‹ L'Enfer (volume 2)Chapitre 33 sur 40 · CHANT DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHANT DOUZIEME

La (losconte du roc à peine pralicable

Nous oflVait un obstacle encor plus redoiilable,

Tel qu'on ne peut le voir sans épouvantement.

Comme cette ruine, incroyable prodige,

Qui soudain j)rès de Trente au liane frappa l'Adiré,

S'elVondrant d'elle-même ou par un tremblement;

De la cime du mont cette roche écroulée Descend tout escarpée au fond de la vallée , El le paire au sommet hésite suspendu;

/)84 CANTO XIF.

Cotai (li quel burralo era la sccsa :

E 'n su la punta délia rotta lacca V infamia di Creti era distcsa,

Che fu concetta nella falsa vacca :

E quando vide nol, se stcssa morse, Si corne quel, cui V ira dentro fiacca.

Lo Savio mio in ver lui grido : forse Tu credi, che qui sia '1 Duca d' Atene, Che su nel mondo la morte ti porse?

Partiti, bestia, che questi non viene Ammaestrato dalla tua sorella, Ma viensi per veder le vostre pêne.

Quai è quel toro, che si slaccia in quella Ch' ha ricevuto già '1 colpo mortale, Che gir non sa, ma quà e là saltella;

Vid' io lo Minotauro far cotale.

E quegli accorto grido : corri al varco ;

Mentre ch' è 'n furia, è buon che tu ti cale.

Cosi prendemmo via giù per lo scarco Di quelle piètre che spesso moviensi, Sotto i mie' piedi per lo nuovo carco.

CHANT XII. ISf

Ainsi le précipice où nous devions dcscendie; Et, sur le roc béant, comme pour le défendre, Le fléau des Cretois (I) se tenait étendu.

Ce monstre que conçut une fausse génisse, Kn nous voyant venir au bord du précipice, Comme un liomme étoullant dans sa rage, il se mord.

Mon sage lui cria de loin : «Tu crois peut-être Que tu vois devant toi ton vainqueur appaïaîlre. Le monarque athénien qui t'a donné la mort?

Fuis, monstre! A ce mortel que dans ces lieux je guide. Ta sœur ne donna point de leçon homicide. Il vient ici pour voir vos justes châtiments.))

Comme un taureau blessé lléchit, tète abbattue, Du côté qu'a frappé la hache (jui le tue, Kt bondit convulsif à ses derniers moments;

Tel je vis chanceler l'horrible Minotaurc. Et Virgile aussitôt : « La fureur le dévore. Profitons-en, cours vite à l'entrée, et descends.»

Nous avançâmes donc par l'atlVeusc carrière;

Sans cesse sous mes pieds s'ébranlait (piehiuc piene,

Quelque amas de cailloux sous mon poids s'alTaissants

/|86 CANTO XH.

lo già ponsando: c quoi disse : tu pciisi Forse a quesla rovina, ch' è guardala Da queir ira bestial, ch' io ora spensi.

Or vo' che sappi, che 1* altra fiata,

Ch' io discesi quaggiù nel basso 'nfcrno,

Questa roccia non era ancor cascata.

Ma certo poco pria, se ben discerno, Che venisse Colui, che la gran preda Levô a Dite del cerchio superno,

Da tutie parti 1' alta valle feda Tremô si, ch' io pensai che 1' universo Sentisse amor, per lo quale è chi creda

Più volte '1 mondo in caos converso :

Ed in quel punto questa vecchia roccia Qui, ed altrove più, fece riverso.

Ma ficca gli occhi a valle; chè s' approccia La riviera del sangue, in la quai bolle Quai, che per violenza in altrui noccia.

0 cieca cupidigia, o ira folle, Che si ci sproni nella vita corta, E neir eterna poi si mal c' iinmolle !

tllAM Xll. 187

Je iiiar(;liais tout rêveur, et lui : «Je le devine,» Dit-il, '< tu réfléeliis cneore à la ruine Que garde ce démon à ma voix muselé.

Or, il te taut savoir que, du temps où mon ombre Pour la première fois dans l'Enfer le plus sombre Descendit, ce rocher n'était pas écroulé.

Peu de temps seulement, si j'ai bonne mémoire. Avant que le Sauveur resplendissant de i^loire Ne vînt ravii' du Limbe une proie à Dite,

De toutes parts trem])la celte vallée immonde, l"]t si profondément, (|ue je crus bien le monde En proie au mal d'amour, qui fait qu'on a douté

Si dans le noir chaos plusieurs fois il ne rentre. C'est dans ce moment-là que , s'écroulant sur l'antre, Tomba ce vieux rocher que tu vois aujourd'hui.

Mais plonge maintenant tes yeux dedans le goulfre ! Vois ce lleuve de sang dans lequel bout et soulfre Tout mortel violent qui lit soulfrir autrui.

Oh, folle passion! oh! l'aveugle colère

Qui nous subjugue ainsi dans la vie éphémère,

Et pour jamais nous trempe en ce goulfre maudit! »

88 CANÏO XII.

lo vidi un' ampia fossa in arco torta, Corne quella, cho tullo il piano abbraccia, Secondo ch' avea dctto la niia scorla :

E tra '1 piè délia ripa ed essa, in traccia Correan Centauri armati di saette, Coma solean nel mondo andare a caccia.

Vedendoei calar, ciascun ristette ,

E délia schiera tre si dipartiro

Con archi , ed asticciuole prima elette.

E r un gridô da lungi : a quai marliro Venite voi, clie scendete la costa?

Ditel constinci, se non, 1' arco tiro.

Lo mio Maestro disse : la risposta Farem noi a Chiron costà di presso :

Mal fu la voglia tua sempre si tosta.

Poi mi tentô , e disse : quegli è Nesso , Che mori per la bella Deianira, E fe' di se la vendetta egli stesso.

E quel di mezzo, che al petto si mira, È il gran Chirone, che nudrio Achille : oueir altro è Folo, che fii si picn d' ira.

J'aperçus une fosso énoniie, en are tendue,

Du gouffre tout entier enserrant l'étendue,

Et telle, en ses contours, que mon guide avait dit.

Au l)ord, au pied du roc, les Centaures agiles, De leurs tlèches armés, couraient en longues iiles, Ainsi que sur la terre ils chassaient dans les bois.

En nous voyant descendre, ensemble ils s'arrêtèrent; Trois d'entre eux de la bande alors se détachèrent, L'arc en main et le trait déjà hors du carquois.

I/un d'eux cria de loin : «Quelle fut votre faute? Et pour quel châtiment descendez-vous la côte? Dites, sans faire un pas, ou je tire à l'instant. »

— «Je vois le grand Chiron , ici près,» dit mon maître. «A lui dans un moment nous nous ferons connaître; Tu sais bien ce que t'a coûté ce cœur bouillant! »

Et du coude il me pousse, et tout bas de me dire : «C'est Nessus, qui ravit la belle Déjanirc Et de sa propre mort fut un cruel vengeur.

Et cet autre au milieu, (jui le front penché rêve, C'est Chiron, dont Achille autrefois fut l'élève;

Le troisième est Tholus, terrible en sa fureui-

JJiiitonio al fosso vanrio a mille a mille,

Saettancio quale anima si svcilo

Del sangue più che sua colpa sortille.

Noi ci apprcssammo a quelle fiere snelle : Cliiron prcse uno strale, e con la cocca Fece la barba indietro aile mascelle.

Quando s' ebbe scoperta la gran bocca, Disse a' compagni : siete vol accorti, Che quel di rétro muove ciô che tocca?

Cosi non soglion fare i piè de' morti.

E '1 mio buon Duca, che già gli era al pcUo,

Ove le due nature son consorti,

Rispose : ben è vivo, e si soletto Mostrargli mi convien la valle buia :

Nécessita '1 c' induce, e non diletto.

Tal si parti da cantare alléluia, Che mi commise quest' uficio nuovo.

Non è ladron , ne io anima fuia.

Ma per quella virtù , per eu' io muovo

Li passi miei per si selvaggia strada,

Danne un de' tuoi , a cui noi siamo a pruovo ,

cil AMT Ml. rjl

A reiilour de la fosse ils vont par mille et mille , Transperçanl de leurs Iraits tout pécheur indocile Qui sort plus qu'il ne doit du sanglant réservoir. »

Lors mon guide avec moi de ces monstres s'approche. Chiioii prend une flèche en main, et, de la cociie. Il relève sa barbe au poil épais et noir,

Et découvrant avec lenteur sa large bouche :

« Compagnons, l'un des deux fait mouvoir ce qu'il touche,»

Dit-il, (( le voyez-vous? Il marche le second. »

Or ce n'est pas ainsi qu'un pied d'ombre chemine.

Mon guide (\m louchait à peine à sa poitrine

Où riiomme, dans le monstre, au cheval se conJoml,

Hépondit : « Iji cfl'et, c'est qu'il est bien en vie. C'est moi qui le dirige en la vallée impie; Et la nécessité l'a conduit aux Enfers.

Quelqu'un sortit du chœur de la sainte milice Tour venir me commettre à ce nouvel office; Ni ce mortel ni moi ne sommes des pervers.

Mais, par ce pouvoir saint <iui nous lit entreprendre La route si teriible où tu nous vois descendre. Donne-nous un des tiens pour avec nous aller!

\^fi CAWTO XII.

E che ne inostri là dovc si guada,

E che porti costui in su la groppa,

Ch' ei non c spirto, che per 1' acre vada.

Chiron si volse in su la désira poppa, E disse a Nesso : torna, e si gli guida, E fa cansar, s' altra schiera s' inloppa.

Or ci movemmo con la scorta fida Lungo la proda del bollor vermiglio, Ove i bolliti facean alte strida.

lo vidi gente sotto infino al ciglio;

E '1 gran Centauro disse : ei son tiranni,

Che dier nel sangue, e nell' aver di piglio.

Quivi si piangon gli spietati danni :

Quiv' è Alessandro, e Dionisio fero, Che fe' Cicilia aver dolorosi anni :

E quella fronte, ch' ha '1 pel cosi nero, È Azzolino; e quell' altro, ch' è biondo, È Obizzo da Esti, il quai per vero

Fu spento dal figliastro su nel mondo, Allor mi volsi al Poeta , e quel disse : Questi ti sia or primo , ed io secondo.

CUAMT Xll. i93

Oui nous nionlro l'endroit où le ilcuvo est guéaijle,

Ou tende à mon ami sa croupe secourabie!

Ce n'est pas un esprit, pour dans les airs voler.»

Alors Cliiron : «Eh bien, toi, conduis ce voyage! Fais ranger qui voudrait leur barrer le passage ! » Dit-il, eu se tournant à droite vers Nessus.

Confiés à ce guide, alors nous avançâmes,

En côtoyant les bords de ce lleuve où les âmes,

Écumant dans le sang, poussaient des cris aigus.

Plusieurs étaient plongés jusques à la paupière :

— «Ce sont,» nous dit Nessus, «les tyrans, cœurs de pierre,

De sang et de rapine ils ont vécu toujours.

C'est ici (|ue gémit le crime impitoyable : Alexandre (2), et Denys le tyran intraitable Et sous qui la Sicile a vu de sombres jours.

Ce crâne dont tu vois la chevelure noire C'est Ezzelin (3), et là dans la même écumoire Obizzo d'Est (4), celui dont le crâne est tout blond.

11 fut vraiment tué par un bras parricide.»

.le regardai \irgile; il dit : «Crois-eii ce guide;

Je ne suis maintenant ton maître (lu'en second. >♦

194 CAMO Ml.

Poco [)iii oitrc 'I Cenlauro s' afîisso Sovr' una gcnte, cli 'nfino alla gola Parea che di quel bulicame uscisse.

Mostrocci un' ombra dair un canto sola,

Dicendo : colui fesse in grembo a Dio

Lo cuor, che 'n su '1 Tainigi ancor si cola.

Poi vidi genti , che fuori del rio Tenean la testa, e ancor tutto '1 casso : E di costoro assai riconobb' io.

Cosi a più a più si facea basso

Quel sangue si, che copria pur li piedi:

E quivi fu del fosso il nostro passo.

Siccome tu da questa parte vedi Lo bulicame, che sempre si scema, Disse '1 Centauro, voglio che tu credi,

Che da quest' altra più e più giù prema Il fundo suo , infin che si raggiunge Ove la tirannia convien che gema.

La divina Giustizia di qua punge Queir Attila, che fu flagello in Terra, E Pirro, e Sesto; ed in eterno munge

A (iiicNiucs pas plus loin le Ceiilaurc s'arrèio Devant d'aulres dainiiés dont on voyait la Irle Saillir entièrement hors du tleuve éeunieux.

— «Cette ombre, nous dit-il, qui pleure solitaire (5) A percé devant Dieu le cœur que l'Angleterre Garde sur la Tamise avec un soin pieux.»

Et puis d'autres damnés venaient; la tête entière Kl la moitié du corps sortaient de la rivière. Je reconnus ainsi les traits de plus d'un mort.

Et le niveau de sang, déclinant davantage, Ne couvrit à la tin que leurs pieds : du rivage iNous pûmes sans danger passer à l'autre bord.

— «Par ici, tu le vois, de ce torrent (|iii gronde

Le lit monte toujours, et l'onde est moins i)rolonde, » Dit le Centaure ; « eh bien , il te reste à savoir

Que de l'autre côté l'eau descend davantage Jusqu'à ce fond sanglant où, noyé dans sa rage, Le tyran condamné doit pleurer sans espoir.

C'est là, dauG cet endroit de l'immense cratère Que Dieu plonge Attila, le fléau de la terre, Et Pyrrhus et Sexlus (6), et pour rétcrnilé

06 CANTO Xll.

Le lagrime, che col bolior disserra A Rinier da Corneto, a Uinier Pazzo, Che fecero aile strade tanta guerra:

Poi si rivolse, e ripassossi '1 guazzo.

CIIAM XII. 197

Clia(jue bouillonnonionl arracliu iiii (loi (\v. larmes A lit'iK' (l(! Coiiiùli' cl l*az/.i, IVùrcs (rai'iucs, Hni-aiids duiil loii pays luL l()iii;lt'iiJj)S iiilcslé. »

Il (lit, cl ivpassa le lleiivc ciisaiiglaiilé.

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