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LA POSSESSION

et, pour cela, la lumière intellectuelle et l'amour deviennent bien inutiles! L'énergie dévie : « Je veux », dit l'enfant en voyant une montre en or sur laquelle il ne sait pas lire l'heure. « Non, c'est moi qui la veux », dit un autre enfant, prêt à la casser et à la rendre inutilisable, à seule fin de la posséder. Et c'est ainsi que commencent la compétition et la lutte destructrice.

Presque toutes les déviations morales sont les conséquences de ce premier pas qui doit décider entre l'amour et la possession, et qui peut conduire à deux chemins divergents avec toute la force de la vie. L'activité de l'enfant se projette à l'extérieur comme les tentacules d'une pieuvre, pour étreindre et détruire les objets saisis par un autre. Le sentiment de la propriété l'attache aux choses et les lui fait défendre comme il défendrait sa propre personne.

Les enfants plus forts se battent avec d'autres pour garder ce qui leur appartient. Ils se querellent continuellement entre eux, parce qu'ils veulent posséder le même objet et parce que chacun désire celui de l'autre ; et voilà l'origine de réactions bien différentes de l'amour, et dont l'explosion engendre la lutte et la guerre pour un rien. Ce n'est pas, en réaUté, pour un rien ; c'est pour un fait très grave : il y a déplacement, obscurcissement de ce qui devait être ; il y a une énergie déviée. C'est donc un mal intérieur et non l'objet convoité qui fait agir.

On a tenté une espèce d'éducation morale en exhortant l'enfant à ne pas s'attacher ainsi aux choses extérieures ; et cet enseignement se base sur le respect de la propriété d'autrui. Mais quand l'enfant en est arrivé là, c'est qu'il a déjà passé le pont qui sépare l'homme de la grandeur de sa vie intérieure ; et c'est pour cela qu'il concentre son désir sur les choses extérieures. Le germe s'est si bien

insinué dans son âme qu'on le considère comme un caractère propre à la nature humaine.

Les enfants au caractère soumis ont une manière différente de « posséder », qui n'est pas belliqueuse. Ils accumulent et cachent des objets, ce qui les fait passer pour des collectionneurs. La véritable collection est pourtant bien différente, qui classe les objets au moyen de connaissances. Il s'agit ici, au contraire, d'enfants qui accumulent les objets les plus divers, et qui n'ont que faire des uns ni des autres. La pathologie décrit une manie de collectionner, vide et illogique, déterminée par une anomalie psychique. On ne la trouve pas seulement chez des hommes dont l'esprit est malade, mais aussi chez des enfants délinquants qui ont souvent les poches pleines d'objets inutiles et disparates. La manie qu'ont des enfants faibles de caractère de collectionner est un peu du même genre, mais on la trouve tout à fait normale. Si quelqu'un leur prend les objets ainsi accumulés, ces enfants se défendent comme ils peuvent. Le psychanaliste Adler compare ces manifestations à l'avarice qu'on trouve chez l'adulte, et que l'on peut déceler en général chez l'enfant. Ce phénomène par lequel l'homme s'attache à des choses qu'il ne veut pas céder, même si elles lui sont inutiles, est un poison étranger à l'équiUbre fondamental.

Les parents se complaisent à voir leurs enfants défendre leur bien. Ils y reconnaissent la nature humaine, le lien qui les rattache à la vie sociale ; et les enfants conservateurs et accumulateurs sont des images de l'humanité intelligibles à la Société.

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