‹ L'Enfer (volume 2)Chapitre 8 sur 40 · ARGUMENT DU CHANT II · texte numérisé non relu

ARGUMENT DU CHANT II

Dante s'arrcHc : il s'inquiète des difficultés et des périls du voyage entrepris. «Pour dissiper tes craintes, lui dit Virgile, apprends qu'on s'intéresse ù toi dans le Ciel. Une vierge sainte, aiig(; de sensibilité et de clémence, voyant ton égarement, t'a roconnnandé à Lucie; Lucie, à son tour, s'est adressée à Béatrix, (|ui elle-même est venue me trouver dans les Limbes pour me piiei' de courir à ton secours.» Dante, rassuré, se remet en route avec plus d'ardeur sur les pas de son guide.

CANTO SEGOiNDO.

Lo giorno se n'andava, e l'aer bruno Toglieva gli animai, che sono 'n terra Dalle fatiche loro ; et io sol uno

M'apparecchiava a sostener la guerra Si del cammino, e si délia pietate, Che ritrarrà la mente che non erra.

0 Muse, 0 alto 'ngegno, or m'aiutate:

0 mente, che scrivesti ciô ch' io vidi, Qui si parrà la tua nobilitate.

Io cominciai : Poeta, che mi guidi, Guarda la mia virtù, s' ell' è possente, Prim ch' ail' alto passo tu mi fidi.

CHANT SECOiND.

Le soleil déclinait, l'air se faisait plus sombre, Et parmi les vivants lentement avec l'ombre Le repos descendait; seul de tous les humains

Moi je ceignais mes reins et j'armais mon courage. Pour les émotions et les maux du voyage Que font revivre ici mes souvenirs certains.

Muses, souffle divin, prétez-moi vos miracles ! 0 mon esprit, et toi, qui redis ces spectacles, C'est là qu'en son éclat paraîlra ta grandeur!

Je parlai le premier : «Poëte, mon cher guide. Avant de m'engager dans l'abiuic j)erli(le, Vois si tu n'as pas trop présumé de mon cœur!

Tu dici, clio (li Silvio lo paronte, Corruttibile ancora, ad iminortale Secolo andô, e fu sensibilmente:

Perô se ravversario d' ogni maie

Cortese fù, pensando 1' alto efretto

Ch' uscir dovea di lui, e '1 chi, e '1 quale,

Non pare indegno ad uomo d' intelletto; Ch' ei fù deir aima Roma, e di suo 'mpero Neir empireo Ciel per padre eletto :

La quale, e '1 quale, a voler dir lô vero,

Fur stabiliti per lo loco santo

U' siede il successor del maggior Piero.

Per questa andata, onde gli dai tu vanto,

Intese cose che furon cagione

Di sua vittoria, e del papale ammanto.

Andovvi poi lo Vas d' elezione, Per recarne conforto a quella Fede Ch' è principio alla via di salvazione.

Ma io, perche venirvi? o chi '1 concède? - Io non Enea, io non Paolo sono :

Me degno à ciô, ne io, ne altri crede.

Tu nous dis dans tes chants que le pieux Enée, Quand la mort n'avait pas tranché sa destinée, Descendit, corps charnel, dans l'immorlalité.

Or, ((u'il ail reçu, lui, cette faveur insijïiie. Que l'enuenii du mal l'en ait estimé digne, IM'évoyant les grandeurs de sa postérité,

Notre raison l'admet sans beaucoup de surprise. Dans les décrets du Ciel cet heureux fils d'Anchise De Kome et de l'Empire était le fondateur :

\ille sainte à vrai dire, empire séculaire. Fondés pour devenir plus lard le sanctuaire Où de Pierre aujourd'hui siège le successeur.

(iràce à cette entreprise en tes vers honorée, Le héros entrevit sa victoire assurée El le manteau futur du pontife chrétien.

Plus tard un saint apôtre accomplit ce voyage:

Il devait rajjporter de son pèlerinage

In confoi't pour la l-'oi. notre divin soutien.

Mais cette grâce, ù moi, qui me l'aurait donnée? .le ne suis pas saint Paul, je ne suis pas Enée. Qui croira ma vertu digne d'iiu si grand i)ri\y

Porcliù se dcl vcniro io m'abbandono,

Tenio che la vonuta non sia folio,

Se' savio, e intendi me' ch' io non ragiono.

E quale è quei che disvuol ciô che voile, E per novi pensier cangia proposta, Si che del cominciar tutto si toile;

Tal mi fec' io in quella oscura costa, Perché pensando, consumai la 'mpresa, Che fu nel cominciar cotanto losta.

Se io ho ben la tua parola intesa, Rispose del magnanimo quell' ombra , L'anima tua è da viltate oifesa ,

La quai moite fiate 1' uomo ingombra, Si che d' onrata impresa Io rivolve , Corne falso veder, bestia, quand' ombra.

Da questa tema acciocchè tu ti solve, Dirotti, perch' io venni, e quel che 'ntesi. JNel primo punto che di te mi doive

Io era tra color che son sospesi, E Donna mi chiamô beata e bella, Tal che di comandare io la richiesi.

Et comme eux si là -bas je vais sur ta parole, N'aurai-je pas risqué tentative bien folle? Mieux que je n'ai parlé, sage, lu m'as compris.»

Comme un homme incertain qui s'avance et recule, \ ouiail et ne veut plus, et, cédant au scrupule, Uejelte son projet ardemment embrassé;

Ainsi je m'arrêtai sur celte pente obscure; Pensif, je devançais la (in de l'aventure, Et regrettais dgà le chemin commencé.

— «Si je t'ai bien compris, homme pusillanime, La peur,») me répondit cette ombre magnanime, « La peur vient de souiller ton élan courageux :

Des grandes actions chimérique barrière.

Ombre qui fait souvent tourner l'homme en arrière

Et l'arrête , semblable au cheval ombrageux.

Mais afin de chasser de ton cœur cette crainte. Je te dirai pouniuoi j'accourus à ta plainte Et quelle voix d'abord sut m'émouvoir pour toi.

Aux limbes en suspens j'errais, lorsque m'appelle Une sainte du Ciel bienheureuse et si belle Que je la conjurai de me diclor sa loi.

Luccvan gli occhi suoi più cho la Stella : E cominciommi a dir soavo e piana, Con angelica voce, in sua lavella:

0 anima cortese Mantovana ,

Di cui la fama ancor nel mondo dura,

Et durera, quanto '1 mondo lontana :

L' amico mio, e non délia ventura,

Nella diserta piaggia è impedito

Si nel cammin, che volto è per para;

E temo che non sia già si smarrito , Ch' io mi sia tardi al soccorso levata, Per quel eh' i' ho di lu nel Cielo udito.

Or muovi, e con la tua parola ornata , E con cio che ha mestieri al suo campare, L' aiuta si, ch' io ne sia consolata.

Jo son Béatrice, che ti faccio andare:

Vegno di loeo ove tornar disio :

Amor mi mosse, che mi fa parlare.

Quando sarô dinanzi al Signor mio, Di te mi lodero sovente a lui:

Tacette allora, e poi comincia' io:

Ses yeux resi)lcn(lissaieiil mieux que l'étoile pure, Et sa voix s'éehappa douce eomuie un murmure, Angélique, et parlant une langue du Ciel:

«() cygne de Manloue, âme noble!» dit-elle, «Dont le monde a gardé la mémoire lidèle, Et qui vivras autant que le monde mortel!

A l'ami de mon cœur la fortune est contraire. Tandis qu'il gravissait la pente solitaire, Devant mille périls, de terreur il a fui.

Il se perd, et j'ai peur, tant mon angoisse est vive,

Que ma protection ne se lève tardive;

Ce qu'on m'a dit au Ciel m'a fait trembler pour lui.

Va donc, avec l'appui de ta noble parole.

Avec tout ce qui peut le sauver, va, cours, vole.

Pour assister cette âme et pour me consoler.

Je suis la Béatrix, moi, celle qui t'envoie; J'arrive d'un séjour où je rentre avec joie; C'est l'amour qui m'amène et qui me fait parler.

De retour vers mon Dieu, moi qui suis de ses anges. Souvent je lui dirai ton nom dans mes louanges. » Alors elle se tut, et moi je repartis :

0 Donna di virlù, sola per cui

V umana specie eccede ogni contento

Da quel Ciel ch' ha minori i cerchi sui ;

Tanto m' aggrada '1 tuo comandamento, Che r ubbidir, se già fosse, m' è tardi: Plù non t' è uopo aprirmi '1 tuo talento.

Ma dimmi la cagion, che non ti guardi Dello scender quaggiuso in questo centro Dair ampio loco, ove tornar tu ardi.

Da che tu voi saper cotanto addentro , Dirotti breveniente, mi rispose, Perch' io non temo di venir quà entro.

Temer si dee di sole quelle cose, Ch' hanno potenza di far altrui maie : Dell' altre no, chè non son paurose.

r son fatta da Dio, sua mercè, taie, Che la vostra miseria non mi tange, Ne fiamma d' esto 'ncendio non m' assale.

Donna è gentil nel Ciel, che si compiange Di questo 'mpedimento, ov' io ti mando, Si che duro giudicio lassù frange.

cnAM II. 29

«0 dame de vertu, par qui l'espèco humaine

Sur les êtres créés s'élève en souveraine

Dans le ciel de la lune aux cercles plus petits! (1)

Si doux est d'obéir lors(iue ta voix commande, Qu'on se trouve en relard, même avant la demande! Va, tu n'as plus besoin de m'ouvrir tes désirs.

Mais dis-moi seulement comment tu peux sans crainte Descendre jusqu'ici dans cette basse enceinte De ce Ciel où déjà remontent tes soupirs?»

— «Eli bien, en peu de mois, puisqu'il faut te l'apprendre, Dit-elle, tu sauras pourquoi j'ai pu descendre Dans ces lieux ténébreux où j'entre sans frayeur.

Pour qui s'expose au mal, il est permis de craindre; Mais lorsque nul danger ne pourrait nous atteindre, Pouniuoi s'embarrasser d'une vaine terreur?

Telle me fit de Dieu la faveur adorable, Qu'à toutes vos douleurs je suis invulnérable. Je marche parmi vous, insensible à ce feu.

Une vierge est au Ciel, clémente et qui s'alarme Des maux où je t'envoie, et souvent d'une larme Brise un décret sévère entre les mains de Dieu.

Questa chiese Liicia in suo dimando, E disse : Or abbisogna il tuo fedcie Di te, ed io a te lo raccomando.

Lucia, nimica dl ciascun crudele,

Si mosse, e venne al loco, dov' io era,

Che mi sedea con V antica Rachele;

Disse : Béatrice, loda di Dio vera, Chè non soccorri quei che t' amù tanto, Ch' uscio par te délia volgare schiera?

Non odi tu la pietà del suo pianto ?

Non vedi tu la morte, che '1 combatte Su la flumana ove '1 mar non ha vanto?

Al mondo non fur mai persone ratte A far lor pro, et a fuggir lor danno, Com' io, dopo cotai parole fatte,

Venni quaggiù dal mio beato scanno, Fidandomi nel tuo parlare onesto, Ch' onora te, e quei ch' udito 1' hanno.

Poscia che m' ebbe ragionata questo , Gli occhi lucenti, lagrimando, volse; Perché mi fece del venir più presto :

CHANT 11. P i[P^ "^'

C'est olle qui d'abord vint supplier Lucie : «Ton fidèle servant s'égare dans la vie, » Dit-elle, «et je le lie à ton soin maternel.))

Et Lucie à son tour par la pitié touchée S'est levée et de moi bientôt s'est approchée A la place où je trône à côté de Rac^liel (2).

« 0 louange de Dieu, Béatrix! » me dit-elle, « Ne défendras- tu pas cet amant si fidèle Qui se (it glorieux pour te sembler plus cher?

^'()is-tu pas son angoisse? Es-tu sourde à ses plaintes?

Il lutte, il se débat en proie à mille craintes

Sur des flots plus troublés que la plus sombre mer. »

«Jamais homme au bonheur n'a couru plus rapide; Nul au monde pour fuir d'une main homicide N'a volé comme moi, ces mots à peine ouïs.

De mon trône de joie ici je suis venue

Me fiant à ta voix éloquente et connue,

Ton honneur, et l'honneur de ceux qu'elle a ravis» (3).

Tandis qu'elle achevait ce récit plein de charmes. Elle tournait sur moi des yeux brillants de larmes Comme pour me prier de hâter mon départ.

K venni a te cosi, coin' clla volse;

Dinanzi a quella liera ti levai,

Che del bel monte il corlo andar ti toise.

Dunque che è? Perché, perche ristai?

Perche tanta viltà nel core ailette? Perche ardire e franchezza non hai,

Poscia che tai tre donne benedette

Curan di te nella corte del Cielo,

E '1 mio parlar tanto ben t' improniette?

Quale i fioretti dal notturno gielo

Chinati e chiusi, poi che '1 Sol gl' imbianca,

Si drizzan tutti aperti in loro stelo;

Tal mi fec' io di mia virtute stanca ; E tanto buono ardire al cor mi corse, Ch' io cominciai, corne persona franca:

0 pietosa colei che mi soccorse, E tu cortese, ch' ubbidisti tosto Aile vere parole che ti porse !

Tu m' hai con desiderio il cor disposto

Si al venir con le parole tue,

Ch' io son tornato nel primo proposto.

CIIAKT II. 33

Je suis venu docile à cette voix divine; Une louvo fermait à tes pas la colline : Elle n'est plus, j'en ai délivré ton regard.

Qu'est-ce donc? Et pourquoi demeurer immobile? Et nourrir plus longtemps une crainte trop vile ? Pourquoi ne pas avoir le courage et l'ardeur,

Quand trois femmes, au Ciel où chacune est bénie,

Ont souci de ton sort et protègent ta vie,

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