UN CODP DE FOUDRE
Disons maintenant comment, au moment où elle se sentait rassurée et plus tranquille, la malheureuse Louise Verdier apprit l'épouvantable drame.
Elle était restée près d'une heure dans le cabinet du juge d'instruction. Elle lui avait raconté en partie sa douloureuse histoire, qui était en même teinps l'histoire du vicomte de Lucerolle et celle de son fils.
Certes, le juge d'instruction était loin de s'attendre à une révélation aussi extraordinaire, aussi grave. Il jugea Louise sévèrement et lui fit de justes reproches en lui montrant, ce qu'elle n'ignorait pas, d'ailleurs, les conséquences funestes du silence coupable qu'elle avait gardé. Toutefois, en présence de son repentir et de ses larmes, il trouva dans son cœur des arguments, sinon pour lubsoui] rc, du moins pour l'excuser.
Ensuite, Louise lui avait appris comment, sur les indications données par son lils, iîoyer et Thibaut, s'étaut mis en campagne, avaient découvert lamaison abandonnée où se réunissaient les voleurs.
Alors il avait été convenu que, la nuit même, des agents de police, sons les ordres d'un chef, et guidés par Boyer, cerneraient la masure et s'empareraient de toute la bande; qu'en même temps d'autres agents arrêteraient Henriette Mabire et Robin, qui avaient aussi leur part de culpabilité.
En sortant du Palais de Justice, Louise s'était dit qu'elle ferait bien de prévenir Boyer immédiatement, et, presque sûre de le trouver à son poste d'observation en compagnie de Thibaut, elle avait pris une voiture et s'était fait conduire rue Saint-Fargeau. Mais elle eut beau regarder de tous les côtés, elle ne vit ni Boyer, ni Thibaut. Nous savons pourquoi. Alors, au lieu d'être contrariée d'avoir fait une course inutile, elle éprouva une véritable satisfaction. Elle pensa que son mari, effrayé par ses menaces, s'était enfin décidé à quitter Paris.
Toutefois, elle pouvait se tromper. Voulant avoir la certitude, elle entra dans le garni et s'adressa à la logeuse, qui la reconnut. Elle lui demanda si elle pouvait voir Ramoneau.
— Non, répondit la femme, il est sorti.
— Ah I il est sorti ? fit Louise.
— Oui. Et à moins que vous ne l'attendiez, vous ne pourrez pas le voir. Il m'a payé ce matin ce qu'il me devait, et m'a prévenue que, tout en rentrant, il enlèverait sa malle, qui est toute prête.
— Est-ce qu'il va loger ailleurs? demanda Louise.
— Non : il ne m'a pas raconté ses affaires ; il m'a seulement dit qu'il partait, qu'il allaH faire un long voyage.
Louise se sentit rassurée.
— Je ne peux pas vous en dire davantage, continua la logeuse. Voyez si Yous voulez l'attendre.
Elle faisait vraiment des efforts pour paraître gracieuse, ce qui n'était pas dans ses habitudes.
— Non, répondit Louise, je ne l'attendrai pas.
— Si c'est quelque chose que je peux lui dire...
— Je vous remercie, madame ; je sais qu'il doit faire, en effet, un voyage, et je venais simplement pour savoir quand il partait. Vous venez de me renseigner, je vous remercie.
Louise quitta la logeuse.
— Il a eu quelqu'un à voir avant de partir, se dit-cllo en regagnant sa voiture; Boyer et Thibaut l'ont suivi; je saurai ce soir où il est allé. Pourvu qu'il n'ait point eu l'idée de prévenir ses complices de se tenir sur leurs gardes 1 C'est possible ; mais il ignore que je connais l'endroit de leuis réunions secrètes. Non, non, cette bande de malfaiteurs n'échappera pas à la justice.
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Elle se fit conduire au domicile de Boyer où elle écrivit un billet qu'elle laissa sur la table, en priant la veuve de le remettre à son fils aussitôt qu'il rentrerait.
Dans ce billet elle disait à Boyer de se trouver à neuf heures précises au bureau du commissaire de police du quartier Popincourt. C'est de là que devaient partir les agents chargés de l'arrestation des voleurs dans la masure.
La journée n'était pas encore très-avancée. N'ayant plus pour le moment qn'fi réfléchir et à rassembler toutes ses forces pour paraître dans la soirée devant le comte et la comtesse, afin de leur confesser sa faute, elle se fit ramener à l'hôtel de Lucerolle.
La femme de chambre de la comtesse se trouva sur son passage.
— Madame la comtesse est-elle chez elle? lui demanda Louise.
— Non, elle est sortie tout de suite après le déjeuner pour rendre plusieurs visites; elle a emmené mademoiselle, qu'elle a dû conduire rue de Lille chez son amie, mademoiselle Blanchard.
— C'est vrai, dit Louise, mademoiselle Ernestine devait aller voir son amie aujourd'hui.
— M. le comte vient aussi de sortir; il y a à peine dix minutes, reprit la femme de chambre, je l'ai vu traverser la cour en courant; il était pâle et paraissait très-agité ; il avait la tête nue et il est parti sans chapeau.
— Sans chapeau ! fit Louise étonnée.
— Oui, et j'ai pensé qu'il était arrivé quelque malheur.
— A madame la comtesse? s'écria Louise effrayée.
— Oh ! je ne crois pas... Mais je ne sais rien ; demandez à Joseph.
— Où est-il?
— Là, dans l'antichambre.
Louise ouvrit brusquement la porto de l'antichambre et y entra. Joseph était là, en effet. Assis sur un canapé, tenant sa tête dans ses mains, le vieux domestique pleurait. En voyant Louise, il se leva.
— Ah! c'est vous, Louise? dit-il tristement,
— Joseph, on vient de me parler d'un malheur qui serait arrivé, savez-vous quelque chose?
— Oui, Louise, je sais que le deuil est dans cette maison.
— Mon Dieu, que .signifient ces paroles? Joseph, expliquez-vous!
— Louise, c'est un malheur épouvantable.
— Quel est ce malheur? Ah 1 vous me faites mourir ! Parlez, parlezi...
— Louise, M. le vicomte vient d'être assassiné 1 Louise; bondit en arrière avec terreur :
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— Mais ce que vous me dites là est impossible! s'écria-t-elle; vous êtes fou, Joseph, vous êtes foui
— Hélas! ce n'est que trop vrai, gémit le vieux serviteur. Depuis longtemps j'avais le pressentiment d'une catastrophe de ce genre.
— Je ne comprends pas, je ne comprends pas, murmui'a Louise, en proie à une horrible anxiété.
Elle se rapprocha du vieux domestique, et, lui saisissant le bras :
— Voyons, dit-elle d'une voix étranglée, vous vous trompez, ce n'est pas cela, ce n'est pas cela!...
— Non, je ne me trompe pas, répondit Joseph; j'étais là quand on est venu prévenir M. le comte.
— C'est impossible, vous dis-je! répliqua-t-elle avec violence; personne que moi ne sait où se trouve en ce moment M. le vicomte de Lucerolle. Mais qui donc est venu prévenir M. le comte?
— Qui? cet ouvrier qui est déjà venu plusieurs fois vous demander.
— Boyer! exclama-t-elle.
— Oui, Boyer. Il a dit son nom à M. le comte; je l'avais oublié. C'est vous qu'il voulait voir, Louise; je lui ai dit que vous n'étiez pas à l'hôtel, et il allait se retirer lorsque M. le comte est entré ici, où nous étions. Alors M. le comte l'a interrogé.
Louise était devenue très pâle, ses yeux avaient un éclat singulier et son front se couvrait d'une sueur froide,
— Ah! fit-elle, M. le comte l'a interrogé?
— Oui. L'ouvrierlui a dit que depuis quelques jours, par votre ordre, il suivait un individu appelé Ramoneau, et que ce misérable venait d'assassiner un pauvre jeune homme.
— Mon Dieu! qu'est-ce que cela veut dire? s'écria Louise, qui commençait à entrevoir l'affreuse vérité.
— On a arrêté l'assassin.
— On a arrêté l'assassin? répéta Louise, dont la raison s'égarait.
— On a trouvé sur lui une bourse d'or et quarante mille francs en billets de banque.
Un nuage passa devant les yeux de Louise, le sang lui montait à la tête et batlait violemment ses tempes : elle crut quelle allait tomher, elle chercha un appui contre un meuble.
— Vous comprenez, Louise, continua le vieux domestique ; après avoir tué, il avait volé, le scélérat!
La malheureuse restait immobile, sans voix, le regard fixe, comme pétrifiée.
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Le vieillard put lui répéter, sans être interrompu, tout ce que Boyer avait dit au comte de Lucerolle.
— Enfin, ajouta-t-il, quand l'ouvrier eut reconnu le portrait de M. le vicomte, que je suis allé prendre dans la chambre de mademoiselle, et qui est encore là, sur la cheminée, M. le comte n'eut plus aucun doute, et il est parti aussitôt pour courir rue de la Goutte-d'Or.
L'immobilité de Louise devenait effrayante. La malheureuse était comme foudroyée. Joseph aurait pu douter qu'elle l'eût écouté et entendu. Cependant. aucune de ses paroles ne lui avait échappé. Son anéantissement momentané était l'effet d'une atroce et immense douleur.
Le vieux domestique s'approcha tout près d'elle avec inquiétude.
— Vous ne dites rien, Louise, fit-il; comme moi, vous êtes toute consternée. Il lui prit la main. 11 sentit qu'elle était froide comme la main d'une morte.
— Oui, n'est-ce pas, reprit-il, c'est épouvantable !
Quelque chose comme un râle sortit de la gorge de Louise.
Joseph eut peur. II lâcha la main et recula.
Tout à coup, Louise se redressa et son regard s'éclaira de lueurs fauves. Elle poussa un cri rauque, horrible, semblable à un rugissement, et bondit hors de la chambre, en criant :
— Malheur! malheur I
Quand elle arriva rue de la Goutte-d'Or, Thibaut, qui se tenait au premier rang des curieux et qui la vit descendre de voiture, s'avança précipitamment à sa rencontre.
— Ah! vous voilà, madame Louise, dit-il; vous savez ce qui s'est passé?
— Oui.
— lîoyer m'avait dit de rester là-haut: mais le commissaire de police est venu, il a fait sortir tout le monde.
— Oti est-il, votre ami?
— Je l'attends.
— Dès qu'il sera arrivé, vous pourrez retourner chez vous ; il n'est plus utile que vous restiez ici.
— Boyer aussi ?
— Oui. Un mot de moi, qu'il trouvera en rentrant, lui dira ce qu'il aura à l'uii'e ce soir.
— Et demain?
— Demaiu, vous retournerez à l'atelier; si M. Corbou el vos camarades ne
le savent pas déjà, vous leur annoncerez qu'on a reconnu l'innocence de votre ami Pierre et qu'il n'est plus en prison.
— Quel bonheur! s'écria le brave ouvrier.
— Dites-moi, Thibaut, a-t-on fait venir un médecin .
— Oui, madame Louise ; mais c'était bien inutile : il est mort.
— Mort! répéta Louise d'une voix cj'euse.
Elle s'élança vers la porte. Les gardiens de la paix l'arrêtèrent en prononçant ces mots :
— On n'entre pas.
— Je connais la victime, dit-elle.
Les agents la laissèrent passer.
l'enquête
Nous savons comment Louise était entrée dans la chambre, et nous avons vu sa douleur faire explosion devant le cadavre de son fils.
— Ah ! disait-elle à travers ses sanglots et ses gémissements, il n'a jamais su combien je l'ai aimé et quels trésors de tendresse il aurait trouvés dans mon cœur s'il l'eût voulu!... Hélas! il ne m'a jamais donné ce nom si doux, qui eût été mon ravissement; il ne m'a jamais appelée sa mère ! Il était méchant, il manquait de cœur, c'est vrai; mais il était jeune, il avait l'avenir devant lui et toute une vie pour avoir horreur de ses fautes et se repentir. Oui, le malheur l'aurait rendu meilleur; il aurait senti le besoin d'avoir près de lui une affection sûre et dévouée, l'amour d'une mère... Un jour ses bras se seraient tendus vers moi, je serais accourue pour le consoler et il m'aurait aimée... Maintenant, plus d'espoir, plus rien, tout est fini, fini ! Ses yeux sont fermés pour toujours, il ne peut plus m'entendre, ses lèvres froides ne sentent plus la chaleur de mes baisers... Il est mort!... Tué... égorgé... par qui? Oh ! que de choses épouvantables sur la terre ! Mais pourquoi donc la foudre du ciel n'a-t-elle pas broyé l'assassin, le monstre, afin de l'empêcher de commettre ce crime sans nom! Quoi? Dieu a permis cela! Qu'est-ce donc que Dieu? Si c'est là sa justice, Dieu épouvante le monde 1
Dans l'exaltation de sa douleur, elle aurait pu parler longtemps encore, si le commissaire de police n'eût pas jugé que le moment de l'interroger était venu.
Kamoneau, le visage livide, apparut entre deux agents. (Page 397.)
— Madame, lui dit-il, je comprends votre douleur, si légitime, et je tiens à la r.-si,ccter. Mais je vous prie de reprendre autant que possible votre calme, afin (le pouvoir répondre aux questions que je suis obligé de vous adresser.
Louise se tourna vers lui en essuyant ses yeux.
— Je vous écoute, monsieur, dit-elle.
— Veuillez vous approcher. Voilà une chaise, asseyez-vous. Louise s'avança et so laissa tombersur le siège en face du magistrat.
=*»fi
LiV. yO F. Boy, éditeur. — Roiirodoclion ioloniile.
— Comment vous appelez-vous? lui demanda-t-il.
— Louise Verdier.
— Vous demeurez ?
— A l'hôtel de Luceroile.
— Vous êtes domestique?
— Oui, monsieur.
— Il y a longtemps que vous êtes au service de la famille de Luceroile ?
— Plus de vingt ans.
— Ce malheureu.x qui vient d'être assassiné est votre fils?
— C'est mon fils.
— Où est-il né ?
— A Paris.
— Etes-vous mariée?
— Malheureusement, répondit-elle en faisant entendre un gémissement.
— Votre fils savait-il que vous étiez sa mère ?
— Depuis quelques jours seulement.
— Senomme-t-il réellement Charles Cholet?
— Ce nom n'est pas le sien.
— Pourquoi se l'est-il donné?
— Je l'ignore.
— Alors il se nomme Verdier ?
— Il n'a jamais porté ce nom, monsieur, qui était celui de mon père.
— Je comprends : vous êtes née Louise Verdier?
— Oui, monsieur.
— D'après ce qui s'est passé ici tout à rheurc, nous savons que v(itr( (il;porLait un nom et im titre qui ne lui appartenaient point. Il y a \h un secret, probablement un crime.
— Oui, un crime, mais ce crime n'est pas le mien, c'est celui d'un autre.
— Je ne veux pas m'immiscer dans cette affaire ; c'est la famille de Luceroile qui a le droit de vous demander compte de votre conduite; je lui laisse le soin d'éclaircir ce mystère si elle le juge nécessaire. La mission que je remplis ici est des plus pénibles, car à peine une difficulté a-l-elie disparu qu'il en surgit de ninivcllcs. 11 existe des fails antérieurs d'une extrême gravité, qu'il serait sans duulc important de connaître; mais la nature même de ces fails me conseille
d'être prudent et de procéder avec une sage réserve. Je ne toucherai pas au voile qui les couvre, par respect pour la famille de LuceroUe.
— Ah ! vous avez compris, monsieur le commissaire, merci.
— Oui, j'ai compris et j'ai deviné bien des choses; c'est pour cela que je ne veux m'occuper ici que de la victime et de son meurtrier. Etablissons d'abord l'identité de la victime. Sous (jin'l nom a-t-elle été inscrite sur les registres de l'état civil?
— Sous le nom de Louis Ricard.
Le commissaire de police fit un mouvement de surprise.
— Louis Ricard, répéta-t-il; Ricard est le nom de votre mari, de son père?
— Oui, monsieur.
— Oh! c'est étrange... Ces jours derniers un assassinat a été commis rue de Lille ; l'assassin se nomme aussi Ricard, Pierre Ricard, si je ne me trompe point. C'est un jeune homme ; il a été arrêté.
— Oui, monsieur le commissaire, on a arrêté un jeune homme qui n'est point Pierre Ricard, l'assassin du concierge de la rue de Lille.
— Comment, vous savez?...
— Je sais qu'on a arrêté un innocent. Aujourd'hui, à midi, j'étais dans le cabinet de M. le juge d'instruction et je lui fournissais la preuve de son innocence. En ce moment, les portes de la prison se sont ouvertes devant ce jeune homme accusé par erreur d'un crime horrible qu'un autre a commis.
— S'il en est ainsi, vous connaissez l'auteur de l'assassinat de la rue de Lille ?
— Oui, je le connais.
— Et il se nomme Pierre Ricard?
— Oui.
— Voyons, achevez de m'éclaircr. Votre fils se nommait Louis Ricard ?
— Je vous l'ai dit.
— Alors ce n'est pas lui qui a commis le crime de la rue de Lille?
— Oh! vous n'avez pas fait cette affreuse supposition? s'écria Louise d'un ton douloureux.
Et elle cacha sa figure dans ses mains.
— J'avoue que cette pensée m'est venue, reprit le commissaire de police avec émotion. Mais, mieux inspiré maintenant, je ne crois pas me tromjii-r en disant que Pierre Ricard, l'assassin du concierge Fabrice, est votre mari.
Ironise répondit par un gémissement.
— Pauvre femme ! murmura le magistrat.
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If^=
Après un moment de silence il reprit :
— Vous venez de me fournir un renseignement qui aura sa place dans l'enquête ; mais c'est du crime qui a été commis ici que je dois m'occuper avant tout. Pouvez- vous m'apprendre pourquoi votre fils avait loué cette chambre?
— Il fallait qu'il se logeât quelque part, lorsque je lui ai ordonné de quitter pour toujours l'hôtel de Lucerolle.
— Connaissait-il le nom de son père?
— Oui; etjenelui avais pas caché que Pierre Ricard, un ancien forçat, était un voleur et un assassin.
— Ceci m'explique pourquoi, ayant honte de reprendre son nom, il s'est donné celui do Charles Cholet. Vous saviez qu'il demeurait ici?
— Je le savais. Du reste, il devait partir aujourd'hui même.
— Où devait-il aller?
— Le plus loin possible de la France.
— Il avait de l'argent?
— Je ne saurais dire la somme au juste : mais ce matin je suis venue ici et je lui ai remis, eu billets de banque, quarante mille francs.
— On a trouve cette somme sur l'assassin, plus de l'or da-ns une bourse. Il est parfaitement démontré, maintenant, que le meurtre a eu pour cause le vol. Il nous reste à découvrir le nom de l'assassin, qui refuse absolument de répondre aux questions qu'on lui adresse, et de dire comment il a pu savoir que vous aviez remis ce matin à votre tils une somme de quarante mille francs. Pouvez-vous me donner quelques renseignements à ce sujet?
Louise tressaillit.
— Non, répondit-elle visiblement troublée, non, je ne sais rien.
— Elle ment, se dit le commissaire de police ; elle sait iiuclcpu» chose. Pourquoi ne parle-t-elle pas ?
Il arrêta sur elle un regard sévère. Elle baissa les yeux.
— Louise Verdier, dit-il d'un ton grave, votre embarras n'est pas naturel; jusqu'à présent vous avez répondu à mes questions comme vous deviez le faire, pourquoi changez-vous d'attitude? Votre devoir est de ne rien cacher, vous devez dire tout ce que vous savez. Devant moi, qui vous parle au nom de la lui et de la justice, devant le cadavre de votre enfant, je vous ordonne de parler et de dire la vérité.
— Mais que voulez-vous donc que je vous dise? s'écria-t-elle d'une voix frémissante.
— Tout ce que vous savez.
— J'ai tout dit à M. le juge d'instruction.
— Je ne doute pas que vous n'ayez fait à M. le juge d'instruction d'importantes révélations; mais elle ne pouvaient concerner le meurtre qui a été commis ici à une heure de l'après-midi. Louise Verdier, contiiuia-t-il en se levant et en lui posant la main sur l'épaule, vous connaissez l'assassin de votre filsl
Elle se dressa d'un seul mouvement, comme poussée par un ressort.
— Eli bien! oui, s'écria-t-elle avec égarement, oui, je le connais I Le commissaire de police ne put retenir un cri de joie.
— Son nom, son nom? demanda-t-il.
— On l'appelle Ramoneau, répondit-elle d'une voix presque éteinte, en retombant sur son siège.
Le magistrat se disposait à lui adresser de nouvelles questions.
Tout à coup on entendit pousser de grands cris dans la rue, et presque aussitôt un bruit de pas lourds retentit dans l'escalier.
Un gardien de la paix entra dans la chambre.
— Monsieur le commissaire de police, dit-il, on amène l'assassin.
En entendant ces mots, Louise bondit de nouveau sur ses jambes; elle avança de quelques pas et s'arrêta au milieu de la chambre, faisant face à la porte.
Une sorte de tremblement nerveux secouait ses membres. Sa physionomie avait pris une expression terrible. Le front haut, les lèvres crispées, le regard rempli d'éclairs et le sein agité, elle attendit.
Le commissaire de police la regardait avec autant do surprise que de curiosité. C'était comme une transformation qui venait de se faire sous ses yeux.
Les agents qui gardaient la porte s'effacèrent et Ramoneau, le visage livide couvert de taches violacées, verdàtres, apparut entre deux autres agents, qui tenaient chacun un de ses bras.
A la vue de sa femme, il fit un mouvement brusque en arrière. Les agents purent supposer qu'il cherchait à s'échapper; ils le poussèrent violemment, et il se trouva à deux pas de Louise, sous la Oamme de son rcard Les agenlj le tenaient toujours.
— Làchez-le, dit le commissaire de police.
Les agents s'écartèrent, ayant toujours l'œil sur l'assassin. Ramoneau ne son geail pas à s'enfuir. Il resta immobile. Il était lerrihô.
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