‹ L'enfantChapitre 21 sur 31 · L'ATTACHEMENT · texte numérisé non relu

L'ATTACHEMENT

Certains enfants obéissants, dont les énergies psychiques ne sont pas assez puissantes pour fuire, s'attachent à l'adulte, qui substitue son activité à la leur ; ils vivent ainsi dans son entière dépendance. Le manque d'activité est cause qu'ils se plaignent toujours de quelque chose ; ils ont l'air de petits souffreteux, et sont considérés comme des êtres délicats dans leurs sentiments, et sensibles dans leurs affections. Ils s'ennuient sans le savoir, et ont recours aux adultes parce qu'ils ne sont pas capables d'échapper à l'ennui qui les opprime. Ils s'attachent toujours à quelqu'un, comme si leur vitaUté dépendait des autres. Ils demandent à l'adulte de les aider, de jouer avec eux, de leur raconter des histoires, de leur chanter des chansons, de ne jamais les laisser seuls. L'adulte devient l'esclave de ces enfants-là. Ils semblent se comprendre et s'aimer, mais une obscure dépendance les enchaîne tous deux. De continuels « pourquoi » se suivent, comme poussés par une angoisse de connaître; mais, en observant bien, on s'aperçoit que les questions se succèdent avant même d'avoir reçu leur réponse. Ce qui paraît être une curiosité de savoir est, en réalité, chez ces enfants, un moyen de tenir en haleine la personne dont ils ont besoin pour les soutenir. Celle-ci trouve d'ailleurs facile de substituer sa propre volonté à celle de l'enfant qui cède docilement ; et ainsi, l'enfant sombre dans ces dangers successifs que sont l'inertie, l'oisiveté, la paresse.

Un tel état de choses, que l'adulte accueille favorable-

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ment parce qu'il ne contrarie pas sa propre activité, est, en réalité, l'extrême limite que peut atteindre cette déviation.

Qu'est-ce que la paresse ? C'est une dépression survenue dans l'organisme spirituel. C'est, si l'on veut, la déchéance des forces physiques chez un être gravement malade ; au point de vue psychique, c'est la dépression des énergies vitales et créatrices. L'adulte a fait rétrograder l'enfant, lui a imposé ses aides inutiles, s'est substitué à lui ; il l'a suggestionné et a éteint son âme sans s'en apercevoir.

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