‹ L'enfer, s'il y en a unChapitre 16 sur 25 · LA PERVERSITÉ DE LA' VOLONTÉ DES DAMNÉS · texte numérisé non relu

LA PERVERSITÉ DE LA' VOLONTÉ DES DAMNÉS

La volonté des damnés est comme pétrifiée dans le péché, dans le mal, dans la mort surnaturelle. :: Qu'est-ce qui fait qu’en cette vie un pécheur peut se convertir ? C’est d’abord, comme nous l'avons dit, qu'il en a le temps et que le bon Du lui en donne toujours la grâce ; mais c’est

aussi parce qu’il est, libre parce que sa :

volonté peut, à son choix, se retourner du côté de Dreu. C’est un acte de volonté

a rendu le. dernier soupir,

libre qui a détourné le pécheur de son Drev ; et c’est par un acte de volonté libre . que, moyenmmant la grâce de ce Dieu trèsbon, il revient à lui, se repent, et, pauvre enfant prodigue, rentre pardonné dans la maïson paternelle. à

Mais, au moment de la mort, il en est de la liberté comme dé la grâce : c’est fini, fini pour toujours. Il ne s’agit plus alors, de choisir, maïs de demeurer dans ce qu'on a choisi. Vous avéz choisi le hieu, la vie: vous possédez pour toujours le bien et la vie. Vous avez choisi follement le mal et la mort: vous êtes dans la mort, vous y êtes pour toujours, et vous n’y êtes que parce que vous l'avez voulu lors que vous pouviez vouloir. C’est l'éternité des peines.

On montre encore aujourd’hui, au palais de Versailles, la chambre où mourut.

Louis XIV, le 1er septembre 1715. Ce sont les mêmes meubles, et en particulier Ja même pendule. Par un sontiment de respect pour le grand roi mort, on arrêta cette pendule au moment où il rendit le dernier soupir, à quatre heures trénte et.

une minutes; et depuis, on.n’y à point.

touché, et voilà plus de Cent soixante ans qué l'aiguille immobile du quadran mar-

ue'quatre heures trento et une minntes.

est une image frappañte de l’immobilité où entre et démeure la volonté de l'homme, au moment où il quitte cette vie.

La volonté du pécheür damné demeu-:

re donc nécess: Île es moment de la mort. Telle qu'elle est, elle est immobilisée, elle est éternisée, si

l'on peut Parler ainsi. Le damné veut.

toujours et nécessairement le mal qu’ila fait, dit saint Bernard. Le mal et lui ne

font plus qu'un; c’est comme un péché

vivant, permanent, immuable. |

De même qué les Bienheureux,, ne voyant Dieu que dans son amour, l'aiment nécessairement; de mème les ré-

prouvés re voyant Dieu que. dans les

châtiments de sa justice, le haïssent nécessairement. Je.vous le demande : n’estil pas de justice rigoureuse qu'un châtiment immuable frappe une perversité immuable ? et qu'une. peine. éternelle, toujours la même, punisse une volonté éternellement fixée dans le mal, éternel-

lement détournée de Dieu par la révolte

et la haine, une volontée arrètée de pécher toujours? . | De ce que nous venons de dire, comme de ce qui précède, il résulte d’une manière évidente que, dans l'enfer, les damnés n'ayant ni le temps, ni la grâce, ni la volonté dé se convertir, ils ne peuvent être pardonnés, ils doivent de toute nécessité subir un châtiment immuable et éternel ; énfin, et comme conséquence

rigoureuse,.que les peites de 1 enfer non- .

Aer men ce qu'elle est au

Os pu à

seulement n'auront point de fin, mais qu’elles ne sont pas susceptibles de ces

diminutions ou mitigations dont on vou-

drait se flatter.

__#iL EST VRAI QUE DIEU 80IT INJUSTE EN PUNISSANT PAR DES PEINES ÉTERNELLES DES FAUTES D'UN MOMENT.

C’est là une bien vieille objection, arrachée par la peur aux consciences écornées. Dès le quatrième siècle, lillustre Archevêque de Constantinople, saint Jean Chrysostome, la relevait un jour en ces termes : ‘ Il y en a qui disent: “Je n'ai été que quelques instants à tuer un homme, à commettre un adultère ; et pour ce péché d'un moment, je vais avoir à subir des peines éternelles ?” Oui, certes ; car ce.que Dieu juge dans votre péché, ce n’est que le temps que vous mettez à le commettre, mais la volonté qui vous le

fait commettre. ”

Ce que nous avons dit plus haut suffrait déja pour écarter ici l'ombre d'une difficulté. La conversion et le changement étant absolument impossibles dans l'enfer, par défaut de temps, par, défaut de grâce et par défaut de liberté, la cause du châtiment subsiste éternellement en son entier et doit, en stricte justice, prodtire éternellement son effet. Il n’y a rien à dire à cela : c’est de la justice pure.

REC T PT cm

Vous trouvez injuste que Dieu punisse ar une peine éternelle des crimes d’un . instant ? Mais voyez donc ce qui se passe tous les jours dans la société humaine. Tous les jours elle punit de mort des assassins, des parricides, des incendiaires, etc., qui ont perpétré leur crime en quelques minutes. Est-elle injuste ? Qui oserait le dire? Or, qu'est-ce que la peine de mort, dans la suciété humaine ? N'est-ce pas une peine perpétuelle, une peine sans retour, sans mitigation possible? (Cette peine de mort prive pour toujours de la société des hommes, comme l'enfer prive pour toujours de la société de Drev.

Pourquoi en serait-il autrement pour les crimes de lèse-majesté divine, c’est-à-dire pour les péchés mortels ?

Mais le temps n'entre ici pour rien dans le poids moral du péché. Comme le disait saint Jean Chrysostome, ce n’est pas la durée de l'acte coupable qui est puni en enfer par une peine éternelle, c’est la perversité de la volonté qui a fait agir le pécheur et que la mortest venue immobiliser. Cette perversité demeurant toujours, le châtiment qui s’y attache éternellement, loin d’être injuste, est tout ce qu’il y a de plus juste, et est même nécessaire. La sainteté infinie de Dœu ne se doit-elle pas à elle-même de repousser éternellement un être qui est dans

un état éternel de péché? Or tel est le réprouvé en enfer.

- Et puis, quiconque y réfléchit sérieusement remarquera dans tout péché mortel un double caractère : le premier, qui est essentiellement fini, c’est l'acte libre de la volonté qui viole la loi de Drv et qui pèche ; le second, qui est infini, est l'outrage fait à la sainteté, à la majesté infinie de Dreu. Par ce côté, le péché renferme une malice infinie en quelque sorte ; “ quandam infinitatem,”” dit saint Thomas. Or, la peine éternelle répond dans une mesure exacte à ce caractère fini et infini du péché. Elle est elle-même finie et infinie : finie en intensité ; infinie et éternelle en durée. Fini quant à la durée de l'acte et à la malice de la volonté de celui qui pèche, le péché est puni par une peine plus ou moins considérable,

mais toujours fini en intensité; infini

par rapport à la sainteté de Celui qui est offensé, il est puni par une peine infinie en durée, c’est-à-dire éternelle.

Encore une fois, rien de plus logique, rien de plus juste que les peines éternelles qui punissent en enfer le péché et le

‘pécheur.

: Ce qui ne serait pas juste, ce serait que

tous les réprouvés eussent à subir la même peine. En effet, il est évident

qu'ils ne sont pas tous aussi coupables les

uns que les autres. Tous sont en état de péché mortel ; égaux en cela, ils méritent tous également une peine éternelle ; mais tous n'étant pas coupables au mème degré, l'intensité de cette peine éternelle, est exactement proportionnée au nombre et et à la gravité des fautes d’un chacun.

Donc, là encore, justice parfaite, justice infinie.

Enfin, autre observation très-frappante:

si les peines du pécheur impénitent, rérouvé en enfer, avaient une fin, ce serait ui, et non pas le Seigneur, qui aurait le le dernier mot dans sa lutte sacrilége contre Dœu. Il povrrait dire à Dieu:

‘ Je prends mon temps ; vous prendrez le vôtre. Mais que le vôtre soit court ou qu'il soit long, je finirai toujours par l'emporter sur vous; je serai maitre de la situation ; et un jour, que vous le vouliez ou non, j'irai partager -votre gloire et votre béatitude éternelle dans les cieux. ” Est-ce possible, je vous le demande ?— Donc, à ce point de vue encore, et indépendamment des raisons à que nous venons d'exposer, la justice, la sainteté divine, requiert de toute nécessi-

té que les châtiments des damnés soient.

éternels.

. Mais la bonté de Drev ? ” pensera-t-on peut-être.—La bonté de Du n’a rien à faire ici ; l'enfer est le règne de sa justice,

Boro-g

infinie tout comme sa bonté. La bonté de Dieu s'exerce sur la teyre, où elle pardonne tout, et toujours, et immédiatement, au repentir. Dans l'éternité, la bonté n’a plus à s'exercer; elle n’a plus qu’à couronner dans les joies du ciel son

œuvre accomplie sur la terre par le par-

don.

Voudriez-vous par hazard que, dans l’éternité, Dreu exerçât:.sa bonté vis-à-vis de gens qui en ont indignement abusé sur la terre, qui n’y ont point eu recours au moment de la mort, et qui, maintenant, n’en veulent plus et ne peuvent

plus en vouloir ? Ce serait tout simple- . «ment absurde. De la part de Dreu surtout,

la bonté ne peut pas s'exercer aux dépens dc la justice.

Donc, en punissant par des peines éternelles des fautes passagères, loin d’être

injuste, Dieu n’est que juste et très-juste,

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