CYNIQUE GREDIN
%^lXr^* LEBON, furieux d'avoir été aussi cruellement joué par Denis, se
retira désespéré de la garçormière de la rue Meyerbeer.
\Eyhzj3 Sa déception était réellement grande, car il comptait tenir sous sa complète dépendance le jeune duc et voilà qu'il lui échappait complètement.
Il ne fallait plus désormais songer à mettre la main sur le frère de la marquise de Fleurance, et s'était dommage vraiment.
Décidément l'étude de M* Lebon « licencié en droit » s'ouvrait sous de mauvais auspices.
La plus brillante affaire de cette usine à chantage était mort-née.
Ce n'était pas la peine d'avoir tiré des plans de si loin pour aboutir g, un aussi piteux échec. '
Le fripon était également outré des plaisanteries de Denis.
— M'a-t-il assez raillé ce valet maudit!... pensait-il. Quelle sale race tout de môme que ces domestiques!
De retour à son étude le coquin commença par infliger une maîtresse réprimande à tout son personnel, dans toute la petite personne de son saute-ruisseau, le jeune Auguste.
Cette exécution que rien ne motivait lui retrempa les nerfs et, tout en maugréant contre ces jeunes gens de familles qui suivent trop fidèlement les instructions de leurs notaires, il s'installa dans son cabinet et se donna à lui-même une consultation avec toute la sincérité dont il était capable.
— Voyons, se dit-il, je suis roulé il n'y a pas à le nier.
La sagesse nous indique qu'en pareil cas, il n'y a pas à récriminer; ne protestons donc point, puisque nous ne pouvons rien empêcher.
Il n'est pas défendu cependant de prendre sa revanche et c'est ce que nous allons essayer de faire.
Laissons provisoirement le duc de Glamondans de côté; nous verrons à le rattapper plus tard et à lui faire payer au centuple sa défiance envers moi.
Retournons-nous du côté de la marquise.
Là encore affaire difficile.
Elle a disparu et bien malin serait celui qui retrouverait sa trace.
Il faut avouer, s'affirmat-il non sans une légère nuance de souffrance, que lorsque Lebon trouve que quelque chose est difficile pour lui-même, c'est que c'est impossible pour les autres.
Donc, il ne faut pas compter sur ce que je pensais de ma seconde affaire.
Oui, mais, dans ce cas, que reste-t-il à l'actif du cabinet d'affaires de M* Lebon.
Zéro, si je ne m'abuse.
Il n'a pas coûté cher, c'est vrai, mais il est inutile d'entrer dans ces raisons qui ne nous mèneraient pas loin.
Eh bien! moucher Lebon, se dit-il, tu dois être assez intelligent pour tirer quelque chose quand même d'une situation désespérée.
C'était le second compliment qu'il s'adressait ; mais l'expérience lui avait appris que les mouches ne se prennent pas dans du vinaigre, et il comptait beaucoup sur ces paroles flatteuses pour stimuler le zèle de son cerveau réellement apathique
Le raisonnement ne manquait pas de logique, car à peine venait-il de se parler sur ce ton affectueux qu'il s'écria : « Ça y est ! » en s'appliquant sur le front une si formidable claque que le saute-ruisseau se réveilla en sursaut tiré à son grand désespoir d'un rêve délicieux dans lequel il se voyait élevé à la dignité de principal clerc, — nourri, blanchi et même payé, — de l'étude de M" Lebon.
— Triple idiot!... fit alors l'homme d'affaire — qui entrait dans la seconde période : la phase des injures, — et je n'aurais pas trouvé ça tout de suite.
Et le marquis, crétin! qu'en fais-tu du marquis?... à quoi servent donc, je te prie, les marquis millionnaires si tu les oublies au moment où tu éprouves le besoin de t'arrondir aux dépens d'autrui ?
Comment se fait-il que tu n'aies pas songé plus tôt au marquis de Fleurance ?
Il payera lui !
Divorcé ou pas divorcé, il ne voudra pas que son nom soit mêlé même de loin, à une affaire de faux et il t'allongera quelque bons billets bleus... à moins que ce ne soit un chèque, que tu accepterais également.
Ça ne durera même pas longtemps avec lui.
Il me regardera d'un air méprisant :
Il me dira : « Vous faites un joli métier, monsieur! »
Il est même capable de me passer le chèque avec des pincettes.
C'est que j'en ai connu de ces gentilhommes très fiers.
Puis, il me fera jeter à la porte par ses domestiques, moi, Lebon licencié en droit.
En tout, un petit quart d'heure désagréable et 30.000 francs.
Du reste, je peux bien trouver une combinaison qui explique ma démarche.
Je la chercherai en route, car il ne faut pas perdre de temps pour une question aussi secondaire que celle de la réception qui me sera faite.
Allons! en route, Lebon, mon bonhomme, mets ton chapeau et va où le devoir de ta charge t'appelle.
Ce monologue terminé, le bossu prit dans son coffre-fort le chèque surchargé qu'il mit soigneusement dans son portefeuille et sortit
Sa première démarche fut pour le boulevard Malesherbes, où il apprit par Bénévent, que M. le marquis était bien à Paris, mais provisoirement à l'hôtel Continental.
Sans perdre de temps, il se rendit à l'adresse indiquée où une nouvelle déception l'attendait.
— M. le marquis de Fleurance, lui fut-il répondu, a donné ordre que toutes les communications qu'on aurait à lui adresser lui fussent envoyées à l'adresse suivante avec cette souscription :
Madame Marion Bernay
2, Rue François I" [Pour remettre à M. le marquis de Fleurance.)
— Fort bien, répondit l'homme d'affaires, j'écrirai.
Mais le roué coquin tenait en trop grande valeur l'adage qui dit : k Les écrits sont des mâles et les paroles des femelles. » Lebon n'écrivait jamais.
Une visite était préférable.
— Marion Bernay, se dit-il en sortant, ce doit être la petite femme brune des rives du Cher. — Allons rue François 1".
Contrairement à son attente, il ne rencontra pas le marquis, mais il fut assez heureux pour être reçu par Marion qui dans son désœuvrement accueillit avec joie cet étrange visiteur.
— Attention ! murmura Lebon en reconnaissant la piquante brune, c'est bien elle. . . Jouons serré et tout ira bien.
Marion, quoique fort surprise du bizarre accoutrement du personnage, lui fit néanmoins un accueil souriant, ayant remarqué à son tour,
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qu'il ressemblait comme deux gouttes d'eau au vilain bossu de la promenade sentimentale.
— Mille pardons de vous avoir dérangé, madame, fit le maîtrechanteur, j'espérais rencontrer ici M. le marquis de Fleurance, ayant h lui faire une communication de la plus haute importance.
— Le marquis est sorti, répondit fort aimablement la séduisante créature; mais pourquoi ne me feriez-vous pas part du motif de votre visite? Je le transmettrai fidèlement.
Lebon espérait cette réponse qui venait au-devant de ses désirs
— C'est la maîtresse du marquis, avait-il pensé.
Elle me payera, si elle a l'argent ; sinon, elle lui fera un tel tableau du déshonneur qu'encourt son beau-frère qu'il accourera demain à mon bureau.
Comme je serai chez moi, il ne pourra se permettre aucun écart de langage et il versera la somme sans sourciller.
— C'est que ma mission est très délicate, reprit-il avec hésitation!... il s'agit de l'honneur d'un nom et... vous comprenez...
— Parlez, monsieur, parlez en toute assurance, lit Marion piquée par la curiosité ; M. de Fleurance n'a rien de caché pour moi et peut-être, si la chose qui vous amène est pressée, pourrai-je même vous répondre en son lieu et à sa place.
— Mon Dieu, c'est évidemment très grave, répondit Lebon, et cependant quelque chose me pousse, irrésistiblement à vous confier ce secret... Vous savez, madame, j'en suis sûr, comprendre la délicatesse des sentiments qui m'animent et ne pas voir dans ma visite autre chose que l'intérêt que je porte à M. le marquis.
— Mais à quel titre cet intérêt?...
— Je me nomme M* Lebon, licencié en droit, et je tiens à Paris un important cabinet d'affaires... j'étais dernièrement encore, le caissier de M' Diicormier, le notaire de M. le marquis à Tours.
Ces titres, ce dernier surtout, frappèrent vivement Marion qui comprit qu'elle allait apprendre des choses intéressantes. D'un geste elle invita le bonhomme à s'asseoir.
— Je vous écoute, monsieur, dit-elle.
— Je vais aller droit au fait, madame; c'est assez mon habitude, car j'ai remarqué, au cours de ma longue carrière, que la franchise était à la fois la plus rare et la plus précieuse des qualités.
La jeune femme retint à peine un mouvement de surprise, en jetant
un regard sur la physionomie particulièrement répulsive du louche personnage.
— Yous ne devez pas ignorer, madame, que M. le marquis était chargé de la gestion du bien de M. le duc de Glamondans
M"' Gradignan fit un geste d'acquiescement.
— Or, reprit l'homme d'affaires, je suis possesseur d'un chèque de huit mille francs, signé de Glamondans, et porté par une main, que je veux croire inconnue, à la somme de dix- huit mille francs.
Ce chèque était celui que M. le marquis avait envoyé h son beau-frère pour solde de son trimestre et qui est revenu à ma caisse surchargé d'un faux.
Marion à ce nom de Glamondans mêlé à cette affaire de faux, éprouva un vif sentiment de joie.
— Comment, fit-elle perfidement, M. le duc de Glamondans aurait commis un faux !
— Je ne dis pas cela, positivement, madame, mais il en est responsable. Le chèque était signé de sa main, et c'est grâce à moi que M' Ducormier ne s'en est pas aperçu.
— Qu'avez-v(ms donc fait? monsieur.
■ — Ce qu'un honnête homme eût fait à ma place I répondit avec aplomb Lebon. J'ai vu le danger que courait l'honneur du nom de Glamondans, j'ai compris le désespoir d'une famille qui connaîtrait l'acte de coupable légèreté d'un jeune homme pressé par le besoin d'argent.
J'ai payé de ma poche, ne voulant pas que mon patron même devinât ce qui s'était passé.
— Mais ce chèque, où est-il passé ?... vous l'avez déchiré?...
— Je prends le ciel à témoin que je l'eusse fait volontiers, si ce n'était ma pauvreté ; mais j'ai des enfants, madame, fit-il, j'ai une famille, et je me suis présenté chez M"' la marquise de Fleurance, en lui disant :
« J'ai déboursé dix-huit mille francs pour sauver M. votre frère, je vous en apporte la preuve, je ne demande que le remboursement de cette somme, et me croirais assez récompensé par l'idée que j'ai évité au nom de Glamondans une tache d'infamie. »
— Et la marquise vous a répondu?... interrogea anxieusement la maîtresse de Guy que cette histoire intéressait au plus haut point.
— La marquise m'a promis de payer, mais je n'en ai jamais plus entendu parler.
C'est bien cela, pensa Marion. Voilà pourquoi elle était à Paris. Elle avait besoin d'argent pour remettre à cet homme qui certainement a dû essayer de la faire chanter.
Un chasseur accourut aussitôt à la vue des cavaliers et se plaça à la tète des chevaux. (P. 487.)
61» UV. — HECTOR DE MONTPERREUX. — L'ENFAMT DU DIVORCE. — J. ROUFP BT C'», ÉDIT. Gl'^
L'ENFANT DU DIVORCE 48a
Ah ! mais il ne faut pas que Guy apprenne un seul mot de cette histoire.
C'est une chance, vraiment, que ce caissier ne l'ait pas rencontré.'
La présence de Geneviève à Paris lui eût paru alors toute naturelle.
Il aurait compris son amour fraternel et n'aurait plus voulu croire ù une fuite avec Loriol.
Ce bossu m'a rendu là, sans s'en douter, un signalé service en me mettant sur la piste de ce départ incompréhensible.
C'est évident, maintenant, la marquise venait engager ses bijoux pour sauver son frère.
Je ne veux pas qu'on sache la vérité, madame la marquise, s'écria haineusement la misérable créature, vous triompheriez!... Votre innocence éclaterait au grand jour et votre mari serait capable de chercher à se faire pardonner... Ah ! mais non! pas de cela!
Absorbée dans ses réflexions, la perfide, avait un instant oublié Lebon qui essayait de lire sur le visage de la jeune femme, les impressions produites par son récit qu'il pensait bien avoir présenté de la bonne façon.
- — Ainsi, reprit la jolie brune, la marquise n'a pas consenti à vous payer?...
— Hélas!... répondit le cynique gredin, je n'y comprends rien, vraiment. — Elle est partie pour je ne sais oii, en me laissant en plein embarras : débrouille toi comme tu l'entendras, mon bonhomme. — Ah ! fit-il avec une douloureuse émotion, c'est à vous dégoûter de faire du bien!
Gomme accablé par le poids de l'ingratitude humaine, M' Lebon poussa un soupir qui eût attendri une âme moins sceptique que celle de M""" Gradignan.
Pensant cependant qu'il en avait assez fait et assez dit pour montrer toute l'étendue de son honnêteté et de son désespoir, le fourbe reprit :
— De guerre lasse, fatigué d'attendre, ayant d'ailleurs besoin d'argent pour faire face à mes engagements, car j'ai le respect de l'honneur de mon nom, fit-il avec une conviction qui sonna faux, je me suis décidé à venir trouver M. le marquis de Flcurance... C'est un gentilhomme, il comprendra qu'un père de famille ne peut être responsable de son dévouement ; il m'indemnisera peut-être.
Marion qui ne songeait qu'à éviter cette rencontre prit enfin une subite résolution.
— Vous avez raison, monsieur, de vouloir voir le marquis; mais, croyez-moi, ne le faites pas aujourd'hui même. Laissez-moi le préparer à cette ennuyeuse nouvelle.
Il est violent, il s'emportera et, dans sa colère, il peut ne rien
vouloir entendre et vous faire mettre dehors... Il ne faut pas que les traces de la faiblesse d'un Glamondans restent plus longtemps en des mains étrangères... Croyez- moi, monsieur, laissez-moi manœuvrer et revenez demain.
L'homme d'affaires n'en demandait pas davantage.
Que le marquis apprît la chose par lui ou par cette femme, peu lui importait pourvu qu'il le sût.
L'important était de toucher et la perspective en devenait assurée, maintenant qu'il se sentait une alliée, en la personne de son interlocutrice.
Il promit donc tout ce qu'on voulût et se retira enchanté.
— Drôle de petite femme !... se dit-il en sortant.
Elle paraît vraiment dévouée aux Glamondans, c'est même curieux, car enfin...
Il réfléchit à nouveau.
A moins que ce ne soit pour leur jouer un tour ?. ..
Au surplus, que ce soit pour cela ou pour autre chose, ça m'est parfaitement égal.
De l'argent, de l'argent! voilà la devise de M* Lebon; elle en vaut bien une autre.
Marion servie par sa haine et secondée par une intelligence alerte, avait vite compris le parti qu'elle pouvait tirer de la situation.
Elle avait la preuve du déshonneur d'un Glamondans.
Non pas qu'elle y crût le moins du monde.
Elle devinait bien derrière cette histoire embrouillée une ténébreuse machination; mais enfin, le fait existait, évident, palpable.
Il y avait dans la circulation un chèque surchargé, signé du duc, il en était responsable. Une divulgation pouvait peut-être le perdre.
Sa haine pour Geneviève et tout ce qui portait ce nom abhorré de Glamondans allait enfin trouver un aliment dont elle pourrait se repaître.
Ce n'était plus une calomnie, cette fois, il y avait quelque chose de plus.
A tout prix, il fallait ce document en sa possession et il fallait aussi que le marquis en ignorât l'existence.
Prévenu, en effet, il s'empresserait de dédommager l'homme d'affaires et de détruire ce papier compromettant ; c'était surtout ce qu'il fallait évitei'.
Tandis qu'avec ce chèque elle pouvait attendre les événements en
toute assurance, certaine de posséder une arme qui la rendrait, s'il le fallait, redoutable.
Elle s'ingéniait à trouver une combinaison qui lui permît d'avoir l'argent nécessaire sans en parler au marquis, lorsqu'elle se souvint du chèque de vingt mille francs que lui avait laissé Gradignan.
Sa dot!
Cet argent était bien à elle, son emploi ne regardait personne. Il lui servirait à s'offrir la plus douce satisfaction qu''elle eût jamais espérée.
Avec cette somme, elle parachevait l'œuvre qu'elle avait si habilement commencée.
Elle empêchait que l'innocence de Geneviève éclatât jamais en arrêtant la production de cette pièce révélatrice.
Elle tenait sous la main un document dont elle saurait se servir le cas échéant.
Ce fut donc avec un sourire plus gracieux que celui de la veille encore que Marion reçut le retour du caissier.
— Vous êtes exact! lui dit-elle.
Lebon crut à un reproche et balbutia quelques vagues excuses.
— Du tout ! du tout ! ne vous excusez pas, c'est un compliment au contraire, que j'ai voulu vous adresser.
Cette réception était de bon augure. Les petits yeux du bossu en brillèrent d'allégresse.
— J'ai parlé au marquis de votre visite et il est comme moi d'avis qu'il faut détruire ce vilain papier... Seulement, il lui était pénible de causer avec vous de ce point toujours délicat et il m'a chargée du soin de régler cette petite affaire.
Lebon se frotta les mains.
— Voici vingt mille francs, dit-elle, donnant le chèque de Gradignan, veuillez je vous prie me remettre. . .
— Le voilà ! le voilà ! fit avec empressement l'homme d'affaires en passant à Marion le papier qu'elle reçut d'une main frémissante et qu'elle examina avec une hâte soupçonneuse. Puis satisfaite sans doute, elle le fit disparaître dans sa poche.
En recevant vingt mille francs, Lebon fit une légère grimace.
Il comptait sur une somme plus considérable, mais ne pouvait la demander de crainte de passer pour un maître-chanteur.
Il fit donc contre fortune bon cœur et dit avec un soupir et comme à regret :
— Mais ce n'est que dix-huit mille, madame, et vous m'en donnez vingt mille.
— Eh bien ?
— Eh bien ! madame, je n'ai pas de monnaie à vous rendre... vous comprenez, on n'a pas comme cela deux mille francs sur soi... alors...
— Qu'à cela ne tienne ! s'écria Marion en signe de générosité et trop joyeuse d'ailleurs pour songer à autre chose qu'au chiffon de papier qu'elle possédait enfin ; gardez tout !
— Oh ! madame !
— Mais oui, mais oui ! gardez tout ! vous avez montré assez de patience. Ce seront les intérêts de la somme que vous avez avancée.
Le chèque disparut promptement dans le portefeuille du digne' homme.
— Il ne me reste plus qu'à vous remercier, madame, et si jamais vous avez besoin de mes services. Tout à votre disposition : M' Lcbon, licencié en droit, rue de Franche-Comté, 6.
— Tiens, rue de Franche-Comté, fit la jeune femme surprise.
— Yous connaissez, madame ?
— Nullement!... non pas !... j'ai cru seulement...
— Encore une fois à votre service, reprit le maître fourbe.
Enfin, s'écria Marion dès qu'elle se vit seule en brandissant le chèque qu'elle avait sorti de sa poitrine, qu'ils y viennent maintenant, les Glamondans, j'ai de quoi les museler.
— Récapitulons, se dit Lebon, chemin faisant.
J'ai payé le chèque dix-huit mille francs, mais j'ai pris huit mille seulement dans la caisse de mon patron, puisque telle était la somme régulière à verser... j'en étais donc pour dix mille francs de ma poche tant que j'avais en ma possession ce maudit papier.
J'ai touché vingt mille francs aujourd'hui, soit.
Dix mille francs de gain.
Ce n'est peut-être pas très brillant, mais c'est ce qu'on appelle une honnête petite affaire.
Puis philosophiquement il conclut :
— Il y a vraiment une étude curieuse à faire pour un observateur : c'est étonnant comme l'argent devient rare et comme les gens maintenant deviennent avares !