CHAPITRE XLT
LE DIVORCF.
" DE SAINT-PONS, ainsi que le lui avait conseillé le jeune duc de Glamondans, écrivit au marquis de Fleurance. Qf5^'(iÎ9 Ne sachant point oii le trouver, elle adressa sa lettre boulevard Malesherbes.
Guy était depuis trois ou quatre jours déjà à Paris, mais de passage seulement, avec l'intention de régler certaines affaires urgentes et de repartir aussitôt.
Il ne tenait point, son divorce étant sur le point d'être prononcé, à rencontrer des personnes de connaissance qui n'eussent pas manqué de lui adresser des questions ennuyeuses.
11 savait également que le frère de Geneviève était de retour de son déplacement en Normandie, et il se sentait trop gêné, vis-à-vis de lui, pour ne pas fuir des explications toujours un peu pénibles.
M* Ducormier avait même cru le tenir au courant des projets du jeune homme en lui demandant conseil.
Fort perplexe, Guy avait décidé de s'abstenir et il avait dit à son notaire :
— N'écrivez pas à Hubert que vous m'avez vu. Il saura bientôt comme tout le monde le résultat du procès que j'ai intenté, il comprendra alors qu'il ne m'appartient plus de m'occuper de la gestion de ses biens.
L'amant de Marion, comptait sur le temps pour dissiper les premiers et légitimes froissements et ayant beaucoup de sympathie pour le caractère du jeune duc, il espérait bien que leurs relations ne seraient point brisées par ce douloureux événement, mais qu'elles se transformeraient simplement.
— Le frère de Geneviève est un homme, pensait-il, et comprendra l3S motifs qui m'ont fait agir, sans s'embarquer dans un faux sentimentalisme qui ne servirait point la cause de sa sœur, ma décision étant irrévocable et sans appel.
La lettre que le marquis de Fleurance reçut de M°" de Saint-Pons, le fit réfléchir et l'amena à trouver cette explication toute nouvelle.
Hubert n'avait pas voulu lui écrire directement, — ponsa-t-il, — • ayant eu vent de son procès en divorce.
438 L'RNFANT DU DIVORCE
11 s'était abstenu par délicatesse ne voulant pas , dans un moment aussi difficile, avoir l'air de se souvenir qu'il était l'oncle de Diane, et laissant à son père toute l'initiative.
Il avait tout simplement fait comprendre à cette dame qu'il serait préférable qu'elle écrivît elle-même, en l'autorisant néanmoins à se servir de son nom.
De la sorte, il faisait entendre d'une façon délicate qu'il ne trouvait pas mauvais ce voyage pour Diane et implicitement il se portait garant de la haute honorabilité de la tante de Claudia.
La résolution du marquis fut vite prise.
Il se rendit aussitôt au couvent des Dames de l'Assomption et demanda à la sœur Béatrice de lui donner un conseil sur cette autorisation
Celle-ci ne se fit pas prier pour faire les plus chauds éloges de Claudia : un petit diable, mais un bon petit diable, excellente élève appartenant à une famille des plus honorables.
Diane et Claudia étaient considérées au couvent comme les deux inséparables et l'on voyait cette amitié d'un bon œil, la timide réserve de l'une corrigeant l'exhubérence de l'autre, tandis que la brillante facilité de travail de celle-ci était d'un puissant stimulant pour secouer la mélancolique torpeur de celle-là.
Le marquis n'en demanda pas d'avantage et après avoir embrassé sa fille à la hâte, prétextant pour éviter ses interrogations, une urgente affaire qui l'empochait de lui donner plus de temps, il répondit favorablement à M""* de Saint-Pons.
Il la remerciait vivement de l'intérêt tout particulier qu'elle voulait bien témoigner à sa chère Diane, il lui recommandait de ne pas trop la gâter et terminait par une vague promesse de visite, aussitôt que ses affaires le lui permettraient.
Le jour môme, le marquis de Fleurance retournait à Tours oii sa maîtresse l'attendait avec une fébrile impatience.
Marion, qui suivait avec acharnement toutes les phases de la pi océdure, se sentait toujours inquiète pendant les absences de son amant.
Elle craignait qu'une circonstance imprévue, qu'une révélation arrachée tout à coup à la marquise guérie par le désir de revoir sa fille, no le mît en présence de sa femme et qu'une explication inévitable ne vînt démolir le savant édifice de calomnies qu'elle avait dressé, pierre par pierre.
Le procès, cependant, marchait rapidement et l'on s'attendait de jour en jour à voir les conclusions de l'avoué adjugées
L'ENFANT DU DIVORCR 439
La surexcitation de l'ensorceleuse augmentait au fur et à mesure que cette échéance redoutable approchait.
Elle savait qu'un rien, un atome, dans l'engrenage de ses machinations, pouvait tout remettre en suspens et l'ambition qui la dévorait ne lui laissait aucun repos.
Certes, elle aimait le marquis, le seul homme qui l'eût fait vibrer de corps et d'âme ; mais elle mettait, en ce moment, son ardent désir d'être marquise de Fleurance, au-dessous même de son amour.
Elle ne voyait plus que l'objectif à atteindre et malheur à qui se fût mis au travers de sa route.
Ce fut donc avec un soupir de soulagement que Marion revit son amant.
Elle lui prodigua les caresses qui l'enivraient et le rendaient inaccessible à toute autre influence que la sienne et elle lui demanda câlinement des renseignements sur son voyage à Paris.
Le marquis la mit au courant des événements et lui fit part de la lettre de M°' de Saint-Pons.
Marion approuva pleinement le consentement donné par son amant.
Diane éloignée de son père, c'était encore quelque chose du souvenir de sa rivale abhorrée qui disparaissait provisoirement.
Elle haïssait la douce enfant pour la petite place qu'elle tenait dans le cœur de son père; elle se promettait bien de ne plus supporter sa présence et de l'exiler loin de Guy dès qu'elle serait la maîtresse d'imposer ses volontés.
Cependant le séjour du marquis et de Marion à Tours faisait jaser.
On n'avait pas été long, dans cette ville de province, grâce aux clercs des études du notaire et de l'avoué, à être complètement renseigné sur les faits et gestes des deux amants.
Le marquis ne pouvait faire un pas sans que tout le monde le sût; aussi, très ennuyé, résolut-il de se fixer ailleurs, sous un nom d'emprunt, attendant la fin de l'instance.
M""" Gradignan, était elle-même très gênée par les attentions dont elle était l'objet.
On la montrait presque au doigt. Les Tourangeaux ne pouvaient admettre, dans leur rigorisme provincial, qu'un homme aussi haut placé que le marquis de Fleurance, s'affichât publiquement avec sa maîtresse, alors que son divorce n'était même pas prononcé.
Après s'être consultés, les amants convinrent d'aller à Vendôme, où ils étaient inconnus, choisissant cette ville à cause de sa proximité de Paris et de Tours et ils arrêtèrent leur départ pour le lendemain.
Diane ne se tint plus de joie lorsqu'un beau matin, M"* de Saint- Pons et Claudia vinrent la chercher en voiture.
La pauvre enfant, si sevrée de distractions depuis son départ des ]\iigettes, écoutait avec ravissement le programme des plaisirs qu'on comptait lui offrir pendant les huit jours qu'elle devait passer au château de Verrières.
Pendant le parcours du couvent à l'hôtel de la rue Pierre-Charron, Claudia ne cessait de détailler avec la prolixité babillarde de l'enfance, la liste des choses qui seraient à voir.
Le monde! cela paraissait à Diane quelque chose de terrible et d'agréable à la fois. — Elle craignait l'inconnu, mais elle était fière d'être admise dans ce sanctuaire interdit aux enfants.
Son père, grand seigneur terrien en province, renonçait complètement au monde dès qu'il avait mis les pieds aux Migettes et il s'adonnait presque exclusivement à la chasse.
Sa mère, cette douce créature, ne vivant que pour son mari et son enfant, n'avait jamais songé à donner au château des fêtes qui l'eussent distraite de ces deux cultes.
En dehors de quelques amis, qui venaient aux Migettes, comme à un rendez-vous de chasse, Diane n'avait guère vu que la domesticité et . n'avait entendu évoquer le souvenir de cet endroit mystérieux oii elle allait enfin mettre le pied que dans quelques rares conversations de son père et de son oncle.
, La grande vie de château, les bals, les garden-parties, les promenades en mails, les rally-papers, c'était tout cela qu'elle allait entrevoir.
Ces préoccupations, si attrayantes par leur nouveauté même, ne laissaient plus à la fillette de méditations et de solitude pour penser à sa mère.
Presque tout le temps, perdue dans les rêves des merveilles promises, elle regardait avec ravissement son amie dont elle admirait l'érudition mondaine.
Il était convenu qu'on ne ferait qu'une courte halte à l'hôtel, — le temps de prendre une légère collation et de donner les ordres nécessaires pour l'emballage de ces mille menus objets qui jouent un si grand rôle dans la toilette féminine, — et qu'on prendrait le trajn à la gare de Sceaux dans la matinée même.
M""* de Saint-Pons tenait à se trouver de bonne heure à son château, voulant avoir le temps de régler tous les préparatifs du bal qu'elle avait organisé pour le lendemain.
Diane, que Claudi;i inujuurs curicnso, awiit tenue auprès d'elle au premier rang, était subiiement devenue fort pâle. ;^P. 445.)
56« UV. — HECTOR DE MONTPERREUX. — L'eNFANT DU DIVORCE. — J. HOUFF ET C'", ÊDIT. j6'= UV.
Elle fut donC;, contrairement à son habitude, d'une ponctualité extraordinaire sachant par expérience, ce qui l'exaspérait, que les trains n'attendent pas.
Le court voyage ne fut qu'un long enchantement pour Diane, réellement reconnaissante à sa petite amie du plaisir qu'elle témoignait de la posséder pendant huit jours.
Elle s'extasiait naïvement sur tout ce qui la frappait et son fin visage brun, déjà pâli par les larmes, reprit sa vive gaieté d'autrefois.
Il fallut, arrivée au château de Verrières, magnifiquement construit dans le goût moderne, qui se dressait sur la lisière du bois, procéder à la visite de la propriété.
On ne fit grâce à Diane d'aucun détail ; depuis le cellier jusqu'au grenier, elle dut suivre l'infatigable Claudia.
Elle dut également faire un tour de parc et ce n'est que lorsqu'elle fut exténuée que son amie consentit à la mener dans la ravissante chambre toute tendue de toile de Jouy, doublée de mousseline rose, qu'on lui avait préparée.
La journée se termina trop rapidement au gré de la fille de Geneviève, déshabituée de se voir aussi choyée, tout étourdie de ce rapide changement.
Diane songea cependant à sa mère lorsqu'elle se vit seule et elle pensa, non sans qu'une larme ne lui montât aux yeux, que son bonheur eût été parfait si elle avait pu décrire ses impressions de petite mondaine à sa chère maman.
Diane put constater, pendant les huit jours qu'elle passa à Veri'ières, que Claudia n'avait pas exagéré ses promesses.
M""" de Saint-Pons, avec le tact d'une femme du monde qui sait recevoir, ne laissait pas à ses hôtes le temps de s'ennuyer.
Sa frivole imagination se retrouvait à l'aise dès qu'il s'agissait d'organiser une sauterie ou de surveiller le dressage d'un buffet.
Debout dès l'aube^ couchée la dernière, son rire perlé, qu'on entendait partout, réveillait ceux qui allaient s'endormir et, comme un clairon strident, stimulait le zèle des apathiques.
Cette frôle créature, si mignonne et si délicate accomplissait une besogne qui eût rebuté un hercule, sans que son teint de lis en souffrit ni que sa taille llcxible ne fût courbaturée.
Cette semaine de fête se terminait par une gardcn-party.
Nombreuses avaient été les invitations lancées.
Une sauterie champêtre, des petits jeux de société inventés par Sylvia et un lunch somptueux devaient être les principaux attraits de cette fête que M"* de Saint-Pons voulait rendre aussi attrayante que possible.
On connaissait trop dans le monde le goût déployé à Verrières pour qu'aucun des invités n'eût garde de manquer.
Aussi, tous les châtelains des environs et de nombreux invités venus de Paris étaient-ils présents au jour fixé.
Le comte de Bellegarde, un des premiers au rendez-vous et un des plus joyeux de la bande des clubmen, était généralement très entouré et très fêté par toutes les dames qui connaissaient son inépuisable imagination, si fertile en l'art de créer des distractions et sa réputation de boulevardier, au courant de tous les potins sensationnels, jamais pris de court à quelque heure que ce fût, lorsqu'on lui demandait de narrer un fait nouveau.
En l'apercevant, Sylvia poussa un cri de joie et s'écria :
— Yoilà notre sauveur !... Figurez-vous, mon cher comte, que depuis huit jours que nous sommes ici, nous sommes privés du plus petit scandale parisien, et que, n'ayant rien à nous mettre sous la dent, nos conversations sont d'un vide atroce...
Puis-je compter sur vous, aujourd'hui?...
— Yous savez bien, madame, fit-il galamment, que je suis toujours à vos ordres... je n'aurais pas osé me présenter, d'ailleurs, reprit-il, si je n'avais pas eu la certitude de vous apporter en pâture un joli scandale.
L'arrivée de M. de Bellegarde s'était rapidement répandue^, et déjà entouré d'un cercle, il avait peine à répondre aux nombreuses poignées de mains qu'on lui tendait de tous côtés.
— Mesdames et messieurs, fit le gentleman du ton de quelqu'un qui va annoncer une nouvelle intéressante, je vous apporte le dernier fait divers, l'Echo du jour.
— Toujours au courant de tout, ce diable de Bellegarde! dit l'un des invités de M"" de Saint-Pons, Hervé Montagny.
— Oui, mon cher Montagny, répondit le comte de Bellegarde, et la nouvelle que je vous apporte, bien que n'émanant pas du boulevard Saint- Germain ni des grands boulevards, est éminemment parisienne et de plus c'est une nouvelle à sensation.
— Dites-nous donc vite cette nouvelle, mon cher comte, sollicita la jeune veuve avec un sourire.
— C'est au sujet de la nouvelle loi, la loi sur le divorce.
— Le divorce!... fit-on de tous côtés en resserrant le cercle qui entourait M. de Bellegarde.
— Un des premiers divorces prononcés, fit le comte.
— De qui s'agit-il ?
— Je vous le donne en mille.
— Bah!...
De tous côtés on cita des noms.
— La comtesse de la Tour-Maublanc ?
— Non.
— Le duc et la duchesse de Gazeneuve ?
— Pas davantage.
— De Martinpré ?
— Non, non, non !... vous ne le devinerez pas.
— Parlez donc, voyons !
— 11 s'agit du ménage lo plus uni, le plus heureux, le plus vertueux, le plus aimable, le plus discret, le plus lune de miel que j'ai jamais vu... autrefois, veux-je dire?
— Et c'est?
— Le marquis et la marquise de Fleurance.
— Pas possible?
Au nom de son père et de sa mère, Diane, que Claudia toujours curieuse, avait tenue auprès d'elle au premier rang, était subitement devenue fort pâle.
Elle ne comprenait pas exactement ce que signifiait ce qu'elle venait d'entendre.
Ce mot de divorce, nouveau pour elle, avait produit quand même une douloureuse impression sur son esprit.
C'était la révélation d'un malheur.
M"* de Saint-Pons, qui avait aussitôt levé les yeux sur l'adorable fillette, s'était vivement avancée et d'un geste, elle imposait silence à son ami.
— Chut!... fit-elle. La fille de M. de Fleurance est là!
— Oh !.. . combien je regrette ! . . . dit le comte en voyant le trouble de la pauvre Diane. — Pauvre enfant!... j'ignorais... je ne la connaissais même pas.
M""' de Saint-Pons entraîna la fille de Geneviève.
— Claudia, dit-elle à sa fille, allez toutes deux... nous vous suivons. Claudia aurait bien voulu demeurer pour entendre.
On continuait à causer à voix basse.
On interrogeait M. de Bellegarde.
Cette nouvelle stupéfiait tout le monde.
Quelles pouvaient être les causes de ce divorce que rien n'avait pu faire prévoir.
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Le comte ne savait pas grancl'chose.
Il avait appris accidentellement la nouvelle par un de ses amis qui, arrivant de Tours, l'avait apprise là-bas, mais ne s'était enquis de rien. Il ne put satisfaire la curiosité de ses amis.
Pendant ce temps, Claudia alarmée par le bouleversement des traits de Diane, essayait de la calmer.
— Il n'y a pas de quoi t'inquiéter, lui dit-elle. Ce n'est pas une mauvaise nouvelle que tu viens d'apprendre... Le divorce, je sais ça, moi, c'est une nouvelle loi.
— Mais... qu'est-ce que cela veut dire?... interrogea la pauvrcUe désolée.
— C'est un jugement, pas davantage . .
— Un jugement.
— Oui, on vous sépare... on vous « démarie », voilà tout. — iVinsi, lu vois qu'il n'y a rien de grave.
— Démarie!... répéta Diane encore plus troublée.
— On n'est plus marié, quoi!.-, parce que ça vous ennuyait de l'être... parce qu'on en avait assez.
— Alors... ma mère?...
— Eh bien, aujourd'hui elle n'est plus mariée avec ton père... Tu vois que c'est bien simple.
— Pourquoi?... qu'a-t-elle fait?...
— Oh! rien, bien sûr!... D'abord, les hommes, tu sais, ne valent pas cher; combien de fois je l'ai entendu dire à ma tante!... Je parierais ce que l'on voudrait que c'est ton père qui a tous les torts... -
Et puis, tu veux que je te dise?... Eh bien, j'avais compris que ça tournerait comme ça, d'après ce que tu m'as dit que tu saurais ça plus tard, ajouta Claudia. — Tu comprends, ton père et ta mère n'étaient plus ensemble; puis on t'a dit que tu saurais la vérité quand tu serais plus grande... Moi, je sais bien ce que cela veut dire!
— Alors, ma mère... demanda Diane, qu'est-elle devenue?... où est-elle?...
— • Maintenant que le procès est fini, tu la reverras sans doute, répondit Claudia de Saint-Pons.
— Et mon père?
— Ah! pour ça, entre eux c'est terminé... puisqu'ils ne sont plus mariés... Ta mère n'est plus avec ton père... elle n'est plus rien pour lui. — C'est comme ça dans le divorce. J'ai lu le divorce de l'empereur 4ans un livre que j'ai chipé à ma tante. Eh bien, quand ils ont été
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divorcés, Napoléon a tout simplement mis l'impératrice à la porte. Mais viens, no pense pas à ça maintenant... allons retrouver ces messieurs. — Je te dis que ce n'est rien.
Et la petite folle entraîna son amie qui, à cause de la nombreuse et joyeuse compagnie qui était là, s'efforça de refouler ses larmes.
Mais le soir, quand elle fut seule dans la petite chambrette qu'on lui avait donnée au château, Diane put songer, méditer et pleurer sans témoins.
Elle prit le portrait de sa mère, ce petit portrait qui ne l'avait jamais quittée et elle le contempla longuement avec douleur et avec tendresse. Elle semblait lui demander de lui dire la vérité. Elle lui faisait confidence de ses douleurs. Elle lui disait :
— Tu souffres, mère chérie, je le sais!... Je le comprends!... Et je suis loin de toi!... Tu n'as pas ta fille pour te consoler et pour t'aimer!... On ne t'aime plus , on te chasse 1 . . .
Oh! pauvre maman chérie, toi si bonne, combien tu dois être malheureuse ! . . .
Pourquoi le bon Dieu ne veut-il pas je sois auprès de toi?... Pourquoi ne viens-tu pas à moi?...
Si d'autres ne t'aiment plus, si ce vilain divorce te sépare de mon père, si tu n'es plus rien pour lui, moi, je t'aime toujours, mère chérie !... je t'aime plus que jamais parce que je sens que tu as besoin de toute ma tendresse...
Pour moi, tu seras toujours ma bonne et tendre mère et moi, ta fille, je ne t'éloignerai jamais de moi, car rien au monde ne serait capable de détruire l'affection de mon cœur.
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