‹ L'enfer, poëme traduit en versChapitre 37 sur 38 · Jamais le Tanaïs, voisin de la grande Ourse · texte numérisé non relu

Jamais le Tanaïs, voisin de la grande Ourse

Le Don, ou Tanaïs, qui sépare l’Europe de l'Asie,

Le Danube, qui prend sa source daus les montagnes des Grisons, et se jette daus l’Euxin avec tant d'impétuosité, que son eau se conserve douce à plusieurs lieues en mer.

3 Les monts de Tambernik et de Pietrapiana.

Le premier en Esclavonie, le second en Toscane.

la Leurs dents s’entrechoquaient comme les becs des grues.

« Ipsa sibi plaudat crepitante Ciconia rostro. » (Ov. Mérau. 6, v. 97:)

Les images qui suivent serrent le cœur d’une inexprimable angoisse. Il semble que le froid du Cocyte ait passé dans nos veines.

5 Tu veux savoir les noms de ce couple odieux ?

Tous deux fils d'Albert Degli Alberti : unis d'abord pour tyranniser leurs vassaux, ils finirent par s’entr'égorger. |

6 Ni ce Focaccia, ni cette ombre isolée.

Focaccia : noble de Pistoie, qui coupa la main d’un de ses cousins, et assassina ensuite le père de cet infortuné.

Cette ombre isolée est Mordrec, fils d'Arthur, roi d’Angleterre, et le premier des chevaliers de la Table-Ronde. Mordrec, s'étant embusqué pour assassiner son père, celui-ci le prévint et le perça d'un coup d'épée si violent que l’écuyer Guirflet, disent les romanciers, vit le jour à travers son corps. |

Sassol Mascheroni : Florentin qui tua un de ses oncles.

Camiccione de’ Pazzi, du val d’Arno, celui qui parle, tua par trahison Messer Ubertino, son parent. Il attend Carlino, plus coupable que lui, puisqu'il fut traître à la patrie, .et livra le château Piano di tre vigne aux noirs de Florence : près de lui, Camiccione paraîtra un saint.

7 Par hasard, imprudence ou volonté peut-être.

Nous voici dans le giron d'Anténor. (Voyez la vie de Dante, p.13, pour expliquer et justifier ce geste barbare.) Ce damné est Bocca degli Abbati, qui, par trahison, fit perdre aux Guelphes la bataille de Monte-Aperto.

Duera, Buoso di Duera, de Crémone : Gibelin qui laissa passer, sans l'attaquer, l’armée française commandée par Guy de Montfort, lieutenant de Charles d'Anjou.

Beccara, mieux Beccaria, de Pavie ou de Parme, légat du Pape à Florence, qui conspira contre les Guelphes, et fut décapité. | | | |

Gianni, Gibelin qui favorisa les Guelphes.

CHANT XAXHIT. 393

Tébaldello, de Faënza, Gibelin qui livra la ville aux Français pendant la nuit.

Ganellone ou Ganelon, gentilhomme a qui trahit Charlemagne, et fit gagner aux Sarrasins la fameuse bataille de Roncevaux, au pied des Pyrénées.

RE

4 + + + + + . Je fus, moi, lecomte Ugolin.

Voici en quelques mots le sujet de ce célèbre épisode :

Ugolin, de la famille des’ comtes della Ghérardesca, était un noble Pisan, attaché au parti Guelphe, et qui, avec l’aide de l'archevêque Roger degli Ubaldini, chassa Ninus Visconti, et devint à sa place seigneur de Pise. Mais bientôt l’archevêque, jaloux de cette élévation et poussé par les puissantes familles des Lanfranchi, des Sismondi et des Gualandi, ameuta la populace contre son ancien allié, s’'empara de sa personne et la fit enfermer avec ses quatre fils, dans la tour qui est sur la place Degli Anziani. Après quelques mois, il jeta les clés dans l’Arno, et le malheureux comte mourut de faim avec toute sa famille. (Villani, Liv. 7. Ch. 120, 127.)

2 + + + + + + + le loup vers la montagne.

La montagne Saint-Julien : il n’y a que quatre lieues el demie de Lucques à Pise,

3 Ma faim après cela fit plus que mes douleurs.

Il faut ici, pour l'honneur du poète, protester contre l'opinion ‘vulgäire. Ce vers ne veut pas dire qué la faim lai fit oublier sa douleur, et qu’ mangea ses enfans : mais il n’avait pu mourir de douleur, et il mourut de faim.

A Que Gorgone s’ébranle avec Caprée, etc.

Deux ilots de la Méditerranée, voisins de l’Arno.

5 Nous avions traversé la ligne qui sépare, etc.

Nous entrons dans le giron de Ptolomée.

6 Je suis frère Alberic, etc.

Alberie de Manfredi, de l’ordre des Fréres-Joyeux dont il a été parlé ailleurs. Ayant invité quelques amis à diner, il les fit tous assassiner, au moment convenu où les fruits furent apportés sur la table.

7 Car Branca d’Oria, etc.

Génois, qui tua par trahison don Michel Sanche, son beaupère, dont il a été question dans le chant 22e.

8 =... . . + . + Sanche était encor dû, etc.

Don Michel Sanche de Logodor. (Voy. ch. 22, p. 201.)

9 + + + + + + + Mais moi je ne les rouvris pas.

C'estla seconde action que le poële ait à se reprocher de-

CHANT XAXIIL 395

puis qu’il nous a fait pénétrer dans le dernier cercle. Sans doute il n’agit pas ainsi sans raison. Parvenu à la fin de sa course, il faut qu’il épuise les dernières ressources de la terreur. Au plus profond de l’enfer, rien ne se gouverne plus par les lois ordinaires. L’atmosphère est sans air, La douleur sans larmes, le cœur sans pitié.

Que l’on me pardonne de blämer l’apostrophe qui termine cet admirable chant. Les grands mouvemens ne veulent pas être prodigués. L'âme est encore remuée de cette magnifique prosopopée qui tombe comme la foudre sur les murs de Pise : en voici tout de suite une autre sur les Génois. On sent là une monotone uniformité, j'allais presque dire une fausse chaleur.

Rachetons l’audace de cette critique par les belles réflexions de Rivarol : « I1 me semble que dans un siècle où » la religion était toute puissante sur les esprits, ce dernier » supplice dut produire un effet bien effrayant. Voici trois » hommes capables de grands crimes à la vérité, mais il- » lustres par leur naissance, et toustrois pleins de vie. Le » Dante vient affirmer à la face de l'Italie que ces trois » hommes ne vivent plus, que ce qu’on voit n’est que leur » enveloppe animée par un démon, et que leur âme est en » Enfer depuis longues années. C’est montrer le doigt de » Dieu au festin de Baltazar : aussi reste-t-il une tradition » du désespoir où il réduisit les trois coupables. On ne » peut pas sans doute faire un plus bel usage de la poésie » et de ses fictions, que d'imprimer de telles terreurs au

» crime. C’est faire tourner la superstition au profit de la » verfu. »

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