EPILOGUE
proie à une de ces crises crindécision qui suivent souvent nos résolutions les plus énergiques, il restait comme effondré devant son prie-Dieu. Sans doute, l'expérience devait réussir; mais on n'est jamais sûr, en ce monde, que les choses feront ce qu'elles doivent faire, et qu'on a écarté pour tout de bon l'unique petite chance mauvaise qui ruine nos plus solides combinaisons.
« Il ne fit qu'un bond vers la cellule. Goscelin, toujours étendu par terre, commençait à rouvrir les yeux. Le moine le releva, l'assit sur ses genoux, déchira la tunique de laine, et, pressant vigoureusement sa tète chenue contre la jeune poitrine, il écouta battre le cœur avec une attention passionnée. Minute mortelle et bientôt délicieuse, la dose avait été merveilleusement exacte, l'enfant vivrait. Mais Albertus, toujours maître de lui, n'eut garde de laisser transpirer sa joie. « S'il en « réchappe, dit-il sévèrement au Père abbé, vous « pouvez aller nu-pieds au tombeau du vénérable « Herluin. Ce petit a été bouleversé et mis à deux (( doigts delà mort par une émotion trop forte. Il <( lui faudra des semaines de soins assidus et de (( tendresse. Qu'on le veille jour et nuit, et qu'on « obéisse à tous ses désirs. »
« Les livres du Père abbé restaient par terre. On ne les releva que le lendemain pour les empiler en un coin de la cellule, où ils dormirent pendant
plus d'un mois. Le pauvre homme ne quittait plus la chambrette de Goscelin. Dans les premiers jours, il faisait peine à regarder. Immobile au pied du lit, il épiait les moindres gestes du malade. Maladroit comme les hommes qui ont passé leur vie dans les livres, il ramenait gauchement les couvertures tombantes et s'empressait de rendre les autres menus services qu'Albertus lui indiquait. Cependant sa timidité diminuait peu à peu et son ignorance des choses réelles. Il commençait à comprendre le prix de ces attentions que jusqu'alors il avait jugées inutiles. C'est ainsi que de lui-même, timidement, il apporta un jour à Goscelin un bouquet de fleurs. Et ceci n'était rien auprès de la transformation qui s'accomplissait sous le regard attentif et amusé d'Albertus. Ce vieux moine, qui ne s'était jamais penché sur une âme d'enfant, s'émerveillait chaque jour davantage de trouver tant de grâce dans la conversation de Goscelin. G ratios ior in clic s adolescens (fpparebat^ dit le chroniqueur.
(( De part et d'autre, défiance et froideur s'étaient fondues. L'enfant avait une jolie façon de dire les choses les plus ordinaires, et il écoutait gentiment les histoires que le Père abbé, de nioius en moins embarrassé, retrouvait pour lui dans les recoins de sa mémoire. Et puis, il parlait si afî*ectueusement de sa mère Ameline, de sa petite