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LE MOUVEMENT

Il est nécessaire d'éclairer l'importance du mouvement dans la construction psychique de l'être.

On a commis une grave erreur en considérant le mouvement comme une des diverses fonctions du corps, sans distinguer son essence différente de la vie végétative, de la digestion, de la respiration, etc. On a même été jusqu'à penser que le mouvement était une aide au bon fonctionnement du corps : à la respiration, à la digestion, à la circulation. D'ailleurs, le mouvement, qui est la fonction caractéristique du monde animal, a aussi une influence sur les fonctions intérieures, c'est-à-dire celles de la vie végétative. Mais ce serait une erreur de croire que le mouvement doit se considérer d'un simple point de vue physique. Le sport, par exemple, n'a pas apporté seulement une meilleure santé, mais aussi le courage, la confiance en soi, une moralité plus élevée ; il a donné lieu à d'immenses enthousiasmes de foules, des enthousiasmes d'ordre psychique.

Les manifestations psychiques du tout petit enfant prouvent bien que sa croissance est active. Celle-ci est déterminée pas à pas par l'effort, par l'exercice individuel et par l'âge. Il est essentiel que l'enfant recueille les images et les maintienne avec clarté et ordre, pour que le Moi puisse construire son inteUigence, éclairé par ses énergies intérieures. C'est à travers ce travail occulte que la raison se construit ; et c'est précisément ce qui distingue l'homme, être raisonnable ; l'individu qui jouit de la raison et du

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jugement jouit également de la volonté, et, quand on veut, on se meut.

L'adulte attend, d'habitude, que la raison se développe chez l'enfant avec le temps qui passe, c'est-à-dire avec l'âge qui avance. Et comme il n'a pas conscience des fatigues de l'enfant qui réalise sa croissance au moyen de son propre effort, il ne lui apporte aucune aide. Il attend l'apparition de cet être raisonnable pour le combattre, pour affronter sa raison. Il oppose des obstacles à sa volonté, quand celle-ci s'exprime par le mouvement.

Pour être compris dans son essence, il faut considérer le mouvement à travers l'incarnation fonctionnelle de l'énergie créatrice ; c'est lui qui élève l'homme à la hauteur de son espèce, en animant l'instrument au moyen duquel agit l'ambiance extérieure, lui permettant de poursuivre son propre cycle, d'accomplir sa propre mission.

Le mouvement n'est pas seulement l'expression du Moi, il est le facteur indispensable à la construction de la conscience, parce qu'il est le seul moyen tangible qui étabUsse des rapports clairs entre le Moi et la réaUté extérieure. Par conséquent, le mouvement est le facteur essentiel dans la construction de l'intelligence qui se nourrit et vit des connaissances prises dans l'ambiance extérieure. Les idées abstraites elles-mêmes naissent du contact avec la réaUté, et la réaUté se saisit par le mouvement. Les idées les plus abstraites, comme celles de l'espace et du temps, sont conçues par l'esprit au moyen du mouvement. Celuici est donc le trait d'union entre l'esprit et le monde ; c'est l'instrument spirituel qui réaUse doublement l'action : dans la conception intérieure exacte et dans l'exécution extérieure.

C'est chez l'homme que l'organe du mouvement est le plus comphqué. Les muscles sont si nombreux qu'il

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ne lui est pas possible de les utiliser tous. L'homme porte toujours en lui une réserve d'organes inemployés. L'individu dont la profession est d'exécuter de fins travaux manuels utilise des muscles que n'emploie pas un danseur, et vice-versa. On peut donc dire que l'individualité se développe en n'utilisant qu'une partie d'elle-même.

Il faut pourtant qu'il y ait une animation suffisante des muscles pour constituer l'état normal. Il y a un quantitatif commun à tous les hommes, base sur laquelle s'édifient les infinies possibilités individuelles. Ce quantitatif normal n'est plus jamais actionné complètement ; la personnalité s'en trouve diminuée. On laisse inertes des muscles qui devraient normalement fonctionner, et cela suscite, non seulement une dépression physique, mais aussi une dépression morale. La rééducation des mouvements est donc toujours une source d'énergies spirituelles.

Mais ce qui fait mieux comprendre l'importance du mouvement, c'est de se pénétrer de cette relation directe entre la fonction motrice et la volonté. Toutes les fonctions de l'organisme sont en rapport avec le système nerveux, mais sont indépendantes de la volonté. Chaque organe a ses fonctions particulières ; et les cellules et les tissus ont acquis une structure adaptée aux fonctions qu'ils doivent remplir. On pourrait les comparer à des ouvriers spéciahsés avec une telle perfection qu'ils ne peuvent plus sortir de leur routine. La différence profonde entre ces organes et les fibres musculaires, c'est que cellesci n'ont pas une fonction continue par elles-mêmes, bien que leurs cellules se soient aussi modifiées pour s'adapter à un travail spécial ; mais elles restent dans l'attente d'im ordre pour agir et, sans ordre, elles n'agissent pas. On pourrait les comparer à des soldats tenus en haleine et préparés, par la discipline et la promptitude, à l'obéissance.

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