‹ L'enfant du faubourgChapitre 19 sur 96 · RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

RÉVÉLATION

Les deux enfants étaient envoyés à l'hospice par le commissaire de police du quartier Bourg-l'Abbé. Mais le rapport de ce fonctionnaire ne disait presqi;e rien.

Le matin, vers dix heures, un individu, qui devait être un ouvrier ou un homme de peine avait apporté les enfants au bureau du commissaire ; ils étaient enveloppés dans une couverture de laine.

Le commissaire de police avait été obligé de s'absenter pour affaires de service ; il n'y avait au bureau que deux employés du commissariat et, dans la pièce d'entrée, le garçon de bureau.

L'homme avait posé les enfants sur le parquet et avait dit :

— Je vous apporte deux enfants qui n'ont plus de parents, la mère est morte du choléra.

Puis, sans attendre pour donner les renseignements qu'on allait lui ùcmander, il s'était retiré précipitamment. Un employé et le garçon de bureau s'élancèrent à sa poursuite ; mais déjà il avait disparu.

Le commissaire de police étant rentré peu de temps après, constata que les langes des enfants étaient marqués des initiales P. L.

Sur ce faible indice, malheureusement insuffisant, il s'était aussitôt livré à une enquête dans le quartier, laquelle n'avait rien lait découvrir.

Il pensait que les deux enfants étaient le frère et la sœur.

L'ouvrier exposa aux employés de l'hospice la raison de leur présence dans l'établissement, et demanda que l'enfant, que madame Pigaud tenait toujours dans ses bras, lui fût confié.

Il parla de l'honorabilité de la veuve ; il raconta dans quelle triste circonstance elle avait perdu en même temps son mari et son enfant, et comment une association d'ouvriers du faubourg s'était chargée de pourvoir à toutes les dépenses qui seraient faites pour l'enfant, jusqu'au jour où, devenu un homme, il pourrait travailler et se suffire à lui-même.

On prit le nom et l'adresse de l'ouvrier, le nom et l'adresse de la veuve, et celle-ci emporta le petit garçon.

Le médecin ne s'était pas trompé. A partir de ce jour, où un enfant venait de lui être donné, la santé de madame Pigaud s'améliora sensiblement; elle retrouva ses forces, le calme se fit dans son esprit, et au bout de deux mois, elle put reprendre son aiguille de lingère.

Elle s'était immédiatement attachéeà l'enfantqu'elle adoptait dans son cœur: il devint son adoration, et l'étranger lui fit presque oublier l'enfant qu'elle avait pleuré si longtemps et si vivement regretté.

A l'hospice, on avait donné à l'enfant trouvé le nom d'André; il était inscrit sur les registres de l'établissement ; c'est ce nom que conserva l'Enfant du Faubourg.

Quand il eut six ans, on le mit à l'école. Son intelligence précoce était déjà très-développée; ilfit de rapides progrès.

Le jour de sa première communion, un grand nombre d'ouvriers allèrent à la messe ; le soir, il y eut un banquet auquel le jeune garçon assista à côté de sa mère adoptive. C'était la première fois qu'il se trouvait entouré de tous ces hommes, braves cœurs, dont il était l'orgueil et le fils chéri.

Dans une petite improvisation qui témoignait de ses sentiments affectueux et de son extrême sensibilité, il remercia ses bienfaiteurs de tout ce qu'ils avaient déjà fait pour lui.

— Par mon aff'ection pour vous tous, par mon travail et ma bonne conduite, ajouta-t-il, je tâcherai de prouver que j'étais digne de votre précieuse amitié et de vos bienfaits. Et c'est avec fierté que je veux porter toujours ce nom que vous m'avez donné : l'Enfant du Faubourg I

A cette réunion, il fut décidé qu'André serait placé pendant trois ans à l'école Turgot.

Lorsque ses études furent terminées, André entra en qualité de petit commis dans une maison do banque aux appointements de mille francs par an.

Dès lors, la société des ouvriers du faubourg avait rempli sa mission. Cependant trois des anciens membres furent chargés de veiller sur André, et d'appe-

1er tous les compaguons dans le cas où les premiers pas du jeune homme dans la vie auraient besoin d'être protégés.

A cette époque, l'enfant du Faubourg était déjà un grand garçon, bien découplé, au regard clair, assuré, empreint, toutefois, de beaucoup do douceur; mais, à son attitude 6ère et digne, on devinait l'énergie d'un grand caractère. Son mâle et beau visage, aux traits réguliers, un peu pâle et légèrement allongé, portait le cachet d'une haute distinction. C'était comme une marque de race.

Il avait près de vingt ans, lorsque, par suite d'un refroidissement, la veuve Pigaud fut atteinte d'une pneumonie aiguë ; ses jours étaient comptés.

Avant de mourir elle dit à André :

— Je t'ai beaucoup aimé, mon cher enfant, tu as été tout pour moi. Non-seulement tout petit, tu m'as consolée et guérie ; mais je te dois encore tout le bonheur que j'ai trouvé sur la terre depuis la mort de ceux que je vais rejoindre bientôt. Oui, je t'ai beaucoup aimé, et si mon affection pour toi a été égoïste, je connais ton cœur, tu m'excuseras, tu me pardonneras...

« Dans la crainte que tu ne t'éloignes de moi, André, je t'ai caché une chose très-importante pour toi. Avant de mourir, il est de mon devoir de tout te dire. J'ignore si lu retrouveras un jour ton père ou ta mère. Je n'ose te donner cet espoir. Tu sais, André, que je suis allée te prendre à l'hospice des Enfants- Trouvés ; c'était le 12 juin 1849, — n'oublie pas cette date. — Mais ce que je ne t'ai pas dit, ce que j'ai eu la faiblesse de te cacher, c'est qu'on venait d'apporter à l'hospice, en même temps que toi, dans le même panier d'osier, une petite fille, qui n'avait pas plus de quinze jours.

« Je crois voir encore vos deux jolies petites têtes, posées sur les plis d'une couverture de laine qui leur servait d'oreiller. Je me penchai vers toi, tu me souris en agitant tes petites mains, je te pris dans mes bras, je sentis mon cœur battre et ce fut fini, je ne voulus plus me séparer de toi.

« Cette petite fille, André, apportée à l'hospice en même temps que toi, cette petite fille était ta sœur.

— Ma sœur, s'écria le jeune homme, ma sœur! Ainsi, reprit-il avec émotion, j'ai une sœur et je ne le savais pas !

Ses yeux s'arrêtèrent sur la mourante, dont le regard était devenu suppliant, et il n'eut plus le courage d'adresser un reproche à cette femme qui l'avait élevé et aimé, et que depuis dix-neuf ans il appelait sa mère.

— André, pardonne-moi ! murmura-t-elle.

Il lui prit les mains et l'embrassa sur les joues.

— Oh ! maintenant, fit-elle, je m'endormirai tranquille du dernier sommeil !

Elle ferma un instant les yeux, respira avec effort, puis elle reprit :

— J'ai encore quelque chose à ajouter : si j'ai bonne mémoire, ta sœur a été inscrite sur les registres de l'hospice sous le nom de Claire N'oublie pas la

date, 12 juin... Avec ces renseignements, les seuls que je peux te donner, tu retrouveras sans doute ta sœur.

Un instant après la veuve Pigaud ferma les yeux pour toujours.

Le lendemain, André lui rendit les derniers devoirs. Il sortit du cimetière avec les cousins, héritiers de la veuve, et revint avec eux à la maison mortuaire. En leur présence il remplit une malle de tout ce qui lui appartenait, et il s'en alla, laissant les héritiers se partager le linge et le modeste mobilier de la morte.

Il s'installa, provisoirement, dans un hôtel de la rue Saint-Denis, à proximité de la maison où il était employé.

Cela fait, il se rendit avenue Victoria dans les bureaux de l'Assistance publique. Le hasard l'avait mis en relation avec plusieurs employés de cette administration, dont l'un, entre autres, était son ami. C'est à ce dernier qu'il s'adressa.

Il lui fit part de ce que la veuve Pigaud lui avait révélé à son lit de mort, et lui demanda, comme un service auquel il attachait un prix énorme, do lui dire ce qu'était devenue la petite Claire.

L'employé hésita d'abord un instant; mais voulant être agréable au jeune homme, ne voyant pas, d'ailleurs, que cela pût avoir une conséquence fâcheuse, il prit le nom de Claire, la date de l'entrée à l'hospice et promit à André de faire le recherches nécessaires.

Le lendemain, André attendait son ami dans un café du boulevard où ils s'étaient donné rendez-vous. L'employé ne tarda pas à arriver.

Il remit à André une copie du rapport du commissaire de police trouvé au dossier et lui dit :

Mon cher André, j'ai peut-être commis, pour vous rendre service, un petit abus de conhance, mais j'ai agi dans une bonne intention. La petite Claire qui, selon toute probabilité, est votre sœur, a été envoyée en nourrice dans le département de la Nièvre, à Rebay. Bien que dix-huit ans se soient écoulés depuis, rien n'indique qu'elle ait été retirée de ce village. Je crois donc qu'elle s'y trouve encore actuellement.

André remercia avec effusion son obligeant ami et ils se séparèrent.

Il se iota dans une voilure de place et se fit conduire directement à la gare de Lyon. Il partit par le premier train.

11 allait à Rebay.

Cl'^iro alla ouvrir. Jluis aussitôt elle poussa un cri île surprise et deffroi. (Page 138.)

L ATTKNTAT

Depuis environ deux ans, Claire ('lait complètement indépendante et lihrp do ses actions. Sa nourrice avait quitté Rel)ay pour aller demeurer à cinq lieues de là chez un de ses frères. La jeune fille ne s'était pas décidée à la suivre, pour

LiIV. IX. F Kcjr, éditeur. — no^roduclioD interdite.

ne pas se séparer de la marquise d'abord, et aussi parce qu'à Rebay elle avait du travail et qu'elle était certaine d'y gaguer sa vie.

Elle habitait seule, à l'extrémité d'une ruelle, une petite maison, qu'elle louait toute meublée, ayant seulement deux chambres au rez-de-chaussée.

Maison et mobilier ne valaient pas grand' chose ; il est vrai que Claire n'avait pas un fort loyer : vingt-cinq francs par an, qu'elle payait d'avance.

Avec ses premières économies, elle s'était acheté un peu de linge et les ustensiles de ménage les plus indispensables.

M. Gustave de Presle savait très-bien tout cela ; il avait trouvé facilement des paysans bavards pour le renseigner sur les habitudes et la manière de vivre de la jeune fille. Et nous ne voudrions pas affirmer qu'il n'était point venu, dans l'ombre, rôder plusieurs fois autour de la pauvre maisonnette.

Ce n'était pas une passion irrésistible, effrénée qu'il éprouvait pour Claire. A cet âge de la vie, chez l'homme, les passions ne sont ni violentes, ni terribles, et les impressions s'effacent vite. M. Gustave était, dans cette circonstance, l'humble esclave de son amour-propre.

Le jour oîi il avait vu la jeune fille rougir et baisser les yeux sous son regard, le jeune fat crut découvrir en cela l'expression d'un tendre sentiment dont il était l'objet, et il avait imprudemment déclaré à son ami, Edmond de Fourmies, que Claire deviendrait sa maîtresse.

Edmond n'avait pas oublié, et il ne se gênait guère pour railler son ami, chaque fois qu'il en trouvait l'occasion.

Gustave faisait semblant de rire; mais ces sarcasmes étaient autant de blessures qui le mettaient en rage et l'excitaient à accomplir son projet.

La jeune fille avait pu, par une fuite précipitée, échapper à ses premières tentatives; mais il s'était juré qu'il prendrait sa revanche, et depuis la rencontre sur la route, il guettait l'occasion de se retrouver tète à tête avec Claire.

Un soir, la jolie couturière achevait une robe qu'elle devait livrer le lendemain. Il pouvait être neuf heures; il n'y avait peut-être plus qu'un seule lampe allumée dans le village, la sienne. Les paisibles habitants de Rebay dormaient.

La nuit était sombre ; un grand vent du sud-ouest se cognait aux angles des maisons avec des sifflements lugubres.

Claire entendit qu'on frappait à sa porte.

— C'est la voisine qui vient me demander quelque chose, pcnsa-t-elle.

Elle se leva et alla ouvrir. Mais aussitôt elle poussa un cri de surprise et d'effroi à la vue d'un homme qu'elle ne reconnut pas d'abord, et devant lequel elle recula.

— Soyez sans crainte, charmante Claire, dit le visiteur nocturne, il fait un temps du diable : le vent souffle à décorner les bœufs ; on n'y voit pas plus clair qu'à cent mille pieds sous terre, etj'ai songé à venir vous demander l'hospitalité pendant une heure.

La jeune fille avait vite reconnu M. Gustave de Presle; mais, loin d'être rassurée, elle recula encore jusqu'au fond de la chambre, tremblante, éperdue.

Gustave ne pouvait se méprendre sur l'effet produit par son apparition. Cela le fit sourire. Il referma tranquillement la porte, et comme par un mouvement machinal, fit jouer la serrure, puis retira la clef, qu'il jeta dans un coin.

Ayant pris ainsi ses précautions, ce jeune homme plein d'avenir s'avança vers l'ouvrière.

La jeune fille, dont la voix avait été paralysée par l'émotion, eut enfin la force de parler.

— Votre conduite est odieuse, monsieur! s'écria-t-elle ; rien ne justifie votre présence ici I

— Vous ne m'avez donc pas entendu? J'ai eu soin de vous dire, que par ce temps abominable, j'avais trouvé prudent de me réfugier un instant sous votre toit.

— Mais vous ne vous êtes pas demandé tout le mal que vous pouviez me faire !

— Je vous assure que ce mal, je ne le vois point.

— Oh ! vous avez bien peu de cœur, fit-elle, si vous ne comprenez pas que ma réputation d'honnête fille sera perdue lorsqu'on saura que vous êtes venu ici au milieu de la nuit.

— D'abord, il n'est encore que neuf heures, répliqua-t-il d'un ton léger; ptii.î, comment voulez-vous que les bonnes gens de Rehay, qui se couchent en rai aie temps que leurs poules, et qui dorment en ce moment comme des marmo ,tes, soupçonnent seulement que je suis venu chez vous?

— N'importe, monsieur, vous êtes entré ici par surprise

— Je vous ferai observer que vous m'avez ouvert la porte, interrompit-il.

— Soit, mais retirez-vous, je vous en prie, je vous l'ordonne.

— Nous allons d'abord causer.

~ Non, je ne veux pas vous entendre.

— Voyons, chère enfant, pourquoi me traitez-vous aussi cruellement?

— Monsieur, au nom de votre mère et de votre sœur, retirez-vous I

— Tout à l'heure quand vous m'aurez répondu.

— Mais que voulez-vous donc?

— Avez-vous réfléchi à ce que je vous ai dit l'autre jour?

— Je n'ai rien compris à vos paroles, monsieur, et je les ai aussitôt oubliées.

— Je vous ai proposé de vous emmener à Paris et de chercher avec vous la folle de la ferme des Sorbiers.

— Une semblable proposition est une insulte, monsieur.

— Vous insulter, Claire, moi qui vous aime ! s'écria-t-il en fuisant un |i.is dt; plus vers elle.

l^n L'ENFANT DU FAUBOURG

La jeune fille se jeta derrière une table en criant :

— Ne m'approchez pas; ne m'approchez pas!...

— Vous me croyez donc bien méchant? fit-il avec un faux sourire.

— Non, mais je sens que vous cherchez à me faire du mal, répondit-elle. Un petit rire sec et nerveux siffla entre les dents de Gustave.

— Claire, reprit-il d'une voix fiévreuse et impatiente : ce n'est pas votre faute si vous êtes adorable, et ce n'est pas la mienne si vous avez fait naître en moi un amour violent qui me brûle le cœur... Tout ce que je possède, je le mets à vos pieds, je vous le donne... Consentez à me suivre à Paris et je ferai devons la femme la plus enviée, la plus heureuse...

— Et une fille perdue, n'est-ce pas? répliqua-t-elle en lui jetant un regard de mépris. Ah ! vous avez cru que, parce que je suis pauvre et sans famille, je pouvais devenir votre maîtresse! Vous vous êtes trompé, monsieur de Presle. Si médiocre que je sois à côté de vous, je place mon honneur au-dessus de votre nom et de votre fortune!

— Claire, pourquoi ne m'aimez-vous pas?

— Pourquoi? Parce que je vous hais et que c'est du dégoût que vousm'inspi rez!

— Prenez garde ! vous ne savez de quoi est capable un amour comme le mien ! s'écria-t-il en la couvrant des flammes de son regard ; je vous le jure, je ne sortirai pas d'ici sans vous avoir serrée dans mes bras, sans que vous m'ayez donné un baiser!

La jeune fille se redressa superbe d'indignation et de défi.

— Voilà des paroles qui prouvent ce que vous valez, dit-elle d'une voix sourde. Je ne sais pas de quelle épithète on flétrit dans votre monde un homme qui ose menacer une femme ; ici, on appelle cela une lâcheté !

En achevant ces mots, elle s'élança vers la porte, et la secoua violemment pour l'ouvrir.

Gustave se précipita sur elle et l'enlaça de ses bras.

— Au secours! au secours! cria-t-elle de toutes ses forces en se débattant avec énergie.

— Ma belle Claire, dit-il avec ironie, vous jetez là, bien inutilement, des cris au vent qui hurle.

— Misérable, misérable! fit-elle en le frappant au visage.

Il la serra plus fort. Elle sentit qu'elle perdait la respiration. Alors elle se roi dit avec fureur et parvint à se dégager.

Elle songea k se réfugier dans la seconde pièce. Mais elle n'en eut pas le temps. En deux bonds Gustave l'atteignit, et elle se trouva de nouveau prise comme dans un cercle de ter.

En même temps, l'infâme renversa la table d'un coup de pied, et la lampe s'éteignit en se brisant surle pavé.

Claire se remit à pousser des cris rauques, désespérés.

— Va seras à moi, il le faut, je l'ai juré, disait entre ses dents le jeune débauché.

La lutte dans les ténèbres de ces deux êtres également jeunes et forts devint acharnée et terrible. La jeune fille ne cherchait pas à implorer son antagoniste, elle ne songeait qu'à se défendre vaillamment.

A un moment, elle sentit sur son cou les lèvres brûlantes de Gustave. Ce contact lui fit l'effet d'une morsure. Elle se tordit en tous sens avec des soubresauts convulsifs. Ses jambes rencontrèrent les pieds de la table, elle chancela et ils tombèrent tous deux, elle l'entraînant dans sa chute.

La lutte devint encore plus terrible. Oppressée, haletante, avec des tintements dans les oreilles, elle rampait sur la pierre comme un serpent.

Soudain, elle jeta un cri de joie farouche. Sa main venait de rencontrer et de saisir une paire de ciseaux. Son inoffensif instrument de travail se transformait en une arme meurtrière. Elle en serra les branches dans sa main crispée.

— C'est lui qui l'aura voulu, se dit-elle.

Et, tout en cherchant l'endroit où elle allait frapper son ennemi, elle leva son bras armé.

Page 1