‹ L'enfant du divorceChapitre 6 sur 88 · L ARRESTATION · texte numérisé non relu

L ARRESTATION

E marquis de Fleurance avait exprimé une fois encore à Geneviève le regret qu'il éprouvait à ne pas réussir à la décider à rester 3'^^^ quelque peu à Paris; puis, cédant à sa ferme volonté, il l'avait accompagnée jusque sur le quai de la gare, et après l'avoir installée dans vm compartiment oii elle était seule, il avait attendu jusqu'au départ du train.

Geneviève avait formé secrètement un projet.

Elle descendrait à la première station et elle reviendrait tout de suite à Paris?

Elle pourrait aller en moins d'une demi-heure au Mont-de-Piété et elle reviendrait à la gare d'Orléans à temps pour prendre le train qui partait dans les environs de quatre heures.

C'est ce qu'elle fit.

A Etampes, elle descendit et voulant éviter toute question ennuyeuse, toute explication à donner, elle préféra sacrifier le prix de son voyage plutôt que de montrer son billet qui portait la destination de Limeray.

Elle jeta ce ticket.

Elle prétendit l'avoir perdu et offrit de payer sa place.

Cela ne fit aucune difficulté.

Un train pour Paris allait passer dans quelques minutes, d'après le renseignement qu'on lui donna.

La marquise le prit.

Aussitôt arrivée à la gare, elle monta dans le premier fiacre venu ef elle dit au cocher :

— Conduisez -moi rue des Archives, au coin de la rue des Francs- Bourgeois.

Encore qu'inconnue, il lui répugnait de prononcer le nom de l'établissement où. elle allait.

Mais le cocher, un vieux roublard rompu à toutes les malices de la clientèle, n'eut pas de peine à comprendre la vérité.

Geneviève, arrivée à destination, lui dil :

68 L'KNTâNT du divorce

— Attendez-moi, je n'en ai pas pour .ongtemps; vous me ramènerez à la gare.

Le cocher lui remit son bulletin.

Alors quand il la vit tourner dans la rue des Francs-Bourgeois, il se dit en ricanant :

— On la connaît, ma p'tite bourgeoise!... On va voir sa bonne tante pour lui porter un petit souvenir. — Enfin, faut contenter les clients; on fera celui qui n'a rien compris... On fera la bête, quoi !

En approchant du Mont-de-Piété, la malheureuse se sentit saisie par une émotion qui allait grandissant à chaque pas.

Elle pensait à l'humiliation qui allait lui être infligée, à la honte qu'elle ressentirait , au rouge qui couvrirait son visage quand elle serait obligée de se faire connaître, elle qui avait cru qu'en s'adressant là son incognito serait respecté et que, dans cette institution qui est comptée parmi les œuvres charitables, on n'avait pour mission que de prêter sur les gages offerts par les malheureux, sans qu'ils aient besoin de donner un nom à leur misère.

Ses jambes tremblaient pendant qu'elle gravissait le petit escalier conduisant au bureau particulier.

Son cœur battait avec une violence inouïe et ses sourdes pulsations se répercutaient douloureusement à sa tête, martelant ses tempes.

Elle sentait sa gorge sèche et contractée.

C'est presque sans force qu'elle arriva.

Un garçon de bureau qui l'introduisit, pas le même que la veille, lui demanda :

— C'est pour un engagement?

La marquise tira de son porte-monnaie le petit bulletin de papier gris qu'on lui avait remis.

Elle le présenta timidement, osant à peine lever les yeux, et tout bas elle dit :

— C'est pour ceci.

L'employé prit le papier et la laissa seule dans le bureau. Il alla prévenir le chef de service.

— Il y a au bureau particulier une dame qui vient pour cet engagement, dit-il.

Les bijoux étaient sur la table du chef de bureau. Assis en face de lui était un homme avec qui il était en train de causer à ce moment.

Celui-ci était un inspecteur de la Sûreté qui avait été immédiatement

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envoyé au Mont-de-Piété par son chef, comme cela se fait dès qu'un vol de bijoux est signalé.

Il y a toujours d'ailleurs des agents de service dans les salles publiques.

Le chef de bureau échangea un regard avec le policier.

Il lui dit :

— Nous n'aurons pas attendu longtemps.

Puis il se leva et prit les bijoux.

— Venez, fit-il, je vais interroger cette femme sans qu'elle se doute de ce qui se prépare. Vous attendrez à la porte et je vous préviendrai quand le moment sera venu.

L'inspecteur de la Sûreté le suivit.

Arrivé devant la porte du bureau particulier, il dit :

— J'attends ici.

Le chef de bureau entra seul.

C'est à peine s'il salua.

Ce n'était pas lui qui avait reçu l'emprunteuse la veille; c'était un premier commis.

Il demanda :

— C'est vous qui avez présenté hier ces bijoux à l'engagement. Geneviève, toute tremblante, était déjà devenue fort pâle.

En voyant ses bijoux, elle crut qu'on allait les lui rendre, puisqu'elle avait refusé le prêt qu'elle avait demandé. Elle répondit presque indistinctement :

— Oui, monsieur.

Le chef de bureau examinait la marquise avec une curiosité à peu près impertinente.

Sans doute il la trouvait trop simplement habillée pour posséder des

bijoux d'aussi grande valeur.

La malheureuse rougissait et baissait la tête sous ce regard inquisiteur.

— Est-ce que ces bijoux sont bien à vous? demanda l'employé. Alors Geneviève se redressa, comme mue par un ressort subitement

détendu.

— A moi!... balbutia-t-elle.

— ■ Ces bijoux ne sont pas à vous, interrompit l'employé; ils ont été volés !

Alors la marquise, épouvantée par l'horrible situation qui lui était faite, sentit ses forces l'abandonner.

Elle se soutint de la main à la table qui était près d'elle afin de ne pas défaillir.

D'un coup, elle venait de voir que tout ce qu'elle avait fait était découvert.

Elle serait obligée d'avouer à son mari qu'elle avait menti.

Guy découvrirait la cause réelle de son voyage et sachant qu'elle avait voulu emprunter une somme importante sur ses bijoux, il finirait bien par savoir ce qu'elle en voulait faire.

Alors le faux serait connu.

La honte sur le nom de Glamondans !

— Yoilà ce que l'infortunée marquise entrevit d'un seul coup et elle' se sentit envahie par une terreur folle.

Elle demeurait sans voix.

Ses yeux hagards, largement ouverts, s'étaient fixés sur cet homme qui attendait sa réponse.

Elle semblait muette.

Elle n'aurait pas su que dire tant son trouble était grand, mais elle aurait voulu protester.

— On vous a dit d'apporter des papiers, reprit le chef de bureau. En avez-vous?

Geneviève tenait encore son porte-monnaie à la main. Elle y prit le certificat sur lequel se trouvait sa signature légalisée par le juge de paix.

Elle le remit.

— Qu'est-ce que ceci? dit l'employé du Mont-de-Piété après avoir déplié la feuille. Un certificat!... Ça ne prouve rien, ça!... Ce n'est pas ime pièce d'identité ! . . .

— Pardon... bulbutia l'infortunée.

Elle ne put pas prononcer un mot de plus.

De sa main gantée elle montrait le timbre de la Justice de paix.

— Eh bien! oui, je le vois bien ce timbre, dit le chef de bureau. C'est pour la légalisation de la signature de madame la marquise de Fleurance.

La mère de Diane comprit la méprise de l'employé.

En même temps, avec une rapidité de l'esprit plus grande que celle de l'éclair, son intelligence subitement frappée, illuminée, lui montra le salut.

On ne la connaissait pas.

On ne savait pas qu'elle était elle-même ^î"° de Fleurance.

Cet homme n'avait pas compris ce qu'elle avait voulu dire en lui montrant la signature.

Le chef de bureau avait lu le texte du certificat et il avait cru, en effet, se trouver en présence de la personne au nom de qui il était rédigé.

— La possession de ce certificat, dit-il, ne prouve même pas que vous êtes Clorinde Dacheux. Les papiers sont encore plus faciles à voler que les bijoux.

Cette suspicion de vol, brutalement formulée, faisait passer des élans de colère et d'indignation dans l'esprit de la marquise.

Mais elle contenait la légitime révolte de son âme, afin de ne pas protester, craignant d'être entraînée pour se défendre à se découvrir, à se nommer, car elle venait de prendre la résolution de ne pas se faire connaître.

Maintenant, en présence de ce qui se passait, elle y était fermement résolue.

Moins que jamais elle ne voulait que l'on sût que c'était la marquise de Fleurance elle-même qui était venue engager ses bijoux pour emprunter de l'argent.

Elle avait laissé croire à un vol afin de n'avoir pas à avouer son douloureux secret à son mari ; ce n'était pas dans les circonstances où elle se trouvait qu'elle allait se démentir.

Ne faudrait-il pas qu'elle expliquât sa conduite?

Ne serait-elle pas obligée, pour prouver qu'elle disait la vérité, d'établir ce qu'elle avait voulu faire, de révéler ses intentions?

Ce qui se passait était le résultat de la plainte portée la veille par le marquis de Fleurance, qui avait déclaré le vol auquel tout le monde avait cru ; Geneviève l'avait bien compris.

Si elle se faisait connaître, on ferait peut-être appeler son mari, et alors tout serait perdu.

Elle serait obligée de confesser à Guy ce qu'elle avait pris tant de peine à lui cacher, l'inconduite d'Hubert, le faux commis qu'elle voulait racheter pour le détruire.

Ce serait à ses yeux la divulgation de la honte.

Non, elle ne parlerait pas.

La malheureuse, buttée dans cette idée, ne cherchait même pas à savoir ce qu'il adviendrait.

Son silence ne pouvait être interprété que défavorablement.

Jamais le chef de bureau ,du Mont-dc-Piété n'aurait pu croire que c'était la marquise de Fleurance elle-même qu'il avait devant lui.

Il lui demanda :

— Comment ce papier est-il entre vos mains?

72 L'ENFANT DU DIVOUCE

La malheureuse, appréhendée dans les conjonctures épouvantables qui l'enserraient, résolue à ne pas se trahir, ne put rien répondre.

— Étes-vous Clorinde Dacheux? questionna encore l'employé. De la tête seulement la marquise fit un geste de négation.

— Qui êtes-vous?... quel est votre nom? insista le chef de bureau voyant qu'elle gardait le silence.

Geneviève se taisait.

Nulle puissance n'aurait été capable de lui taire avouer qu'elle était la marquise de Fleurance.

Elle ne se demandait pas seulement ce qui allait arriver, ce que l'on allait faire.

Elle était dominée tout entière par la résolution énergique de ne pas se faire connaître, et nulle autre préoccupation ne pouvait en ce moment pénétrer en elle.

Le chef de bureau, voyant qu'il n'obtiendrait rien, convaincu, du reste, qu'il avait affaire à l'auteur du vol que l'on avait signalé à son administration, voulut en finir.

Il ouvrit la porte vitrée et l'agent de la sûreté parut sur le seuil du petit cabinet.

En même temps il dit à la marquise :

— Yenez avec moi chez M. le directeur.

Geneviève obéit, sans protestation, sans la moindre résistance, passivement.

Elle suivit l'employé du Mont-de-Piété, ou plutôt elle marcha à côté de lui, tandis que l'agent de la sûreté se tenait derrière pour surveiller et parer à toute tentative de fuite.

On passa par un couloir étroit, tortueux et interminable, qui contournait les divers bâtiments pour aboutir près de l'antichambre directoriale.

Depuis le matin, la nouvelle du vol des bijoux de la marquise de Fleurance avait fait du bruit parmi le personnel de l'établissement de la rue des Francs-Bourgeois.

Les oppositions mises par la police, par le parquet ou par les personnes dépouillées sur les objets provenant de vols, ne sont pas rares au Mont-de-Piété ; mais il arrive assez rarement qu'il s'agisse de bijoux de cette valeur-là.

Aussi l'émotion produite par la nouvelle de ce vol fut-elle due autant à la haute situation de fortune du marquis qu'à l'importance considérable de la somme représentée par ces bijoux magnifiques.

Geneviève! monta dans le liacre. (P. 77.)

Tous ceux, parmi les employés, qui avaient }iu s'esquiver un instant de leur bureau, étaient venus voir les bijoux de la marquise de Fleurancc.

, Les commissaires priseurs allachés à l'adminisLralion les avaient

examinés attentivement et évalués en connaisseurs.

Il y en avait, assuraient-ils, pour de cent cinquante à cent quatie-

vingt mille francs.

iQe LIV. — l'enfant DU DIVOI'.CE.

10e LIV.

La nouvelle que la personne qui avait présenté ces bijoux à l'engagement venait de se représenter, circula encore plus rapidement. Comme en semblable occurrence, on dit :

— Ah! ah ! la voleuse est venue se prendre à la souricière!

Le chef de bureau frappa à la porte du directeur et entra seul dans son cabinet, portant les bijoux réunis dans une boîte.

La marquise, sous la garde de l'agent, attendit un instant dans la vaste antichambre qui le précède.

Mais son attente ne fut pas longue, car la porte se rouvrit bientôt et l'employé parut.

— Entrez, dit-il assez sèchement.

Elle obéit passivement, obstinée dans la résolution qu'elle avait prise de ne pas se faire connaître.

L'agent de la sûreté la suivit.

Geneviève s'arrêta à quelques pas de la table devant laquelle le directeur du Mont-dè-Piété était assis.

Celui-ci l'examina un instant en observateur attentif.

Puis il demanda, montrant le certificat, au nom de Clorinde Dacheux, que le chef de bureau lui avait remis :

— Comment cette pièce se trouvait-elle entre vos mains, puisqu'elle ne vous appartient pas?

La marquise fit un effort sur elle-même, et après un instant d'hésitation manifeste qu'elle employa à calculer ce qu'elle allait dire :

— Monsieur... déclara-t-elle avec un évident embarras, je ne peux donner aucune explication.

— Yous n'avez pas voulu dire votre nom?

— Non... je ne... peux pas...

— Yous aggravez votre situation, je dois vous en prévenir, et le silence que vous vous obstinez à garder, ne servira à rien du tout, car la police possède des moyens d'investigation qui déjouent tous les systèmes. — Vous feriez mieux de parler, dans votre intérêt.

— Je ne peux pas, répéta-t-elle.

— Tant pis!... Vous reconnaissez toutefois que ces bijoux que vous avez cherché à engager ne vous appartiennent pas?

La marquise garda le silence.

— Ah ! vous ne voulez rien dire ! fit le directeur avec une certaine irritation. Eh bien, à votre gré !

Il s'adressa à l'agent de la sûreté :

— Vous pouvez opérer, lui dit-il.

— Venez, dit le policier en saisissant la marquise par l'étoffe de sa manche.

Alo s, en sentant ce contact, Geneviève se raidit.

— Où me menez-vous?... demanda-t-elle.

— Allez avec cet agent, lui dit le directeur. On va vous conduire chez M e commissaire de police qui se chargera bien de vous faire parier.

Il y a toujours des gardes de Paris de service au Mont-de-Piété pour assurer l'ordre dans les différentes salles.

Deux d'entre eux, prévenus, arrivèrent.

Ils prirent la malheureuse femme ciiacun par un bras et la conduisirent.

— Non... Ne me conduisez pas ainsi dans la rue... supplia la marquise de Fleurance.

Elle ajouta, voyant qu'on ne tenait aucun compte de sa prière :

— J'ai une voiture que j'avais prise pour venir ici... laissez-moi m'en servir.

— Vous avez une voiture? dit l'agent de la surêté.

— Oui, monsieur... Elle m'a laissée au coin de la rue des Archives. • — Vous avez de quoi la payer?

— Oui, j'ai de l'argent.

— Quel est le numéro de cette voiture?

— Je ne sais pas.

— Je vais bien la trouver.

Et laissant sa prisonnière aux mains des gardes de Paris, l'agent de la surêté courut à l'endroit indiqué.

Il voulait en profiter pour interroger le cocher et pour obtenir quelques renseignements.

Le cocher, habitué aux longues stations, ne s'impatientait pas. Il avait passé au cou de son cheval une musette d'avoine et il se promenait à petits pas le long de sa voiture.

— Est-ce vous qui venez d'amener une dame? lui demanda le policier.

— J'ai bien amené une dame, répondit le cocher, reste à savoir si c'est celle-là.

— Une dame assez bien, avec un manteau de soie noire...

— Oui, ça m'a l'air d'être ça... Elle allait au clou, hein?... Je l'ai compris, bien qu'elle m'ait fait arrêter ici. Ça se croit malignes, ces petites femmes-là... enfin elles ont leur amour-propre, quoi!

— D'où venait-elle? demanda le policier.

Alors le cocher comprit qu'il subissait un véritable interrogatoire.

— Ah! ça, mais... fit-il. — Est-ce que vous en seriez?

— Oui, répondit l'agent en exhibant prestement sa carte, et votre voyageuse est arrêtée.

— Cette petite dame-là ! . . .

— Oui, c'est une voleuse.

— Sapristi!

— Alors oii vous a-t-elle pris?

— A la gare d'Orléans, répondit le cocher.

— Elle en sortait?

— C'est probable, répondit le cocher, car je devais l'y reconduire, d'après ce qu'elle m'a dit.

— Ah! ah! fit l'agent de la sûreté sur deux tons, avec une préoccupation visible.

Il pensait :

« Je parie qu'il y a là-dessous une ruse pour qu'on ne puisse rien savoir... Oh! oh!... elle a l'air d'être forte, cette petite femme-là! »

— Eh bien ! venez, dit-il ensuite au cocher, vous allez nous aider ù la transférer au bureau.

— Quai de Gesvres, n'est-ce pas?

— Oui.

— Ah! je connais ça, dit le cocher.

Et, tout en enlevant la musette à son cheval, il demanda :

— Ma cliente s'est sans doute fait pincer en venant engager quelque bibelot volé?

— Pour plus de cent mille francs de bijoux. ■ — Mazette!... elle va bien.

Puis, philosophiquement, en remettant le mors et la bride à son cheval, le cocher ajouta :

— Allons, voilà pour moi une série de dérangements comme témoin.

— Vous serez indemnisé.

— Je sais bien, mais ça n'empêche pas que je préférerais autre chose.

Le cocher grimpa sur son siège, fit tourner à son cheval la rue des Francs-Bourgeois et sur l'ordre de l'agent qui suivit à pied, il fit entrer son fiacre dans la cour du Mont-de-Piété, d'où il vint se ranger au pied de l'escalier, sous la voûte.

Les gardes de Paris amenèrent leur prisonnière.

Il y avait une foule d'employés, des garçons de bureaux et quelques

curieux qui, sachant ce qui se passait, voulaient voir l'auteur de ce vol important.

Geneviève monta dans le fiacre.

L'agent de la surêté se plaça auprès d'elle et l'un des gardes de Paris se plaça en face sur le strapontin.

Le chef de bureau se rendit de son côté au commissariat portant les bijoux, dans la boite oii on les avait placés, afin d'en faire donner décharge à son administration.

Le trajet, assez court du reste, fut silencieux.

Geneviève se demandait avec terreur ce qui allait arriver.

Elle réfléchissait à la situation qui lui était faite et elle cherchait ce qu'elle pourrait faire pour en sortir.

On l'avait prise pour la voleuse de ces bijoux, car elle comprenait que c'était à la suite de la plainte portée par Guy que l'on avait immédiatement fait des recherches et qu'on les avait découverts au Mont-de-Piété.

Ah! si elle avait pu prévoir ce qui se passait!... Si elle avait pu connaître à l'avance les usages de l'administration du Mont-de-Piété oii il est nécessaire de se faire connaître, elle se serait plutôt adressée à un prêteur, quitte à être exploitée par un usurier.

Maintenant qu'allait-il advenir?

Qu'allait-on faire d'elle?

Loin d'ébranler sa résolution de ne pas parler, le danger grave et indéfini qu'elle sentait autour d'elle l'affermissait davantage.

Toute conjecture, quelle qu'elle soit, était préférable pour elle à ce qui arriverait si elle se faisait connaître.

Elle en prévoyait trop bien et elle en redoutait trop fortement les conséquences épouvantables.

Ce serait la divulgation inévitable de ce qu'elle tenait à cacher à n'importe quel prix.

Ce serait l'obligation d'avouer à son mari, le faux imputable à Hubert de Glamondans et les efforts qu'elle avait faits pour racheter ce chèque afin de lui cacher l'inconduite de son frère.

Elle était bien résolue.

Elle ne parlerait pas!

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