‹ L'enfant du divorceChapitre 62 sur 88 · LE CURÉ DE SOUVIGNY · texte numérisé non relu

LE CURÉ DE SOUVIGNY

^^oxsiEUR Gordiirier revint à son cabinet fort satisfait de la nouvelle détermination de sa prisonnière.

^^^ds Son air joyeux contrastait à tel point avec son allure ordinairement réservée, que son greffier ne put s'empêcher de le regarder avec étonnement.

M. Daumas, homme d'un certain âge, qui tenait son emploi des chaudes recommandations du juge d'instruction, jouissait d'une très grande liberté vis-à-vis de lui.

.Une sorte d'intimité s'était établie entre eux et se traduisait par une réelle collaboration et, par suite, engendrait une familiarité respectueuse chez le greffier, une amicale bonhomie de la part de M. Cordurier.

— Avez-vous donc de bonnes nouvelles aujourd'hui, monsieur le juge? iilterrogea le scribe.

— Assez bonnes, oui! répondit le magistrat en se frottant les mains; notre mystérieuse inconnue est enfin sortie de son mutisme.

— Ah! vraiment?... enfin!

— Doucement! doucement! ce n'est pas ce que vous croyez, monsieur Daumas; elle n'avoue pas encore, elle en prend le chemin simplement.

— L'instruction a de nouvelles indications?

— Des présomptions, pas autre chose; mais cette fois des présomptions plus sérieusement établies que celles que j'avais faites jusqu'ici... Notre voleuse est bien de Souvigny ou des environs, quoi qu'en ait conclu ce maladroit de juge de paix.

— Elle s'est donc trahie?

— Découverte tout au plus; mais ce que je sais suffit pour me confirmer dans mes soupçons...

— Elle est très forte, n'est-ce pas, monsieur le juge .

— Oui, j'ai rarement vu une prévenue de cette trempe. Il lui a fallu une énergie vraiment extraordinaire pour résister ainsi à sa maladie, à mes interrogations et au secret... C'est fini heureusement.

5G4 L'ENFANT DU DIVOnCE

Je suis persuadé d'ailleurs, reprit M. Cordurier, que cette femme appartient à une certaine classe de la société; elle a un maintien et un langage qui ne me laissent aucun doute à cet égard...

— C'est vrai, confirma le greffier, elle m'a produit aussi l'efFel d'avoir très grand air.

— Nous allons prochainement pouvoir reprendre l'instruction, car elle m'a fait demander l'autorisation de voir l'abbé Julien, curé de Souvigny.

— Tiens ! Tiens !

— Vous comprenez, mon cher Daumas, que j'ai immédiatement donné mon consentement; l'instruction ne pouvaitqu'en bénéficier... Elle connaît l'abbé Julien, donc elle a habité le pays, si elle n'y est née, la chose est évidente... D'autre part, j'ai tout lieu de supposer qu'elle connaît également la marquise!... Qui sait, peut-être était-ce une amie?

— Mais le marquis ne l'a pas reconnue à la confrontation?

— D'accord !... ce détail ne m'a point échappé...

A cette objection la réponse est simple : la marquise peut avoir des amies inconnues de son mari... Cela se voit tous les jours... Hein? qu'en pensez-vous?

— C'est juste, fit M. Daumas, je n'y avais point songé.

— Donc, deux points sont désormais acquis, ou du moins sont d^une logique probabilité : notre voleuse est une femme du monde, elle est connue à Souvigny.

— On ne peut mieux conclure.

— L'abbé Julien auquel je vais écrire et que je vais faire citer comme témoin, nous apportera, j'en suis convaincu, la clef de ce mystère... Nous saurons enfin le nom de cette femme.

— Et avec le nom, on va loin.

— Oui, le nom d'abord, et nul doute que nous n'arrivions à débrouiller rapidement cette singulière histoire.

— Faut-il adresser une citation ?

— J'allais vous le dire... Rédigez-moi donc immédiatement une citation à témoin et envoyez-la à M. l'abbé Julien, curé de Souvigny. Je lui écris en même temps. .

— Elle partira ce soir même.

— Je compte sur vous, Daumas. .

Le juge en faisant citer le bon prêtre comme témoin, voulail l'empêcher de se dérober à la requête de la prévenue

Il espérait trop maintenant en ce nouvel auxiliaire pour ne poini prendre cette précaution.

En outre, il craignait que la prisonnière ne plaçât ses confidences sous couvert du sceau de la confession pour obliger celui-ci à ne rien révéler de son identité. , \

Gomme témoin, l'abbé Julien était tenu de répondre aux questions de la justice.

Néanmoins^ M. Cordurier voulait écrire lui-même la lettre particulière qui devait être faite pour se conformer au vœu de Geneviève.

Il pensait, non sans raisons, que cette lettre aurait tout le poids de son autorité de magistrat.

11 saurait aussi la rendre assez courtoise, assez aimable, pour se concilier à l'avance la sympathique bonne volonté du curé.

Le jour même il adressa donc à Souvigny la lettre suivante :

TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE Paris, 4 octobre 1884

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