‹ L'enfer, poëme traduit en versChapitre 16 sur 38 · L'ENFER. — CHANT IX · texte numérisé non relu

L'ENFER. — CHANT IX

Rien n'’arrêta nos pas : ma curiosité

Pénétra librement le secret de Dité.…

Secret terrible, hélas! qu’une immense prairie Dévoilait tout d'un coup à ma vue attendrie.

Tels, dans les plaines d’Arle, où le Rhône s'endort ‘; Tels — près du Quarnaro, limite aux vagues d’or Qui ferme l'Italie et touche à sa rivale —

À Pola, les tombeaux font la terre inégale :

Tel s'offrit le spectacle à nos yeux déployé.

Mais combien il était plus digne de pitié!

Chaque tombeau brülait, au milieu: d’une flamme Plus vive que l'acier pour rougir n’en réclame.

De leur faîte entr'ouvert sortaient d’horribles cris. — «Quels pécheurs sont ici? car j'ai trop bien compris, » Maître, que chaque marbre enferme une victime. » — « Une, dis-tu, mon fils! l’'Hérésie est un crime ”

» Qui remplit ces tombeaux plus que tu ne le crois : » Oui, chacun d’eux dévore une secte à la fois.

» La flamme au crime égale est plus âpre ou moins vive.

Vers la droite, à ces mots, serrant de près la rive, L'ombre se détourna ; je suivis à pas lens,

Entre les hauts remparts et les tombeaux brülans.

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