‹ L'enfer, poëme traduit en versChapitre 17 sur 38 · EE · texte numérisé non relu

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ARGUMENT. — Dans le sixième cercle, Dante visite les tombeaux où sont enfermés les Hérésiarques. Farinata, capitaine Gibelin, prédit au poète qu’il sera exilé.

Entre les murs du cercle et les coupables proies, Voilà que nous marchons par de secrètes voies. Lui mon maître, d’abord ; et moi derrière lui.

— « OÔ sublime vertu, maître, avec ton appui,

» Si dans les cercles noirs sans peur je me dirige,

» Parle-moi ; satisfais à mes désirs : ne puis-je

» Voir ceux qui sont gisans dans ces lits douloureux ?

» Tous sont encore ouverts; nul ne veille sur eux. » — «Ïls seront tous fermés, quand, vers cestristes chambres, » Chacun de Josaphat rapportera ses membres.

» Épicure et sa secte est là, parmi ces morts,

» Pour avoir dit que l’âme expire avec le corps.

» Et quant à tes désirs, entre ici : cette terre

» Répondra même à ceux dont tu me fais mystère. » Je répondis : — « Pour toi je n’ai point de secret;

» Mais tes sages conseils m'ont rendu plus discret *.» —« O Toscan, qui t'en vas par la cité de flamme,

» Vivant, et prononcçant des mots qui vont à l'âme,

» Qu'il te plaise rester un peu dans ce séjour!

» Ton accent dit assez que tu recus le jour

» Aux rives que j'ai trop peut-être désolées. »

Ce son partit soudain de l’un des mausolées,

Tel que d’un peu plus près je suivis, plein d’effroi, Mon guide qui me dit : —« Que fais-tu? tournc-tol. » Car c’est Farinata, droit sur sa sépulture *.

» Tu le verras entier jusques à la ceinture. »

CHANT x. 87 . Moi, je fixais déjà son œil qui me fixait.

La poitrine et le front dehors, il se dressait.….

Il semblait défier les enfers. Mais Virgile,

À travers les tombeaux, et d’une main agile,

Me poussa près de lui, disant : —« Pèse tes mots. » Donc, j'arrive à la tombe où vivent tant de maux.

Il me regarde un peu; puis, d’une voix hautaine : — « Qui furent tes aïieux ? » dit le fier capitaine.

Et comme d’obéir il me faisait jaloux,

Je ne lui célai rien; je les lui nommai tous.

Alors un peu plus haut il leva. sa paupière.

Puis : —« C'était là des gens de race rude et fière ?, » Pour moi, pour mes aïeux, pour mon parti, dit-il, » Tels que je les jetat par deux fois en exil. »

— « Si vous avez deux fois chassé ceux de ma race,

» Ils sont aussi deux fois tous rentrés dans la place :

» Les vôtres sont, je crois, peu versés dans cet art. »

En ce moment surgit — découverte au regard —

Et jusques au menton — près de la première âme” — Une ombre qui semblait à genoux dans la flamme. Elle parut long-temps, d’un regard inquiet, Chercher autour de moi quelqu'un qui me manquait.

L'ombre ensuite en pleurant dit : —« Si c’est le génie » Qui t'ouvre la prison de la race bannie, » Pourquoi, pourquoi mon fils n'est-il pas avec toi?» Et moi : —«L’on me conduit; je ne suis rien par moi: » Êt celui qui là-bas m'attend, est le bon maître

» Que Guido, votre fils, dédaigna trop peut-être. » (Au genre du supplice, aux mots qu'il avait dits,

Je reconnus le père et pus nommer le fils.)

Lui, soudain se dressant comme un hommeen délire : — «Dédaigna.…dédaigna!...mon fils ?.. que veux-tu dire? » Mon fils ne voit-il plus le doux éclat du jour ? »

Ma réponse tardait au gré de son amour !.…..

Il retomba muet sous la brülante pierre...

L'autre avait conservé son attitude altière :

— « Les miens sont peu versés dans cet art ! »reprit-il, Comme si d’un discours il renouait le fil.

« Ce mot m'est plus cruel que ma couche infernale. » Mais, sans attendre l'heure où notre reine pâle ‘

» Aura cinquant® fois rallumé son flambeau,

» Tu maudiras cet art que tu trouves si beau.

» Réponds ; et qu'à ce prix le jour encor t'éclaire!

» De ce peuple d’où vient contre nous la colère?

» D'où vientqu'ilnous proscrittous danstoutes seslois?»

— « Contre vous, répondis-je en modérant ma voix, LU

CHANT X. 89 » Le sang pur qui rougit l'Arbia crie encore. » Etl’ombre,ensoupirant, reprit:— « Ce sangm'honore. » Ce sang était coupable, et je l'ai répandu... » Et, je n'étais pas seul :... mais quand j'ai défendu » Vos murs que mon parti dévouait à la flamme... » Là, j'étais seul. » — « La paix, répondis-je, ô grande âme, » Soit avec vos neveux! mais rompez le lien » Où s’est enveloppé mon esprit : je crois bien, . » Si je vous ai compris, que vous voyez sans peine » Les objets éloignés que le temps nous amène ; » Il n’en est pas ainsi pour les objets présens. » — « Tels que l'homme dont l'œil s’affaiblit par les ans, » Nous voyons, mais de loin : jusque dans sa justice, » Le souverain seigneur nous est encor propice. » Quand les événemens s’approchent, quand ils sont, » L'ombre quinousles cacheest comme un puits sansfond. » Toute chose du monde est pour nous comme morte, » Si quelqu'un de là-haut ici-bas ne l’apporte. » Et ce dernier flambeau, tu le sens, s’éteindra, » Au jour où du Futur la porte se clora. »

Contrit alors d’avoir blessé le cœur d’un père, Je repris : —« Vous direz à ce tombé, j'espère, » Que son fils compte encor chez les vivans. Déjà,

» Si je restai muet quand il m'interrogea,

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