lendemain s'il se décidait à traiter.
Avant de se prononcer, le rusé compère tenait à voir clair dans l'affaire.
Avec son habitude de ces sortes d'affaires, M. Lebon eut vite fait de savoir la vérité.
La première agence de renseignements commerciaux à laquelle il s'adressa l'édifia du coup.
Le cas de M. Hippolyte était connu.
Le jurisconsulte de la rue de Franche-Comté avait jugé prudent de déguerpir pour se soustraire aux conséquences de diverses plaintes que certains clients, trop grincheux, à son avis, avaient portées au parquet.
H avait passé la frontière.
Ce voyage dans le midi pour cause de santé, était un départ forcé dans le nord ou dans l'est.
Voilà quel était le motif réel de la vente.
Puis il présenta la plume à M™'= Ilippolyte. — Signez maintenant, prononça-l-il... (P. 412.)
M"' Ilippolyte devait avoir hâte de réaliser pour aller rejoindie son mari qui, malgré son habileté et son peu de scrupules, ne devait pas être parti avec une grosse somme.
C'était en l'élat une bonne affaire pour Lebon.
Il ne tenait pas à la clientèle.
Ce qu'il lui fallait, c'était simplement un cabinet, uu.' iuslalhilion.
11 voulait payer ça le meilleur marché possible.
32'= Liv.
^2« IIV. — L KNKAVr DU DIVOUCE.
Revenu comme il l'avait dit, à la grande satisfaction de M"^ Hippolyte qui pensa aussitôt avoir trouvé son acheteur, il entra cette fois, sérieusement en pourparlers.
— Voyons, dit-il, avant tout parlons du prix. Yous m'avez dit cinq mille francs; ce n'est pas probablement votre dernier mot?
— Cependant, fit vivement la femme du jurisconsulte en fuite, un cabinet comme celui-ci...
— Oh!... non, interrompit l'habile bonhomme, je vous ai dit hier ce que je pensais du mobilier; tout est à renouveler. Il ne vaudra pas le prix du transport à l'hôtel des ventes.
— Gomment...
— Du reste, il ne me suffit pas.
— Mais il y a la clientèle, monsieur!
M. Lebon toussota.
— La clientèle!... voyons, ma chère dame, je suis au courant, fit-il malicieusement. Je n'ai pas voulu vous contredire quand vous m'avez dit que votre mari était en voyage pour sa santé... Mais je sais fort bien...
— Que savez- vous?.,, fit M""^ Hippolyte devenue pâle.
— Je sais que la clientèle est plus disposée à aller chez le procureur de la République qu'à revenir ici.
La puissante matrone ne répondit pas.
— Alors vous voyez... ne parlons pas de la clientèle, fit Lebon.
Si encore il y avait quelques affaires sérieuses, ajouta-t-il. Voyons, montrez-moi ce qu'avait M* Hippolyte ; je veux bien examiner cela pour vous faire plaisir.
La femme du jurisconsulte ouvrit un carton, le seul qui contint quelques papiers au milieu d'une sextuple rangée d'autres revêtus de superbes étiquettes mais absolument vides, et elle en tira quelques dossiers qu'elle déposa sur le bureau en disant :
— Tenez, monsieur, rendez-vous- compte... vous verrez que malgré la situation, la somme que je vous ai demandée est bien peu de chose.
Que voulez-vous?... on n"a pas toujours affaire à des clients convenables... il y en a qui ne sont jamais contents... ils croient toujours qu'on les exploite... qu'on veut les voler... c'est pour cela qu'il y aune plainte...
— Évidemment, fit complaisamment le caissier du notaire tourangeau, il y a toujours des mécontents.
Enfin, voyons cela.
Lebon fixa ses lunettes sur ses petits yeux clignotants et ramenant
sur le front, par son tic favori, la mèche rebelle qui résistait énergiquement à tous les appels, il s'installa dans le fauteuil de son préde'cesseur et sans plus de formalités, avec son sans gône incroyable, il se mit en devoir de compulser les dossiers de ce pauvre Ilippolyte.
— Affaire Romignet, fit-il en saisissant au hasard Tun des dossiers, voyons cette affaire Romignet... Hum! avance sur titres, ce n'est guère intéressant.
Il prit un autre dossier.
— Affaire Alfonso Cacérès et Montilla; recherche d'héritiers... Bon! bon! dit-il d'un air goguenard des châteaux en Espagne sans doute, c'est trop loin pour moi ; à un autre.
Ah! ah! recherche de l'épouse Liancourt, née Saint-Savin, pour le compte du mari... maigres renseignements, maigres... pas très fort le bonhomme... ce n'est pas ce que je vois là qui a dû beaucoup aider M. Liancourt à retrouver sa chère moitié.
Affaire Dugers; surveillance de M""' Dugers pour le compte du mari... Tiens ça peut être drôle... Regardons :
Le 6 mai. — Le jeune homme attendait dans une voiture en face de la Chapelle expiatoire... drôle d'endroit... M"" Dugers n'est pas venue.
Le 11 mai. — Toujours rendez-vous au même endroit.
M"* Dugers est arrivée à trois heures de l'après-midi... Le fiacre est parti au galop... perdu leurs traces.
Le 17 mai. — Même résultat.
Le 19 mai. — Indication fausse, personne au rendez-vous.
— En voilà assez, s'écria Lebon en froissant le dossier... Tiens, qu'est-ce que cela?
Affaire de Saint-Marcel, surveillance de M. Dugers... oh! j'y suis.
La femme espionnée pour le compte du mari et le mari pour celui de l'amant... Evidemment, il ne pouvait guère y avoir de résultats appréciables.
Eh bien, vous savez, dit le caissier relevant brusquement la têlc et fixant la grosse femme. Il n'y a rien de bon dans tous ces dossiers.
Pas cela! ajouta-t-il en employant ce geste significatif qui consistée faire claquer l'ongle du pouce contre les incisives supérieures.
— Si M. Hippolyte était encore ici, soupira la matrone, il se chargerait bien de vous démontrer que son étude était une des meilleures de Paris...
— C'est possible, chère madame, répondit narquoisement Lebon, mais comme il n'est pas là et que je doute qu'il vienne de quelque temps, je me vois forcé de penser différemment jusqu'à preuve du contraire.
— Que concluez-vous, alors ?
— Je conclus qu'en vous donnant quinze cents francs du tout, je ferai encore une folie. Mais que voulez-vous, ajouta-t-il avec une pointe d'émotion, je n'ai jamais pu voir une femme dans l'embarras sans venir à son aide... Je me laisse toujours entraîner par mes sentiments.
— C'est bien peu quinze cents francs, fit M°" Hippolyte essayant de lutter timidement contre l'aplomb merveilleux de ce singulier acquéreur qui s'était déjà installé comme en pays conquis...
Elle s'arrêta net devant l'air scandalisé de Lebon.
— Bien peu !... s'écria-t-il ! Bien peu !... mais, madame, sachez que quinze cents francs, c'est une somme. Apprenez que cette étude ne vaut même pas la moitié de ce que je vous offre et que si ce n'avait pas été par mon bon cœur, je n'eusse pas consenti à fixer un prix... je regrette profondément que vous n'ayez pas compris le mobile qui me faisait agir ainsi... Il ne me reste plus qu'à me retirer.
Effrayée, ne voulant pas au surplus, perdre cet acquéreur, le seul qui se fût présenté, convaincue en partie par l'étonnant cynisme du personnage, M"' Hippolyte se précipita pour retenir Lebon, qui tranquillement assis dans un fauteuil, ne paraissait guère songer à mettre ses menaces à exécution.
— Soit, monsieur, finit-elle par dire, j'accepte.
— Je suis heureux de vous voir plus raisonnable.
— Mais c'est quinze cents francs comptant.
— En bons billets de banque, oui, madame... Allons, fit-il, nous allons en terminer aujourd'hui même et si vous voulez m'accorder quelques minutes, je vais rédiger l'acte de vente moi-même.
Il sonna le petit saute-ruisseau, lui demanda des renseignements, comme s'il eût été déjà en possession de l'étude et prenant deux feuilles de papier timbré qu'il avait apportées , il se mit en devoir d'écrire , ne s'en rapportant qu'à lui pour la rédaction de ces pièces importantes.
— Là, voilà qui est fait et bien fait, dit-il après un court instant de silence... Permettez-moi, madame, de vous en donner lecture.
Et d'une voix à peine distincte, embrouillant à dessein les phrases, le maître coquin lut l'acte qu'il venait de rédiger. Puis il présenta la plume à M"' Hippolyte.
— Signez maintenant, prononça-t-il...
Parfait!... ajouta-t-il lorsqu'il vit le nom signé au bas de la feuille. Maintenant nous sommes en règle tous les deux ! Et se levant :
— A bientôt, chère madame.
Décontenancée, M""' Hippolyte, le regardait faire.
L'KNl'ANT DU DIVOUCE 413
Enfin, d'une voix étranglée, elle interrogea :
— Et l'argent?
— L'argent! fitLebon.
~ Mais, monsieur, les quinze cents francs... j'ai signé l'acte... nous avons dit que c'était au comptant...
— Et je le dis encore, chère madame.
— Alors...
— Mon Dieu, mais vous n'entendiez donc jamais votre mari parler d'affaires?... c'est donc la première fois que vous voyez vendre un établissement?... Gomment, vous ignorez que je ne puis vous remettre un centime?...
— Mais il était entendu...
— Parfaitement, au comptant...
Je suis prêt à consigner les fonds, à les verser entre les mains de qui il appartiendra ; mais à moins de m'exposer à payer deux fois, il m'est interdit de vous payer avant que les délais d'opposition soient expirés.
— Les délais d'opposition !... on peut donc s'opposer...
— Naturellement, les créanciers, si vous en avez... il faut que je fasse publier la vente dans les annonces légales.
Allons, au revoir, madame, à demain, je viendrai pour entrer en possession.., ne vous dérangez pas, je me charge de toutes les formalités, enregistrement, annonces, etc.
A demain !
Et avec un salut que lui eût envié M. de Coislin, l'homme le plus poli de France, M. Lebon se retira le sourire aux lèvres, laissant la femme de son prédécesseur absolument navrée, car elle pensait bien que les oppositions allaient pleuvoir.
Sur le palier, Lebon jeta les yeux sur la plaque de cuivre qui l'avait fait sourire la première fois, avec sa bizarre qualification de « capax en droit ».
— Un terme que l'on ne comprend pas, se dit-il ; cela ne doit même pas faire de l'effet sur les imbéciles. — Je changerai ça. — Je ferai graver : « Maître Lebon », cela sonne mieux, et, comme qualité, « licencié en droit » ; c'est un titre sérieux, au moins... qui est-ce qui viendra me demander à voir si j'ai un diplôme.
Enchanté de son marché notre homme, se rendit immédiatement au bureau des Petites Afficher pour annoncer son achat et faire mettre ses oppositions entre ses mains, au cas où il y en aurait.
Puis, rassuré de ce côté, certain qu'il était d'avoir fait une excellente affaire, pour un prix dérisoire, il repartit le môme soir pour Tours.
M* Ducormier fut très surpris lorsque son fidèle caissier vint lui annoncer sa résolution de le quitter.
Il essaya vainement de le faire revenir sur cette détermination, mais Lebon fut inébranlable.
L'habile bonhomme expliqua qu'il était dans l'obligation de prendre la succession d'un cabinet d'affaires, qu'il était engagé par la signature qu'il avait imprudemment donnée autrefois pour rendre service, mais' que son plus vif désir était de liquider au plus vite pour se retirer dans un petit trou à la campagne.
Il donna des raisons si péremptoires, il parla si souvent de son honneur, que le notaire n'insista plus pour conserver celui qu'il tenait comme un serviteur modèle.
Le caissier demanda à son patron la permission de liquider son compte, au plus vite, et le notaire voulut bien y consentir.
Justement, on attendait le marquis de Fleurance pour son règlement de compte annuel, rendu nécessaire par son procès en divorce. Il profiterait de cette arrivée pour vérifier la comptabilité de son employé.
Les choses se passèrent conformément aux prévisions de l'astucieux caissier.
• Le marquis vint, au jour fixé, et insouciant comme un grand seigneur, il signa son compte, comme d'habitude, sans aucune observation.
Aussitôt après le départ de ce témoin gênant, Lebon s'empressa de mettre en lieu sûr le faux chèque sur lequel il comptait pour établir la base de sa fortune.
Il fouilla également dans son panier, pour y retrouver le vieux carnet de chèques désormais inutile que le marquis y avait jeté et fut assez heureux pour mettre la main sur la souche 649, correspondante au chèque surchargé par Denis.
Cette souche ne portait qu'une somme de huit mille francs et établissait le faux d'une façon irréfutable.
Il n'y avait, en effet, qu'à joindre la pièce principale au talon pour se rendre compte de l'addition de dix mille francs ajoutés par la main d'un habile faussaire.
Désormais à l'abri des recherches indiscrètes, sûr d'autre part que le procès en divorce du marquis allait aboutir bientôt, Lebon prit la résolution de repartir sur-le-champ pour Paris, afin de procéder à son installation.
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Il allait, selon son intention première, ne s'occuper pour l'instant que des deux grosses affaires qui, par leur importance, justifiaient toute son attention.
Ce fut donc plutôt par acquit de conscience, que dans l'espérance de continuer les affaires de son prédécesseur qu'il fit un inventaire détaillé de toutes les archives de l'étude du « capax en droit ».
Il remit les quinze cents francs à M'"^ Hippolyte, lui lit comprendre qu'il désirait ne plus entendre parler d'elle, consentit à conserver le petit saute-ruisseau, à la mine éveillée, qui lui parût être d'une excellente promesse pour l'avenir, et, ayant fait l'acquisition d'un monumental bureau destiné à remplacer la table à tout faire du cabinet de la rue de Franche-Comté, il prit enfin officiellement possession de sa nouvelle fonction.
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