‹ L'enfer, poëme traduit en versChapitre 9 sur 38 · XIV VIE · texte numérisé non relu

XIV VIE

air bienveillant et doux. Il avait le nez aquilin, les yeux grands, la figure longue et la lèvre inférieure un peu saillante. Il avait le teint très-brun, la barbe et les cheveux noirs, épais et crépus. Il portait habituellement une longue toge rouge, peut-être en souvenir de sa chère Béatrix qu’il avait vue, la première fois, vêtue d’une robe de cette couleur. Sa parole était lente, rare et sententieuse, sa répartie prompte ; ses argumens clairs, incisifs, trop empreints de la couleur dogmatique des écoles qui étaient la manie de son siècle. Il aimait, nous l’avons dit, les artistes autant que

les savans : lui-même il dessinait fort bien, chantait avec

goût et jouait de plusieurs instrumens. Il eut pour amis les hommes les plus illustres de l'Italie : l’esprit de parti cependant lui fit beaucoup de détracteurs ; l’envie, quelquesuns. Il fut avide de gloire, ardent au bien public, passionné dans la conception de ses desseins et de ses écrits, méthodique et régulier dans leur exécution ; dévoué dans ses affections, irréconciliable dans ses haines. On lui a sévèrement reproché ses variations politiques. Il y a dans ce reproche injustice ou légèreté : il importe de le réfuter dans un temps comme le nôtre, où toute gloire est ternie, quand la vie publique n’est pas pure. Dante, né Guelphe, est toujours resté Guelphe de cœur, ou plutôt il était du parti des hommes qui aiment leur patrie par-dessus toute chose. Exilé comme les Gibelins, il voulut comme eux rentrer dans les murs qui renfermaient son berceau et les tombeaux de ses pères. Fut-il pour cela le complice de ceux qui n’avaient de commun avec lui que le malheur ? Il accepta l’appui de Henri VII; mais il refusa de tirer l'épée sous ses ordres. Il écrivit d’amers reproches aux tyrans qui l'avaient injustement persécuté ; mais pour le peuple de Florence, il n’eut que ce cri d'amour : — « Popule mee, quid feci tibi?» Sans doute il a éprouvé combien tout

qq

Page 1