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NEUVIÈME CERCLE : LES TRAITRES. SECOND COMPARTIMENT : L'AN

TENOR; UGOLIN. TROISIÈME COMPARTIMENT : LA PTOLOMÉE (VOY. v. 124), FRATE ALBERIGO; BRANCA D'ORIA.

La première partie est remplie par Ugolin et ses enfants, dont Dante a immortalisé la tragique histoire.

A ce propos, le poëte lance une imprécation contre Pise, toute semblable à celle dont Pistoie est l’objet dans le chant XXV°, v. 10 et suivants, et qui frappera tout à l'heure Génes, au vers 151 de ce chant.

Le XXXIII° se termine d'une façon qui ne parait pas digne du poéte. Dante n’accorde pas à un des damnés, frére Aubri, un petit soulagement que ce malheureux lui demande. Soit ; mais, pour obtenir du damné qu’il dise son nom, il lui fait une promesse qu’il se dispense de tenir à l’aide d’une restriction mentale. Un peu de perfidie et beaucoup de dureté, c’est trop moralement.

Dans la Ptolomée, les damnés, ceux du moins qui intéressent particulièrement Dante, ne sont pas encore morts. Aussitôt la trahison commise, leur âme est précipitée en enfer; mais leur corps, dans lequel un démon s'est logé, demeure sur terre jusqu’à la fin naturelle de leur vie. Bizarre conception, dont il serait impossible de se faire une idée, si l’on ne songeait que le surnaturel se prête à toutes les contradictions.

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La bocca sollevò dal fiero pasto Quel peccator, forbendola a’ capelli Del capo, ch’ egli avea di retro guasto.

Poi cominciò : « Tu vuoi ch' io rinnovelli Disperato dolor che il cor mi preme Già pur pensando, pria ch’ io ne favelli.

Ma se le mie parole esser den seme Che frutti infamia al traditor ch’ io rodo, Parlare e lagrimar vedrai insieme.

Io non so che tusie, nè per che modo Venuto se’ quaggiù; ma Fiorentino 42 Mi sembri veramente, quand’ io t’ odo.

Tu dei saper ch’ io fui conte Ugolino, E questi l'arcivescovo Ruggieri; Or ti dirò perchè i° son tal vicino.

Che per l’effetto de' suo’ mai pensieri, Fidandomi di lui, io fossi preso 18 E poscia morto dir non è mestieri.

13. Fui cuens Ugolins : Ugolino des comtes de la Gerardesca, du parti guelfe, s'accorda avec l'archevêque Rugieri degli Ubaldini, pour chasser Nino, neveu d'Ugolin. juge de Gallura en Sardaigne, qui était devenu seigneur de Pise. Il se fit, Nino chassé. maître de la cité. Mais l’archevéque, mù de jalousie de parti et d'envie, suscita contre lui tout le peuple, avec l’aide de trois puissantes fa-

Ses dens leva de la pasture fiere Icil pechere, s'essuiant la maissele Aus crins du chef qu’il avoit mors derriere.

Puis comenca : « Tu veus je renovele L’aspre dolor qui me vient crucier Au seul membrer, avant que j'en favele.

Mais se mi dire doivent frutefier Au traitor que je ronge infamie, Parler ensemble me verras et plorer.

Ne sai qui es, ne sai par quel aie , Es ci venus: mais tu es Florentins, Se bien je juge à la parole oie.

Tu dois savoir que fui cuens Ugolins, Et icil fu l’archevesque Rogiers; Sache por quoi lui sui si fais voisins.

Que par l’efet ses pensers aversiers, Aiant fiance en lui, je fui sorpris

18 Et puis fui mors, à dire n’est mestiers.

milles, les Gualandi, les Sismondi et les Lanfranchi. Il arbora la croix, etse porta à main armée avec le peuple furieux à la maison du comte. Il l’accusa de trahison et le fit prisonnier avec ses quatre fils (deux fils et deux petitsfils, en 1288). Ugolin et ses enfants furent enfermés dans la tour qui est surila place des Anciens. On les y laissa

mourir de faim.

Però quel che non puoi avere inteso, Ciò è come la morte mia fu cruda, Udirai, e saprai s' e' mi ha offeso.

Breve pertugio dentro dalla muda La qual per me ha il titol della fame, .

24 Ein che conviene ancor ch'altri si chiuda, M'avea mostrato per lo suo forame Più lune già, quand’io feci il mal sonno Che del futuro mi squarciò il velame.

Questi pareva a me maestro e donno, Cacciando il lupo e i lupicini al monte 30 Per che i Pisan veder Lucca non ponno, Con cagne magre, studiose e conte ; Gualandi con Sismondi e con Lanfranchi S'avea messi dinanzi dalla fronte.

In picciol corso mi pareano stanchi Lo padre ei figli, e con l’agute scane 56 Mi parea lor veder fender li fianchi.

Quando fui desto innanzi la dimane, Pianger sentii fra il sonno i miei figliuoli Ch’ eran con meco, e dimandar del pane.

Ben se’ crudel, se tu già non ti duoli, Pensando ciò ch’ al mio cuor s'annunziava; 42 E se non piangi, di che pianger suoli ?

Già eran desti, e l’ ora s’ appressava Che il cibo ne soleva essere addotto,

24. Etoù convient qu'autre soit clos encore : une tradition racontait qu'un fils d’Ugolin fut soustrait par sa nourrice au sort commun des siens. Devenu grand et ayant su ce qui était arrivé, il en congut un chagrin désespéré, et, quittant Luque où il avait été élevé, il se rendit à Pise. Là il demanda à être traité comme sa famille avait été traitée. Les Pisans le regardérent comme fou et le mirent en prison. Au bout d'un an, la dame qui l'avait

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Mais ce que tu ne peus avoir apris, C'est com ma mors dolereuse fu ore; Entent et sache s’il a vers moi mespris.

L’estrois pertuis de la male demore Qui por moi porte le surnom de la fain, 24 Et où convient qu’autre soit clos encore, M'avoit monstré lentement et en vain Jà pluisors lunes, quant j’oi un songe noir Qui du futur m'osta le voile à plain.

Cil me sembloit avoir sur moi pooir, Chassant le loup et les louviaus au mont 30 Par lequel Pise ne peut Luque veoir.

Il avoit mis devant au premier front, O chienes maigres et duites à la chasse, Les Gualandi, les Lanfranc, les Sismont.

Las se monstroient à moult petit d’espasse Pere et enfant ; et sembloit aparmain 36 Quejes veïsse deschirer en la place.

Lorsque eveillés je fui avant le main, Mi filh dormoient, clos o moi en ces lieus; Jes oi geindre et demander du pain.

Crueus es tu, se jà tu ne te dieus, Pensant ce qui à mon cuer s’anonçoit ; 42 Se tune .ains, de quoi mais plaindre sieus ? Dresse il erent, et l’hore s’aprochoit Que l’on souloit le manger aporter,

élevé demanda à être mise à son service. On le lui accorda, à condition qu'elle resterait enfermée avec lui. Cette vie commune fit que la race du comte Ugolin ne s'éteignit pas. Charles IV, qui passa par là, les mit tous deux en liberté. Voy. l’éd. de Dante de Scartazzini.

30. Par lequel Pise ne peut Luque veoir : le monte San Giuliano, situé entre Pise et Luque.

CANTO XXXIII. si

E per suo sogno ciascun dubitava.

Ed io sentii chiavar l’uscio di sotto

All’orribile torre; ond’ io guardai

Nel viso a miei figliuoi senza far motto.

lo non piangeva, sì dentro impietrai ;

Piangevan elli, ed Anselmuccio mio

Disse : « Tu guardi sì! Padre, che hai? »

Però non lagrimai, nè rispos' io

Tutto quel giorno, nè la notto appresso,

Infin che l’altro sol nel mondo uscio.

Come un poco di raggio si fu messo

Nel doloroso carcere, ed io scorsi

Per quattro visi il mio aspetto stesso, Ambo le man per lo doler mi morsi.

Ed ei, pensando ch’ io il fessi per voglia

Di manicar, di subito levorsi, E disser : « Padre, assai ci fia men doglia,

Se tu mangi di noi : tu ne vestisti

Queste misere carni, e tu le spoglia. »

Quetàmi allor per non farli più tristi.

Lo di e l’altro stemmo tutti muti.

Ahi dura terra, perchè non t’ apristi?

Poscia che fummo al quarto dì venuti,

Gaddo mi si gittò disteso a’ piedi,

Dicendo : Padre mio, chè non m' ajuti? »

Quivi morì. E come tu mi vedi,

Vidi io cascar li tre ad uno ad uno

Tra il quinto di e il sesto; ond’io mi diedi, Già cieco, a brancolar sovra ciascuno,

E due di li chiamai poi che fur morti.

Poscia più che il dolor potè il digiuno. »

Quand’ ebbe detto ciò, con gli occhi torti

Riprese il teschio misero co’ denti

Et chascuns d’eus por son songe doutoit.

J'oi en bas à grans clous se clouer L'huis de la tour horrible ; et au viere Je regardai mes fils, sans mot soner.

Je ne plaignoie, tant pierre au dedans j°ere! Mais il plaignoient, et mes Anselmelès :

« Tu si esgardes! me dit il, qu'as tu, pere? » Je ne plorai, ne ne parlai adès N'en tot le jor n’en la nuit jusqu’au main, Qui ramena le soleil et ses rès.

Quant il ot mis en la chartre de fain Quelque clarté, et que je pu choisir En quatre vis mon vis meisme à plain, Andeus les mains je me mors par air ; Et il, pensant que ce fust por manger, Se redresserent soudain sans plus gesir, Et dirent : « Pere, moins sera nous grever, ,Se de nous manges; c'es tu qui nous vestis Ces chairs dolentes; reprent lee sans targer. » Je m'’acoisai por nes plus faire aflis ; Ce jor et l’autre nous esteumes tuit mu; Terre impiteuse, ahi! que ne t'ovris ?

Puis qu'au quart jor nous fumes parvenu, Gaddo dit : « Pere, que n’aides à mi? »

Et à mes piés se jeta estendu.

Si moru il. Et puis les trois je vi, Com tu me vois, là cheoir un et un, Et rendre l’ame, du quint au seste di.

Jà cius, j’alai à tastons sur chascun ; Deus jors encore apelai je mes mors; Plus que douloir fist puis estre jeün. »

ll, aiant si parlé, o les ieus tors Reprist le test miserable; et si dent

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18 Che furo alosso, come d’ un can, forli.

Ahi Pisa, vituperio delle genti Del bel paese la dove il sì suona, Poi che i vicini a te punir son lenti, Movasi la Caprara e la Gorgona, E faccian siepe ad Arno in su la foce, — 84 Si ch’ egli annieghi in te ogni persona.

Chè se il conte Ugolino aveva voce D’aver tradita te delle castella, Non dovei tu i figliuoi porre a tal croce. Innocenti facea l’ età novella, Novella Tebe, Uguccione e il Brigata, 90 E gli altri duo che il canto suso appella. Noi passamm' oltre, là’ ve la gelata Ruvidamente un’ altra gente fascia, Non volta in giù, ma tutta riversata.

Lo pianto stesso li pianger non lascia, E il duol, che trova in su gli occhi rintoppo, 96 Si volve in entro a far crescer l’ambascia. Chè le lagrime prime fanno groppo, E, si come visiere di cristallo Riempion sotto il ciglio tuto il coppo.

E avvegna che, si come d’un callo, Per la freddura ciascun sentimento 102 Cessato avesse del mio viso stallo, Gia m1 parea sentire alquanto vento ; Perch’ io : « Maestro mio, questo chi muove?

Non è quà giù ogni vapore spento? »

Ed egli a me : « Avaccio sarai dove Di cio ti farà l’ occhio la risposta,

80. Où si s'entend et sone: les Italiens expriment notre oui par si.

Furent à l’os come dent de chiens fors.

Ah! male Pise, oprobre de la gent Du bel pais où si sentent et sone,

Puis qu’à punir ti voisin sont trop lent,

Puist se movoir et Caprare et Gorgone, Et clore si l’Arno en lor destrois,

Qu'il en tes murs noie toute persone!

Car s'Ugolins, son la comune vois, T'avoit mentie sa foi por tes chastaus, Tu ne devoies ses fis mettre à tel crois.

Novele Thebe, lor jeunesse amiaus Les descoulpoit, Uguccion et Brighée,

Et er ce chant les jà dis damoisaus.

Oultre passames au lieu où la gelée Serre autre gent en son froit embrasser ; Il ont la teste arriere renversée.

Li plors meisme là ne laisse plorer ; Et la pesance qui treuve aus ieus closure Torne au dedans por l’angoisse empirer.

Les primes larmes font une masse dure, Et, aussi come visieres de cristal,

De l'œil emplissent le creus à grant laidure.

Et jà soit que, à la guise d’un cal,

La grans froidure avoit le sentement

102 En mon visage esteint tout par igal,

Il me sembloit jà sentir quelque vent.

Et je : « Qui fait ce movement, o mestre ?

Toute vapors n’a donc ci finement ? »

Et il à moi: « Là en peu tu vas estre Où par les ieus tu auras le respons,

82. Et Caprare et Gorgone: Caprara et Gorgona sont deux îlots de la mer Tyrrhénienne, non loin de l’embouchure de l'Arno.

108 Veggendo la cagion che il fiato piove. »

E un de’ tristi della fredda crosta Gridò a noi : « 0 anime crudeli Tanto che data v’ è l’ ultima posta, Levatemi dal viso i duri veli, Si ch’ io sfoghi il dolor che il cor m’impregna, 414 Un poco, pria che il pianto si raggeli. » Perch’ io a lui : « Se vuoi ch’ io ti sovvegna, Dimmi chi sei, e, s' io non ti disbrigo, Al fondo della ghiaccia ir mi convegna. »

Rispose adunque : « Io son frate Alberigo, Io son quel delle frutta del mal orto; 120 Che quì riprendo dattero per figo. »

« Oh, dissi lui, or se’ tu ancor morto? »

Ed egli a me : « Come il mio corpo stea Nel mondo su, nulla scienza porto.

Cotal vantaggio ha questa Tolomea, Che spesse volte l’anima ci cade 126 Innanzi ch' Atropos mossa le dea.

E perchè tu più volentier mi rade Le invetriate lagrime dal volto, Sappi che, tosto che l° anima trade,

118. Sui frere Aubri: Alberigo de’ Manfredi, une des principales maisons du parti guelfe, à Faenza, en Romagne. Vieux, il se fit frère Joyant (voy. XXHI, 4105), et il fut pour cela nommé frate Alberigo. Il y avait dans cette maison des Manfredi trois parents, Alberigo, Alberghetto et Manfredi. Il arriva en 1286 que ce Manfredi, jeune homme ardent, désireux de régner, dressa des embùches à Alberigo. On en vint à de violentes discussions, et, dans la chaleur de la dispute, il donna un grand soufflet à Alberigo. Celui-ci dissimula. Mais, quand il crut que l'injure était oubliée, il feignit de vouloir sé réconcilier, et Manfredi dit qu'il fallait pardonner à l’impétuosité de la jeunesse. La paix se fit; et Alberigo donna un repas,

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108 Veant la cause qui ce sofle fait nestre. » Uns des chetis pris dans les durs glaçons À nous cria : « Ames tant aversieres Qu'estes jugées aler aus plus bas fons, Du vis m'ostez les espesses visieres, Si qu’à ma peine un peu je fasse issue, 114 Ains que li plors regele mes paupieres. » Et je à lui : « Se veus que je t'aiue, Di moi qui es; se tes ieus je ne tert, Au font de glace que j'aille sans faillue! »

« Sui frere Aubri, dit il, à cui ahert Li remembrers des fruis du mal jardin ; 120 Date por figue ci reçoi en apert. »

« Oh! es tu mors, lui di je, à la parfin? »

Et il : « Je n’ai aucune connoissance Coment au monde mes cors suit son train.

La Ptolomée a ceste precellence Que maintes fois une ame choit ici, 126 Ains qu'Atropos ait fait la dessevrance.

Et por ce que de ce plor endurci Plus volontiers tu me terges le vis, Apprent de moi, tost que l’ame a trai,

auquel assistèrent Manfredi et uri de ses fils. Le repas s'étant terminé en pleine joie, Alberigo dit : Viennent les fruits. A ces mots, des serviteurs armés firent irruption dans la salle et massacrèrent Manfredi et son fils, sous les yeux d'Alberigo, qui applaudissait. C'est pourquoi il parle de jardin, de dattes et de figues.

124. La Ptolomée: les commentateurs ne sont pas d'accord sur l’origine de cette dénomination. Les uns y voient le nom de Ptolomée, roi d'Égypte, qui fit tuer Pompée ; les autres, le nom de Ptolomée, Juif, qui, dans un repas splendide, fit assassiner son beau-père et ses deux parents (voy.I, Mach., XVI, 11-16).

Come fec’ io, il corpo suo l' è tolto Da un dimonio, che poscia il governa 132 Mentre che il tempo suo tutto sia volto.

Ella ruina in si fatta cisterna; È forse, pare ancor lo corpo suso Dell’ ombra che di quà dietro mi verna.

Tu il dei saper, se tu vien pur mo giuso ; Egli è ser Branca d’Oria, e son più anni 138 Poscia passati ch’ ei fu sì racchiuso. »

« Io credo, dissi lui, che tu m’inganni; Chè Branca d'Oria non morì unquanche, E mangia e bee e dorme e veste panni. »

« Nel fosso su, diss’ ei, di Malebranche, Là dove bolle la tenace pece, 444 Non era giunto ancora Michel Zanche, Che questi lasciò un diavolo in sua vece Nel corpo suo ed un suo prossimano Che il tradimento insieme con lui fece.

Ma distendi oramai in quà la mano; Aprimi gli occhi. » Ed io non gliele apersi, 150 E cortesia fu in lui esser villano. — Ahi Genovesi, uomini diversi D'ogni costume e pien d'ogni magnana, Perchè non siete voi del mondo spersi?

Chè col peggiore spirto di Romagna Trovai un tal di voi, che per sua opra 156 In anima in Cocito già si bagna, Ed in corpo par vivo ancor di sopra.

137. C'est Branche d'Oire: Branca d'Oria, Génois, invita à un repas Michel Zanche, son beau-père, et le tua en trahison, pour lui enlever la judicature de Logodoro,

en Sardaigne (voy. Enfer, XXII, 88).

Come je fis, que ses cors lui est pris Par un demon qui desor le governe, 132 Jusque ses tems soit pleinement complis.

Ele choit jus en si faite citerne ; Et, espoir, est encore au monde sus Li cors de cel qui là derriere hiverne.

Tul dois savoir, s'a peu qu’es ci venus:

C’est Branche d’Oire que sous les ieus tu as ; 158 Et a moult d’ans qu'il est ainsi reclus. » Et je à lui : « Ne me deçoivre pas; Car Branche d’Oire n’est encore fenis, Il marge, il boit, il dort et porte dras. »

« Sus en la fosse dont Malgrif est baillis, Dit il, là où bout la visqueuse pois, 144 N’estoit encore Michel Zanche tramis, Qu’uns demons vint se loger sans desfois Aus'cors de Branche et d’un parent prochain Qui fu du meurtre aidere renois.

Mais oremais estent en cà la main, Ouvre mes ieus. » Et je ne les ouvri, 150 Et courtoisie fu lui estre vilain.

O Genevois, home si desgarni De tous bons mœurs et plein de malefice, Que n’estes vous du monde esvanoi ?

O le pior de Romagne en malice J'ai trové tel de vous dont, por ses fès, ‘156 Jà li Cocite tient l'ame en sa justice, Et li cors semble sur terre vivre adès.

. 142. Sus en la fosse:la bouge des baratiers, voy. Enfer, XXII.

144. Michel Zanche : voyez sur ce personnage XXII, 88. 146. D'un parent prochain : les commentateurs disent que Branca d'Oria fut aidé dans son assassinat par un sien neveu.

KEUVIÈME CERCLE : LES TRAITRES. QUATRIÈME COMPARTIMENT : La GIUDEQUE (Voy. XXXIV, 117), LucIFER, JUDAS, BRUTUS ET CASSIUS. — CENTRE DU MONDE; SORTIE DE L'ENFER.

ll s’en faut beaucoup que la sortie de l'enfer réponde à l'entrée. L'entrée est marquée d'une sombre terreur ; la peasée, l’image et le vers, tout est à l’unisson ; et on frémit non moins que le poële, quand on met le pied dans ce royaume de l’éternelle douleur. La sortie n'offre rien équivalant, méme de loin, à l’inspiration solennelle et redoutable du début. Le fond de l’enfer est rempli par la figure de Satan, être bizarrement énorme dont les ailes se meuvent sans fin pour entretenir le froid de la dernière région, et dont les triples mâchoires écrasent, sans fin aussi, trois pécheurs. Évidemment, Dante a compté sur sa description de Lucifer pour rendre la sortie de l'enfer égale à l'entrée, et il a cru son ange rebelle aussi terrible à l’imagination que le Sans espérance de la porte du noir séjour. Il s'est trompé. Il nous est impossible d'être touché d'aucune impression de terreur ou d'intérêt pour l'espèce de monstre par lequel il clôt le dernier cercle. Et qu'on n'invoque pas la différence des temps. Les temps différents ne nous empêchent pas de ressentir pleinement l’admirable beauté, dans la vérité relative, de l'entrée aux enfers.

Là où la différence destemps se marque profondément, c'est quand on compare le Satan de Dante avec celui de Milton. Le Satan de Milton a, lui aussi, sa vérité relative et son admirable beauté ; là, l’esprit du mal n'est plus un informe et grotesque démon ; mais le poëte en a fait une personnification grandiose du redoutable problème qui a tourmenté de bonne heure la conscience humaine. Au reste, il ne faut, de ce chef, imputer à Dante aucune infériorité de génie poétique. Il n'a pu s'élever au-dessus des idées de son temps; or, à l'égard du diable et des diables, les idées du moyen âge

étaient très-grossières et très-ridicules, et, ne prétant à rien de ce que Milton a trouvé dans la pensée plus haute de son siècle, elles enfermaient le poëte florentin en un cercle misérable.

Pourtant un point de doctrine, particulier, il est vrai, à Dante, est impliqué dans le rôle de punisseur attribué à Satan. Il mâche éternellement trois pécheurs, Judas, Brutus et Cassius. Pourquoi le poéte, contrairement à l'opinion générale de l'antiquité favorable au tyrannicide, a-t-il relégué au plus profond de l’enfer les deux meurtriers de Jules César? Luimême, en son livre de la Monarchie, III, 16 (voy. le Dante de Scartazzini), a expliqué la pensée qui l’a conduit. Il est sur terre deux pouvoirs suprémes auxquels c'est un crime irrémissible de porter atteinte, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Judas a trahi le premier; Brutus et Cassius ont trahi le second; car, pour Dante, Jules César est le pouvoir temporel qui s'était incarné dans l’empire romain et dans ses héritiers.

Il est curieux de remarquer qu'Auguste Comte, le fondateur de la philosophie positive, prononce un égal arrêt de réprobation contre Brutus et Cassius. Cette réprobation a pu provenir d'une conception sociologique qui montrait en Jules César l’inaugurateur d'une ère nouvelle, et en Brutus et en Cassius les fauteurs attardés et rétrogrades de la république aristocratique ; il n’est pas impossible non plus que la manifestation en ait été suggérée par le poëme. Auguste Comte était un vif admirateur et un lecteur assidu de la Divine Comédie.

« Verilla regis prodeunt inferni Verso di noi; però dinanzi mira,

Disse il maestro mio, se tu il discerni. »

Come, quando una grossa nebbia spira, O quando l’emisperio nostro annotta,

6 Par da lungi un mulin che il vento gira ;

Veder mi parve un tal dificio allotta.

Poi per lo vento mi ristrinsi retro Al duca mio; ch’ è non v'era altra grotta.

Già era, e con paura il metto in metro, Là dove l’ombre tutte eran coverte,

42 E trasparean come festuca in vetro.

Altre sono a giacere, altre stanno erte, Quella col capo, e quella con le piante; — Altra, com” arco, il volto a’ piedi inverte.

Quando noi fummo fatti tanto avante, Che al mio maestro piacque di mostrarmi

148 La creatura ch’ hebbe il bel sembiante,

Dinanzi mi si tolse, e fe’ restarmi:

« Ecco Dite, dicendo, ed ecco il loco

4. Vexilla : les étendards du roi de l’enfer s’avancent. Les étendards du roi de l’enfer sont les ailes de Lucifer que l’on commence à apercevoir. Dante détourne le sens du début d’une hymne composée par Fortunat, de Poi-

« Vexilla regis prodeunt inferni Par devers nous; pero esgarde avant, Me dit li mestre, se tu le vois de fi.

Tel, quant entor va la nieble espaissant, Ou quant li soirs nostre hemisphere oscure, De loin se monstrent moulin à vent tornant ;

Ore veoir me sembla tel faiture.

Arrier mon mestre je me mis por le vent ; Car n’i avoit nule autre coverture. +

Jà (je le met en vers o tremblement) J'ere où li ombre sont tuit covert de glace Et comme paille sous voirre tresparent.

Tel sont en arc o les piés en la face;

Tel teste en haut, teste en bas sont estant ; Tel sont gisant estendu en la place.

Quant parvenu fumes nous sì avant Qu’ à mon guion il plot de me monstrer La creature qui eut le bel semblant,

Devant me mist, et me fist arester :

« Vé-ci Dité et le lieu où à toi,

tiers, dans le vie siècle: Vexilla regis prodeunt, Fulget crucis mysterium: les étendards du roi s'avancent, le mystère de la croix resplendit.

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