LE COMBAT SPIRITUEL
La sainteté n’est pas, comme on le croit en gi … néral, dans les choses extérieures et visibles : ell » st dans les principes qui font agir, la fin qu’on ss propose et les moyens qu'on emploie pour arrive: : à cette fin. Dans l'ordre spirituel, nous faisons peu de progrès par nous-mêmes ; et suivant l’ex pression profonde de Ste. Thérèse, il faut se borne à arracher les mauvaises herbes du jardin mystiqu et laisser le divin jardinier planter ce qu’il veu quand il le veut et comme il le veut. Anssi le secre d’une bonne direction consiste, pour un prêtre, # suivre la grâce et non pas à la dévancer. Il fau savoir ce que Dieu exige d’une âme pour s’y coi former, et un directeur doit se borner purement e simpiement à distinguer ce qui vient du bon espr et ce qui vient du mauvais. Il n’a pas d’autr chose à faire ct ce n’est pas toujours facile.
D'un autre côté, en spiritualité, il est dangereu»
de marcher seul. Car l'essence de la vie intérieure c'est l’obéissance. Je vous avouerai, en toute franchise, que, même à la trappe, je n’y entendaisrien; et il a fallu de terribles épreuves pour m'éclairer. Pour moi, faire pénitence, c'était ne pas manger, dormir peu, travailler beaucoup, se donner la discipline, en un mot se priver de tout et surtout. Je n’estimais une chose que par les efforts qu’elle me coûtait, et toute la perfection consistait, pour moi, dans l’austérité. Au reste je ne savais pas qu’il fallût une direction : je suivais la pente de ma nasure, et le diable poussait à la roue tant et si bien que, ma santé ayant fini par s’altérer sérieusement, je rendis impossible pour moi une vie que j'aimais : je l'aime encore.
Me voilà donc revenu dans le monde, mais avec
des scrupules. Oh! j'étais scrupuleux, on n’a pas
idée de ça! Dans ce temps-là, j'allais à confesse bien plus souvent qu'à mon tour; et c’est alors par l'entremise d’un jeune homme à qui j'avais autrefois rendu un grand service, qu’au moment voulu,
J'ai fait tout drôlement la rencontre d’un saint
prêtre qui, depuis quelque temps, songeait à entreprendre une œuvre utile : il voulait organiser
une maison pour les étudiants et pour tous ceux * qui, appartenant aux classes supérieures de la so-
ciété, se trouvent, pour une raison ou pour une autre, isoles dans la vie; mais il manquait d’argent ct j'en avais.
LA CARTERIE.
La connaissance faite, il vit bien qu’il pouvait compter sur moi, et il acheta pour cent mille francs
une de ces demeures seigneuriales où le grandiose et le confortable sont reunis. On n’en fait plus comme ça. Cette espèce palais était situé dans un quartier nouvellement ouvert, et l'opération promettait d'être bonne pour le cas où l'œuvre ne réussir< it pas. Car ilavaii tout prévu. C’est là que j'ai commencé mon système ; mais çe n'était pas la trappe. Oh! non! c'était plutôt la tour de Babel. On y i‘rouvait de tout, des prêtres, des rentiers, des étudiants, des enfants et jusqu’à des religieuse: J'y ai diné, un jour, avec Mgr. de Charbonnel, ancien évèque de Toronto. L'œuvre n’a pas réussi, un peu manque d'organisation, mais aussi, et surtout, pour une raison que St. Cyprien, un des pères de lPEglise latine, indique dans son livre intitulé: de l'envie et de la jalousie. Suivant lui, c'est elle, c'est cette maladie intérieure qui mine tous les éléments de bien en paralysant l’influence de tous ceux qui pourraient agir.
Quand J'ai vu que l’œuvre était condamnée «a mourir, que las des critiques, le prêtre qui l’avait entreprise et qui occupait un rang élevé dans la hiérarchie ecclésiastique, ne cherchait plus qu’à tirer son épingle du jeu, je mo suis dit en moi même: je n'ai plus rien à faire là, allons-nous-en, et, en présence des éventualités menaçantes qui se préparaient, (car en France rien n’est stable). ayant eu d'ailleurs, en 1870, l'expérience des fatigues et des souffrances sans nombre que l’on éprouve en temps de guerre, je pris dès lors le parti de m'expatrier. I? opération m'avait coûté dix mille francs.
En somme c'est l'intérêt et l'intérêt seul qui di- ! rige les hommes; et le clergé lui-même n’est, pas 4
exempt de ce mal; ct s’il y a quelque chose en moi qui puisse expliquer le miracle que Dieu a fait en ma faveur, Gest peut-être parceque Jai toujours : dédaigneé l'argent.