‹ L'Enfer (volume 2)Chapitre 32 sur 40 · CHANT ONZIEME · texte numérisé non relu

CHANT ONZIEME

Tout à rextréniilé d'une rive escarpée Que formait une roche en cercle découpée, ÎNous vînmes au-dessous d'un abîme nouveau.

Et, pour nous garantir du souffle délétère

Qui montait jusqu'à nous de ce profond cratère,

^ous cherchâmes abri derrière un grand tombeau.

Sur son couvercle ouvert on lisait cette phrase: «Je porte dans mes flancs le pontife Anastase (I), Que le diacre Photin entraîna dans l'erreur. »

— «Descendons lentement cette pente inégale, Pour nous accoutumer aux vapeurs qu'elle exhale, l']t nous pourrons après avancei' sans horreur.»

Cosi '1 Maestro; ed io : alcun compenso, Dissi lui, trova, chè 'I tempo non passi Perduto; ed cgli : vedi ch' a ciô penso.

Figliuol mio, dentro da cotesti sassi, Cominciù poi a dir, son tre cercliietti Di grado in grado, corne quel che lassi.

Tutti son pien di spirti maladetti :

Ma perche poi ti basti pur la vista, Intendi corne, e perché son costretti.

D' ogni malizia, ch' odio in Cielo acquista,

Ingiuria è il fine, ed ogni fin cotale

0 con forza, o con frode altrui contrista.

Ma perché frode è dell' uom proprio maie, Più spiace a Dio ; e perô stan di sutto Gli frodolenti, e più dolor gli assale.

De' violenti il primo cerchio è tutto : Ma perche si fa forza a tre persone, In tre gironi è distinto e costrutto.

A Dio, a se, al prossimo si puone

Far forza : dico in loro, e in le lor cose,

Corne udirai con aperta ragione.

CHANT XI. ni

Ainsi parla le maître, et moi : l' Par ta parole,

Fais que le temps au moins sans prolit ne s'envole. »

— « Oui , » reprit-il , « tu vois que j'y pense , mon fils ! »

Puis, après une pause : «En ces rocheux abîmes Sont trois cercles, pareils aux autres que nous vîmes, Ëtagés l'un sur l'autre et toujours plus petits.

Tous sont chargés d'esprits que le Ciel dut maudire. Poui' ([u'uii simple coup d'œil puisse après te sutlire. Apprends quel est le crime, et quel le châtiment!

Des péchés que poursuit la colère céleste L'injustice est le terme, et, ce terme funeste, On l'atteint par la fourbe ou bien violemment.

La fourbe, vice propre à l'humaine nature.

Fait plus horreur à Dieu : les hommes d'iniposture

Gisent donc tout en bas et sont plus torturés.

Ce premier cercle entier est pour les violences; Mais comme dans ce crime il est des différences. Ainsi que le péché, le cercle a trois degrés.

On agit en effet contre l'fttre suprême

Ou contre le prochain ou bien contre soi-même,

Frappant personne et biens, comme tu vas le voir.

Morte per forza, e ferute dogliose

Nel prossimo si danno ; e ricl suo avère

Ruine, incendii, e collette dannose:

Onde omicidi, e ciascun che mal fiere, Giiastatori, e predon tutti tormenta Lo giron primo per diverse schiere.

Puoto uomo avère in se man violenta, E ne' suoi béni; e perô nel secondo Giron convien che senza pro si penta

Qualunque priva se del vostro mondo, Biscazza, e fonde la sua facultade; E piange là dove esser dee giocondo.

Puossi far forza nella Deiîade,

Col cuor negando e bestemmiando quella

E spregiando Natura, e sua boutade:

E pero lo minor giron suggella

Del segno suo e Soddoma, e Caorsa,

E chi, spregiando Dio, col cuor favella.

La frode, ond' ogni coscienza è morsa, Puô r uomo usare in colui, che si fida, E in quello che fidanza non imborsa.

On donne à son prochain d'une main violente Le coup de mort, souvent la blessure plus lente. Feu, rapt, exactions, attaquent son avoir.

Or, ceux qui se sont teints de sang, les homicides, Les hommes de ravage et les brigands avides, Souffrent séparément dans le premier degré.

L'homme peut, sur soi-même usant de violence, Sur son corps ou ses biens exercer sa démence: C'est au second degré que gît désespéré

Quiconque s'est privé d'une vie importune,

Ou bien aux quatre vents a jeté sa fortune

Et pleuré dans le monde au lieu d'y vivre heureux.

L'homme fait violence à Dieu quand en soi-même Il l'ose renier ou tout haut le blasphème, Qu'il blesse la nature et ses dons généreux.

Donc le plus bas degré renferme en son orbite L'usurier de Cahors avec le sodomite.

VA tous les cœurs par qui Dieu fut injurié.

Pour la fourbe, remords de toute conscienre, Tantôt elle trahit la sainte coniiance, Tantùl elle surprend qui ne s'est pas fié.

Questo modo di rctro par ch' uccida Pur lo vincol d' amor, cho fa Natiira ; Onde nel cerchio secondo s' annida

Ipocrisia, liisinghe, c clii affattura, Falsità, ladroneccio, e siraonia,

Ruffian, baralti, e simile lordura.

Fer r altro modo quell' amor s' obblia, Che fa Natura, e quel, ch' e poi aggiunto, Di che la fede spezial si cria :

Onde nel cerchio minore, ov' è '1 punto Dell' universo, in su che Dite siede, Qualunque trade in eterno è consunto.

Ed io : Maestro, assai chiaro procède La tua ragione, et assai ben distingue Questo baratro, e '1 popol, che '1 possiede.

Ma dimmi : quel délia palude pingue, Che mena '1 vento, e che batte la pioggia, E che s' incontran con si aspre lingue.

Perche non dentro délia Città roggia

Son ei puni'i, se Dio gli ha in ira?

E se non gli ha, perche sono a tal foggia?

l'.'llc ne l)ris(' iiloi's, moins coiipiihlc imposture,

Que ce lien (r;iiiioiii' l'orgi' p;ii' l:i nature.

Or donc lo second cei'cle cnlcrme en son ijiron

I/hypocrisie iniïime avec la flattcrio, Simonie et larcin, faux et sorceilei-ie, l'.'scrocs, entremetteurs, et semi)lai)le limon.

Mais la pi'emiùre fourbe atlaiiue plus impure, Outre ce nœud d'amour qu'a fori^é la nature, Cet autre (jui s'y joint plus doux et plus sacré.

Aussi c'est tout au fond de l'enceinte profonde, Dernier cercle où Dite siège au cenlre du monde, C'est là (pie gît le traiire à jamais torturé!»

— «Tes explications sont précises, ù maître,» Dis-je alors; otu m'as fait on ne peut mieux connaître Les cercles de ce goullre avec ses habitants.

Mais, dis-moi, ceux (jui son! dans le grand lac de boue, (.eux (pi'al) iiie la pluie ou don! le veni se joue, Qui se heurtent avt'c des accents insultants,

rounpioi, s'ils ont de Dieu soulevé la justice, Dans la cité du feu n'ont-ils pas leur supplice? Sinon, ces malheui'eux, pouniuoi sont-ils fiapjtés?»

E(l egli a me : perché tanto dfjlira, Disse, lo 'ngegno tuo (la quel cli' e' suole, Ovver la menle dove altrove mira?

Non ti rimembra di quelle parole, Con le quai la tua Etica pcrtratta Le tre disposizion, clie '1 Ciel non vuole;

Incontinenza,malizia, e la matta

Bestialitade? e corne incontinenza

Men dio offende, e raen biasimo accatta?

Se tu riguardi ben questa sentenza, E rechiti alla mente chi son quelli , Che su di fuor sostengon penitenza,

Tu vedrai ben perche da questi felli Sien dipartiti , e perché men crucciata La divina Giustizia gli martelli.

0 Sol, che sani ogni vista turbata,

Tu mi contenti si, quando tu solvi ,

Cbe , non men che saver, dubbiar m' aggrata.

Ancora un poco 'ndietro ti rivolvi, Diss' io, là dove di', ch' usura offende La divina Bontade , e '\ groppo svolvi.

l']| lui me répondit : (t^'l'aimerlt, c'est chose rare

Que ton esprit délire à ce point et s'éjj'are:

A moins que tes pensers ailleurs soient occupés.

Ne te souvient-il plus déj i de ce passage Du li'aité de VKtliiqnc où disserte le sage Des (rois mauvais peiicliants (juc réprouve le Ciel :

Malice, incontinence et fureur bestiale.

Et que l'incontinence est toujours moins fatale,

Moins maudite de Dieu, quoique péché mortel?

Si tu veux bien peser de près cette sentence Et te rappeler ceux qui font leur pénilence Hors d'ici, dans les lieux que nous avons passés,

'\\\ comprendras pourquoi de la race perlidc

Dieu les a séparés, justice moins rigide

Qui du marteau pourtant frappe ces insensés.»

— «0 soleil qui toujours as brillé sur ma route, Tu m'éclaires si bien, quand lu lèves un doute, Que j'aime presque autant douter que de savoir!

Tue pensée encore est demeurée obscure : C'est à Dieu, disais-tu, que s'attaciue l'usure; Explique cette énigme où je ne saurais voir. »

Filosofia, mi disse, a chi 1' attende, Nota, non pure in una sola parte, Corne Natura lo suo corso prende

Dal divino 'ntelletto, c da sua arte: E se tu ben la tua Fisica note, Tu troverai non dopo moite carte,

Che r arte vostra quella, quanto puote, Segue, corne '1 maestro fa il discente. Si che vostr' arte a Dio quasi è nipote.

Da queste due, se tu ti rechi a mente Lo Genesi dal principio , convene Prender sua vita, ed avanzar la gente.

E perche V usurière altra via liene, Per se Natura, e per la sua seguace.

Dispregia, poichè in altro pon la spene.

Ma seguimi oramai, che '1 gir mi piace, Che i Pesci guizzan su per V orizzonta, E '1 Carro tutto sovra '1 Coro giace,

E '1 balzo via là oltre si dismonta.

— «De la philosophie, à qui bien l'étiKlie, il ressort, » nie dit-il , « et dans mainte partie, oue la mère ^■al^re est émanée un jour

De rinteliect divin et de son art unique;

\ii si tu veux jeter les yeux sur ta Pfifjs.ii/ue (2),

Dès les premiers feuillets tu verras qu'à son tour

La Nature est le sein d'où l'Art mortel dut naître, Qu'il la suit comme fait un élève son maître, Si bien que l'Art humain est petit-lils de Dieu.

A ce double loyer de l'Art, de la Nature, Connue lu l'as pu voir dans la sainte Écriture, L'homme doit se nourrir en aniassant un peu.

Par un autre chemin l'usurier marche et gagne ; Dédaignant la Nature et l'Art (jui raccompagne. Sur d'autres fondements son espoir est placé.

Mais suis-moi, nous pouvons marcher en confiance : Le signe des Poissons à l'horizon s'avance (3); Le Chariot sur Corus est couché renversé,

Et, plus loin, le rocher semble comme abaissé..)

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