‹ L'Enfer (volume 2)Chapitre 7 sur 40 · CHANT PIU'MIER · texte numérisé non relu

CHANT PIU'MIER

Et loin (le s'oUViiyer devant riniiuaiii visage, Cet animal si bien nie barrait le passage, Que je fus près vingt fois de rentrer au désert.

Cependant c'était l'beure où le ciel perd ses voiles; Le soleil y montait escorté des étoiles Dont le divin Amour se plut à l'entourer

Alors qu'il anima toutes ces belles choses ; C'était l'aube du jour et la saison des roses, Et tout, dedans mon cœur, me disait d'espérer.

Mais après la panthère à la robe éclatante , Ln obstacle nouveau me saisit d'épouvante : J'avais vu tout à coup apparaître un lion.

Il paraissait venir sur moi tout plein de rage, réle levée, et l'air, comme par un orage, Semblait trembler lui-même à cette vision.

Et puis c'est une louve affamée et qui semble Porter sous sa maigreur tous les désirs ensemble. Déjà de bien des gens elle lit le malheur.

Alors je fus frappé d'une torpeur mortelle; La terreur que lançaient ses regards était telle oue je perdis l'espoir d'alteindro la hauteur.

10 CANIO l'ItIMO.

E (jualiî (! (|uci, che volcFJlieri acqiiisla,

E giugne '1 teiiipo chc perdor lo face,

Clie 'n tutti, i suoi pensicr piange, o s' attrista;

Tal mi fecc la bestia senza pace,

Che venendomi 'ncontro a poco a poco ,

Mi ripingeva là, dovc '1 sol lace.

Mentre ch' i' rovinava in basso loco , Dinanzi agli occhi mi si fu offerto Chi per lungo silenzio parea fioco.

Quando vidi costui nel gran diserto,

Miserere di me, gridai a lui,

Quai che tu sii, od ombra, od uomo certo.

Risposemi : Non uom; uomo già fui, E li parenti miei furon Lombardi, E Mantovani per patria amendui.

Nacqui sub Julio ^ ancor che fosse tardi, E vissi a Roma sotto '1 buono Augusto, Al tempo degli Dei falsi e bugiardi.

Poeta fui, e cantai di quel giusto Figliuol d'Anchise, che venne da Troia, Poichè '1 superbo Ilion fù combusto.

CIIVM l'IlliMIlU. i I

Et seinblable à celui (|ui j,^i»gne et qui rayonne, Kt puis, vienne le temps où le gain rai)andonne, Dans les pleurs il se noie et reste consterné;

Ainsi, voyant la bête aux approches funèbres Me replonger aux lieux de muettes ténèbres, Mon courage et ma foi m'avaient abandonné.

Déjà je retombais dans le val, quand s'avance Quelqu'un (pii paraissait dans un trop long silence Avoir comme brisé les cordes de sa voix.

Dès que je l'aperçus : « Prends pitié de ma peine, Qui que tu sois, criai-je, bomnie ou bien ombre vaine, Dans ce désert immense où perdu tu me vois ! »

— « Homme je ne le suis, car j'ai cessé de l'être, » Répoiidit-il; «Mantoue autrefois m'a vu naître, De parents mantouans et lombards comme moi.

Je naquis sous César, avant sa tyrannie,

Et Rome sous Auguste a vu couler ma vie

Dans le temps où régnaient les dieux faux et sans foi.

Poëte, j'ai chanté ce pieux fils d'Anchise,

Venu (le Troie après que la ville fut prise

Et de ses fiers remparts vit s'écrouler riionncur.

/|2 <;anto pitiMO,

Ma tu, perché ritorni a tanta noia?

Perché non sali il diletloso monte, Ch' è principio c cagion di tutla gioia?

Oh se' tu quel Virgilio, e quelia fonte, Che spande di parlar si largo fiume?

Risposi lui con vergognosa fronte.

0 degli aitri poeti onore e lume, Vagliami '1 lungo studio e '1 grande amore, Che m' han fatto cercar lo tuo volume.

Tu se' lo mio maestro, e '1 mio autore : Tu se' solo colui, da eu' io tolsi Lo bello stile, che m' ha fatto onore.

Vedi la bestia, per eu' io mi volsi :

Aiutami da lei , fanioso saggio ,

Ch' ella mi fa tremar le vene e i polsi.

A te convien tener altro viaggio, Rispose, poi che lagrimar mi vide, Se vuoi campar d' esto loco selvaggio ;

Chè questa bestia, per la quai tu gride , Non lascia altrui passar per la sua via , Ma tanto lo 'mpedisce, che 1' uccide;

CIIAÎST PHFMIi:». 13

Mais toi, pourquoi rentrer dans ce lieu de détresse? Pour(|uoi ne pas gravir la pente enchanteresse Principe de tout bien, chemin de tout bonlieur?»

(vTu serais,») répondis-je en inclinant la tête, «Se peut-il? Tu serais Virgile, ce poëte Qui répand l'harmonie à si larges torrents?

0 toi, gloire et flambeau des chantres de la terre, Compte-moi cet amour et cette étude austère Qui m'ont tenu courbé sur tes vers si longtemps!

C'est toi mon maître, toi mon unique modèle;

C'est de toi que j'ai pris en disciple fidèle

Ce beau style puissant dont on m'a fait honneur.

Je fuis, tu le vois bien, cette bète sauvage. Aide-moi, défends-moi contre elle, illustre sage! Elle me fait trembler les veines et le cœur.»

— «Si tu prétends sortir de ce bois plein d'alarmes,» Uépondit-il, voyant que je versais des larmes, « Dans un autre chemin il faut porter tes pas.

La bête qui te fait crier, quand sur sa voie Quelqu'un vient à passer, est sûre de sa proie, El sans l'avoir tué ne l'abandonne pas.

14 CAiMO l'IUMO.

Ed ha natura si malvagia e ri;i,

Che mai non empic la bramosa vogiia,

E dopo 'I pasto ha più famé che pria.

Molli son gli animali, a oui s' ammoglia, E più saranno ancora, infin che '1 \ellro Verra, che la farà morir di doglia.

Questi la non ciberà terra , ne peltro ,

Ma sapienza, e amore, e virtute;

E sua nazion sarà tra Feltro et Fellro.

Di queir umile Italia fia salute, Par cui mori la vergine Camilla, Euralio, e Turno, e INiso di ferute:

Questi caccerà per ogni villa, Finchè V avrà rimessa nello 'nferno, Là onde 'nvidia prima dipariilla.

Ond' io per lo tuo me' penso e discerno, Che tu mi segui, ed io saro tua guida, E trarrotti di qui per luogo eterno,

Ov' udirai le disperate strida, Vedrai gli antichi spiriti dolenti, Che la seconda morte ciascum grida :

CHAM i>iu;mii;u. 1o

Malfaisante cl livrée aux furein-s lioniieides, Mien n'assouvil jamais ses appétits avides;

Sa pâture l'aflame au lieu de la nourrir.

A beaucoup d'animaux elle s'accouple immonde, Va doit d'autres hymens souiller encor le monde; Mais le grand Chien (1) viendra qui la fera mourir.

Celui-là, dédaignant la terre et la richesse. Se nourrii'a d'amour, de vertu, de sagesse. Il recevra le jour entre Feltre et Feltro.

Il sera le sauveur de cette humble Italie

l*our laquelle ont versé leur sang, donné leur vie

La Camille, Turnus, Nisus, tant de héros!

Il poursuivra le monstre affreux de ville en ville, l']t le replongera dans l'Enfer son asile, D'où l'a jeté l'Envie au milieu des mortels.

Or, si tu veux pour toi que mon penser décide, Suis-moi; pour te sauver, je serai, moi, ton guide. Avec moi tu verras les séjours éternels;

Ton oreille entendra les cris sans espérance ,

Les vieux mânes dolents et qui dans leur souffrance

Appellent à grands cris une seconde mort;

16 CAMO l'HIMO.

E vederari color, cho son contenli Nel fuoco, perché speran di venire, Quando che sia, aile béate genti;

Aile qua' poi se tu vorrai salire, Anima fia a ciô di me più dcgna :

Con lei il lascierô nel mio partire.

Che quelle 'mperador, che lassù régna, Perch' i' fui ribellante alla sua legge, Non vuol che 'n sua città per me si vegna.

In tutte parti impera , e quivi regge ; Quivi è la sua cittade, e 1' alto seggio : 0 felice colui, cui ivi elegge !

Ed io a lui : Poeta, i' ti richieggio Per quelle Iddie che tu non conoscesti, Acciocch' io fugga questo maie e peggio,

Che tu mi meni là dov' or dicesti, Si ch' io vegga la porta di san Piètre , E color che tu fai coianto mesti.

Allor si messe, ed io gli tenni dietro.

CIIAIST l'IlIiMIIll. 17

Et ces ombres qui sont dans le l'eu fortunées, Espérant, tôt ou tard, en sortir pardonnées, Et monter au bonheur après ce triste sort.

>ers le Ciel, leur espoir, je ne puis te conduire; Mais une âme viendra plus digne de t'instruire : Elle te conduira quand je t'aurai quitté.

Car le maître qui trône au sein de l'Empyrée,

Comme sa sainte loi de moi fut ignorée,

Ne veut pas que par moi l'on vienne en sa cité.

Uoi du monde, là-haut est sa pompe royale, Son sublime séjour, sa douce capitale.

Bienheureux les élus qui sont là dans ses bras!»

Et moi je répondis : «Je t'adjure, ô poëte,

Pour fuir ces grands périls ({ui menacent ma tète,

Par ce Dieu loul-puissanl que tu ne connus pas.

Conduis-moi dans ces lieux que tu dis; que je voie La porte de Saint-Pierre où commence la joie. Et ces infortunés aux douleurs asservis ! »

Il marcha sans répondre, et moi, je hî suivis (2).

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