‹ L'enfant du faubourgChapitre 80 sur 96 · MM · texte numérisé non relu

MM

— Vous parlez, madame, avec une assurance et une conviction qui trouvent facilement un écho dans le cœur de ma fille et dans le mien, répliqua l'aveugle, car nous ne voulons pas admettre que M. Pierre Ricard nous ait si odieusement trompés; oui, malgré tout, nous voulons croire qu'il est innocent du crime dont on l'accuse. Mais pourra-t-il invoquer ce qu'on appelle en matière criminelle un alibi?

— Soyez-en sûr, monsieur Blanchard.

— Il était près de neuf heures lorsqu'il m'a quitté hier soir, et c'est moins d'une demi-heure plus tard que le malheureux concierge est tombé sous le poignard de l'assassin.

— Je sais où se trouvait M. Pierre à neuf heures un quart.

— Et vous pourriez dire oii il a passé la nuit? s'écria Léontine en se levant.

— Oui, mademoiselle, je peux dire cela et le prouver.

La jeune fille laissa échapper un cri de joie et son regard rayonna. Elle s'approcha de Louise et, lui prenant la main.

— Ah! dit-elle d'une voix tremblante d'émotion, soyez bénie, soyez bénie, vous qui nous apportez la consolation! Vous aurez l'obligeance de dire à madame la comtesse de LuceroUe que vous avez fait entrer dans notre triste demeure un rayon de soleil.

— Je lui dirai que mes paroles vous ont rassurés.

— Mais ce n'est pas tout, madame, ce n'est pas tout : vous achèverez votre œuvre; il faut aller chez le commissaire de police, si vous le voulez, je vous y accompagnerai; vous lui donnerez la preuve que M. Pierre est victime dune erreur, et, s'il en est temps encore, il arrêtera les poursuites qui sont dirigées contre lui.

Louise secoua la tête et répondit :

— Si, comme je n'en doute pas, la maison où demeure M. Pierre était gardée par des agents de la police de sûreté, il est en ce moment entre les mains de la justice, car il a dû rentrer chez lui ce matin, vers dix heures et demie, ne sachant absolument rien de ce qui s'est passé ici dans la nuit.

— Raison de plus pour courir chez le commissaire de police, dit vivement Léontine.

— Non, mademoiselle, non, c'est inutile.

— Alors, vous pensez qu'il a déjà été interrogé et qu'on lui a rendu la liberté?

— Je crois, en effet, qu'il a dû être interrogé, mademoiselle ; mais j'ai à peu près la certitude que, pendant trois ou quatre jours, il ne cherchera point ;\ démontrer qu'il n'est pas coupable.

M. Corbon g'avançait. Il s'arrêta devant l'étuu do Boyer. (l'ige 258.)

— Je ne vous comprends pas! s'6cna la jeune fille en regardant Louise avec effan'inent.

— Oh I ne vous effrayez pas, mademoiselle, dit Louise avec un sourire doux et triste, vous allez comprendre : votre fiancé a promis, a juré de no point dire, jusqu'à nouvel ordre, où il a passé la nuit et ce qu'il a fait; et comme il est la loyauté même, quoique sous le coup d'une honiblo accusation, il tiendra son serment.

sm

==«sw^

LiV 32 F. Roy, ëditour. — Roproduciion inlurdiio.

Léoiiline, frémissante, écoutait ces paroles, qui semblaient sorliv de la bouche d'une insensée. Le visage de l'aveugle exprimait le plus vif étonnemcnl.

— Dans quelques jours seulement, poursuivit Louise, il pourra parler ; alors, moi aussi, je parlerai... La même cause nous oblige à garder momentanément le silence tous les deux. Ah! je vous en supplie, mademoiselle, ayez confiance en moi ; c'est pour lui, c'est pour vous que mon esprit travaille en ce moment ; vous occupez toutes mes pensées... Ce que vous éprouvez en m'écoutant, je le devine : vous êtes inquiète, tourmentée... Mais, je vous le répète, soyez confiante. De votre grande douleur d'aujourd'hui doit sortir une joie immense; un bonheur inespéré attend votre fiancé, et ce bonheur, cette joie infinie, c'est moi, Louise Verdier, moi seule qui peux vous les donner!

— Mais il souffre, lui, il souffre! s'écria la jeune fille d'un ton douloureux.

— Comme vous, mademoiselle, il aura confiance en moi.

— Je sais combien vous estime madame la comtesse de LuceroUe et l'affeclion que mademoiselle Ernestine a pour vous, reprit Léontine; aussi veux-je croire en vos paroles, si singulières et si incompréhensibles qu'elles soient pour moi. Mais ne puis-je savoir...

— Non, non, je ne puis rien vous dire encore, si ce n'est ces deux mots : Attendez! espérez!

— Oh! attendre, attendre! fit la jeune fille.

Un profond soupir s'échappa de sa poitrine gonflée, et elle retomba sur son siège.

t ARRESTATION

Après un moment de silence, Louise reprit.

Bien que ce ne soit pas pour moi d'un bien grand intérêt, je désirerais avoir

pourtant quelques détails sur le double crime de la nuit et savoir exactement comment les soupçons ont jtu se porter sur M. Pierre.

Après le départ do madame de Lucerollo, Léontine avait eu la visite de sa voisine, qui venait demander des nouvelles de la saiilé de M. Blanchard. La voisine avait raconté à Léontine tout ce qu'elle savait, c'est-à-dire ce que le commencement d'enquête du commissaire do police avait recueilli. La jeune fille pul donc satisfaire la curiosité de Louise en li.i rapportant exactement les faits.

fcî / .... ^=-====== Wn^

Celle-ci écouta très -attentivemeni et avec une émotion facile à comprendre.

Lorsque Léontine fit passer devant elle le tableau de Fabrice recouvrant pour un instant la vie et la par le, Louise était commesuspendue à ses lèvres. Et quand la jeune fille répéta ces paroles terribles prononcées par le conciei'ge expirant : — « Voleur! assassin!... je te reconnais, Pierre Ricard; arrêtez-le, c'est lui, Pierre Ricard! » Louise, pâ'e comme la mort, les yeux lui sortant de la tête, pantelante, se dressa sur ses jambes d'un seul bond. Une clarté soudaine venait de jaillir de son cerveau.

Certes, les paroles de Fabrice étaient précises, et le commissaire de police, qui ne savait pas comme elle que le concierge connaissait deux hommes portant ce nom de Pierre Ricard, devait fatalement prendre l'un pour l'autre. Mais, pour Louise, il ne pouvait plus exister un doute: l'assassin du concierge était bien Pierre Ricard, ce monstre qu'elle avait eu l'elTroyable malheur d'avoir pour mari.

Quelle horrible découverte !

Cependant, l'habitude de la dissimulation avait donné à Louise une grande puissance, sur elle-même. Elle eut la fo.ce extraordinaire de se contenir et de ne point laisser deviner à la jeune fille et la nature de ses sensations et ses tortures intérieures.

Retrouvant vite sa présence d'esprit;

— Votre récit m'a vivement impressionnée, dit-elle: quel épouvantable drame! Je n'ai laissé échapper aucune de vos paroles, mademoiselle, il est de toute évidence que le malheureux Fabrice a été frappé par le plus âgé des deux voleurs, puisque le cri qu'il a poussé sous le coup de poignard du misérable a suivi la fuite de l'autre scélérat. Or, votre fiancé, faussement accusé, ne ptut même pas être considéré comme meurtrier de Fabrice. Il suffit de raisonner et de réfléchir un peu pour voir que la victime, en prononçant le nom de Pierre Ricard, n'a point voulu désigner votre fiancé.

— C'est vrai, fit la jeune fille, et je m'étonne que mon père et moi nous n'ayons pas déjà fait cette remarque.

Louise se retira, laissant Léontine et l'aveugle à peu près consolés.

— Ainsi, se disait-elle en marchaat le front courbé sur l'un des trottoirs de la rue de Lille, Pierre Ricard n'est pas mort... Ah! il vient de le prouver d'une horrible manière! Ce n'était pas assez pour lui d'être un voleur! il fallait qu'il devînt un assassin. Pourquoi donc Dieu laisse-t-ii vivre si longtemps de pareils scélérats!... Voliur! assassin! c'est à cela que conduisent les passions vijes, l'ivrognerie cl la pare.sse! Ah! une étrange et implacable fatalité pèse sur ma vie entière! Mon mari, mon fils, deux misérables, deux infimes!... Ah! |i' Ijls a bien les insliurls du jière, et c'est bien le sang du père qui coule dans les veines

252 LES DEUX BEliCEAUX

du fils! Ma situation est horrible! horrible! Et je n'en peux sortir qu'en îrappant moi-même mon mari, mon fils... La fatalité me pousse en avant: je ne peux plus résister à la force qui m'entraîne. Pourtant, rien ne m'oblige à faire connaître l'assassin du concierge ; c'est à la justice à le chercher, à le trouver. Oh! ce n'est pas de la pitié que j'ai pour lui; non, non, je n'ai pas de pitié!.. . Elle releva la tête et regarda autour d'elle.

Elle arrivait au coin de la rue de Beaune où il y a une station de voilures de place. Elle se jeta dans un coupé, en disant au cocher:

— Conduisez-moi à l'entrée de la rue Saint-Sébastien.

Le cocher grimpa sur son siège, fouetta son cheval, et la voiture roula sur le pavé.

Louise se replongea dans ses réllexions.

Ramenant sa pensée sur le crime de la rue de Lille^ elle s'expliquait l'adreuse scène du drame. Elle voyait Fabrice entrant dans la chambre de M. Blanchard et surprenant les deux voleurs. Le plus jeune parvenait à s'échapper, et l'autre, Pierre Ricard, moins alerte, restait en présence de Fabrice, fort étonné de retrouver, venant de commettre un vol audacieux, ce Pierre Ricard qu'il avait connu autrefois, ainsi que la mère Chéron l'avait appris à Louise.

Le reste était facile à deviner : se voyant reconnu, Pierre Ricard, autant pour s'ouvrir un passage e* prendre la fuite que pour ne pas être dénoncé par le concierge, n'avait pas hérité à lui porter un coup mortel.

Louise pensa ensuite aux deux enfants qu'elle avait nourris, qui pendant une année avaient reçu ses soins, partagé sa tendresse, et à l'œuvre de réparation tardive qu'elle allait entreprendre. Dans cette difficile et délicate affaire, quelle allait être sa ligne de conduite? Elle se le demandait en frissonnant, pendant que des gouttes de sueur froidiC perlaient sur son front.

La voiture, en s'arrêt ant, coupa court à ses sombres réflexions, et, pour un instant, elle fut détournée- de ses perplexités.

Elle était rue Saint-Séba.stien. Elle mit pied à terre, paya la course du cocher et se dirigea rapidement vers le n° 28, où elle voyait une vingtaine de personnes rassemblées.

Pour Louise, ce groupe dans la rue avait sa signification. Elle comprit que Pierre avait été mis en élat d'arrestation et que ceux qui étaient là, des curieux, — il y en a toujours, — • commentaient à leur mauière cet événement et se livraient à mille suppositions pour en expliquer la cause.

Louise ne venait rue Saint-Sébastien qu'avec un vague espoir d'y trouver encoir 1(! jiniiu; homme. Toutefois, en voyant qu'elle arrivait trop tard, elle ressenlil dans son cœur comme un aiïreus déchirement.

jwraû

Elle eut un moment d'hésitation, se demandant si elle ne ferait pas bien de rebrousser chemin; mais le désir de savoir ce qu'on disait, ce qu'on pensait dans le quartier, la retint. Elle s'approcha du rassemblement et lendit l'oreille, tout en regardant le visage de ceux qui l'entouraient. Au milieu du groupe se trouvaient deux ouvriers, qui paraissaient consternés. Ils interrogeaient, et on leur répondait. Aux interrogations et aux réponses, Louise eut vite compris que la cause de l'arrestation de Pierre était encore inconnue; en même temps elle décou\Tait que ces deux ouvriers, qui avaient l'air véritablement affligés, étaient deux amis du jeune homme.

En effet, c'étaient Boyer et Thibaut.

La surprenante nouvelle avait éclaté comme un coup de tonnerre dans les ateliers de la maison Corbon; et les deux ouvriers s'étaient donné rendez-vous, après le déjeuner, pour venir se renseigner rue Saint-Sébastien.

Disons maintenant ce qui s'était passé.

Il n'était pas encore dix heures lorsque Pierre et Louise avaient quitté l'hôtel de la rue de Seine. A part un reste de lassitude dans les membres, le jeune homme ne se ressentait plus de son bain forcé. Il se séparèrent sur le quai. Pierre prit une voiture pour se faire conduire chez lui ; Louise était revenue à pied à l'iiùlel de Lucerolle. La voiture de Pierre s'arrêta devant la porte de la maison oii il habitait. II descendit, et, pondant qu'il payait le cocher, deux hommes se croisèrent derrière lui, en passant sur le trottoir. Il ne les remarqua point. Il entra dans la maison ; mais voyant dans la loge un individu qui lui était inconnu, ■'1 ne dit rien à la concierge.

Or, cet individu, qui se trouvait avec la concierge, était un troisième agent du service de la pohce de sûreté. Il se tourna brusquement vers la concierge.

— C'est lui, n'est-ce pas? fit-il.

— Oui, c'est M. Pierre, répondit-elle. Mais tout cela est trcs-drôlo, reprit-elle ; qu'est-ce que vous lui voulez donc, à M. Pierre?

L'agent s'était levé.

— Ceci, ma chère dame, ne vous regarde nullement, répondit-il d'un ton sec.

Il sortit de la loge et se montra sur le seuil de la maison. Aussitôt quatre autres personnages vinrent à lui.

— Il vient de rentrer, nous le tenons, leur dit-il.

— Je l'avais reconnu, dit un autre.

Le premier agent niprit:

— La maison n'a pas d'autre sortie que celle-ci, deux d'entre vous vont garder la porte, les deux autres vont venir avec moi.

CTUg

254 Ll:;S DEUX BliRCRAUX

iJ/,

Deux hommes suivirent leur chef, et, l'un derrière l'autre,' ils montèrent l'escalier.

En voyant entrer Pierre, la mère Chéron jeta un cri de joie et, toute en larmes, se précipita sur lui, l'entoura de ses bras et le serra contre elle à l'étouffer.

— Enfin, te voilà, mon Pierre, mon cher enfant! D'où viens-tu? Que t'est-il donc arrivé ?

— Plus tard je vous dirai cela, mère, plus tard.

— Ah! maintenant que tu es revenu, que je te vois, que m'importe?... Quelle triste nuit j'ai passée! J'ai été bien malade, j'ai cru que j'allais mourir : il a fallu que nos voisines vinssent me soigner et veiller près de moi.

— Oui, vous deviez être très-inquiète, je le comprends.

— Ah ! pendant que j'y pense : il est venu trois messieurs te demander dans la nuit.

— Vous voulez dire hier soir?

— Non, je dis bien, dans la nuit, puisqu'il était deux heures du matin.

— Voilà qui me paraît bien invraisemblable, fit-il en regardant la mère Chéron avec surprise. Maman Chéron, vous avez probablement rêvé cela, ajouta-t-il.

— Du tout, du tout; c'est madame Budaino, notre voisine, qui les a r;'çiis, et les a renvoyés "en leur disant que tu n'étais pas rentré et que j'étais très-tourmentée.

— Et ils étaient trois?

— Oui, ti'ois hommes.

— Ont-ils dit ce qu'ils me voulaient?

— La voisine le leur a demandé; ils n'ont pas voulu répondre, et ils sont partis tout de suite.

— C'est étrange, murmura le jeune homme. Il resta un moment silencieux.

— Après tout, reprit-il eu remuant la tèle, du moment que ces inconnus tenaient tant à me voir, ils reviendront.

A ce -moment on frappa à la porte.

— Maman Chéron, dit-il, on frappe ; va voir qui c'est.

La vieille femme alla ouvrir. Les trois agents entrèrenl. Deux reslèicnt à la [lorle ; l'autre, celui qui paraissait èlre le chef, pénétra dans le loyemenl.

— Que voulez-vous? qui demaïuIe/.-vous ? interrogea la mère Chéron.

L'tiiicnt allait répondre lorsque Pierre se montra.

— Qu'y a-t-il pour votre service, monsieur? demanda-t-il.

— C'est vous qui vous nommez Pierre Ricard !

— C'est mon nom, monsieur. C'est vous, sans doute, qui êtes venu me demander la nuit dernière ? Suis-je trop indiscret, n'ayant pas l'honneur de vous connaître, de vous prier de me dire qui vous êtes ?

— Je suis inspecteur de police. Au nom de la loi, Pierre Ricard, je vous arrête.

Un éclair passa dans le regard du jeune homme.

— Ah çà! est-ce sérieux? s'écria-t-il.

— Vous le voyez Lien, répondit l'agent.

— En ce cas, monsieur, vous faites erreur, vous me prenez pour un autre ; je n'ai rien à démêler avec la justice.

— Ceci ne me regarde point. J'ai reçu l'ordre de m'assurer de votre personne, j'exécute mon mandat.

— Encore une fois, monsieur, je vous dis que vous me prenez pour un autre. L'agent secoua la tête.

— J'arrête Pierre Ricard, répliqua-t-il, demeurant 28, rue Saint-Sébastien, ouvrier serrurier de la maison Corbon et C'°, rue Saint-Maur.

Le jeune homme devint blême et fit trois pas en arrière. Il était atterré.

La mère Chéron, dans une immobilité de statue, les yeux hagards, cherchait à comprendre.

— Allons, reprit l'agent, suivez-moi!

— Non, je ne me laisse pas arrêter ainsi ! s'écria Pierre avec un commencement de colère.

— Pierre Ricard, riposta l'agent, nous sommes ici en force ; toute résistance est inutile.

Et, tirant un revolver de sa poche, il lui mit la main sur l'épaule.

Les deux autres agents, voyant ce qui se passait, se précipitèrent dans la chambre.

Un tremblement nerveux saisit le jeune homme et il jeta auluur do lui des regards éperdus.

Il resta une minute, la tête baissée, puis se redressant brusquemciiL :

— Puisque c'est sérieux, dit-il d'une voix tremblanlc, mais avec ln'aiiconp de calme, je suis prêt à vous suivre; tout citoyen doit obéissance h la loi. Mais no pouvez-YOus pas m(î dire, messieurs, de qiini je suis accusé?

— On vous le dira plus lard. Mettez-lui les menottes, ajouta Tagenl, s'adressant à ses compagnons.

— Ah! rwîn ne manque à l'aventure, reprit Pierre d'un ton légèrement railleur; vous faites bien les choses, messieurs : on ne traite pas avec plus de d.éUcatesse les grands criminels.

Un sourire amer effleura ses lèvres, et il tendit ses bras aux agents.

La mère Chéron sortit alors de son immobilité. Elle marcha vers les agents, les lèvres frémissantes, le regard élincelant, plein de menace, comme si elle se sentait assez forte pour défendre Pierre contre eux.

Mais, d'un signe, le jeune homme l'arrêta.

Pierre, c'est une infamie! exclama-t-elle ; on n'a jamais vu chose pareille;

depuis quand se permet-on de venir prendre ainsi chez eux les honnêtes gens ? On met en prison les voleurs, les assassins, mais pas les bons cœurs comme mon Pierre!... Oui, c'est une indignité, c'est une infamie !

Mère, calmez-vous, répondit Pierre ; je suis sûr qu'on me prend pour un

autre. On ne condamne pas un innocent, et on ne me mettra pas en prison sans m'avoir entendu.

Allez chercher une voiture à quatre places, fermée, dit l'inspecteur de police

à l'un de ses hommes.

Page 1