‹ L'Enfer (volume 2)Chapitre 22 sur 40 · CHANT SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHANT SEPTIEME

(dlolà, pape Satan! holà!» Hauquo et sauvage, Ainsi cria la voix de Plulus; mais le sage. Mon guide, cette source immense de savoir,

Me rassura , disant : (t Que la peur ne t'égare !

Descendons le rocher, car ce démon avare

Ne peut nous arrêter, si grand soit son pouvoir.»

l'uis tourné vers le monstre à la gueule enflammée : « Loup maudit, •> lui dit-il, « tiens ta rage enfermée, Qu'elle te rentre au corps et t'étouffc ! Tais-toi !

Car si nous descendons au gouffre expiatoire; On l'a voulu là-haut, où l'Ange de victoire (!) Écrasa les esprits parjures à leur foi. »

/|06 TAMO Vil.

Quali dal vente le gonfiate vêle Caggiono avvolte, poichè T alher fiacca; Tal cadde a terra la fiera crudelc.

Cosi scendemmo nella quarta lacca , Prendendo più délia dolente ripa, Che '1 mal dell' universo tutto 'nsacca.

Ahi giustizia di Dio! tante chi stipa Nuove travaglie e pêne, quante io viddl? E perché nostra colpa si ne scipa?

Corne fa 1' onda là sovra Cariddi,

Che si frange con quella in cui s' intoppa;

Cosi convien che qui la gente riddi.

Qui vid' io gente, più ch' altrove, troppa, E d' una parte e d' altra con grand' urli Yoltando pesi per forza di poppa.

Percotevansi incontro , e poscia pur li Si rivolgea ciascun, voltando a rétro, Gridando : Perché tieni? e perché burli?

Cosi lornavan per Io cerchio tetro Da ogni mano air opposito punto, Gridandosi anche loro ontoso métro :

Comme on voit par le vent une voile gonflée Sur son mât fracassé tomber tout enroulée , Tel je vis à ces mots choir le monstre infernal.

Au (juatrième cercle ainsi nous descendîmes, l'jifoncés plus avant dans les plaintifs abîmes Qui de notre univers engoulfrent tout le mal.

Ali! Juslice de Dieu! Quelles mains vengeresses Ont amassé ces maux et toutes ces tristesses? Que nos fautes ainsi puissent nous déchirer !

Tels, au gouffre où Charybde ameute ses colères, Les flots contre les flots heurtés en sens contraires, Tels je vis les damnés ici se rencontrer.

La foule plus qu'ailleurs me paraissait nombreuse. De deux côtés venait cette gent malheureuse. Gémissant et poussant devant soi des blocs lourds.

Ils se heurtaient ensemble au bout de la carrière, Et puis se retournaient brusquement en arrière. Criant: «—Pourquoi jeter?» — «Pourquoi garder toujours?

Et sans cesse ils allaient et revenaient sans cesse D'un point à l'autre point de ce lieu de détresse, Toujours se renvoyant l'injurieux refrain.

Poi si volgea ciascun, quand' era giunto, Per lo suo mczzo cercliio, ail' allra giostra. E(l io, cil' avea lo cor quasi coinpunto,

Dissi : Maestro mio, or mi dimostra Che gente è questa; e se tutti fur cherci guesti chercuti alla sinistra nostra.

Ed egli a me; tutti quanti fur guerci Si délia mente in la vita primaia, Che con misura nullo spendio ferci.

Assai la voce lor chiaro V abbaia , Quando vengono ai duo punti del cercliio, Ove colpa contraria gli dispaia.

Questi fur cherci, che non han coperchio Piloso al capo, e Papi, e Cardinali, In cui usô avarizia il suo soperchio.

Ed io : Maestro, tra questi cotali Dovrei io ben riconoscere alcuni, Che furo immundi di cotesti niali.

Ed egli a me : vano pensiero aduni :

La sconoscente vita, che i fe' sozzi, Ad ogni conoscenza or gli fa bruni.

r.iiAM VII. 109

Ali iiiilitMi (le leur cercle ils arrivaient à i)eine, Oii'ils couraient se choquer à la joute prochaine; l'^l moi (lui nie sentais le cœur triste et chaj;rin :

— « Maître , fis-je, quelle est cette race profane?

Onl-iis tous été clercs et porté la soutane

Ceux que je vois à gauche et (jui sont tonsurés?»

\iri;iie répondit : « lis rureiil sur hï terre,

iMyopes {l'inteHij^ence et de loi caractère,

Dans l'emploi de leurs biens toujours immodérés.

Leur voix bien assez haut nous le crie, il me semble, Quand aux deux points du cercle arrivés tousensendjje, Leurs péchés opposés les tournent séparés.

Ces tètes que tu vois de cheveux dépouillées, Ce sont clercs, cardinaux, papes, âmes souillées Qu'asservit l'avarice à ses désirs outrés. »

.le repartis: «Parmi tous ces damnés, mon maître, Il en est (luelques-uns (lue je devrais connaître Et que j'ai vus plongés dans ce vice odieux. »

— «Tu l'espères en vain,» me dit-il; (d'infamie Qui les avait couverts pendant leur triste vie, Uépand sur eux son ombre et les voile à nos yeux. T. i. 7

flO CANTO VII.

Jii otorno vorranno agli duo cozzi :

Questi risurgcranno del sepulcro

Col pugno chiuso, e questi coi crin niozzi.

Mal dare, e mal tener lo mondo pulcro Ha tolto loro , c posti a questa zuffa : Quai ella sia, parole non si appulcro :

Or puoi, figliuoî, veder la corla buffa De' ben , che son commessi alla Fortuna , Perché 1' umana gente si rabbuffa;

Chè tutto r oro ch' è sotto la Luna , 0 che già fu, di quest' anime stanche Non poterebbe farne posar una.

Maestro, dissi lui, or mi di' anche :

Questa Fortuna di che tu mi tocche ,

Che è, che i ben del mondo ha si tra branche?

E quegli a me : o créature sciocche, Quanta ignoranza è quella che v' offende ! Or vo' che tutti mia sentenza imbocche.

Colui, lo cui saver tutto trascende, Fece li Cieli, e diè lor chi conduce, Si ch' ogni parte ad ogni parte splende ,

riFANT VII. III

Kntro-lieurtés ainsi dans la unit ùlonielle, Ils se réveilleroDt dans leur tombe niorlelle, Ceux-ci les cheveux ras, ceux-là le \mi]^ fermé.

Amasser, prodiguer, c'est l'un ou l'autre vice Qui les priva du Ciel pour courir cette lice. Ce qu'elle a de poignant ne peut être exprimé.

Or, mon fils, tu peux voir le vide et la poussière Des biens (jui sont commis à la roi'lnntî allière Kt (jiie riiomme mortel poursuit mal à propos.

On pourrait rassembler l'or dont la terre est pleine; Kn vain ! à ces esprits harassés, hors d'haleine, Il ne donnerait pas un instant de repos. »

— «Maître,» lui dis-je, «un mot encore : Quelle est-elle Cette Fortune avare et ([ui tient sous son aile

Les richesses, les biens du monde tout entier?»

— «Oh,» s'écria Virgile, «aveugles créatures. L'ignorance vous perd en des routes obscures ! Entends donc ma parole et reste au vrai sentier.

Celui cpii contient tout et (jne rien ne surpasse. Donna Iciir guide aux cieiix (pi'il laïK'ail dans l'espace, Et les Ht tour a tour i'im pour l'aiilre briiliM'.

/1/|2 cA^To VII.

Distribucndo ugualinentc la luce :

Similemente agli splendor inondani OrdinO gênerai iniiiistra e duce,

Clie permutasse a tempo li ben vani

Di gente in gente, e d' uno in altro sangue,

Oltre la difension de' scnni umani :

Perché una gente impera, e 1' allra langue,

Seguendo lo giudicio di costei ,

Che è occulto, corne in erba 1' angue.

Vostro saver non ha contrasto a lei :

Ella proYvede, giudica, e persegue Suo regno, corne il loro gli altri Dei.

Le sue permutazion non hanno triegue ;

Nécessita la fa esser veloce.

Si spesso vien chi vicenda consegue.

Quest' è colei, ch' è tanto posta in croce Pur da color, che le dovrian dar Iode, Dandole biasmo a torto, e mala voce.

Ma ella s' è beata, e ciô non ode :

Con 1' altre prime créature lieta Volve sua spera, e beaia si gode.

CirANT VII. 113

En leur distribuant une égale lumière :

Ainsi sur les splendeurs et les biens de la terre,

lue main conductrice eut charge de veiller.

Quand le temps est venu, c'est elle qui les mène,

^Falgré tous les efforts de la prudence humaine,

D'un peuple à l'autre peuple et d'un sang dans un sang.

Une race languit, l'autre règne superbe

Suivant qu'elle a voulu; comme un serpent sous l'herbe

Elle se cache, esprit invisible et puissant.

Votre savoir n'a point de défense contre elle : Elle pourvoit, décide, elle est reine immortelle Et de son règne au Ciel elle poursuit le cours.

Ses révolutions n'ont ni trêve ni cesse, C'est la nécessité divine qui la presse, I.a force de courir et de changer toujours.

Telle est cette Fortune insultée et honnie Même alors que sa main devrait être bénie. Et que maudit l'ingrat comblé par sa faveur.

Mais elle est bienheureuse et sourde à ces injures,

Et sereine au milieu des pures créatures

Elle roule sa sphère en paix dans son bonheur.

Or (liscendiamo ornai a maggior picta :

Già ogni Stella cade, che saliva

Quando mi mossi, e'I troppo star si vieta.

Noi ricidemmo '[ cerchio alT altra riva Sovr' una fonte, che bolle, e riversa Per un fossato che da lei diriva.

L' acqua era buia molto più che persa, E noi in compagnia dell' onde bige Entrammo giù per una via diversa.

Una palude fa, ch' ha nome Stige, Questo tristo ruscel, quand' è disceso Al piè délie maligne piagge grige.

Ed io, che di mirar mi stava inteso, Vidi genti fangose in quel pantano, Ignude tutte, e con semblante offeso.

Queste si percotean non pur con mano, l\la con la testa, e col petto, e co' piedi, Troncandosi co' denti a brano a brano.

Lo buon Maestro disse : figlio or vedi V anime di color, cui vinse 1' ira ; Ed anche vo', che tu per certo credi,

CIIAM Ml. I 15

Mainicnaiit descendons à plus i;rande infortune, INous ne pouvons larder : déjà l'une après l'une Chaque lumière au ciel connnence ù s'obscurcir. »

Nous coupâmes alors le cercle à l'autre rive, Où les flots bouillonnants d'une source d'eau vive Dans lin ruisseau tombaient et le faisaient grossir.

Sombre et noire semblait la couleur de ces ondes; Kl nous, suivant le cours de leurs vagues innnondes, Dans un autre chemin descendions tous les deux.

Parvenu jusqu'au pied d'une plage livide,

l.e luisseau (lui s'endort forme un marais fétide :

Styx est le nom qu'on donne à cet étang hideux.

Je m'arrêtai saisi par un spectacle étrange : Je vis des malheureux plongés dans cette fange Qui combattaient tout nus et les yeux tout ardents;

Des pieds, des poings, des fronts se frappant avec rage l'^t lambeaux par lambeaux dans leur lutte sauvage Kntre eux se déchirant le corps avec les dents.

Mon bon maître me dit : («Mon fds, tu vois les âmes De ceux (|ue la colère a brûlés de ses flammes, (le n'est pas tout : je tiens ii te faire savoir

'116 CANTO VJI.

Chc sotto r acqua ha genlc che sospira, E fanno puJIular quest' acqua al summo, Conie r occhio U dice, u' che s' aggira.

Fitti nel limo dlcon : tristi fummo TNeir aère dolce che dal Sol s' allegra, Portando dentro accidioso fummo,

Or ci attristiam nella belletta negra.

Questo inno si gorgoglian nella strozza, Chè dir nol posson con parola intégra.

Cosi girammo délia lorda pozza

Grand' arco tra la ripa secca, e '1 mezzo,

Con gli occhi volti a chi del fango ingozza

Venimmo appiè d' una torre al dassezzo.

CHANT Ml. 117

Que sous cette onde eiicor son|)ire iiiio autre rare; Elle fait bouillonner les flots à la surface, Partout autour de nous coniiiu' tu peux le voir.

Fichés dans le limon , entends ces pécheurs dire : « Air doux et gai soleil, rien ne nous fit sourire : Nous portions dedans nous une lourde vapeur.

Maintenant nous pleurons au fond de ces eaux sombres. » En sons entrecoupés ces paresseuses ombres Coassent lentement leur liyiuiie de douleur.

Ainsi, suivant le bord des ondes limoneuses, Les regards attachés sur ces Ames fangeuses, Du fétide marais nous achevions le toui' :

Et parvînmes enfin jusqu'au pied d'une tour.

KOTE DL' CHANT Ml.

(1) L'archange Michel. Et factuni est priftlium in cœlo, Michacl et Angcli ejus pneliabantur cuui Dracune {Apocal.j.

AIUUMENT DU CUANÏ VIII.

Une l)arque paraît siir lo lac, répondant à des signaux partis de la tour, (l'est la barque du démon IMdéi^ias. Viri^iU; et Dante Y montent et traversiMit le Styx. Peudanl le trajet ils rencontrent l'omltre île IMiilippe Ari;eiiti, Florentin fameux par ses emportements. 11 est assailli par les autres ond)i'Cs luriinises, et disparaît liienlùt dans la bombe. Les deux poiUes débaicpu'nt devant la cité de Dite. Des démons inenarants en tlélendent le stMul ; mais Viri;ile rassure Daidc en lui annonran un divin auxiliaire (^ui triomphera de leur résistance.

CANTO OGTAVO.

lo dico seguitando , eh' assai prima , Che noi fussimo al piè deir alla torre , Gli occhi nostri n' andar suso alla ciiiia

Per due fiammette, che vedemmo porre, Ed un' altra da lungi render cenno, ïanto , ch' appena '1 potea 1' occhio torre.

Ed io rivolto al mar di tutto '1 senno ,

Dissi : questo che dice? e che risponde

Queir altro fuoco? e chi son que' , che '1 fenno?

Ed egli a me : su per le sucide onde Già puoi scorgere quelle che s'aspetta, Se 'I fummo del pantan nol ti nasconde.

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