XXXVIII PREFACE
qu'une sournoise qui vous parait plus sage. Ce n'est pas même parler juste de dire qu'une « rouge » est légère, car cette joie, cette vivacité, ce pétillement des enfants, qui fait qu'ils ne peuvent demeurer en place, est un effet de la jeunesse : on est ravi de se sentir jeune, d'avoir de la santé; on n'a rien dans l'esprit; si quelque chose fâche, cela ne dure guère. On ne saurait bien juger qu'une personne est légère qu'elle n'ait dix-huit ou vingt ans ; la légèreté est proprement dans les sentiments et dans la conduite : c'est de ne pouvoir se fixer, de vouloir tantôt une chose, tantôt une autre, de ne rien suivre. Les personnes légères sont encore sujettes à des engouements; elles veulent les choses avec passion et s'en dégoûtent de même fort vite; il vaut mieux être modérée, aller plus doucement et marcher toujours. Il ne faut pas, encore une fois, s'étonner ni s'inquiéter de la vivacité des jeunes personnes, et si vous voulez, de leur légèreté; elle passe si vite, on devient si fort sérieuse; l'âge, les affaires, les chagrins modèrent bientôt cette joie de la jeunesse; chacun l'a éprouvé en soi-même.
Ne vous effrayez point, je vous prie, de ce que vos filles aiment a parler : la contrainte où elles