DE DANTE ALIGHIERI. XXV
esprit de parti est aveugle dans ses passions et injuste dans ses sentences : il a flétri avec énergie les hommes de toute couleur, qui ne se parent de l’amour du pays que comme d'un masque : mais il a gardé pour les Gibelins les plus cruels supplices de son Enfer et ses apostrophes plus déchirantes que le fouet des démons. Il a fait sa réponse à Mosca.. il a frappé du pied le front de Bocca : il a stigmatisé l’inconstance politique de Pagani... Il a eu raison de dire à la postérité que la fortune pouvait le frapper au cœur, qu’elle le trouverait pur.
On reproche encore à Dante une excessive vanité. Bocace raconte que quand il fut nommé ambassadeur près de Boniface, il s’écria : « — Si je pars, qui restera? Qui partira, si je reste? » Il y a peut-être dans ce mot moins d’orgueil que de patriotisme. Combien d’ailleurs l’orgueil serait excusable s’il ne se rencontrait que dans des hommes si dignes de se placer d'eux-mêmes au-dessus du vulgaire ! Mais il existe une lettre de Dante, que je citerai, parce qu’elle renferme à la fois une justification pour le poète et un document pour l’histoire : — « Tous mes malheurs, »dit-il, sont nés de mon prieurat. Sans doute je n'étais pas »digne de ces hautes fonctions par mon mérite. Mes conci- »toyens n’ont considéré que mon zèle et mon âge; car il » s'était écoulé déjà dix ans depuis la bataille de Campal- » dino, qui fut si fatale aux Gibelins, et dans laquelle j’eus » grand’peur d’abord, quoique je ne fusse déjà plus un en- »fant sous la cuirasse.. Je finis par prendre grand plaisir »aux vicissitudes de ces combats. »
Dante laissa en mourant plusieurs fils, parmi lesquels François et Pierre furent ses premiers commentateurs.
Les écrits de Dante que l’on a conservés, sont des lettres fort intéressantes pour son histoire et pour celle de son temps, son Convito et.sa Wita nuova, mèlés de prose et de