‹ L'enfant du faubourgChapitre 64 sur 96 · LES QUESTIONS DE LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LES QUESTIONS DE LA COMTESSE

Entre mademoiselle Erncstine de LuceroIIe et le frère que la fatalité lui avait donné, quel contraste! Elle, c'était la grâce, la douceur, la bonté et la sensibilité exquises. Son sourire, son regard avaient un charme inexprimable. Elle faisait tout rayonner autour d'elle. Son cœur plein de trésors inépuisables était

ouvert à tous. D'une humeur charmante, toujours égale, elle n'avait jamais eu un mouvement d'impatience contre personne. Tout le monde l'aimait parce que, à des degrés différents, elle aimait tout le monde. Elle avait conquis jusqu'au cœur de Louise Verdier. Mais il faut le dire, si le faux vicomte de Lucerolle avait encore dans la maison quelqu'un de dévoué à côté de Louise, c'était Ernestine. L'affection que la jeune fille avait pour celui qu'elle appelait son frère, sans être très-expansive, n'en était pas moins sûre.

Elle avait sur le jeune homme une certaine autorité ; elle seule pouvait lui parler quelquefois sévèrement sans qu'il se révoltât. Malgré lui, il subissait l'influence de la bonté. Malheureusement le pouvoir de la jeune fille était limité ; elle n'avait pas la puissance de changer la nature du mauvais sujet.

Reçu bachelier es sciences et bachelier es lettres, le vicomte suivit assidûment les cours de l'Écnle de droit. Il travailla, comme précédemment, soutenu par son amour-propre et poussé par un immense orgueil. Après sa thèse du doctorat, il se gonfla plus encore, et s'imagina qu'il était un personnage. Il portait un grand nomr; il se voyait, en perspective, à la tête d'une immense fortune ; il crut que l'univers était à lui.

J'ai assez travaillé, se dit-il.

Et croyant avoir le droit de se croiser les bras et d'être un inutile, il ne fit plus rien.

Nous nous trompons, il fit ce que font malheureusement beaucoup trop de ieunes gens de bonne famille, qui oublient facilement qu'ils doivent à leur pays, à la société tout entière, leur intelligence, leur activité et leur part de travail.

Il se jeta avec frénésie dans le tourbillon des plaisirs et des débauches de la vie parisienne. Le jeu, les femmes, les nuits d'orgie s'emparèrent de son existence. Il garda tous ses défauts, et il eut en plus des passions et des vices honteux.

Le comte de Lucerolle songeait cependant à lui faciliter l'entrée d'une carrière qu'il avait lui-même parcourue brillamment; mais bien qu'il n'eût qu'un mot à dire pour le faire placer inunédiatement dans un poste convenable, il hésitait.

— J'ai peur, disait-il avec chagrin, j'ai peur qu'il ne fasse oublier trop vite les services que j'ai eu le bonheur de rendre à mon pays.

Il était de plus en plus inquiet de l'avenir du jeune homme. Toutefois, il sentait combien il était nécessaire qu'il eût une vie occupée, et combien il était urgent de le retirer du milieu déplorable dans lequel il vivait.

Les choses en étaient là, lorsque madame de Lucerolle fit au bois de Boulogne cette rencontre qui l'avait si vivement impressionnée.

lU détroussaient les passant» après les «voir assommés à coups de gourdius. (Page 108).

Nos lecteurs se souviennent que, désirant causer avec Léontine Blancliard, la comtesse avait prié sa fille de l'envoyer chercher.

Ernestino n'oublia pas la promesse faite à sa mère. Le matin, dès qu'elle fut habillée, elle chargea un des valets de pied d'aller rue de Lille, chez M. Blanchard, et de dire à mademoiselle Léontine qu'on la priait de vouloir bien venir tout de suite à l'hôtel de LuceroUe.

\,\y, 13, I'' R"T> <iiit<ur. — H«praductioD ioUrdiU.

Le aomestique partit aussitôt et, une heure après, Léontine entrait dans riiôtel.

Ernesline, qui guettait son arrivée, accourut au-devant d'elle.

— Comme toujours, tu es sans doute très-pressée, lui dit mademoiselle de LuceroUe, et je t'ai enlevée à ton ouvrage.

— Je travaillerai un peu plus tard ce soir, répondit en souriant la jolie ouvrière ; du moment que vous m'appelez, que vous avez besoin de moi , j'accours. Pouvoir vous être agréable est un bonheur pour moi. Mademoiselle Eriiestine, je suis à vos ordres ; qu'avez-vous à me dire ?

— Moi, rien aujourd'hui, si ce n'est te remercier d'être venue, répondit toubas Ernestine en se penchant mystérieusement à l'oreiUe de son amie ; c'est maman qui désire causer avec loi.

— Ah I fit Léontine.

— Viens, maman t'attend dans sa chambre, je vais te conduire près d'elle. Elles se dirigèrent vers l'appartement de la comtesse.

— Maman, dit Ernestine en entr'ouvant la porte de la chambre, Léontine esl là ; peux-tu la recevoir?

— Oui, oui, qu'elle vienne, la chère enfant I

Et venant à la porte qu'elle ouvrit entièrement, elle prit la main de la jeune fille et la conduisit jusqu'à une causeuse ot elle la fit asseoir.

Pendant ce temps, Ernestine s'éloignait après avoir refermé la porte.

La comtesse poussa un fauteuil à roulettes, dans lequel elle s'assit en face de Léontine. La jeune fille paraissait très-surprise.

La comtesse tenait évidemment à ce que nul n'entendit la conversation qu'elle allait avoir avec l'ouvrière. Sa fille prévenue, elle était sûre que personne n'entrerait dans sa chambre. Mathilde ne s'aperçut point que derrière une portière la porte d'un cabinet contigu était entre-bâillLH\

Or, dans ce cabinet, Louise Verdier travaillait en ce moment.

— Ma chère enfant, dit la comtesse, j'éprouve pour vous un vif intérêt, et ma iille et moi nous vous aimons réellement beaucoup.

— Je le sais, madame la comtesse, et, croyez-le, je ne serai jamais ingrate.

— L'ingratitude ne peut naître dans un bon cœur comme le vôtre. C'est sur ma demande que ma fille vous a envoyé chercher, elle vous l'a appris sans doute.

— Mademoiselle- Ernestine m'a dit, en effet, que madame la comtesse avait quelque chose à me dire.

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— Oui, je désire causer avec vous, vous adresser quelques questions. Vous alli'z peut-être me trouver un peu curieuse ; mais ne croyez pas une curiosité banale ; vous y verrez, surtout la preuve que je m'intéresse à tout ce qui vous touche.

Madame la comtesse, je suis prête à vous répondre, et je ferai de mon mieux pour vous satisfaire.

— Dimanche, reprit la comtesse, il faisait un temps magnifique ; nous avons eu beaucoup de plaisir, Ernestine et moi, à vous rencontrer au bois. Cette promenfl.de a certainement fait du bien à votre grand-père et à vous aussi, ma mignonne, qui sortez si rarement,

— C'est vrai, madame.

— Vous aviez le teint animé, l'air joyeux; il m'a semblé que vous éprouviez une grande satisfaction.

— Je n'avais pas vu encore le bois de Boulogne, j'étais absolument ravie. Ses superbes allées, cette belle verdure, ces grandes nappes d'eau, ces rivières, les promeneurs si nombreux, les toilettes élégantes, les brillants équipages, le mouvement continuel, la gaieté de tout le monde, tout cela m'apparaissait comme une féerie. Je n'avais pas assez de mes yeux pour regarder et admirer.

— Pendant la belle saison, le bois produit toujours cet effet sur ceux qui ne l'ont pas encore visité. Savez-vous, mon enfant, ce que j'ai vu, moi, de vraiment beau, dimanche, au bois de Boulogne ?

— Non, madame.

— Eh bien! ce que j'ai vu de beau et de touchant à la fois, c'était une jeune fille et un jeune homme ayant entre eux un vieillard aveugle qu'ils conduisaient.

— Oh ! madame la comtesse, fit Léontine qui baissa les yeux.

— Oui, cela est beau, reprit la comtesse et j'aurai longtemps devant les veux le groupe charmant que vous formiez. Dites-moi, Léontine, qui est donc ce jeune homme qui vous accompagnait?

— Un ami de mon grand-père, madame.

— N'est-il pas aussi un peu le vôtre ?

— Oui, madame.

— Est-ce qu'il est de la liorraine?

— Non, madame, il est do Paris.

— V a-t-il longtemps que vous le connaissez?

— Depuis que nous sommes à Paris, madame.

— Comment l'avez-vous connu ?

— Trois semaines avant de quitter notre cher pays, mon grand -père avait prié M. Guérin, un de ses amis d'enfance, de s'occuper de notre installation à Taris. Mais alors M. Guérin était très-malade ; il est mort la semaine dernière des suites de sa maladie. Ne pouvant nous rendre lui-même le service que mon grand-père lui demandait, il en a chargé ce jeune homme, et c'est lui qui est venu nous recevoir à la gare de l'Est.

Je comprends : vous avez été satisfaits de votre installation, vous l'avez

remercié, M. Blanchard l'a engagé à lui faire quelques visites et il est devenu votre ami. Est-ce que vous le voyez souvent?

— Oui, madame, souvent.

\\ est fort bien, ce jeune homme : il a de bonnes manières et une fii;ure

très-sympathique ; je lui ai trouvé aussi un air très-distingué. Il est tout jeune ; il n'a pas plus de vingt-quatre ou vingt-cinq ans ?

— Oui, madame, c'est son âge.

— Que fait-il?

— Il est ouvrier, madame.

Ouvrier ! fit la comtesse étonnée, je ne le croyais pas.

Mais c'est un ouvrier laborieux, rangé et intelligent, répliqua la jeune

fille avec une certaine vivacité.

La comtesse arrêta sur elle un regard scrutateur.

Dieu me garde, mon enfant, reprit-elle, d'avoir jamais du mépris ou seulement de l'indifférence pour cette classe si nombreuse et toujours si intéressante des "ens qui travaillent ! S'ils occupent des positions différentes, les hommes n'en sont pas moins tous égaux. La supériorité des uns sur les autres n'est pas dans la naissance et la fortune ; elle est dans l'intelligence, l'honnêteté, le bien qu'on fait et les services qu'on rend à la société, chacun dans sa sphère. Dans toutes les classes, il y a des bons et des méchants. Mais revenons à ce jeune homme : il est d'une bonne famille?

11 n'a pas de famille, madame.

— Ni père, ni mère?

— Ils sont morts.

— Morts 1

— Il ne se souvient pas de les avoir connus.

— Comment a-t-il été élevé?

— De pauvres gens ont eu pitié de lui, ils l'ont pris chez eux. Le mari était

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cordonnier, la femme concierge. Celle-ci existe encore ; elle est vieille maintenant, elle ne peut plus travailler pour gagner sa vie ; mais son fils adoptif n'a pas été ingrat, ne l'a pas abandonnée ; ils vivent ensemble, et il lui rend en soins et en affection ce qu'autrefois elle a fait pour lui.

— C'est bien, cela ; il a un grand cœur, dit la comtesse avec émotion.

— Oui, madame, un grand cœur.

Louise, dans la pièce à côté, était restée d'abord très-indifférente aux paroles qu'elle entendait sans chercher à écouter ; mais depuis un instant, tout en sentant qu'elle commettait une indiscrétion, elle prêtait une oreille attentive.

— Il n'était rien, il n'avait rien, continua la jeune fille ; il demanda au travail tout ce qu'il pouvait lui donner. 11 devint, dans sa partie, un bon ouvrier. Ce n'est pas tout, madame la comtesse : pendant ses années d'apprentissa'>e, il suivait assidûment les cours du soir, et depuis, au lieu de s'amuser avec ses camarades, il a toujours continué à étudier ; presque seul il s'est instruit; il parle plusieurs langues et il sait beaucoup de choses.

— C'est superbe ! s'écria la comtesse disposée à l'admiration. Ce que vous me dites de ce jeune homme, Léonline, me donne le désir de le connaître davantage. Me permettez-vous de vous faire encore une question peut-être plus indiscrète ?

— Où il y a de l'intérêt, madame la comtesse, il ne peut y avoir de l'indiscrétion.

— Vous avez raison, mon enfant. En vous entendant parler de ce jeune homme avec une sorte d'enthousiasme qui m'a gagnée aussi, il m'est venu à la pensée qu'il était pour vous, déjà, un peu plus qu'un ami ordinaire ; j'ai cru découvrir en vous un sentiment plus tendre.

Une rougeur subite colora les joues de la jeune fille.

— Allons, je ne me suis pas trompée, reprit madame de Lucerolle avec bonté vous l'aimez.

— Oui, madame la comtesse, je l'aime,

— Et il vous aime aussi?

— Il m'a demandée en mariage à mon grand-père.

— Alors vous êtes fiancés?

— Oui, madame, nous devons nous marier.

— Bientôt?

— L'époque n'est pas encore fixée. Je ne suis pas pressée, d'ailleurs, je suis encore si jeune I

— J'espère bien, ma mignonne, que vous ne vous marierez pas sans nous prévenir.

— Vous m'avez témoigné trop de bienveillance, madame la comtesse, pour que je l'oublie dans aucune circonstance.

— Vous ne m'avez pas dit le nom de votre fiancé?

— Il se nomme Pierre, madame, Pierre Ricard.

— Pierre Ricard, répéta la comtesse, ayant l'air de chercher dans ses souvenirs.

Puis, remuant la tête, elle murmura :

— Allons, j'étais folle 1

A ce nom de Pierre Ricard, Louise Verdier se dressa d'un seul mouvement comme poussée par un ressort.

Elle était devenue très-pâle.

— Pierre Ricard, Pierre Ricard ! fit-elle en jetant sur les objets qui l'entouraient un regard effaré.

Puis, portant ses deux mains à son front :

— Qui donc est ce jeune homme qui porte les mêmes noms que mon mari ? se demanda-t-elle.

Elle resta un instant immobile, pressant son front brûlant.

— Oh ! il faut que je le sache, murmura-t-elle, rejetant brusquement sa tète en arrière.

Madame de LuceroUe s'était levée, n'ayant plus rien à demander à Léontine. La jeune fille prenait congé d'elle.

f,A MÈRE CHÉROλ

Le mAme jour, dans l'après-midi, Louise Veraier entrait résolument dans la loge (les concierges de la maison portant le n° 62 de la rue de Lille. Le mari et la femme s'y trouvaient. Louise était légèrement embarrassée.

— Que désirez-vous, madame? lui demanda la concierge en la regardant avec une sorte de défiance.

— Je vous prie de m'excuser de la liberté que je prends, répondit Louise ; il s'agit d'un renseignement que je voudrais avoir.

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LES DEUX BERCEAUX i03

— Faut voir d'abord si l'on peut vous le donner, dit M. Fabrice.

— C'est dans cette maison que demeure M. Blanchard, un pauvre vieilkud aveugle, et sa petite fille, mademoiselle Léontine?

— Ah ! vous les connaissez? interrogea madame Fabrice.

— Non, mais j'ai beaucoup entendu parler de la touchante affection de madomoiselle Léontine pour son grand'père.

— Madame vient sans doute pour de l'ouvrage?

— Je sais que mademoiselle Léontine est ouvrière en dentelles et qu'elle travaille comme une fée, mais ce n'est pas pour cela...

— Alors expliquez-vous, dit Fabrice.

— Vous devez connaître un jeune homme qui vient voir souvent M. Blanchard.

— Certainement que nous le connaissons ; après?

— II se nomme Pierre Ricard, n'est-ce pas?

— Oui, c'est son nom.

— Ne vit-il pas avec une vieille femme qui l'a élevé?

— Oui. Mais quel renseignement voulez-vous avoir? demanda Fabrice, qui commençait à s'impatienter.

— Mon Dieu, c'est tout simple, et je n'ai aucune raison de vous le cacher : je crois l'avoir connu quand il était jeune, et voudrais m'assurer que c'est bien lui.

Fabrice la regarda en dessous.

— Où donc que vous l'avez connu? lui demanda-t-il.

— Mais... à Paris, balbutia-t-elle.

— Nous aussi, nous l'avons connu tout petit, reprit le concierge, l'uis s'adressant à madame Fabrice.

— Dis donc, ma femme, conlinua-t-il, est-ce que tu to souviens d'avoir vu madauK! dans le temps?

— Non, vraiment.

— Enfin, demanda Fabrice à Louise, pourquoi tenez-vous tant à savoir si -M. Pierre a été l'enfant que vous avez connu?

— Parce que, dans ce cas, je pourrais lui dire des choses qui 1 iuléresscraieiit.

— C'est donc lui que vous voulez voir?

— Oui.

Jailli ■ ■' I mnn ' aa^^

^Eh bien! il viendra aujourd'hui passer la soirée chez M. Blanchard; si vous voulez causer avec lui, vous n'avez qu'à venir; je ne pense pas qu'il refusera de vous voir.

— Non, non, je préfère le voir chez lui et lui parler sans témoin. Je vous serais très-reconnaissante de vouloir bien me donner son adresse.

Le concierge et sa femme échangèrent un regard.

Après examen, la mise décente de Louise et son air honnête avaient fait disparaître leur défiance; cependant ils hésitaient à donner l'adresse du jeune homme.

— Si c'était pour faire du tort à M. Pierre, dit la femme, s'adressant a son mari ; je sais bien qu'il n'a pas d'ennemi, le cher enfant, mais enfin on ne sait pas.

— Oh ! fit Louise avec tristesse, n'ayez pas de moi une si mauvaise opinion.

— A Paris, on est souvent trompé, répliqua Fabrice. Vous êtes, nous le voulons bien, une très honnête dame; mais, voyez-vous, il vaut mieux no rien dire que parler légèrement. D'abord, nous ignorons qui vous êtes, nous ne vous connaissons pas.

Louise fut un moment interloquée ; mais retrouvant vite sa présence d'esprit, et sentant qu'elle serait imprudente en se faisant connaître, elle répondit :

— Comme vous, dit-elle, j'ai été en service à Paris dans de bonnes maisons; aujourd'hui je vis des petites rentes que j'ai gagnées. Je demeure à Vaugirard et je me nomme Sophie Martinet.

Ce nom, qui lui était venu sur les lèvres, appartenait à une vieille femme qu'elle avait connue et qui devait être morte depuis longtemps.

— Il est toujours bon de savoir à qui l'on a affaire, dit Fabrice. Eh bien, écoutez : nous verrons M. Pierre ce soir, nous lui demanderons s'il veut bien que nous vous donnions son adresse. S'il répond oui, et que vous reveniez dans la journée, vous pourrez aller le voir demain.

— Soit, dit Louise, je reviendrai demain. Vous rappellerez-vous mon nom?

— Oui, oui, Sophie Martinet, rentière à Vaugirard.

— C'est bien cela, dit Louise.

Elle salua les concierges et sortit de la loge. Le soir, quand Pierre arriva, Fabrice l'arrêta au passage. Il lui fit part de la

singulière visite qu'ils avaient eue dans la journée.

— Eh bieul mon cher Fabrice, répondit le jeune homme gaiement, puisque votre dame lient tant à me parler, vous pouvez lui dire oii je demeure, je n'y vois

— Je vis arriver mon mari haklanl et tout en nage. (Page 114.)

aucun inconvénient; je ne me caciie pas. Toutefois, comme on ne me connaît dan.s la maison et dans le quartier que sous le nom de Pierre, recommandez-luî de me demander sous ce nom seulement.

Le jeune homme n'attacha pas une grande importance au récit du concierge. Il ne fit même pas cette remarque, qu'il était assez .singulier que cette femnia connût son nom de famille et aussi ses relations avec M. et mademoiselle Blanchard.

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