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CHAPITRE LXVII

DEUX IJNSTR CIMENTS

■^-rT^N^^EMS ne devait pas être long à préparer de nouveaux projets et. à T 1^1 prendre une résolution nécessitée par la conversation qu'il avait X><:>fî^ surprise.

Tout en se rendant à la poste pour se débarrasser d'abord de la commission dont l'avait cbargé son maître, il marchait lentement, récapitulant dans ses moindres détails le récit de Geneviève, du curé et de Bécoulet, et cherchant à combiner tout un nouveau plan machiavélique pour entraver les démarches résolues par les trois hommes, démarches auxquelles avait eniin consenti la sœur d'Hubert, et faire servir pour le mieux de sa haine le drame douloureux dont la marquise était l'innocente victime.

Il savait maintenant tout, ou à peu près tout ce qui s'était passé.

Seuls quelques points inexpliqués restaient encore que son esprit infernal ne tarderait pas à éclaircir.

Il pouvait suivre pas à pas, sans y changer grand'chose, le dur calvaire parcouru jusquà ce jour par la marquise de Fleurance depuis son départ précipité et mystérieux des Migettes.

Ce qu'elle avait dû souffrir, cette fière marquise, songeait Denis, tandis qu'un éclair s'allumait dans ses yeux méchants !

Une Glamondans arrêtée sous une inculpation de vol, traînée en prison, enfermée à Saint-Lazare comme une voleuse !

Cette idée revenait en refrain joyeux dans l'âme haineuse de Denis Féroux, paralysant presque pour un instant l'imagination malfaisante du domestique de confiance du duc de Glamondans.

— Mais pourquoi, diable ! se répétait le coquin réfléchissant, cette bonne marquise s'entourait-elle de tout ce mystère pour se procurer un argent qu'elle n'avait qu'à demander à son mari?

Quel intérêt pouvait-elle avoir à se cacher du marquis ?

Quelle nécessité pressante et mystérieuse a pu donner à madame de Fleurance cette idée d'engager ses bijoux au Mont-de-Piété pour trouver de l'argent à l'insu de tous ?

Le drôle se creusait la tête vainement.

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Il avait, en passant devant le bureau de poste du Grand Ilôtul, déposé la lettre d'Hubert à son entraîneur, et maintenant c'était sur l'impériale de l'omnibus de Madeleine-Bastille que le domestique du duc de Glamondans continuait son intéressant monologue.

Car, tout en réfléchissant, l'avisé coquin s'était dit que le plus pressé était de voir ce digne M. Lebon, et de tâcher de tirer quelque chose de l'ancien caissier de M' Ducormier.

Le trajet est long de l'Opéra au boulevard des Filles-du-Calvaire, et avant d'arriver au cabinet de l'agent d'affaires, le père de Fernande Maurin était bien sûr de tenir dans ses mains tous les fils de la noire intrigue que sa haine envieuse ourdissait contre le bonheur et l'honneur des Glamondans.

— Evidemment, ruminait le traître, le marquis, en trouvant les écrins vides dans le coffret à bijoux de madame de Fleurance, na pu d'abord penser qu'à un vol et il a porté plainte immédiatement.

Cela expliquait d'une façon toute naturelle l'arrestation de Geneviève au moment oii elle revenait au ]\Iont-de-Piété pour toucher l'argent que l'on devait prêter sur les bijoux.

Le mutisme de la marquise effrayée, refusant de se faire connaître, stupéfiée par cette épouvantable accusation de vol, devant cette complication inattendue survenue dans l'accomplissement de projets qu'elle voulait tenir secrets, s'expliquait aussi facilement, et ainsi prenait corps cette voleuse mystérieuse dont l'identité avait si fortement intrigué l'esprit de Denis Féroux.

— Mais alors, se disait le drôle très logiquement, comment se fait-il que le marquis de Fleurance, confronté dans le cabinet du juge d'instruction avec la soi-disant voleuse, n'ait pas retiré immédiatement sa plainte et arrêté toutes poursuites en disant au juge : « Je me suis trompé, monsieur, il n'y a pas eu vol, car madame est la marquise de rh?urnnco, ma femme? »

Il fallait donc que le marquis n'eût pas voulu reconnaître Geneviève...

Et (lucl motif pouvait avoir le mari pour se refuï^er à reconnaître sa femme?

De nouveau, le coquin se trouvait dérouté.

Petit à petit, cependant, le louche rogard de Denis Féroux s'alhnna des éclairs de la haine satisfaite. Un rire silencieux s'accentua au pli de ses lèvres minces en un vilain rictus.

— Eh! mais, murmura-t-il en se frottant les mains, je crois que je commence à voir clair... Allons donc!... Parbleu!... Est-ce que le coup

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pouvait venir d'une autre que de la petite Gradignan !... de l'astucieuse Marion?

N'avait-elle pas d'ailleurs jeté le grappin sur le marquis?

Une maîtresse femme et une rude auxiliaire que la Providence donnait à sa haine !

Oui, cela se dessinait maintenant clair et net pour Denis; le coup partait de M""" de Gradignan.

l\'arion avait su, par Guy, et le départ de Geneviève, et la disparition des bijoux de la marquise.

Habile à profiter de la faiblesse de cet imbécile de Fleurance, elle avait aussitôt imaginé la trame perfide dans laquelle se débattait la sœur d'Hubert.

Elle avait jeté dans le cœur du marquis et soigneusement entretenu par des insinuations perfides à l'adresse de Geneviève, les germes du soupçon.

Le marquis s'était cru outragé, trahi ; et il était immédiatement parti pour Paris à la poursuite de sa femme.

La rencontre inopinée de M. de Fleurance et de Geneviève au moment où celle-ci allait engager ses bijoux, le trouble de la marquise, son silence, tout avait confirmé le mari dans ses soupçons.

Adroitement circonvenu par les manœuvres intelligentes de la belle Marion, M. de Fleurance, appelé devant le juge d'instruction pour être confronté avec l'accusée, n'avait pas hésité à renier l'épouse coupable et à abandonner à son triste sort l'infidèle Geneviève.

Le tour était joué, et le mari trompé avait été sans doute ensuite chercher des consolations et sa récompense entre les bras de l'alTriolante brune.

— H faut avouer, murmurait Denis revenant à ses déductions, que le hasard les a merveilleusement servis dans leur petite coquinerie, nos deux amoureux.

Le mutisme obstiné de Geneviève, sa longue maladie qui l'avait tenue clouée et pour ainsi dire privée de raison sur un lit d'hôpital, ont permis au marquis — en prolongeant l'inexplicable absence de sa femme

— d'invoquer dans son procès en divorce l'abandon du domicile conjugal et d'obtenir un jugement en sa faveur.

Ce jugement, il est vrai, n'était encore que provisoire. Qu'allait faire maintenant la marquise secondée par son frère et par ces deux enragés, Bécoulet et l'abbé Julien?

La chance — car l'ignoble personnage n'osait invoquer la Providence

— qui jusqu'à ce jour avait paru vouloir servir si bien sa haine, allait elle se tourner contre lui?

Les deux lins renards étaient en présence. (P. T32.)

Halte-là!.., Il fallait veiller. Non, Fleurance, pas plus que Glamondans, ne lui échapperaient. Us ne sortiraient de ses mains qu'api es y avoir été auparavant meurtris et brisés.

Du reste son plan était fait, maintenant, il le tenait.

Deux hommes, inconsciemment, devaient dans la nouvelle combinaison de Denis, servir à merveille les projets du venimeux et hypocrite

92« Liv. — l'knkam du divouck 9-« uv.

Lebon, d'abord, l'ancien clerc indélicat du notaire de Tours; Lebon, au courant de tout ce qui concernait la famille de Fleurance; Lebon cauteleux, sournois, âpre au gain, prêt à toutes les besognes — si Denis savait s'y prendre adroitement — devait lui être avant peu d'un précieux concours.

Oui, Lebon d'abord; puis Loriol.

L'omnibus arrivait au coin de la rue Franche-Comté; le père de Fernande se leva vivement pour descendre.

Loriol! mais évidemment; cela s'imposait... Le baron LorioL.. Voilà ce qui s'appelait une inspiration !

— N'avait-il pas été avant le mariage de Geneviève très fortement épris de M"^ de Glamondans?... et même, à présent, n'était-il pas encore, et presque ouvertement, amoureux de la marquise?...

Evidemment si M. de Fleurance a réellement soupçonné sa femme d'adultère, le complice supposé de l'épouse coupable n'a pu être que Loriol.

D'ailleurs, n'y avait-il pas eu provocation entre le baron et le marquis de Fleurance... provocation qui rendait un duel imminent entre les deux hommes?

Comme la perfide Marion avait dû attiser le feu, souffler sur cette inflammable étoupe qu'est le cœur de l'homme lorsqu'il s'agit de son honneur de mari ! . . .

Oui, incontestablement, si le baron Loriol est toujours amoureux de M"*" de Fleurance, ce cher ami, ajouta Denis ironiquement, va s'employer de tout son pouvoir à faire confirmer un jugement qui le débarrasse d'un mari gênant.

Donc, après Lebon, je verrai Loriol.

Et comme le domestique d'Hubert arrivait à la porte de l'agent d'affaires :

— Je n'ai pas besoin de me presser, se dit-il avec son mauvais sourire; j'ai le temps, ma journée est à moi. N'ai-je pas reçu de cet insolent de Glamondans, mon bon maître, l'ordre de m'occuper des commissions de M"* Fernande Maurin?

C'est à petits pas que le père de Fernande gravissait l'escalier douteux qui conduisait aux bureaux de l'agence Ilippolyte — (Lebon successeur).

L'ENFANT DU DIVORCK 731

Tout en morilant, il méditait encore, réfléchissait, préparait ses batteries, étudiait la manière la plus sûre d'en venir à ses fins avec l'agent d'affaires.

D'instinct, Denis se disait que Lebon et lui devaient toujours arriver à s'entendre.

Mais à coquin, coquin et demi :

Etail,-il nécessaire, pour obtenir ce résultat, pour réussir comme il voulait, de découvrir son jeu?...

Non, certes, jamais de la vie !

L'ancien clerc de ]\P Ducormier élait un ces hommes intelligents avec lesquels un adroit compère comme Denis devait se faire comprendre à demi-mot.

Il n'y avait qu'à lui montrer le but à atteindre et surtout les avantages à retirer d'une commune entente; cela devait suffire à le lancer sur la piste.

Donc — c'était un point important — le domestique d'Hubert devait se garder de laisser deviner, au retors petit bossu, la haine aveugle qui le poussait à s'immiscer dans les divisions intestines des familles de Glamon- (lans et de Fleurance, — tout au moins jusqu'à ce qu'il fût sûr de tenir à sa discrétion le finassier petit homme.

Jusque-là il fallait louvoyer, ruser, tâter le terrain avant de prendre pied.

Denis, tout en monologuant, était arrivé sur le palier de l'agent d'affaires.

Il s'arrêta un moment, passant en revue ses derniers arguments, aiguisant toute la finesse de son esprit rusé à envisager la possibilité et les conséquences d'une non-réussite.

Puis, d'une main résolue, il sonna.

Le père de Fernande Maurin avait repris toutes les allures d'un domestique de grande maison.

— Veuillez, dit-il d'un air important au petit saute-ruisseau qui lui avait ouvert la porte, annoncer à votre patron monsieur Denis Féroux, de la part de M. le duc de Glamondans.

Assis à son bureau, l'oreille au guet depuis que le timbre annonçant un visiteur pour l'agence avait résonné, l'ancien clerc de M' Ducormier avait poussé un ah! de satisfaction en entendant le nom prononcé par le domestique d'Hubert.

— Tiens, tiens, il venait donc à résipiscence, le jeune duel... il s'était enfin décidé!

On allait donc avoir enfin recours aux bons et dévoués offices de ce brave Lebon.

Il ne venait pas lui-même, le petit duc, il est vrai, et envoyait un laquais; mais, outre qu'un peu de fierté ne messied pas à un gentilhomme, la chose n'en était pas autrement désagréable à l'agent d'atTaires, au contraire : on pourrait peut-être plus aisément s'entendre avec le messager du jeune homme...

Cela pouvait modifier avantageusement le joli petit bénéfice que le successeur de M" Hippolyte espérait bien tirer de ses relations futures avec l'héritier des Glamondans.

Aussi, lorsque Denis lui fut annoncé, l'agent d'affaires, passant sa main moite sur son crâne afin de ramener en arrière ses rares cheveux gras, donna-t-il Tordre de l'introduire aussitôt.

Denis entrait, du reste, sur les pas du petit clerc.

Les deux fins renards étaient en présence.

Le domestique d'Hubert s'était composé une figure bonasse et sans malice.

II s'était décidé à paraître jouer franc jeu, espérant par sa feinte naïveté amener plus facilement Lebon à se découvrir.

Celui-ci, à l'entrée du compère, avait, d'un petit geste sec qui lui était habituel, relevé légèrement ses lunettes aux verres bleus et, pardessous, examinait à son aise de son œil clignotant l'envoyédu jeune duc de Glamondans.

— Pardon, mon cher monsieur Lebon, dit Denis Féroux après s'être assis en ayant eu soin de placer un peu de côté le siège que l'agent d'affaires lui avait indiqué en face de la fenêtre, pardon de vous déranger; mais je connais votre compétence dans les questions juridiques, et je voudrais avoir une petite consultation.

— Ah! ah!... une petite consultation... pour vous?... naturellement? dit l'ancien clerc, dissimulant sous une toux légère un violent désappointement.

Ce n'était donc pas pour le duc, son maître, que venait le valet de chambre d'Hubert.

Tiens, c'était curieux!

Qui l'amenait donc, alors?

Il fallait voir.

Le successeur de W Hippolyte éteignit encore davantage sous ses lunettes qu'il rabaissa immédiatement le papillotement inquiétant de ses prunelles.

— Et à quel sujet cette consultation, mon bon monsieur Denis? demanda-t-il d'un air détaché.

— Mon Dieu, voici, la chose est bien simple, répondit le valet de chambre sur le ton de la plus entière confiance ; très simple, répéta-t-il, pour vous surtout, monsieur Lebon, qui devez connaître mon attachement pour la famille de Glamondans.

Et Denis regarda à son tour d'un air innocent l'agent d'affaires qui ne sourcilla pas.

■ — Ah ! c'est donc au sujet de M. le duc de Glamondans que vous désirez cette consultation? fit Lebon revenant à ses premières idées.

— De M. le duc, non, pas précisément, rectifia le père de Fernande, qui hésitait à démasquer ses batteries ; bien que cela soit à peu près la même chose, car l'affection de M. le duc pour M""' la marquise, sa sœur, est bien connu.

— Il s'agit donc de M"' la marquise de Fleurance, alors? fit l'agent d'affaires qui commençait à flairer quelque chose de louche, mais en même temps de singulièrement intéressant, dans les circonlocutions de son singulier client.

— De M""" la marquise, précisément, répondit Denis qui était arrivé à poser ses préliminaires d'ouvertures.

— Mais quel rapport... ? interrogea Lebon en s'enfonçant do plus en plus dans l'ombre de son fauteuil.

— Attendez, vous allez voir.

Vous n ignorez pas l'extrême douleur que causait à M. le duc l'inexplicable disparition de M"^ la marquise.

L'agent d'afl'aires s'inclina en signe d'acquiescement.

— Eh bien ! ajouta le valet de chambre croyant frapper un grand coup. M""' la marquise est retrouvée.

— Je sais cela depuis longtemps, fit tranquillement l'ancien caissier de M* Ducormier.

Denis eut un mouvement de surprise qu'il parvint heureusement à dissimuler.

— Tiens, questionna-t-il d'un air bonasse, auriez-vous vu M°" la marquise?

Lebon évita de répondre directement.

— C'est une bien brave dame, une bien digne femme! fit-il d'un air paterne...

Bien malheureuse, oh ! oui, bien malheureuse! ajoula-t-il avec conviction au bout d'un instant.

— Pour ça, c'est bien vrai, pauvre chère dame, fit le laquais avec hypocrisie.

— Et bien innocente, j'en suis sûr ! continua l'agent d'affaires qui cherchait de son côté à faire causer Denis et avançait prudemment sans trop s'engager.

— Innocente, n'est-ce pas? vous le croyez aussi? appuya le valet de chambre d'Hubert.

— Pardi!... fit seulement le bossu.

— Et cependant, fit Denis après un silence^ l'absence de la marquise... ces bijoux... Comment expliquer?... Quel intérêt pouvait-elleavoir à les engager ?

■ — Penh! conclut l'agent d'affaires d'un ton dégagé: est-ce qu'on sait jamais, avec les femmes...?

Et comme le père de Fernande allait insister, persuadé que l'ancien clerc en savait plus qu'il ne voulait en dire :

— Et cette consultation, mon cher monsieur Denis, rappela Lebon, espérant ainsi arriver enfin à connaître le véritable but de la visite de son interlocuteur.

— C'est juste, fit Denis Féroux qui pour le moment jugea imprudent d'insister.

Je vous disais donc que M"' la marquise était venue voir son frère, aujourd'hui, chez nous, rue Meyerbeer. Elle était accompagnée par M. Bécoulet, — vous savez, le juge de paix de Souvigny ? — et par l'abbé Julien, le curé.

Vous pensez la scène attendrissante que cela fit, lorsque M""^ la marquise se jeta dans les bras de M. le duc !

Nous pleurions tous, ajouta le coquin qui, à ce souvenir attendrissant, fit le geste d'essuyer au coin de son œil une larme absente; oui, tous, tous !

L'émotion de Denis Féroux avait sans doute gagné le digne M. Lebon, car il ôta ses lunettes pour en essuyer les verres qu'un brouillard humide avait obscurcis.

Il en profita pour regarder de ses petits yeux chassieux et clignotants le fidèle serviteur des Glamondans.

— Cela devait être en effet bien attendrissant, dit-il.

— J'arrive au fait, continua Denis : après les premiers moments consacrés à la joie de se revoir, tout de suite on s'est mis à causer du divorce de M"' la marquise.

Tous, ils ont été d'avis qu'il fallait immédiatement faire opposition au jugement.

L'IîNFANT DU DIVORCE 733

Denis fit une pause, mais voyant que l'agent d'affaires restait muet, il continua :

— La marquise y était d'abord opposée, elle pariait du sa lierté outragée, de son amour trahi, de sa tendresse morte à jamais, de son nom calomnié. Mais ils l'ont si bien raisonnée tous les trois, qu'elle a enfin consenti.

Voilà l'affaire, mon cher monsieur Lebon.

Vous pensez si tout cela m'a révolutionné !

Je me disais à part moi que peut-être M'"^ la marquise avait raison, et que mieux valait laisser les choses comme elles étaient.

Songez donc, quand la chère dame apprendra la conduite de son mari...

Puis je me disais aussi que si la chose n'était pas possible, vous savez, cette revision du jugement, cela sera pour la malheureuse femme de nouvelles et bien inutiles souffrances.

Naturellement, je n'osais pas interroger, mais tout cela me tournait le sang.

Alors, comme j'étais libre aujourd'hui, je résolus d'en avoir tout de suite le cœur net.

Immédiatement, j'ai pensé à vous.

Voyons, mon bon monsieur Lebon, cela est-il possible de détruire comme cela les arrêts delà Justice? fit le domestique d'Hubert d'un air naïf.

Lebon prit un temps pendant lequel il sembla réfléchir.

Puis il affirma, étudiant Denis :

— Certainement;, l'affaire est faisable, le jugement ayant été rendu par défaut.

Les délais d'opposition n'expireront qu'au mois de mai 1883, après quoi, ajouta l'ancien clerc de M' Ducormier, resteraient encore deux mois de délai d'appel ou de cassation. En tout, dix mois depuis le jugement rendu.

Rien n'empêche donc effectivement M""' la marquise de Fleurance de faire opposition au jugement qui a été rendu contre elle, si cela lui plait, confirma Lebon, qui cherchait encore, en somme, quel pouvait être le but réel de la visite de Denis.

— Évidemment, se disait l'agent d'affaires, il n'est pas venu de la part du duc de Glamondans, cela ne fait pas l'ombre d'un doute ; à qui diable peut-il en vouloir ?

L'ancien clerc ne s'était pas laissé prendre aux manifestations d'attachement et aux grandes protestations de dévouement du domestique pour son maître; malgré les airs innocents du rusé compère, il le

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comprenait aussi trop intelligent pour faire sans aucun intérêt une démarche aussi extraordinaire.

Mais quel pouvait être Tintérùt qui guidait Denis dans cette occurence singulière? Quel rôle le fourbe jouait-il vis-à-vis de la famille de Glamondans?...

Pendant que l'agent d'affaires se livrait à ses réflexions, le père de Fernande Maurin commençait à s'impatienter de ne rien tirer de son rusé partenaire.

Il sentait bien cependant que Lebon était mieux informé qu'il ne voulait le paraître et il était certain que le bossu pourrait, s'il le voulait, le renseigner sur les points restés pour lui obscurs dans le mystérieux drame des Migettes.

Denis Féroux voulut essayer encore une fois de faire parler l'agent d'affaires.

— Eh bien ! mon cher monsieur Lebon, si cela est ainsi, lança-t-il en se levant comme pour partir, je connais toujours quelqu'un que cette opposition ne fera pas rire.

— Ali! oui, la belle Marion, M'"'' Gradignan?... fit Lebon avec un accent rancunier.

Le père de Fernande Maurin crut, du coup, avoir remporté un avantage.

Et espérant toujours que l'ancien clerc allait se démasquer :

— Et le marquis, donc! ajouta-t-il; croyez-vous qu'il va prendre son parti sans regimber et qu'il ne va pas crier comme un aveugle si on le force à reprendre sa femme et à abandonner la petite Gradignan avec laquelle il fait maintenant un si bon ménage?...

Car on les rencontre partout se becquetant, insista Denis espérant toujours faire parler Lebon, qui resta muet.

Cela en est même scandaleux... lança-t-il dans une dernière tentative.

Mais Lebon trouvait sans doute qu'il en avait assez dit; les deux coquins étaient décidément trop méfiants pour s'entendre.

Le successeur de Maître Hippolyte se contenta d'un acquiescement poli.

Il n'y avait plus rien à faire pour Denis, la partie était résolument perdue.

Il prit congé.

— Toi, gronda-t-il furieux en descendant l'escalier de l'agence, toi, mon garçon, tu fais trop le malin!

Tu dois avoir un gros intérêt à empêcher le divorce de cette chère marquise.

L'ENFANT DU DIVORCK

... Lélegant Patrice, croisant sa mince canne à Pomme dor, avait mis ea arrêt le valet de chambre... (P. "3b.)

A moins toutefois, réllcchit Thabilo grcdiu, qu'il n y ait là-dossous quelque mécanique montée contre la Gradignan, ma d.gne alliée sans

le savoir.

Mais ne finquiète pas, j'aurai l'œil!

En attendant, ajouta-t-il, en manière de péroraison, il n y a non a faire pimr le moment avec cet imbécile de Lebon.

.le vais me tourner du cùté de Loriol.

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