‹ L'enfant du faubourgChapitre 41 sur 96 · I .IV. 40 T. Roy. MiUur - Ruproduclioo interiiw · texte numérisé non relu

I .IV. 40 T. Roy. MiUur - Ruproduclioo interiiw

les hommes et les choses ne m'apparaissent plus tels que je les voyais autrefois. Il me semble que j'ai subi une transformation. S'il y a un miracle, c'est vous qui l'avez fait. Suis-je devenu meilleur? Je ne sais. Mais, à coup sur, je ne me sensplus de force pour le mal. Par vous, une femme, un enfant, j'ai été vaincu!... Et vous n'avez rien fait pour cela... Si, vous m'avez regardé, comme vous me regardez encore... Oh! ce regard, il m« pénètre et passe dans tout mon être comme un rayon de feul D'oii vient d^ae* ce pouvoir redoutable que vous avez .sur moi^ J'en ai eujpeur et j'ai voulu. lutter contre lui. A quoi cela m'a-t-il 'sei'^vi^?\A! constater ima faiblesse. Depuis longtemps habitué à faire trembler les autres, c'est moi, aujourd'hui, qui tremble devant vous... Claire, je suis devenu votre esclave.

La jeune fille écoutait cet -étrange discours avec une surprise croissante.

— Depuis quatre"jours,continua-t-il, je n'ai pas eu une pensée qui ne soit pour vous. Hier et avant-hier, on a dû vous le dire, je suis venu demander de vos nouvelles, je sentais le besoin impérieux de me rapprocher de vous. J'aurais pu vous voir, la hardiesse m'a manqué. Suis-je assez changé ! Je ne me reconnais plus moi-même.

«Ce que j'éprouve pour vous est extraordinaire, cela ne ressemble à aucun des sentiments qu'il m'a été donné de connaître. C'est une sorte de tendresse passionnée, irrésistible. Je n'ai pas essayé de faire l'analyse de ce sentiment, convaincu d'avance que je n'y parviendrais point. Quelle corde de mon cœur avezvous donc fait vibrer? iVIais ce n'est pas seulement mon cœur c'est aussi mon ftme que vous avez atteinte. Si j'étais plus jeune, je croirais qu'un violent amour s'est emparé de moi, mais non, ce n'est pas cela... à mon âge, ce serait ridicule.

Claire sursauta sur son siège. A son étonnemcnt succédait une curiosité avide. Elle se demandait si les paroles qu'elle venait d'entendre pouvaient sortir do la bouche d'un homme jouissant de toutes ses facultés intellectuelles. Un peu plus elle l'aurait pris en pitié.

Insensiblement, il s'était avancé tout près d'elle, ils se louchaient presque. Il voulut Ijui. prendre la main. Elle la retira vivement avec un geste d'effraie

— Claire, rejirit Blaireau d'une voi.v vibrante, enfant de l'hospice, vous êtes pauvre et sans avenir, une vie de tourments et de misères vous attend... Eh Iticn, si vous le voulez, j'ouvrirai devant vous im autre avenir et je le ferai resplendissant. Autant le premier est incertain et sombre, autant celui que je vous otlrc sera sûr et radieu.\... Sous vos pieds plus d'épines, des fleurs; plus de larmes dans vos jolis yeux, des rayonnements de joie ; sur vos lèvres, le rire et la chanson. IMus de souci du lendemain, une quiétude complète. De même (|ue vous êtes la plsii belle, la jdiis |>arfaite, je vous ferai la plus heureuse et la plus enviée! Uieu ne me reti. ni [dus à Paris; demain nous partirons ensemble.

L'ENFANT DU FAUBOURG aUU

Claire, rouge d'indignation, se dressa d'un seul mouvepient. Spn regard chargé d'étincelles pesa lourdement sur Blaireau et l'enveloppa ioiit entier. Ce fut comme un choc qu'il reçut en pleine poitrine.

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