POUR SOLDE
^^^ETiT, gros, le teint ileuri, la physionomie vulgaire et suffisante, ^hî^ encadrée dans une paire d'énormes favoris d'un noir trop brillant ■(Li^^ pour être naturel le « spécialiste » des colonnes lumineuses, après s'être fait annoncer par le petit clerc de IVP Lebon, fit son entrée dans le cabinet de l'agent d'affaires.
— Ah! ah!... monsieur le docteur Paulard, fit négligemment, sans se déranger, l'associé de Denis Féroux, s'absorbant dans la lecture d'un dossier qu'il avait précipitamment ouvert à l'arrivée du docteur.
Veuillez vous asseoir, je suis à vous, ajouta le successeur de M. liippolyteen se replongeant dans sa lecture, non sans avoir du coin de l'œil, à l'abri de ses lunettes bleues, dévisagé son visiteur
— Hum ! pensa le docteur eh s'asseyant philosophiquement : ça ne m'a pas l'air de devoir marcher tout seul... J'ai affaire à un poseur, mauvais signe...
Je crois que je vais la danser daiis les grands prix!
Et croisant ses jambes l'une sur l'autre, le débiteur, forcément résolu à la patience sembla prendre le plus grand intérêt aux carton verts garnis de fiches blanches qui tapissaient les murs du cabinet de l'agent d'affaires.
Lebon quitta enfin sa lecture, lança un regard louche au docteur Paulard et prenant à portée de sa main plusieurs effets de commerce renfermés avec d'autres papiers dans une chemise de toile grise :
— Je suis charmé, docteur, dit lepetit homme d'un air chafouin, de vous voir enfin décidé à liquider cette méchante affaire.
J'y complais tellement que voici vos billets tout préparés, ajouta le successeur de M. Hippolyte, prenant bien soin de tenir les précieux papiers à l'abri d'un coup de main audacieux de leur signataire.
Veuillez donc être assez aimable pour me verser les deux mille quatre cent quatre-vingt-quinze — frais compris, — qui forment le montant de votre créance, continua gracieusement l'agent d'affaires.
— Vous verser les deux mille quatre cent quatre-vingt-quinze francs ! s'écria le docteur avec un haut-le-corps... Mais, mon cher monsieur, vous faites erreur et je ne suis pas du tout en situation de vous verser cette somme.
— Alors?... interrogea Lebon en remettant soigneusement les effets sous leur enveloppe de toile.
Et l'agent d'affaires compléta sa phrase par un geste expressif qui voulait dire : Alors, que venez-vous faire ici?
' — Pardon, fit le « spécialiste » un peu déconfit, mais je vous avoue qu'en venant j'avais espéré vous trouver plus accommodant.
Je pensais que dans l'impossibilité où j'étais de vous régler, vous voudriez bien consentir à un arrangement dont les conditions...
L'agent d'affaires ne le laissa pas achever.
— Oh ! quant à cela mes ordres sont formels. . C'est impossible, n'y^ comptez pas, mon cher docteur.
— Cependant, insista le docteur Paulard, j'aurais pu prendre vis-àvis de mon créancier des engagements...
— Qui naturellement n'eussent pas été mieux tenus que ceux-ci, interrompit nettement le successeur de M. Hippolyte en frappant du plat de sa main moite l'enveloppe qui contenait les billets impayés signés par le docteur.
Le « spécialiste » se gratta la tête d'un air indécis.
— Et si je vous offrais un acompte? fit-il enfin avec hésitation.
■ — J'aurais le regret de le refuser, docteur, répondit d'un air navré le directeur de l'agence.
J'ai ordre de ne rien accepter hors la totalité de la somme.
— Et si je ne paye pas vous avez l'intention de pousser les choses?...
— Mais autant qu'il sera nécesaire pour arriver au payement, dit tranquillement l'ancien clerc de M* Ducormier.
— Jusqu'à la faillite? fit d'un air incrédule le docteur Paulard.
— Dame! si vous nous y forcez... répondit Lebon.
Le docteur se mit à tambouriiier nerveusement sur le bureau.
— C'est votre dernier mot, mon cher monsieur Lebon? quéstionnat-il.
— Et vous m'en voyez désespéré, fit hypocritement l'agent d'affaires.
— Vous savez qu'il m'est complètement impossible de vous régler : vous refusez d'accepter de nouveaux engagements, insista le « spécialiste » des colonnes lumineuses en faisant un mouvement pour se lever.
— Tiens, mais au fait, attendez donc, docteur, fit le successeur de M. Hippolyte d'un air d'intérêt :
J'y pense... Il y aurait peut-être un moyen d'arranger votre affaire.
— Pardi! allons donc, pensa cyniquement le docteur Paulard. Seulement, attention, gare à l'étrille.
C'est-à-dire que c'est ma complicité que vous voulez acheter, s'écria le « spécialiste . des colonnes lumineuses en se levant d'un air indigné 1 (P. 81S.)
Vous connaissez un moyen de me sortir d'embarras, mon cher monsieur Lebon, ajouta-t-il tout haut en se rasseyant?
— J'ai dit : peut-être, rectifia l'ancien clerc de M' Ducormie..
Mais comme vous me paraissez un homme intelligent, et rempli de bonne volonté, je serais désolé d'avoir à exécuter contre vous, dans toute sa rigueur, les ordres de mon client, et...
103» LIV. — l'enfant du DIV0RC8.
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— Et pour « nous » éviter d'en arriver à cette dure extrémité, vous exigez?... questionna le docteur goguenard.
— Oh! moi! je n'exige rien, restons-en là si vous voulez, fit l'agent d'affaires d'un air piqué.
— Mais non, mais non, je vous en conjure ; ne prenez pas en mauvaise part une petite plaisanterie, reprit le docteur Paulard un peu inquiet.
Voyons votre moyen, mon cher monsieur Lebon.
— Le voilà, docteur, vous en ferez ce que vous voudrez, dit le successeur de M. Hippolyte ; seulement, veuillez bien croire que le conseil en est tout à fait désintéressé, ajouta-t-il d'un ton détaché.
J'ai un de mes amis, un client, auquel vous pourrez peut-être en votre qualité de médecin, rendre un petit service.
Naturellement vous en seriez largement rémunéré, ajouta l'homme d'affaires.
Ce serait donc pour vous le moyen de vous acquitter sans grande peine, — si toutefois mon client est toujours dans les mêmes disposisitions, — acheva le complice de la belle Marion en prenant un air de doute.
— Et de quelle nature serait ce petit service, questionna le docteur Paulard, mis en éveil par les circonlocutions de l'agent d'affaires.
Evidemment ce ne pouvait être que quelque opération louche que l'on allait réclamer de son ministère.
Au fond, la chose lui importait peu; mais, pourvu qu'il ne fût pas compromis !
Le « spécialiste » commençait à comprendre qu'il était tombé dans un guêpier.
— Oh ! mon Dieu, fit Lebon avec un imperceptible embarras, c'est un service d'une nature fort ordinaire...
Hum!... Il s'agit simplement de donner un certificat constatant la folie d'une certaine personne et la nécessité de la faire enfermer.
— La chose est des plus simples, en effet, dit le docteur, et le premier venu de mes confrères aurait pu rendre à votre client le même service; je ne vois donc pas pourquoi...
— Attendez, docteur, interrompit l'agent d'affaires; au fond, pour être vrai, il y a une petite difficulté...
La folie de la personne en question ne s'est encore... ■ — comment dirai-je?... — manifestée en public par aucun acte qui permette de... pressentir l'état mental de la malheureuse.
— C'est-à-dire que c'est ma complicité que vous voulez acheter.
s'écria le « spécialiste » des colonnes lumineuses en se levant d'un air indigné!
Vous m'avez réduit aux abois pour m'extorquer à vil prix un faux témoignage dans un acte abominable de séquestration !.,.
Il faut que vous me connaissiez bien peu pour avoir pu croire...
— Calmez-vous, calmez-vous, docteur, fit sans s'émouvoir l'ancien clerc de M" Ducormier.
Vous partez tout de suite en guerre sans me laisser le temps d'achever...
J'ai dit il est vrai que la folie de cette personne ne s'était pas encore manifestée d'une façon ostensible, ce qui rendait une affirmation très délicate; mais je n'ai pas dit que l'on n'attendît pas une... crise... prochaine,... inévitable, suffisante pour permettre à un homme intelligent de donner sans danger un certificat de folie.
Avouez qu'il y a une nuance, mon cher monsieur Paulard, ajouta le petit bossu en remontant de son geste familier ses épaisses lunettes bleues sur son nez d'oiseau de proie.
Avouez que présenté comme cela, le moyen que je viens de vous indiquer, prend des allures beaucoup plus acceptables?...
Et notez bien, continua Lebon, que la personne en question n'a pas autour d'elle de famille qui puisse venir d'une façon trop indiscrète mettre le nez dans nos petites affaires.
Bien que tout cela soit fait dans l'intérêt même de la pauvre malade, ajouta hypocritement l'agent d'affaires.
— Ah ! fit curieusement le docteur Paulard : la « personne » est une femme?
— Hélas! oui, docteur... Une malheureuse mère de famille, gémit d'un air de compassion l'ignoble petit bossu.
Il s'agit de préserver l'enfant, vous comprenez?... de lui cacher le triste état de la pauvre femme.
C'est donc vous associer à une action méritoire, tout en travaillant pour votre intérêt, insinua l'agent d'affaires.
— Et vous dites qu'on m'offrirait pour cela?... questionna le médecin des colonnes lumineuses jugeant qu'il avait assez appuyé sur la corde de l'indignation.
— Mais j'obtiendrai certainement de quoi liquider ce vieux comptelà, répondit avec emphase le successeur de M. Ilippolyte en étendant la main vers la chemise de toile grise qui contenait le dossier du docteur Paulard.
Celui-ci eut une grimace significative.
— Ce serait travailler uniquement pour mon cre'ancier ; vous ne me croyez pas si bête, n'est-ce pas, mon cher monsieur Lebon?
— Cela n'en fait pas moins cependant deux mille quatre cent quatrevingt-quinze francs, souligna l'agent d'affaires avec une nuance de regret.
— Et mon temps, mes frais de déplacement, ma responsabilité, Jes comptez-vous pour rien? fit le docteur défendant pied à pied ses intérêts.
— Voyons, dit Lebon conciliant, craignant de tout perdre par une trop grande rapacité : si j'arrive à obtenir trois mille francs?.,. Une fois défalqués les deux mille quatre cent quatre-vingt-quinze francs de votre créance, c'est cinq cents francs qui vous restent pour vos frais et votre dérangement... cinq cent cinq francs même, rectifia le scrupuleux directeur de l'ancienne agence Hippolyte.
Cela vous va-t-il comme ça?
— Ma foi, il faut bien que cela m'aille, puisque vous me mettez le couteau sur la gorge, répondit le médicastre d'un ton enjoué. — Bien que cela ne rentre guère dans ma spécialité, — ajouta-t-il avec un sourire qui montra que la glace était définitivement rompue entre les deux compères.
— Bah ! pour une fois ! fit Lebon enchanté de tenir enfin le troisième complice qui était le pivot même de son infernale combinaison.
— Et quel jour aurez-vous besoin de mon ministère, interrogea le docteur?
— Mais fort prochainement, sans aucun doute, répondit l'ancien clerc de W Ducormier
Je vous le ferai savoir, mon cher docteur, et vous en aviserai par un mot en vous donnant rendez-vous.
— Pas d'imprudence au moins ! s'écria le « spécialiste » effrayé. L'agent d'affaires haussa les épaules :
— Pour qui me prenez-vous? dit-il avec un plissement de ses yeux louches et en découvrant ses longues dents fauves dans une grimace qui avait la prétention d'être un sourire.
— En attendant, vous allez arrêter immédiatement les poursuites, hein ! recommanda le docteur Paulard.
— Pardi! fit l'agent d'affaires.
— Et mon intraitable créancier? interrogea finement le « spécialiste ».
— Bah ! il attendra, répondit sur le même ton le successeur de M. Hippolyte. D'ailleurs, ajouta-t-il avec une menace déguisée sous un air de naïve bonhomie, en jetant les yeux vers la précieuse enveloppe de
papier gris qui contenait le dossier Paulard, ce ne serait que partie remise au cas où vous viendriez à changer d'avis, mon cher docteur.
— Et quand toucherai-je le restant des deux mille quatre cent quatre-vingt-quinze francs? interrogea le « spécialiste » sans paraître remarquer le charitable avertissement de l'homme d'affaires.
— Mais aussitôt notre petite « ope'ration » terminée, répondit d'un ton enjoué le cynique gredin; en même temps que je vous remettrai en possession des quatre billets que j'ai là.
— C'est juste, fit le docteur Paulard avec un soupir de regret. Vous savez que je suis complètement décavé, ajouta-t-il après un
silence, espérant arriver à obtenir une avance du petit bossu.
— Bah! ce n'est qu'un peu de patience à avoir, dit philosophiquement Lebon en fermant sa caisse au nez du docteur.
Vous ne toucherez qu'avec plus de plaisir, ajouta-t-il en ricanant.
— Au moins ne manquez pas d'arrêter les frais, dit le « spécialiste » d'un air piteux.
— J'écris à l'huissier immédiatement, fit le successeur de M. Ilippolyte en reconduisant le docteur Paulard jusqu'à la porte de l'agence.
Tenez-vous prêt au premier avis, ajouta-t-il.
L'exaltation de Geneviève une fois calmée, — exaltation qu'avaient provoquées les insinuations perfides de Denis Féroux sur létat de santé de Diane de Fleurance, — la marquise était retombée dans ses incertitudes au sujet de la nouvelle démarche qu'un instant auparavant, sous le coup de l'émotion violente causée par le récit du valet de chambre, elle était décidée à faire auprès de la supérieure du couvent des Dames de l'Assomption.
Tandis que son amour maternel mis en émoi, combattait en faveur de la nouvelle résolution prise par Geneviève, un secret et funeste pressentiment poussait la jeune femme à résister à l'entraincment de son cœur et à s'en tenir à sa première et si douloureuse épreuve qu'elle avait tentée après sa conversation à l'hôtel de la Croix-Rouge, avec Bécoulet et l'abbé JuUien.
Retirée dans sa chambre, hors de la suggestion diabolique du père de Fernande Maurin, la marquise au milieu de son inquiétude, s'efforçait de réfléchir avec sang- froid.
Quelle apparence y avait-il que la rigueur de M. de Fleurance se fût relâchée à son endroit?...
Le marquis n'était pas sans avoir été informé au moins officieusement des projets de Geneviève, de faire appel du jugement en divorce prononcé contre elle.
Cette nouvelle, en irritant profondément M. de Fleurance, avait dû avoir pour effet de rendre plus formels encore les ordres sévères donnés au couvent au sujet de sa fille.
Et en admettant même que le père de Diane fût encore dans l'ignorance des nouvelles intentions de Geneviève, la démarche que la marquise allait tenter en bravant la volonté de, son mari aboutirait-elle à autre chose qu'à envenimer une situation que le temps seul, en ramenant M. de Fleurance à une appréciation moins injuste de la conduite de sa femme, devait adoucir.
Et cependant... si Diane, si sa fille était réellement malade dans cet affreux couvent ! . . .
Denis l'avait déclaré dans son inquiétude, la jeune fille était pâle et languissante...
Elle si gaie! si pleine de vie!... le chagrin seul n'avait pu contribuer à éteindre sur ce jeune front toutes les apparences de la santé!
Il fallait qu'un mal physique eût sourdement travaillé à cette effrayante métamorphose.
Et personne ne s'en apercevait !... Et sa Diane restait là abandonnée au milieu de ces cœurs indifférents, sans aucune de ces délicates précautions que le cœur seul d'une mère est capable de concevoir!...
Non! Geneviève ne pouvait rester dans cette affreuse incertitude.
Il fallait qu'à tout prix elle pénétrât jusqu'à sa fille... qu'elle se rendit compte par ses yeux maternels de la raison de ce dépérissement que le fidèle serviteur avait constaté dans sa rencontre imprévue avec la malheureuse enfant.
Qu'importait à la mère les humiliations qui l'attendaient !
N'était-elle pas toute prête à s'abaisser encore davantage, si cela était nécessaire, pour attendrir le cœur de ces gardiennes vigilantes et cruelles que M. de Fleurance avait placées entre elle et sa chère petite Diane?
En proie à ses déchirantes réflexions, la marquise eut enfin l'idée d'écrire à l'abbé Julien pour lui demander conseil et de s'en remettre à la décision de cet excellent ami.
Comment n'y avait-elle pas pensé plus tôt?... le bon curé n'était-il pas la ressource suprême de tous les désespoirs de Geneviève.
Et après avoir raconté au saint prêtre la rencontre faite par Denis au Bois de Boulogne, la douleur du vieux serviteur en constatant l'état
maladif de Diane de Fleurance, raffolement où cette nouvelle avait plongé la pauvre mère, la décision qu'elle avait prise de chercher à revoir sa fille, mais aussi les craintes folles, inconsidérées que lui causaient cette démarche.
« Conseillez-moi, venez à mon secours, monsieur le curé, mon cher et saint ami, concluait Geneviève; quelle que soit votre décision, je m'y soumettrai aveuglément.
« Ne croyez-vous pas que ce soit là une tentative prématurée?...
« Et pourtant... puis-je penser que ma fille, ma Diane souffre loin de moi, se meurt peut-être de consomption et ne rien faire pour me rapprocher de la pauvre enfant?
« Je n'espère qu'en vous, monsieur le curé; mon pauvre cœur bouleversé est incapable de prendre un parti... »
Cette lettre envoyée par sa femme de chambre, l'agitation fébrile qui depuis le matin secouait Geneviève, se calma un peu.
Réchauffée au souvenir de l'amitié dévouée du digne pasteur, la marquise de Fleurance attendit avec une confiance impatiente la réponse du curé de Souvigny.
Cette réponse arriva poste pour poste.
L'excellent homme ne comprenait pas les hésitations de la marquise :
« A votre place, ma chère enfant, j'aurais dès le jour même, dans votre bien naturelle inquiétude, tenté cette démarche qui vous paraît si effrayante.
« Pour moi je partage un peu l'opinion de votre vieux serviteur et je serais bien étonné si la sévère et cruelle consigne, qui vous prive de vos droits maternels, subsistait encore.
« Mais fût-elle en vigueur que votre cœur ne pourrait qu'en être rassuré, car il est impossible qu'elle ne tombât pas devant une maladie sérieuse de votre fille.
« Courage donc et que Dieu vous protège, ma pauvre enfant sacrifiée.
« Je prie tous les jours le divin Sauveur afin qu'il vous épargne de nouvelles peines.
« Vous savez cependant, ma chère enfant, vous qui avez une piété si éclairée, que Dieu se plaît à éprouver ses élus.
« Ecrivez-moi, je vous prie, madame la marquise, aussitôt après votre retour du couvent, pour me dire comment vous ave/ trouvé ma chère petite paroissienne. »
Cette lettre naïve et affectueuse du bon curé coupa court aux hésitations et aux craintes de Geneviève.
Puisque Dieu le lui conseillait par la voix même de ce saint prêtre, elle tenterait l'épreuve.
Une espérance folle s'éveillait de nouveau dans le cœur de la malheureuse mère :
Pourquoi les deux hommes se tromperaient-ils?...
Denis, l'abbé Julien n'étaient-ils pas également persuadés de l'heureuse issue de sa démarche!
Le soir même, au dîner, la marquise de Fieurance annonça à Denis, qui la servait comme de coutume, qu'elle était décidée à aller le lendemain au couvent des Dames de l'Assomption.
Le père de Fernande Maurin eut peine à retenir un tressaillement de joie haineuse.
Il venait justement de recevoir dans la journée un télégramme de Lebon ainsi conçu :
« Tout va bien ici, agissez vite de votre côté. »
— Hé! hé! pensa-t-il tout en s'empressant autour de la marquise pour faire son service; mais je crois que cela ne va pas mal non plus par ici!
Seulement elle est un peu pressée, cette tendre mère.
Pas de bêtises : j'ai juste le temps de prévenir mon cher et digne associé, l'honnête M. Lebon.
Demain! enfin!... rugit le misérable lorsque la marquise, après lui avoir dit un amical bonsoir, se fut retirée dans sa chambre.
Demain, tu seras brisée par moi, Geneviève de Glamondans'
Mais cela ne suffît pas pour désarmer la haine de Denis Féroux.
Au tour de mon cher maître, maintenant!
La ruine du jeune duc était une œuvre certaine grâce aux habiles machinations de Fernande.
A ce point de vue-là également, la séquestration de Geneviève était nécessaire, indispensable pour la réussite complète des odieux projets de Denis Féroux.
Il fallait qu'Hubert n'eût plus auprès de lui, à l'heure critique, dans le désarroi suprême, cette sœur dont le dévouement et l'affection étaient bien connus.
Il serait privé de ses conseils.
Il demeurerait seul, livré à lui-même, capable de quelque folie ou de quelque désespoir.
Au secoursl... cria la religieuse effrayée... (P. 832.)
Alors ce triomphe final, coui'onnant l'œuvre e'pouvantable de mal que Denis poursuivait contre la luaison de Glamoudans qui l'avait élevé, serait définitivement assuré.
Et le misérable se disait avec une joie cynique :
— 11 n'y a plus longtemps à attendre désormais!... Le château de Glamondans, ce vieux manoir ducal dont j'ai été chassé, sera à moi!... 11 sera à moil...
104» Liv. — l'bnp/.nt do divorci. 104» uv.