‹ L'enfant du faubourgChapitre 56 sur 96 · IP · texte numérisé non relu

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Ployé en deux, les mains appuyées sur ses genoux, il regardait sa femme. Cependant, malgré l'ivresse, ses yeux avaient un éclat singulier.

Louise, frisounante, frappée de stupeur, restait toujours à la même place, immobile, muette.

Soudain, l'ivrogne lit entendre un rire sec, ironique, qui eut la puissance de tirer la jeune femme de sa torpeur.

— Oh! oh! oh! flt-eUe. Ricard se redressa lentement.

— Ah çà ! dit-il d'une voix avinée, on ne fait donc pas une risette à son mari chéri?

Louise ne put se défendre d'un mouvement de répulsion.

— De la froideur, du dédain, reprit Ricard en faisant aller sa tête de gauche adroite; je m'attendais à une réception plus aimable. Hein! faites-donc plus de vingt lieues sur vos jambes pour venir voir votre chère petite femme... Ainsi, voilà ma récompense. Eh bien! viai, ça n'est pas encourageant du tout.

Il fit deux pas vers elle les bras croisés sur la poitrine, la couvrant de son regard étincelant :

— Louise, dit-il, tu m'as quitté, tu as mal fait : une bonne femme ne doit jamais se séparer de son mari. Oh ! je sais bien que j'ai eu des torts envers toi ; je bois parfois un petit coup de trop, et quand on me taquine, ça m'agace, ça m'échauffe la tête, alors je me laisse aller et je... je tape. Mais après je n'y pense plus. D'ailleurs, entre mari et femme, il faut bien se passer quelque chose. Oui, tu as eu tort de t'en aller; vois-tu, je me serais corrigé; au lieu de ça, depuis que je ne t'ai plus, rien n'a marché. Le patron m'a flanqué à la porte; mais ça m'est égal, j'en trouverai dix autres. Je sais tiavailler, je m'en vante, il n'y en a guèi'e pour me damer le pion.

— Il sait travailler, murmura la jeune femme, mais il n'aime pas le travail I

— Louise, continua-t-il, il y a plus d'un an que je ne t'ai vue; sais-tu que tu es toujours jolie, très-jolie ! Tiens, il faut que je t'embrasse ; c'est ce que je devais faire tout en arrivant.

Il s'avança les bras ouverts.

Elle le repoussa avec une sorte de dégoût et se rejeta en arrière.

Une lueur fauve passa dans son regard.

— Voyons, diUil d'une voix creuse, est-ce que je ne suis pas ton mari?

— Alalheureiiscmcnt, répondit- elle d'une voix oppressée. Ah! maudit soit le

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jour où je vous ai rencontré la première fois! Oui, j'ai le malheur d'être votre femme, mais vous devriez comprendre que nous sommes à jamais séparés, que tout est fini entre nous.

— Tu dis que je devrais comprendre, Louise, mais je ne comprends pas. Tu es ma femme, je t'aime et je t'embrasse, c'est mon droit.

D'un bond il s'élança sur elle et la saisit parle bras.

— Laissez-moi, laissez-moi! s'écria-t-elle effrayée. Et elle le repoussa encore.

— Louise, prends garde, prends garde! prononça-t-il les dents serrées.

— Oh! répliqua-t-elle en haussant dédaigneusement les épaules, je sais de quoi vous êtes capable. Autrefois, pour vous répondre, je n'avais que des larmes; mais aujourd'hui je ne me laisserais pas frapper sans me défendre.

— Louise, reprit Ricard d'un ton radouci, si tu voulais oublier le passé, nous pourrions encore être heureux.

— C'est pour trouver l'oubli que je suis revenue à Jouarre. Mais que me voulez-vous? Pourquoi êtes-vous venu ici?

— Pourquoi je suis venu, Louise? Pour te voir et pour t'emmeuer.

— Memmener ?

— Oui, à Paris.

^ Avec vous, jamais! jamais! s'écria-t-elle avec force.

— Et si je te dis : Je le veux... Si je t'ordonne de me suivre?

— Je vous répondrai encore et toujours : Jamais! jamais! Ah! votre hardiesse est grande, et vous avez de moi un étrange opinion, si vous avez pu croire un instant que je consentirais à me remettre au cou la lourde chaîne dont je me suis un jour débarrassée par un acte réfléchi de ma volonté. Quoi! vous avez fait à pied la route de Paris k Jouarre avec la pensée de ressaisir votre victime !... Vous trouvez donc que la malheureuse n'a pas assez souffert et assez versé de laraies près de vous? Je suis venue ici pour y trouver le repos, — je ne dis pas le bonheur, il n'y en a plus pour moi, — et vous m'y poursuivez!... Tenez, vous êtes sans pitié comme vous êtes sans honte ! Vous ne voyez pas ce que sont les autres et moins encore ce que vous êtes. Si vous vous connaissiez mieux, vous auriez moins d'audace. Faire souflrir et pleurer une femme, qu'est-ce que cela jiour \in iiomme comme vous? Rien : un jeu, une manière de tuer le temps ! Estci- que je vous demande qurlque cliose, moi? Ne venez donc pas troubler la paix que je trouve dans ma solitude, dans mon isolement... Et n<; conservez pas cell<! illusion, qu'après m'avoir humiliera, cruellement outragée, torturée, qu'aprèsavoir meurtri mon Ame, et abreuvé mon cœur de toutes les amertumes, je serai assez

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faible, assez lâche, et aurai assez peu de dignité pour me remettre sous votre dépendance et redevenir votre esclave, votre victime !

— Tout ça, c'est des mots, des bêtises! fit l'ivrogne en ricanant. Et les points sur les hanches, un mauvais sourire sur les lèvres, il se mil à se dandiner.

La jeune femme, indignée de l'audace de son mari, avait parlé haut et avec énergie ; mais seule, ne pouvant compter sur le secours de personne à cette heure de la nuit, elle n'était nullement rassurée.

Après un moment de silence, Ricard reprit :

— Il paraît, Louise, quetune te souviens plus des paroles du maire quand il nous a mariés. Il a dit : « La femme doit obéissance à son mari ; elle doit le suivre partout où il lui plaît de résider. » C'est dans le code, c'est la loi.

— La loi, la loi, répliqua-t-elle d'un ton amer, je trouve bien singulier que vous osiez l'invoquer!

— Hé ! hé 1 je ne dédaigne pas les droits qu'elle me donne I

— Vous n'en avez plus aucun sur moi, plus aucun, vous m'entendez?

— Tu te trompes, Louise; nous avons été séparés parce qu'il ta plu de t'en aller sans ma permission, mais les hommes de justice n'ont point ratifié cela. Sois tranquille, je connais tous mes droits.

— Ah! s'écria-t-elle, ne me faites pas me repentir d'avoir eu pitié de vous et de ne pas m'être plainte à la justice dont vous parlez! Je le pouvais, pourtant, et bien des gens m'en donnaient le conseil. Je ne l'ai pas fait ; j'ai eu peur du scan dale. Il fallait, le rouge de la honte au front, révéler à d'autres mes douleurs, accuser le père de mon enfant! Je n'ai pas eu ce triste courage. La loi, que vous invoquiez tout à l'heure, était alors pour moi ; elle le serait encore aujourd'hui, car elle a été faite surtout pour protéger et défendre les faibles.

— Eh bien! fit-il railleur, nous verrons si elle te défendra.

— Ah! cette discussion me fait mal, dit-elle d'un ton douloureux; laissez-moi retirez-vous.

— Hein! tu me chasses, tu chasses ton mari?

— Je vous prie de me laisser ; je souffre, j'ai besoin de repos.

— C'est fâcheux, dit-il en s'asseyant tranquillement, mais je ne suis pas venu ici pour m'en aller si vite.

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La jeune femme jeta autour d'elle un regard plein d'effroi.

— Mais, encore une fois, qu'est-ce que vous me voulez? exclama-t-elle. Use mita rire. :

Puis il répondit :

— Je croyais te l'avoir dit. Tu m'as quitté, je te retrouve, je te reprends. Voilà! Avec le bout de ses doigts, il se mit à tambouriner sur la table.

Louise ne put se contenir davantage.

— Mais il n'y a donc plus rien d'honnête en vous, vous êtes donc absolument un misérable ! lui dit-elle d'une voix frémissante. Ainsi, ce n'est pas assez de vous avoir dit que tout est fini entre nous, que je ne consentirai jamais à redevenir votre victime !... Eh bien! à cela j'ajouterai que je vous méprise, que je vous hais, et que ce n'est plus seulement comme autrefois de la terreur, mais encore du dégoût que vous m'inspirez!...

Ricard se dressa d'un seul mouvement.

Il était devenu blême. Ses traits se contractèrent horriblement, et son regard prit une expression terrible.

— Malgré toi tu me suivras! hurla-t-il avec une fui-eur concentrée.

Elle se redressa en face de lui magnifique de fierté, d'indignation, de colère.

— Toujours en vertu de ce que dit la loi, n'est-ce pas? répliqua-t-elle avec animation. Mais elle ne dit pas cela seulement, la loi; elle dit aussi que le mari doit assistance, secours et protection à sa femme, et qu'il est obligé de lui fournir tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie. M'avez-vous donné cela? Non. Quand je me suis mariée, je ne connaissais que le beau côté de la vie. Restée naïve, j'étais pleine de confiance. J'ai cru en vos paroles, et vous rao mentiez, vous me trompiez... Paresseux et débauché, vous n'avez su ni me protéger, ni fournir à mes besoins. J'ai passé un hiver rigoureux, à peine vêtue, sans lumière et sans feu dans la chambre, pendant que vous alliez je ne sais où, boire et vous enivrer, pour venir ensuite me maltraiter. Seule, désolée, je pleurais mes illusions disparues, mon bonheur perdu... Je manquais de tout, et souvent je me suis passé de manger parce que jo n'avais pas deux sous pour m'acheter seulement du pain!... Et c'est là la belle et heureuse existence que vous voudriez me faire encore! Je la connais, je n'en veux plus. Oh! ce n'est pas la misère qui m'épouvante, c'est vous... Vous invoquez la loi. Demandez-lui donc, d'abord, de rendre votre âme plus fièreet de vous donner le courage de gagner honnêtement votre vie !

« Je vous le répète encore, nous sommes séparés pour toujours; ne ]]cnsez plus à moi, c'est ce que vous avez de mieux à faire, car, ji; vous le dis, plutôt que de retourner avec vous, je préférerais me plonger un couteau dans la poitrine! »

Après ces paroles, elle le tint un instant écrasé sous le poids de son regard plein de mépris.

Cependant quelque chose comme un grognement rauque sortit de la gorge de Ricard.

Il avait baissé la tète ; un tremblement convulsif le secouait. Peut-être n'étaitce qu'un effet de l'ivresse et de la fatigue.

A ce moment, un des enfants jeta un cri.

La jeune femme tressaillit, et elle écouta, prête à s'élancer dans l'autre chambre.

Au cri de l'enfant, la tête de Ricard s'était redressée. Ses yeux étincelaient, et les mouvements de son visage flétri par la débauche exprimaient quelque chose d'indéfinissable qui ressemblait à de la joie.

Quelle émotion subite venait de s'emparer de lui?

Sentait-il se réveiller dans son cœur le sentiment de la paternité?

Non. Son émotion avait une autre cause.

Une pensée monstrueuse, aussi lâche que féroce, venait de passer dans son cerveau.

Et pendant qu'un pli cruel se formait sur sa lèvre supérieure, il regardait sournoisement et méchamment sa femme.

Elle devina qu'il méditait quelque chose de terrible.

Bien qu'elle n'eût encore que l'appréhension d'un danger inconnu, il lui sembla que son sang se figeait dans ses veines.

Toutefois, voulant faire bonne contenance, elle défia son mari du regard.

Deux éclairs se croisèrent.

— Ainsi, dit Ricard d'une voix sourde, c'est ton dernier mot, tu ne veux plus revenir avec moi?

Elle garda un silence dédaigneux.

— Eh bienl soit, reprit-il, reste ici... Seulement, moi, je ne m'en irai pas seul.

Il s'élança vers la chambre des enfants.

Mais la jeune femme avait compris son intention. Poussant un cri éclatant folle d'épouvante, elle s'était précipitée vers la porte.-

Ricard la trouva devant lui, l'œil enflammé, la poitrine haletante, défendant l'entrée de la chambre.

Il s'arrêta, non qu'il eût l'intention de reculer, mais comme on s'arrête toujours en présence d'un obstacle qu'on se dispose à franchir.

— Laisse-moi passer, dit-il d'une voix creuse.

— Tu n'entreras pas dans cette chambre

— Ah! ah! ah! fit-il avec un rire bestial, je n'entrerai pas?,., nous allons bien voir. Encore une fois, laisse-moi passer!

— Lâche, infâme, cria-t-elle, tu veux me prendre mon enfant! Mais je suis là pour le défendre ; avant d'arriver jusqu'à lui, tu m'auras assassinée !

— L'enfant m'appartient autant qu'à toi, et, ne serait-ce que pour te faire souffrir, pour me venger de toi, je le veux, je l'aurai !

— Eh bien! monstre, tue-moi, tue-moi I

Il haussa les épaules.

Puis, se jetant sur sa femme, il la saisit à la gorge et la repoussa brutalement. .Mais elle revint aussitôt sur lui, menaçante, furieuse. La lionne qui défend ses lionceaux n'est pas plus terrible.

Alors, entre le mari et la femme, une lutte effroyable, horrible, s'engagea.

A tout prix, la malheureuse voulait l'empêcher de pénétrer dans la chambre. C'est plus que sa vie qu'elle défendait. Elle employait toute son énergie, tout son courage; elle réunissait toute ses forces. Pendue après lui, accrochée à ses vêtements, elle cherchait à l'entraîner loin de la porte. Appelant à son secours, elle jetait des cris désespérés; mais en vain, nul ne pouvait l'entendre.

Ils s'agitaient, se mouvaient, bondissaient, se tordaient comme deux athlètes dans l'arène ou deux énormes reptiles se livrent bataille.

Pour lui faire lâcher prise, le misérable, devenu furienx, fou, un voile de sang devant les yeux, la frappait dans le dos, dans la poitrine, sur la tête, en poussant des rugissements de bête fauve.

A chaque coup qu'elle recevait, elle répondait par ces mots :

— Le lâche ! le lâche I

A la fin, elle sentit qu'elle n'avait plus de force, que ses bras s'engourdissaient. Le sang battait violemment ses tempes, ses oreilles bourdonnaient, sa vue s'obscurcissait, et elle voyait passer comme des zigzags de fou. La respiration lui manqua tout à coup; ses bras se détendirent, elle poussa un gémissement sourd et s'aiïaissa lourdement sur le carreau, où elle resta étendue sans mouvement.

Ricard eut un cri de triomphe.

En voyant sa femme à ses pieds, ne donnant plus signe de vie, il ne vint même pas à la pensée du misérable qu'il pouvait l'avoir tuée.

Pouvant maint(!nant mettre à exécution son projet aborainabli', il s'élança dans la chambre des enfants. Il

Quand la jeune femme revint à elle, vingt minutes à peine s'étaient écoulées. Elle se souleva lentement et promena autour d'elle son l'egard étonné.

A l'intérieur de la maison régnait un morne silence. Le feu s'était complètement éteint. La mèche fumeuse usait ce qui restait d'huile dans la lampe, et sa flamme agonisante projetait sur les objets une lumière pâle, indécise.

Soudain, la jeune femme ressaisit sa pensée. Le souvenir de la scène terrible lui revint.

Elle poussa un cri effroyable et, les yeux hagards, les traits bouleversés, le cœur étreint par une angoisse horrible, elle bondit sur ses jambes.

La porte de la chambre était ouverte toute grande. Placée en face de la porte, la lampe jetait une lumière suffisante dans la chambre.

La jeune femme s'y précipita comme une folle et courut au berceau dé son enfant.

Il était là, le cher petit, sa jolie tête posée sur l'oreiller blanc. Il avait les yeux grands ouverts, et à la vue de sa mère il se mit à sourire. Et comme il avait les bras libres, il les lui tendit en agitant joyeusement ses petites mains rosées.

La jeune mère se pencha sur le berceau, et pendant un instant elle dévora l'enfant de baisers délirants.

Après avoir eu si peur, le saisissement, la joie, le bonheur l'étouffaient.

En proie à une émotion violente, elle tomba sur ses genoux, joignit les mains, et, le visage tourné vers le ciel, elle se prit à sangloter.

— Ah ! il n'est donc pas aussi méchant que je lo croyais ! s'écria-t-elle au bout d'un instant. Si bas qu'il soit tombé, il lui reste encore quelque chose de bon dans l'âme. Il voulait me prendre mon enfant ; devant ce crime sans nom h a reculé. Il a réfléchi, il n'a pas osé... il a compris qu'en faisant cela il me tuait, il a eu pitié de moi... Merci, mon Dieu ! c'est vous qui l'avez arrêté. Ah! je lui pardonne tout le mal qu'il m'a fait!

Son agitation nerveuse calmée, elle se releva. Debout devant le berceau, elle contempla avec ivresse l'enfant qui venait de se rendormir.

— Et l'autre? murmura-t-clle ; je l'oublie, ce n'est pas bien I

Elle courut au second berceau.

Aussitôt sa figure changea d'expression, ses traits se décomposèrent, et ses yeux démesurément ouverts restèrent fixes.

*»T3ia

— Monsieur, diUl en «'adressant & l'aveugle, vous êtes sans doute monsieur Blanchard ? (Page 37.)

L'enfant avait disparu.

Ricard n'avait pas vu, sans doute, les deux berceaux en entrant dans la chambre. Il s'était jeté sur l'enfant coiilié à sa femme, lavait roulé dans sa petite couverture, puis, comme un voleur ou un loup qui sort d'une bergerie, il s'était sauvé, croyant emporter son enfant.

La pauvre femme, ne s'en rapportant point au témoignage de ses yeux,

LiV. -^ F. R^y. ëJiU'ur. — FïQproduiJiftn intordilo.

croyant à une hallucination, plongeait ses mains fiévreuses dans le berceau ; elle fouillait la paillasse sans avoir vraisemblablement conscience de ce qu'elle faisait.

Hélas ! le berceau était bien vide.

Le silence qu'elle gardait était lugubre.

Elle passa ses mains sur son front à plusieurs reprises comme pour provoquer l'éclosion d'une idée. Elle n'avait plus de pen«ée; il semblait que sa raison allait l'abandonner. Elle était écrasée, anéantie.

Cependant, après quelques minutes de prostration, des sonsrauques, coupés par des tressaillements, sortirent de sa gorge serrée. Elle ne doutait plus ; elle voyait l'immensité du malheur qui venait de la frapper.

— Ah 1 le misérable, le maudit ! exclama-t-elle.

Elle bondit hors de la chambre, traversa l'autre pièce, ouvrit violemment la porte de sortie et s'élança hors de la maison.

Qu'espérait-elle ? Elle n'en savait rien. Elle ne raisonnait plus.

Depuis un instant, la tempête s'était apaisée, la pluie tombait à verse, et la nuit était plus noire encore.

Elle fit en courant le tour de la maison et du jardin, ses pieds s'enfonçant dans la terre détrempée et risquant à chaque instant de faire une chute. Puis elle s'arrêta et prêta l'oreille comme pour entendre un bruit lointain. Mais, sauf le bruit que faisait la pluie en tombant sur le toit de la maison et autour d'elle sur le sol, la nuit était partout silencieuse. Son regard chercha vainement à percer l'obscurité qui l'entourait ; elle ne voyait à dix pas devant elle que des nuages sombres sans forme et le tronc noir des arbres.

Elle rentra chez elle dans un état pitoyable, mouillée, ayant de la boue jusqu'aux genoux. Ses cheveux dénoués, ruisselants d'eau, se plaquaient sur son dos. Son visage avait une pâleur de cadavre, ses yeux un éclat fiévreux. Tous ses membres frissonnaient.

C'est fini, murmura-t-elle d'un ton lugubre; perdu... il est perdu I

Elle se tordait désespérément les bras.

— Mais quel sera donc un jour le châtiment de ce monstre? s'écria-t-elle avec fureur.

Elle passa dans la chambre à coucher. Là, h. bout de forces, elle se laissa tomber sur le .parquet. Alors elle fut prise d'horribles convulsions ; des spasmes violents soulevaient sa poitrine, brisaient ses membres. Elle se roulait, s'allongeait, se repliait sur elle-même en poussant d'affreux gémissements. Elle s'arrachait les cheveux, s'égratignait le visage, mmirtrissait son corps. C'était épouvantable.

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Et cela dura plus d'une heure.

Enfin elle se calma. Mais ce fut pour sentir son malheur d'une autre façon, non moins cruelle. Après les souffrances physiques, la douleur, les tortures morales. Rien ne saurait donner l'idée de son désespoir.

Assise sur une chaise, pressant son front dans ses mains frémissantes, le corps glacé dans son vêtement qui séchait sur sa peau, elle faisait entendre des sanglots déchirants, elle versait des ruisseaux de larmes.

Peu à peu le trouble, le désordre de son esprit cessa; elle retrouva en partie ses facultés intellectuelles ; elle commença à ressaisir sa pensée et à rassemblei ses idées. Elle examina la situation et se mit à réfléchir profondément.

— Que vais-je faire ? que vais-je faire? se demandait-elle.

Elle cherchait et ne trouvait pas.

Il lui vint cependant cette pensée que son devoir était d'écrire immédiatement au docteur Gervais pour le prévenir de ce qui s'était passé. C'était une bonne pensée, la meilleure idée qu'elle pût trouver. Pourtant elle la repoussa. Quelle crainte la retenait? Certes, si on l'eût interrogée à ce sujet, elle n'aurait probablement su quoi répondre.

Aussitôt le jour venu, elle pouvait aller chez le maire de Jouarre ou même encore trouver les autorités de La Ferté pour faire sa déclaration. En se mettant immédiatement à la recherche du ravisseur de l'enfant, peut-être aurait-on pu l'atteindre avant qu'il ait eu le temps de rentrer à Paris, en supposant qu'il se fût dirigé de ce côté. Elle repoussa encore cette idée. Elle ne sut jamais bien à quel sentiment elle obéissait alors.

Son mari était un odieux gredin : il aurait été étrange qu'elle l'eût pris en pitié et qu'elle eût reculé devant une dénonciation qui lançait les gendarmes à sa poursuite et le livrait aux mains delà justice.

Quoi qu'il en soit, qu'elle eût peur de ceci ou de cela, elle renonça à prendre une résolution immédiate.

C'était une faute, elle ne le comprit pas.

— Attendons, se dit-elle, je réfléchirai encore. Il croit que c'est son fils, mais ce n'est pas lui qui peut l'élever ; il en aura bientôt assez; l'enfant l'embarrassera ; il se repentira de ce qu'il a fait et il me le rapportera.

D'ailleurs, personne maintenant ne s'occupe du pauvre innocent, ne s'intéresse à lui ; c'est comme s'il n'avait ni père ni mère. C'est tout à fait un abandonné. Depuis que je l'ai je n'ai plus entendu parler de ses parents inconnus, le docteur Gervais lui-même parait l'avoir oublié. Il est si occupé, il a tant à faire, le docteur! Pauvre petit, il n'a personne au monde, il est à peu près certain qu'on ne le réclamera jamais 1

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Le jour vint. Il la surprit à la même place, réfléchissant toujours.

Elle tremblait de froid. Elle alluma un grand feu. Au bout d'un quart d'heure, quand elle se fut à peu près réchauffée, elle prépara la bouillie à donner à son enfant à son réveil, puis elle se mit à vaquer aux occupations du ménage. Elle avait les yeux rouges, la tête lourde, le visage fatigué, et elle était toujours bien désolée.

Cherchant à s'illusionner, elle se disait à chaque instant

— Il ne pourra pas le garder, il me le rapportera.

La pluie était tombée jusqu'au matin, puis le temps s'éleva ; les gros nuages noirs ayant disparu, le soleil s'était montré. La journée promettait d'être belle.

Dans la matinée, deux ou trois femmes de Jouarre vinrent faire une visite à Louise. Elle ne les fit point entrer dans la seconde chambre, et elle garda le silence sur l'événement de la uuit.

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Il pouvait être quatre heures de l'après-midi. Le temps s'était maintenu au beau, il faisait encore grand jour.

Une berline de voyage, traînée par doux beaux chevaux normands, et qui semblait venir de La Ferté, enti'a bruyamment dans Jouarre.

Arrivée au centre du village, un jeune homme mit la tête à la portière et cria au cocher :

— Arrêtez !

Obéissant à l'ordre qu'il venait de recevoir, le cocher roidit les guides, et les chevaux s'arrêtèrent presque subitement.

La portière de la voiture s'ouvrit, et le jeune homme, dont nous venons de parler, sauta lestement à terre.

Il pouvait avoir vingt-sept ou vingt-huit ans; il était grand, il avait la physionomie noble et expressive, le regard clair et brillant, avec quelque chose de doux et de bienveillant qui se retrouvait dans le sourire au coin des lèvres. II avait en plus dans ses manières et la façon dont il portait sa tête, un grand air de distinction.

Deux femmes l'accompagnaient. ^

La première, à peine âgée de vingt ans, était d'une beauté remarquable ; elle paraissait agitée et très -impatiente. Cependant son gracieux visage était

calme et sa bouche souriante. Elle portait une robe de soie noire et sur ses épaules un cachemire de l'Inde. Le chapeau de velours noir, orné de rubans, de valenciennes et d'un bouquet de roses blanches, dont elle était coiffée, n'empêchait pas de voir ses magnifiques cheveux châtain-clair et laissait à découvert son front haut et large sur lequel ne se montrait pas un pli.

L'autre femme était une femme de chambre.

Le jeune homme s'approcha d'une paysanne qui se tenait debout sur le seuil de sa porte, regardant curieusement la voiture, les chevaux et les voyageurs.

En voyant le bel étranger venir à elle, la brave femme rougit jusqu'aux oreilles.

— Madame, lui dit le jeune homme en la saluant, c'est la première fois que que je viens à Jouarre, j'ai besoin d'un renseignement que vous pouvez me donner, sans doute. Voulez-vous être assez obhgeante pour m'indiquer la demeure d'une jeune femme de Jouarre qui se nomme Louise Verdier?

Louise n'avait pas cru devoir porter à Jouarre le nom de son mari, et le voyageur devait ignorer qu'elle en eût un autre que celui de Louise Yerdier.

— Mon bon monsieur, répondit la paysanne, je peux très-bien vous dire où demeure Louise. Vous n'avez qu'à suivre la route tout droit jusqu'aux dernières maisons. Plus loin, à votre gauche, vous verrez sa maison. Impossible de vous tromper, la maison de Louise est toute seule sur le chemin que vous prendrez. Seulement, votre voiture ne pourra pas aller jusque-là à cause des buissons.

— Nous la laisserons sur la route. Je vous remercie, madame. Puis, s'adressant au cocher :

— Vous allez continuer, en allant au pas, jusqu'aux dernières maisons. Jo vais suivre à pied.

— C'est sûr, se disait la paysanne, le monsieur et la belle dame viennent voir le nourrisson de la Louise.

Les chevaux s'étaient remis en marche. Dociles au mors, ils allaient au pas. Après avoir dépassé les dernières maisons, le cocher lit arrêter la voiture à l'entrée d'un chemin étroit entre deux haies. Au bord de ce chemin, à cinquante pas environ, on voyait une habitation isolée.

Le jeune homme aida les deux femmes à mettre pied à terre, puis ayant offert son bras à la plus jeune, ils se dirigèrent tous trois rapidement vers la maison.

Devant la porte, la jeune femme s'arrêta.

— Avant d'entrer, dit-elle d'une voix oppressée, j'ai besoin de me remettre, de respirer un peu... Je suis si émue ! Mon cœur bal à se rompre.

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Elle aspira l'air à pleins poumons.

Son émotion était grande, en effet, car tous ses membres tremblaient et elle se soutenait à peine.

— C'est la joie, c'est le bonheur, reprit-elle en baissant la voix et en regardant son compagnon avec tendresse. Songe donc, Edouard, c'est à peine si je l'ai vu et eu le temps de l'embrasser 1

— Et moi, dit le jeune homme, je vais le voir pour la première fois. Chère Mathilde, je ne suis pas moins ému que toi; mais il faut savoir nous contenir. Te sens-tu maintenant assez forte?...

— Oui, entrons...

Le jeune homme frappa à la porte.

— Entrez ! répondit à l'intérieur la voix de Louise.'

Le jeune homme ouvrit la porte. La jeune femme et lui entrèrent en même temps, suivis de la femme de chambre.

Louise était assise tenant son entant sur ses genoux. A la vue de ces deux personnes inconnues qui, à en juger par leur air distingué, devaient occuper un rang élevé dans la société, elle se leva précipitamment.

— Ne vous dérangez pas; restez assise, lui dit le jeune homme avec bonté. La jeune femme s'était approchée lentement; les yeux fixés sur l'enfant elle

le dévorait du regard. ' Le jeune homme reprit.

— Il y a aujourd'hui onze mois et quelques jours que le docteur Gervais vous a confié un tout jeune enfant, un petit garçon à qui on a donné le nom de Léon.

Louise se troubla, et, de pâle, devint livide.

— Je suis le père de cet enfant, continua le jeune homme, et voilà sa mère. Nous venons le chercher.

— Vous... vous venez... le chercher, balbutia Louise éperdue. La jeune femme était près d'elle, courbée, presque à genoux.

— C'est lui, n'est-ce pas? dit-elle avec une sorte d'exaltation; c'est mon enfant, mon lilsl... Il me semble que je le reconnais.

La malheureuse Louise perdit complètement la tête.

— Votre fils, votre fils... oui, c'est lui, c'est lui, fit-elle ne trouvant que cela à répondre.

Mais elle n'eut pas plutôt prononcé ces paroles, fait ce mensonge, qu'elle s'en repentit. Elle pouvait encore en détruire l'effet eu avouant la vérité; elle

n'osa pas. Il semblait que quelque monstre hideux, menaçant, dressé devant elle, l'épouvantât.

La jeune femme poussa un cri de joie, enleva l'enfant des bras de Louise et se redressa le front rayonnant.

La malheureuse Louise, emportée par le sentiment maternel, s'élança pour reprendre son fils à l'étrangère.

Le jeune homme qui ne pouvait deviner ce qui se passait en elle, l'arrêta.

— Laissez-la embrasser son enfant, lui dit-il d'une voix douce ; elle a été forcée de se séparer de lui dès le lendemain de sa naissance ; après ce qu'elle a souffert, ce bonheur lui est bien dû.

Louise le regarda avec effarement; il lui sembla que mille pointes d'acier pénétraient en même temps dans son cœur. Elle laissa échapper un gémissement, baissa la tête et fit trois pas en arrière.

L'autre mère, les yeux étincelants, ne cessait d'embrasser l'enfant que pour le contempler. Elle était émerveillée, ravie. Elle ne pouvait se lasser de l'admirer.

— Edouard, dit-elle avec enthousiasme, regarde comme il est beau, notre fils 1 Viens, viens l'embrasser à ton tour.

— Oui, il est beau, fort et bien portant, répondit le jeune homme en mettant deux baisers sur le front de l'enfant.

Puis, se tournant vers Louise, il dit :

— Nous vous serons reconnaissants des soins que vous lui avez donnés. La pauvre femme revint près de lui et, joignant les mains :

— Oh I vous me le laisserez, dit-elle d'une voix suppliante, vous ne me le prendrez pas !

— Je le voudrais, mais c'est impossible ; nous sommes forcés de vous le retirer.

— Mais il n'est pas encore sevré ! s'écria-t-elle d'une voix douloureuse.

— Nous pouvons maintenant le sevrer sans danger, nourrice, répliqua la jeune femme, c'est l'avis du docteur Gervais. Du reste, vous pouvez être tranquille, c'est moi-même qui en aurai soin, je ne le confierai pas à des mains étrangères.

— Je suis attaciié à l'ambassade d'Espagne, reprit le jeune homme, je retourne à mon poste dans trois jours, ma femme me suit, et vous comjirenez qu'elle tienne à emmener son fils. A Madrid, le climat est doux, même en hiver; il aura sur notre enfant, nous l'espérons, une influence très-salutaire.

— Mon Dieu, mon Dieu ! gémit Louise.

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Et ne pouvant plus se soutenir sur ses Jambes elle se laissa tomber sur un siège.

Vingt fois elle fut sur le point de leur crier :

— Mais cet enfant ne vous appartient pas, il est à moi; le vôtre, je ne l'ai plus, on me l'a volé !

Et vingt fois, ces mots, qui s'élançaient de son cœur, expirèrent sur ses lèvres.

Elle ne voyait point qu'en gardant le silence elle substituait son enfant à un autre et commettait une mauvaise action, un crime. Elle ne sentait que la douleur de s'en voir séparée, elle ne voyait que la grandeur de son sacrifice.

L'attaché d'ambassade et sa jeune femme, tout entiers à leur joie, ne furent pas suffisamment frappés de l'étrange attitude de Louise; ils mirent son embarras, son trouble, sur le compte de l'étonnemcnt, de l'émotion et aussi du chagrin de voir partir si tôt son nourrisson.

Chère nourrice, lui dit le jeune homme, nous ne resterons pas toujours en

Espagne : dès que nous reviendrons en France, dans deux ou trois ans, je l'es- , père, nous vous écrirons et vous viendrez nous voir.

Et si vous le voulez, si cela vous plaît, ajouta la jeune femme, vous resterez avez nous. . , .

Louise répondit par quelques mots entrecoupés, inintelligibles.

Ah ! reprit le jeune homme, tirant un papier de sa poche et le remettant

à Louise, j'oubliais de vous présenter cette lettre du docteur Gervais. Louise l'ouvrit machinalement et la parcourut des yeux.

Elle n'était pas longue. Le docteur disait seulement à Louise qu'il donnait son adresse au père et à la mère de l'enfant qu'il lui avait confié, et qu'elle pouvait le leur remettre sur le vu de sa lettre.

Par une sorie de délicatesse facile à apprécier, le docteur ne disait point le nom du père de l'enfant. Usant de la niême réserve à l'égard de Louise, il n'avait ■ dû donner aucun renseignement sur sa vie. Ce qui indiquait que le diplomate et sa femme ne connaissaient pas la véritable situation de Louise et ignoraient ses chaorins domestiques, c'est qu'ils ne lui adressèrent aucune question touchant le frère de lait de leur fils.

Pendant que Louise lisait la lettre du docteur, le jeune homme posa discrètement sur la table une bourse qui contenait cinq cents francs en or.

Ensuite, se tournant vers sa jeune femme, qui continuait à embrasser l'enfant, il lui dit :

— Le jour baisse, il faut partir ; nous ne devons pas nous mettre en retard.

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— Veuillez me saivre, dit le jeuQe homme. Et ils eortireat de la salle d'attente. (Page 3S.J «

— Oui, mon ami, oui, partons, répondit-elle en commençant à envelopper l'enfant dans son cachemire.

Louise entendit. AussitAl elle bondit sur ses jambes et courut à eux en s'écrianl :

— C'est donc bien vrai, vous l'emmenez... vous l'emmenez !...

— Oui, mais vous le ri'verrez (^uand il sera di'-jà grand.

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Lit. .). y. Hoy, ddilsur. — HoproduclioD intorilitii

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— Oh ! pas tout de suite, attendez encore 1

— Nous sommes pressés par l'heure, notre voiture nous attend sur la route, les chevaux s'impatientent.

— Mais je veux l'embrasser, je veux rembrasserl

La jeune femme s'empressa de lui tendre l'enfant.

Elle le prit avec une vivacité fébrile, le serra fortement contre son cœur et couvrit son front, ses joues et ses yeux de baisers frénétiques. Puis, le regardant, elle se mit à pleurer, à sangloter.

Quelques minutes s'écoulèrent. Elle ne pensait pas à rendre l'enfant II fallut que, sur un signe de son mari, la jeune femme le lui enlevât doucement.

— Ainsi, dit-elle d'une voix défaillante, c'est bien fini... fini... je ne le verrai plus!

— Vous le reverrei, je vous le promets, je vous le jure, répondit la jeune femme avec attendrissement.

— Allons, reprit le mari, partons partons.

Et prenant le bras de sa femme, il l'entraîna.

Louise agita désespérément ses bras. Elle éprouvait intérieurement une souffrance horrible, comme si une main de fer lui eût arraché les entrailles.

Elle se retrouva seule.

— Ah ! malheureuse ! malheureuse ! s'écria-t-elle d'une voix déchirante.

Il lui sembla que tout s'écroulait autour d'elle, que la terre s'enlr'ouvrail, et qu'elle était précipitée au fond d'un abime.

Elle poussa un cri rauque, affreux, et elle tomba à la renverse sans connaissance au milieu de la chambre.

flN DU PKOLOGUK.

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