‹ L'enfant du faubourgChapitre 65 sur 96 · L.IV. 1 ^. r. Uoy. ëdituur. — Roproductiun intordiloc · texte numérisé non relu

L.IV. 1 ^. r. Uoy. ëdituur. — Roproductiun intordiloc

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— Que peut-elle avoir d'intéressant à me dire? se demanda-t-il. Elle a probablement connu mon père; si c'est pour me parler de lui, j'aimerais tout aulanl qu'elle me privât de sa visite.

En entrant chez M. Blancbard, heureux de se trouver près de Léontinc, il ne pensait déjà plus à la femme inconnue. Il ne parla point d'elle à ses amis.

Le lendemain, vers huit heures du soir, Louise était rue Saint-Sébastien où demeurait le jeune homme.

— M. Pierre? demanda-t-elle à la concierge

— M. Pierre n'est pas encore rentré, répondit celle-ci.

— Pensez- vous qu'il rentrera bientôt?

— D'habitude, il est toujours ici à sept heures un quart, sept heures et demie, après sa journée faite ; il faut croire qu'il a eu ce soir quelque course à faire Si vous tenez aie voir aujourd'hui, vous pouvez monter, vous l'attendrez chez lui. C'est au troisième, la porte en face, La mère Chéron vous ouvrira. Vous fi'apperez fort, car la bonne vieille entend un peu dur

Louise grimpa l'escalier, et, un instant après, elle s'asseyait en face de la mèro Chéron dans une petite-salle à manger ti'ès-propremp ut tenue.

Sur la table, garnie d'une toile cirée, il y avait deux couverts et une bouteille de vin. La soupe était prête à être trempée.

Il lui arrive rarement de rentrer si tard, dit la vieille. Depuis quelque

temps il sort plus souvent le soir, mais quand il ne doit pas dîner ici, il me prévient toujours.

Sous ce rapport, Louise savait à quoi s'en tenir. Elle était probablement mieux instruite que la mère Chéron.

Puis-je vous demander ce que vous lui voulez, h mon garçon? interrogea

la bonne femme, curieuse comme tous les vieillards.

Je voudrais lui demander quelques renseignements sur sa famille, répondil

Louise.

Il n'a pas de famille, dit la vieille en hochant la tête

Oh! on a toujours une famille, répliqua Louise.

— Pierre n'a ni père ni mère, il ne sait même pas où il est né.

— S'il ne peut rien me dire de ses parents qu'il n'a pas roimus, iliTie racontera comment il s'est trouvé abandonné, comment il a été élevé.

— Ca, voyez-vous, personne ne le sait mieux que moi. Pierre ne pourrait dire là-dessus que ce que la mère Chéron lui a appris. Mais quel intérêt avez-vous à savoir?...

p-çr*

— J'ai connu dans ma jeunesse une famille portant le nom de Ricard, et je me suis dit que M. Pierre appartenait peut-être à cette famille.

— Le nom de Ricard est bien commun en France, dit la vieille. Pour mon compte, à Paris seulement, j'en ai bien connu six ou sept.

— Un jeune homme de cette famille dont je viens de vous parler, reprit Louise, habitait à Paris, il y a vingt-six ans. Il pourrait avoir aujourd'hui près de soixante ans.

— Qu'est-ce qu'il faisait à Paris ce jeune homme-là?

— C'était un ouvrier.

— n y a des ouvriers de tous les métiers.

— Celui que j'ai connu était tourneur en bronze. La vieille femme tressaillit.

— Ah! fit-elle, tourneur en bronze. Et il se nommait?

— Comme le jeune homme qui demeure ici, Pierre Ricard.

La mère Chéron baissa la tète. Puis après un moment de silence, se redressant lentement :

— Savez-vous ce qu'il est devenu, ce Pierre Ricard? demanda-t-elle.

— Non, je l'ai complètement perdu de vue depuis vingt-cinq ans J'ai tout lieu de croire qu'il est mort.

— S'il en est ainsi, dit la mère Chéron d'un ton grave. Dieu lui a fait une belle grâce.

Ces paroles firent éprouver à Louise un vif saisissement. Cependant, tout, en pressentant déjà la vérité, elle voulait avoir une certitude complète.

— Est-ce que vous l'avez connu aussi? demanda-t-elle.

— Non, Dieu merci! répondit la vieille femme, mais j'en ai trop entendu parler.

— En mal, à ce qu'il paraît?

— Oui, en mal. Ah! c'était une franche canaille! Ce n'est pas tant ce qu'il a fait depuis ; capable de tout, il pouvait avoir aussi bien la tête coupée par le couteau du bourreau qu'aller au bagne.

Louise se sentit frissonner des pieds à la tête.

— Au bagne! répéta-t-elle d'une voix étranglée.

— Oui, ■' e Pierre Ricard que vous avez connu — je ne vous en fais pas mon compIimeî . — a été au bagne ; il y est peut-être encore, s'il n'est pas mort. On ne l'a pas envoyé là en récompense de ses vertus : il faisait partie d'uii •. bande de voleurs qui pillaient les maisons inhabitées aux environs de Paris, et ne se gô-

naient pas pour détrousser les passants après les avoir assommés de coups de poing ou de gourdin.

Louise, épouvantée, avait caché sa tête dans ses mains.

— Le malheureux ! le malheureux! se disait-elle ; il devait finir ainsi!

— Eh bien! continua la mère Chéron, le brigand a commis un crime plus monstrueux, selon moi, que celui de voler... Et pourtant, c'est la Providence qui l'a voulu ; car sans cela que serait devenu le pauvre innocent?

Louise releva brusquement la tête.

— Que voulez-vous dire? interrogea-t-elle d'une voix frémissante.

— Je veux dire que ce scélérat, que vous avez connu, avait un enfant, mignon comme un ange, et qu'il l'a lâchement abandonné.

Il n'y avait plus do doute possible pour Louise. La malheureuse femme ressentit une commotion violente, et tout son sang reflua vers le cœur.

Elle resta un moment sans pouvoir prononcer une parole ; un poids énorme pesait sur sa poitrine. Enfin, elle parvint à se remettre un peu :

— Ainsi, balbutia-t-elle, ce jeune homme, qui demeure ici, avec vous, est lo fils...

— Oui, le fils du misérable Pierre Ricard, malheureusement pour lui. Mais ce qu'il y a de bon, c'est qu'il ne ressemble 2>as du tout à son père.

Louise avait de nouveau baissé la tête.

— Son père, son père ! murmura-t-elle.

— Maintenant, reprit la mère Chéron, sï c'est ça que vous vouliez savoir, vous voilà renseignée. Vous avez l'air d'une brave femme, et je crois bien que vous vous intéressez à Pierre. Dame! il mérite qu'on l'aime, celui-là. Je vous l'ai dit : il ne sait ni où ni comment il est venu au monde.

Il ne connaît ni la famille de son père ni celle de sa mère. Qui était sa mère? Une pas grand'chose, bien sûr... Où est-elle? Cherche. Si elle ne court pas la prétentaine, c'est qu'elle est morte sur un lit d'hôpital comme tant d'autres gourgandines. Enfin, tout ça c'est de l'histoire ancienne. Pieri'e est un bon ouvrier, et il n'a besoin de personne; il saurafaire son chemin tout seul. Pourtant, puisque vous avez connu la famille de sou père, ça lui fera peut-être plaisir que vous lui disiez ce qu'il en est. A-t-il encore des parents?

— Non, ils sont tous morts.

— Est-ce qu'ils étaient riches, les Ricardf

— Non, tous pauvres.

— En ce cas, Pierre n'aurapaslcregreld'aVoir perdu leur héritage. D'ailleurî,

quand même ils auraient été riches, ça ne lui aurait guère servi de les connaître. Le pauvre enfant n'a pas seulement un acte de naissance. S'il veut se marier un jour, ce sera la croix et la bannière.

— C'est donc vous qui l'avez élevé? demanda Louise.

— Oui, c'est moi et mon pauvre homme, qui s'en est allé trop tôt. S'il était encore de ce monde, le cher ami, comme il serait content, comme il serait orgueilleux de voir notre enfant! Car Pierre était notre enfant à tous les deux. Maintenant il n'a plus que moi, qui ne suis bonne à rien. Seulement, je sais toujours l'aimer.

— Il doit vous aimer beaucoup aussi?

— Oh! quant à ça, oui. Mais nous causons et le temps passe, fit-elle avec un commencement d'inquiétude; c'est drôle qu'il ne rentre pas; où donc peut-il être allé? Pourvu qu'il no lui soit point arrivé un accident.

— Il ne faut pas vous alarmer ; M. Pierrre a été sûrement retenu par quelque chose d'imprévu.

— Il faut bien que cela soit. Quand Pierre me dit : « Maman Chéron, je rentrerai ce soir pour dîner, » il ne me fait jamais attendre. Et l'heure est passée depuis longtemps.

— Je vous empêche peut-être de vous mettre à table?

— Non, puisque je l'attends.

— Eh bien! en l'attendant, si vous permettez que je vous tienne compagnie, et si cela ne vous contrarie pas, vous seriez bien aimable de me raconter par suite de quelles circonstances il est devenu votre fils.

— Oh! c'est toute une histoire.

— Je serai vraiment heureuse de la connaître.

— Eh bien! je vais vous raconter ça. En causant, le temps me paraîtra moins long. Vous allez voir comme quoi votre Pierre llicard a toujours été un véritable scélérat.

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