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LA REQUETE DE CLAUDIA

ES vacances arrivèrent chez les Dames de l'Assomption, et la plupart des élèves prirent leur vol, s'éparpillant un peu partout, à la fantaisie de leurs parents.

Claudia de Saint-Pons suivit sa tante à Royan, non sans pleurer un peu à l'idée de laisser sa chère Diane.

La scène de la séparation fut touchante, et les deux jeunes filles se promirent bien de s'écrire.

Diane surtout était très affectée; n'allait-elle pas rester seule, privée de toute affection pendant deux longs mois? car il ne fallait guère compter sur son père qui ne faisait que de très rares apparitions à Auteuil, comme s'il eût craint les questions indiscrètes de sa fille.

Plusieurs élèves se trouvaient, comme Diane, obligées de passer les vacances avec les sœurs. Celles qui étaient des colonies ou dont les parents résidaient aux quatre coins de l'Europe, se voyaient également dans la nécessité de profiter de la distraction d'été de ces bonnes dames.

Le programme était bien toujours un peu le même, une courte saison de bains de mer à Saint- Guy et un pèlerinage à Sainte- Anne-d'Auray, mais enfin, c'était du mouvement.

Aussi, est-ce avec joie que les jeunes abandonnées apprirent que l'heure du départ allait bientôt sonner pour elles.

Ce voyage, dénué d'incidents, mit cependant un peu de joie dans les cœurs avides d'affection et de nouveauté.

La brise de la mer amena un peu de haie sur ces joues pâlies par l'atmosphère parisienne, et la traversée de la Bretagne calma un peu les angoisses de Diane qui devait aux habitudes casanières de sa mère i'avoir très peu quitté les Migettes.

Il fallut enfin revenir et reprendre la vie désœuvrée et vide du pensionnat.

Nanette venait quelquefois voir Diane.

La vieille bonne promenait bien un peu la jeune fille, essayant de lui faire admirer los monuments parisiens, s'ingéuiant à lui créer des

distractions, mais ces promenades que Diane ne demandait qu'à abréger, loin d'ôtre pour elle un sujet de distraction, étaient au contraire des plus pénibles.

La jeune fille parlait de sa mère ; Nanette ne pouvait donner aucune indication nouvelle à la pauvre enfant, et dans son embarras ne trouvait aucune réponse qui pût la consoler.

Diane, les soirs de ces sorties hebdomadaires, se cachait pour pleurer et s'endormait les yeux bouffis et rouges.

Elle demandait à Dieu de faire un miracle, désespérant à jamais de voir celle qu'elle adorait plus que tout au monde.

Enfin, M"' de Saint-Pons, fatiguée de son séjour à Royan, revint passer quelques jours à Paris, avant son départ pour les environs de Verrières.

Elle voulut bien autoriser sa nièce à aller au couvent rendre visite à Diane.

Elle-môme l'accompagna une fois, car elle avait pris la jeune fille en amitié, l'ayant déjà remarquée plusieurs fois au parloir.

Or, Diane, sous l'impression d'une sortie de la veille, était toute triste lorsqu'on lui annonça cette double visite.

Sa tristesse fut remarquée de la tante de Claudia qui voulut en connaître la cause et qui, sous les nombreuses réticences de la fillette, sentit le chagrin qui l'abattait.

— Voyons, mon enfant, lui dit-elle en l'embrassant affectueusement, vous voilà presque déjà une grande jeune fille et vous pleurez comme un bébé... Ce n'est pas gentil.

Diane courba la tête, le cœur gros, n'osant répondre.

— Sais-tu, tante, ce qu'il faudrait faire? s'écria Claudia en courant à son amie qu'elle entoura de ses bras.

— Je devine bien, dit celle-ci, mais il y a un gros inals...

— Oh! que non! il n'y a pas de mais... fit l'espiègle enfant ! Il faut enlever notre petite amie à ces Dames de l'Assomption et l'emmener avec nous au château.

— Tu en parles à ton aise, mon enfant, mais en dépit du vif plaisir que j'aurais à voir M"° Diane partager tes distractions, je ne puis vraiment me permettre de l'emmener sans l'autorisation de M. le marquis de rieurance.

Claudia fronça les sourcils et se mit à hausser les épaules.

— Et pourquoi cela, tante? si ces dames l'autorisent, n'est-ce pas suffisant?

— Non, je le répète, ce ne serait pas convenable ; je suis sûre d'ailleurs, que ta jeune amie, qui est beaucoup plus raisonnable que toi, est de mon avis. N'est-ce pas, mademoiselle?

Pour toute réponse, Diane, déçue dans l'espérance qu'elle avait conçue, baissa la tête et murmura :

— Oui! madame.

— Eh bien, il faut lui écrire, au marquis, tiens! reprit Claudia qui ne démordait pas de son idée,

— Claudia ! fit M°" de Saint-Pons d'un ton qu'elle s'efforçait de rendre sévère.

— Enfin, tu avoueras, marraine, que c'est désolant de voir cette pauvre Diane enfermée seule ici, pendant que son père doit chasser et que son oncle fait la noce.

M""" de Saint-Pons ne put s'empêcher de sourire à cette boutade de sa nièce. Elle se crut cependant obligée de la réprimander.

— Voilà de jolies expressions, vraiment ! Pouvez-vous me dire, mademoiselle, oii vous apprenez toutes ces belles choses?

— Un peu partout, répondit Claudia effrontément, lorsqu'on fréquente le monde, tu sais bien, tante, on est exposé à entendre tant de choses!

Complètement désarmée, M"^ de Saint-Pons ajouta en menaçant Claudia du doigt :

— Je ferai en sorte de vous y faire aller un peu moins, dans le monde.

Que diraient ces dames si elles entendaient la liberté de votre langage ?

— Ces dames, s'écria Claudia en riant, oh là ! là ! elles en entendent bien d'autres ! Avec ça que je me gêne avec elles ! Demande plutôt à Diane. D'ailleurs cela n'a pas d'inconvénient, elles ne comprennent pas, fit- elle avec une gaieté comique.

— Allons, il faut nous en aller, dit enfin M""^ de Saint-Pons... au revoir, mon enfant et ne pleurez plus, les larmes abîment ces jolis yeux-là...

Qui sait? j'ai une combinaison ici (elle désigna son front) qui pourrait bien faire plaisir à deux petites filles de ma connaissance.

— Et moi, ajouta tout bas Claudia à l'oreille de son amie, je te réponds que tu viendras avec nous, parce que je le veux.

Elle embrassa une dernière fois Diane et disparut pimpante et sautillante en envoyant encore un baiser à la jeune fille rassérénée...

Depuis longtemps déjà M°" de Saint-Pons désirait faire la connaissance du duc de Glamondans.

Veuve et à peine âgée de vingt-cinq ans, Sylvia de Saint-Pons possédait une jolie fortune et recevait très volontiers dans son hôtel de la rue Pierre-Charron.

Blonde élégante et délicieusement jolie, Watteau descendu de son cadre, la jeune veuve avait dans le monde une réputation de frivolité hien établie.

On lui prêtait même deux ou trois aventures qui n'étaient pas faites pour encourager les épouseurs.

Au demeurant très bonne personne, M"' de Saint-Pons avait le tort de prendre trop au pied de la lettre les mœurs des grandes dames du dixhuitième siècle et de se moquer du qu'en dira-t-on.

Se sachant très courtisée, aimant à distinguer dans le groupe de ses adorateurs le chevalier servant, du jour oii elle s'était montrée à plusieurs reprises très étonnée de ne pas compter Hubert dans la liste des prétendants à ses faveurs.

L'occasion était donc bonne pour elle de faire sentir sa beauté au jeune homme.

Hubert était l'oncle de Diane ; elle trouverait bien le moyen de se le faire présenter un jour, et de l'amender sous peine de grossièreté à continuer ses relations, qu'expliqueraient l'amitié de Claudia et la fille du marquis de Fleurance.

Sylvia connaissait en outre Fernande Maurin de nom et de réputation, et elle n'eût pas été fâchée de lui disputer victorieusement son amant.

Plusieurs fois déjà, il lui était arrivé de s'attaquer ainsi à des demimondaines et, comme plusieurs de ses amies lui en demandaient la raison, la charmante veuve répondit un jour :

— Ces filles prennent comme amants nos frères et nos maris. Je lutte contre elles par esprit de corps, non pas que cela m'amuse énormément, car elles nous rendent leurs amants toujours un peu plus bêtes, mais noblesse oblige !

On riait de cette saillie et personne ne lui gardait rancune de la liberté de ses mœurs, qu'excusaient son esprit, son nom et sa fortune.

La journée d'automne des courses de Fontainebleau la vit à son poste àd mondaine, accompagnée de sa nièce.

Elle avait résolu de profiter de la belle réunion de la vallée de la Sol le pour se faire présenter au jeune duc, et avec un art parfait, elle

saisit l'occasion d'une rencontre avec le comte de Bellegarde, ami d'Hubert, pour formuler sa requête d'un air si naturel que celui-ci s'y laissa prendre.

— Dites-moi, mon cher comte, fit-elle, tandis que celui-ci venait la saluer dans sa voiture, vous plairait-il de vous voir adresser un sourire par les plus délicates fossettes du monde?

Le comte s'inclina en souriant.

— Certes ! re'pondit-il, voilà une aubaine assez rare pour que je ne m'empresse pas de vous demander ce qu'il faut faire pour être cet heureux mortel.

— Parfait! Voici donc M'" Claudi de Saint-Pons qui va vous formuler sa requête en termes très libres, car M"* ma nièce n'aime guère les métaphores chères aux poètes.

— Que puis-je faire pour vous être agréable, mademoiselle? fit poliment le comte un peu désappointé cependant de voir que le sourire promis ne viendrait pas de la tante.

— Oh ! fit Claudia avec assurance, simplement me présenter M. le duc de Glamondans ; je me charge du reste.

— Vous voyez, mon cher comte, que M"* Claudia n'est pas embarrassée lorsqu'elle désire quelque chose...

Allons, exécutez-vous, ajouta-t-elle gaiement, ou vous allez vous faire une ennemie.

— Je n'aurais garde de contrarier d'aussi jolis yeux; M"* Claudia va être satisfaite sur l'heure, car j'aperçois là-bas Hubert que je vais vous amener pieds et poings liés.

M°" de Saint-Pons remercia le comte de Bellegarde par une gracieuse inclination de la tête, et se mit en devoir de suivre la deuxième épreuve qui se courait en ce moment.

A peine les chevaux étaient-ils rentrés au pesage, que fidèle à sa promesse, le comte de Bellegarde apparaissait accompagné du jeune duc.

— Permettez-moi, madame dit-il, de vous présenter mon ami M. le duc de Glamondans qui m'a maintes fois exprimé le désir d'être compté au nombre de ceux que vous honorez de votre amitié.

L'amant de Fernande salua M"° de Saint-Pons, et la charmante jeune femme répondit :

— Je ne pouvais manquer en cette belle journée de courses, de faire connaissance d'un de nos plus brillants sportsmen...

A mon tour maintenant, reprit-elle en riant.

Monsieur le duc, je vous présente ma nièce et filleule qui brûle

d'envie de solliciter votre intervention dans un petit complot ourdi entre elle et son amie M"* Diane de Fleurance, votre nièce.

— Un complot, fit le duc, cela devient sérieux ! Cependant, je consens à jouer le rôle de conspirateur très volontiers et à me prêter, si cela est en mon pouvoir, aux désirs de ces demoiselles...

— Je t'avais bien dit, tante, qu'il serait gentil comme tout ! répliqua Claudia étourdiment.

La jolie veuve ne put s'empêcher de rougir.

— Claudia! fit-elle, cette fois sérieusement impatientée.

— Je vous écoute, marlemoiselle, dit le jeune homme assez embarrassé par la brusque sortie de la délurée petite pensionnaire.

— Eh bien, voilà ce qu'il faut faire, répondit celle-ci avec l'insouciant aplomb de ses quatorze ans... vous allez écrire tout de suite à votre beau-frère pour qu'il nous donne la permission d'emmener Diane passer quelques jours au château.

— Décidément, interrompit Sylvia, il va falloir que je formule moimême cette requête... Je vous prie, monsieur, d'excuser les écarts de langage de cette petite folle... C'est une véritable enfant terrible.

— Mais pardon î dit l'oncle de Diane, mademoiselle m'a demandé, au contraire, ce petit service comme il convenait qu'il le fût... Un oncle doit toujours faire les volontés de sa nièce, et le moyen de résister lorsque ces volontés sont développées par une petite bouche mutine et que deux grands yeux clairs vous enjoignent un désir ?

— Là ! s'exclama Claudia triomphante, en s'adressant à sa tante, puisque je te dis que c'est comme ça qu'il faut parler aux hommes !

— Ma filleule est l'amie intime de votre jolie petite Diane, continua M"* de Saint-Pons sans plus prêter attention au bavardage de sa nièce. Ces Dames de l'Assomption voient d'ailleurs cette amitié d'un très bon œil, corrigea-t-elle, car Claudia n'est pas toujours l'enfant volontaire et incorrecte que vous avez devant les yeux... J'ai consulté ces damoo sur l'opportunité qu'il y aurait à faire prendre l'air de la campagne à votre nièce en compagnie de ce démon, et c'est avec leur consentement que je viens vous prier de vouloir bien être l'interprète de deux enfants auprès du marquis de Fleurance.

— Je suis à votre disposition, madame, et ferai aujourd'hui la lettre que vous demandez, car je crains fort de ne pouvoir intervenir verbalement, mon beau-frère n'étant pas à Paris.

— Maulorisez-vous, en ce cas, à me servir de votre nom et de votre consentement pour adresser directement ma demande au marquis?

— J'allais vous en prier, madame; ce que Guy ne pourrait pas

accorder à son beau-frère, il ne saurait le refuser à une lettre signée M°^ de Saint-Pons.

— Merci, monsieur, de votre conseil... Te voilà satisfaite maintenant, Claudia.

— Oh! oui, fît celle-ci avec élan, je suis bien contente; mais... ajouta-t-elle avec hésitation.

— Mais?... interrogea le duc qu'amusait beaucoup la jolie enfant.

— J'ai une autre chose à vous demander.

— Voyons!... fit celui-ci curieux.

— Quelle est donc cette jolie dame blonde là-bas qui regarde par ici avec tant d'insistance?... On dirait vraiment qu'elle m'en veut... n'estce pas, tante?

M. de Bellegrade, qui avait suivi la conversation qui précède avec la philosophie d'un homme du monde qui sait s'ennuyer quand cela est nécessaire, se mit à rire aux éclats.

Très ennuyé, Hubert ne savait quelle contenance prendre, se gardant bien de tourner la tête dans la direction que la jeune fille montrait avec obstination.

Ce fut encore M"* de Saint-Pons, qui, ayant reconnu Fernande Maurin, prit le soin de sauver la situation...

— Cette enfant est insupportable... Excusez- id. monsieur... Personne ne regarde par ici d'abord, dit-elle en se tournant vers Claudia .. Je t'ai toujours priée ensuite de ne jamais désigner les personnes en les montrant du doigt.

Le duc, à cette intervention, poussa un soupir de soulagement et, sentant gronder l'orage autour de lui, prit congé de M°* de Saint- Pons.

— Au revoir, monsieur, fit celle-ci en enveloppant le jeune homme d'un long regard qui le fit tressaillir... je reçois chez moi, 10, rue Pierre- Charron, le mardi de trois à cinq heures.

Pendant que le jeune sportman par une série de manœuvres habiles, se rendait auprès de la dame blonde signalée par Claudia, M°* de Saint- Pons lorgnait celle-ci impertinemment avec une face à main.

L'air penaud, Hubert faisait mille circuits pour se rapprocher de Fernande, sans en avoir l'air, et c'était vraiment un spectacle qui ne manquait pas de gaieté que de voir le mal qu'il se donnait pour ne pas se faire remarquer.

Enfin le duc arriva à sa voiture, et fut accueilli par une explosion de paroles désagréables

Mme Gradignan, était elle-même très gênée par les atlentiuiis dont elle était l'objet. (P. 439.)

— Comme c'est amusant, mon cher, de rester seule, sans renseignements, sans rien, pendant que vous allez courir après vos femmes du

monde !

— Fernande, je te jure, c'est cette dame qui avait à me demander un service et puis, voyons... fit-il conciliant, je ne suis pas resté longtemps.

— Tu trouves, toi?... Ah! on voit bien que le temps ne te paraissait

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pas long en compagnie de cette dame... D'ailleurs je l'ai bien remarqué, tu la dévisageais, j'en étais outrée !... et elle, l'effrontée, elle te faisait des yeux...

— Je crois, ma pauvre amie, interrompit le clubman en riant, que ton imagination est trop vive... Il ne s'est rien passé de ce que tu inventes...

— Qu'est-ce qu'elle te voulait, alors? *

— Tout simplement me demander d'écrire à Guy, d'autoriser Diane à passer quelques jours à la campagne chez elle.

— Oh! répondit la demi-mondaine radieuse. — Eh bien, tu as refusé, je suppose? — Comment veux -tu écrire à ton beau-frère après ce qui se passe.

— Pourquoi pas? fit le duc. — Guy et ma sœur divorcent, ce n'est pas une raison pour que je me fâche avec lui; c'est un très bon garçon, il est de mon monde, il m'a rendu de nombreux services. Il peut donc cesser d'être mon parent sans pour cela que je devienne son ennemi.

— Oui, mais l'abandon du domicile conjugal?

— Attendons de connaître les détails de cette affaire, avant de porter un jugement. Nous n'en savons actuellement que ce que M. Lebon a bien voulu dire à Denis, et les potins de cercle qui me sont parvenus aux oreilles. Il y a évidemment quelque chose que nous ignorons.

— Pourquoi ne te renseignes-tu pas, soit auprès de ton beau-frère, soit auprès de ta sœur?

— Si tu crois que c'est amusant, toi, d'écrire aux gens : « Racontezvous donc vos petites affaires... Je sais bien que cela vous fera de la peine d'avoir à remuer des souvenirs désagréables; mais ça ne fait rien, satisfaites ma curiosité. »

— Cependant !...

— Non, non! j'aime beaucoup Geneviève, j'ai de l'amitié pour Guy, j'estime que je n'ai pas le droit de m'insinuer dans leurs affaires privées, tant que l'honneur du nom de Glamondans n'est pas en cause.

Or, tu conçois que je ne crois pas un traître mot de cet abandon du domicile conjugal. Il y a peut-être entre eux incompatibilité d'humeur, ils ont cherché un prétexte, et la malignité publique a forgé là-dessus l'histoire que ce pauvre Denis osait à peine me raconter.

— Quel brave garçon que ce Denis !

— Oh! certes oui!... et en voilà un sur lequel je puis compter.

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J'admire souvent les dévouements spontanés de ces natures simples et loyales... D'ailleurs, Denis n'est pas pour moi un domestique, c'est un intcndaat, un confident, presque un ami.

— Pourquoi ne t'inquiètes-tu pas de savoir où est ta sœur? questionna la jeune femme.

— Mais je n'ai pas le temps en ce moment, répondit avec un égoïsme inconscient le frère de Geneviève... Ah! il n'y a pas à s'inquiéter : elle s'est fâchée avec Guy et là-dessus elle est partie bouder dans quelque coin, pensant l'ennuyer.

— Tu ne trouves pas singulier qu'elle n'ait pas emmené sa fille avec elle?

— Ma foi non! — Elle comptait sans doute que son absence ïiê durerait qu'un jour ou deux et que son mari viendrait bien vite la chercher. Guy s'est entêté, elle aussi, et pendant ce temps mon beau-frère a pris la sage résolution de mettre Diane au couvent... voilà tout!.., Moi, je trouve tout cela fort simple, tout naturel !...

Et puis, ajouta le jeune homme, Denis m'a conseillé lui-même de ne pas me tourmenter.

o Je rechercherai M°" la marquise, m'a-t-il dit. Et je préviendrai M. le duc s'il se passait quelque chose d'anormal... »

Là, tu vois bien.

— On dit que ton beau-frère a une maîtresse?

— Qu'est-ce qu'il y a d'étonnant? demanda le jeune duc surpris. — Est-ce que tous les hommes mariés, dans notre monde, n'ont pas des maîtresses?

— Oui, c'est vrai !... on est moral dans votre monde!... fit railleusement Fernande. C'est comme cette dame à laquelle tu parlais à l'instant, elle ne demanderait pas mieux que de te voir lui faire la cour... Elle te regardait... J'en suis sûre.

— ■ Quelle idée singulière, ma petite amie ! répondit Hubert intérieur rement flatté. Pourquoi veux-tu que cette dame, que je ne connaissais que de nom seulement, il y a deux heures, puisse avoir de semblables pensées?

— Pourquoi?... je n'en sais rien... Mais enfin, c'est mon idée comme cela... Et puis, tu sais, ça m'est égal, jo ne suis pas jalouse... Tiens, reprit la jeune femme pres(|ue rageusement, au lieu de raconter toutes ces bêtises, tu ferais mieux de regarder qui vient de gagner ce troisième critérium.

— C'est Wisigoth.

— Encore cent louis de perdus!... Je ne suis pas en veine décidémeift aujourd'hui.

— Eh bien, ne joue plus!

— Mieux que cela, je vais partir.

— Déjà!

— Oui déjà! et toi aussi, je suppose,- car tu ne vas pas commettre la grossièreté de me laisser seule.

— Non, évidemment! répondit le jeune sportman visiblement ennuyé de ce caprice qui le privait d'une distraction pleine d'attraits pour lui, cependant... il me semble...

— Viens-tu, oui ou non?

— Oui, répondit Hubert.

Et docilement le jeune duc se laissa emmener aux regards étonnés de ses amis qui ne comprenaient pas ce départ sabit, tandis que M""' de Saint- Pons, avec une impertinence de haut ton, mais sans affectation aucune continuait à lorgner Fernande, au comble de l'exaspération.

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