‹ L'enfer, s'il y en a unChapitre 6 sur 25 · S'IL Y A VRAIMENT UN ENFER, COMMENT PERSONNE N’'EN EST-IL REVENU · texte numérisé non relu

S'IL Y A VRAIMENT UN ENFER, COMMENT PERSONNE N’'EN EST-IL REVENU

D'abord, l'enfer existe pour punir les

+ réprouvés, et non pour les laisser revenir “ sur la terre. Quand on y est, on y reste.

Vous dites qu’on n’en revient pas ? C’est vrai dans l’ordre habituel de la Provi-

À dence. Mais est-il bien certain que per- | sonne ne soit revenu de l'enfer ? Etes-vous

sûr que, dans une vue de miséricorde et

+ de justice, Du n'ait jamais permis à un

damné d’apparaître sur la terre ?

Dans l’Écriture sainte et dans l’histoire,

{ on lit la preuve du contraire; et, toute

!‘superstitieuse qu’elle est devenue, la croyance quasi-générale à ce qu’on appelle ® ‘(les revenants ” serait inexphcable si elle .

: ne provenait d’un fonds de vérité. Laissezmoi vous rapporter ici quelques faits dont & l’authenticité semble évidente, et qui prou

vent l’éxistence de l'enfer par le redouta-

à ble témoignage de ceux-là mêmes qui y 4 sont.

Le Docteur Raymond Diocrèse.

Dans la vie de saint Bruno, fondateur

des Chartreux, on trouve un fait étudié à fond par les très-doctes Boillandistes, et qui présente à la critique la plus sérieuse tous les caractères historiques de l'authenticité ; un fait arrivé à Paris, en plein jour, en présence de plusieurs milliers de témoins, dont les détails ont été recueillis par des contemporains, et enfin qui a donné naissance à un grand Ordre religieux.

Un célèbre docteur de l'Université de Paris, nommé Raymond Diocrès, venait de mourir, emportari l’admiration universelle et les regrets de tous ses élèves.

C'était en l’année 1082. Un des plus savants docteurs du temps, connu dans toute l'Europe par sa science, ses talents et ses vertus, et nommé Bruno, était alors à Paris avec quatre compagnons, et se fit un devoir d'assister aux obsèques de l'illustre défunt.

On avait déposé le corps dans la grande salle de la chancellerie, proche de l’église de Notre-Dame, et une foule immense entourait le lit de parade où, selon l’usage du temps, le mort était exposé, couvert d'un s“riple voile.

À. = ment où l’on vint à lire une‘des leg. ue l'Oflice des morts qui commence ainsi : ‘“Réponds-moi. Combien grandes et nombreuses sont tes iniquités,” un voix sépulcrale sortit de dessous le voile funè-

bre, et toute l'assistance entendit ces paroles : “ Par un juste jugement de DIEU, j'ai été accusé” On se précipite : on lève le drap mortuaire : le pauvre mort était là, immobile, glacé, parfaitement mort.

La cérémonie, un instant interrompue, fut bientôt reprise ; tous les assistants étaient dans la stupeur et pénêtrés de crainte.

On reprend donc l'Office; on arrive à la susdite leçon ‘“ Réponds-moi” Cette fois, à la vue de tout le monde, le mort se soulève, et d’une voix plus forte, plus accentuée encore, il dit: ‘ Par un juste ® jugement de DIEU, j'ai été jugé,” et il à retombe. La terreur de l'auditoire est à % son comble. Des médecins constatent de % uouveau la mort. Le cadavre était froid, ® rigide. On n'eut pas le courage de conti- 4 nuer. et l'Office fut remise au lendemain.

NU Les autorités ecclésiastiques ne savaient que résoudre. Les uns disaient : “C'est un + réprouvé, il est indigne des prières de 4 l'Eglise” D’autres disaient : ‘ Non, tout cela est sans doute fort effrayant; mais enfin, tous tant que nous sommes, ne 4 serons-nous pas accusés d'abord, puis & jugés par un juste jugement de Dreu ?” & L'Evêque fut de cet avis, et, le lendemain, le service funèbre recommença à la même © heure. Bruno et ses compagnons étaient là comme la veille. Toute l'Université, E tout Paris était accouru à Notre-Dame.

Ji 30 L'ENFER

L'Office recommence donc. À la même leçon : ‘“ Réponds-mo: ‘ le corps du docteur Raymond se dresse sur son séant, et, 1} avec un accent indescriptible qui glace if d’épouvante tous les assistants, 1l s’écrie :

Par un juste jugement de DIEU, j'ai été il condamné,” et retombe immobile.

Cette fois il n’y avait plus à douter. Le terrible prodige constaté jusqu'à l’évidence n'était pas même discutable. Par ordre de l’'Évèque et du Chapitre, on dé-

Je pouille, séance tenante, le cadavre des insignes de ses dignités, et on l'emporte à la voirie de Montfaucon.

Au sortir de la grande salle de la chancellerie, Bruno, âgé alors d'environ quarante-cinq ans, se décida irrévocablement {il à quitter le monde, et alla chercher, avec | ses compagnons, dans les solitudes de la ‘Grande-Chartreuse, près de Grenoble, une retraite où il püt faire plus sûrement son salut, et se préparer ainsi à loisir aux justes jugements de Drev.

Certes, voilà un réprouvé qui ‘‘ reve- 11 nait de l'enfer,” non por: en sortir, mais

ll pour en êire le plus irrécusable des té- 1 moins.

{1 Le jeune Religieux de saint Antonin.

Le savant Archevèque de Klorence,saint Antonin, rapporte dans ses écrits un fait

non moins terrible, qui, vers le —ilieu du

inzième siècle, avait épouvanté tout le nord de Pltalie. Un jeune homme de bonne famille qui, à seize ou dix-sept ans, avait eu le malheur de cacher un péché mortel en confession et de communier en cet état, avait remis de semaine en semaine, de mois en mois, l’aveu si pénible de ses sacriléges, continuant, du reste, ses confessions et ses communions, par un misérable respect humain. Bourrelé de remords, il cherchait à s’étourdir en faisant de grandes pénitences, si bien qu'il passait pour un saint. N'y tenant

plus, il entra dans un monastère. ‘Là.

du moins, se disait-il, je dirai tout, et j'expierai sérieusement mes affreux péchés.” Pour son malheur, il fut accueilli comme un petit saint par les Supérieurs qui le connaissaient de réputation, et sa honte reprit encore le dessus.

‘Il remit ses aveux à plus tard ; il redoubla

ses pénitences, et un an, deux ans, trois ans se passèrent dans ce déplorable état.

JL n’osait jamais révéler le poids horrible et honteux qui l'accablait Enfin, une maladie mortelle sembla lui en faciliter le moyen. * Pour le coup, se dit-il, je vais tout avouer. Je vais faire une confession générale, avant de mourir. ” Mais l’a-

" mout-propre dominant toujours le repen-

tir, il entortilla si bien l’aveu de ses

fautes, que le confesseur n’y put rien comprendre. Il avait un vague désir de revenir là-dessus le lendemain ; mais un accès de délire survint, et le malheureux mourut ainsi.

Dans la Communauté, où l’on ignorait l’affreuse réalité, on se disait : ‘* Si celuilà n’est pas au ciel, qui de nous y pourra entrer ?” Et l’on faisait toucher à ses mains des croix, des chapelets, des médailles. Le corps fut porté avec une sorte de vénération dans l’église du monastère, et resta exposé dans le chœur jusqu’au lendemain matin où devaient se céiébrer les funérailles.

Quelques instants avant l’heure fixée pour la cérémonie, un des Frères, envoyé pour sonner la cloche, aperçut tout à coup devant lui, près de l'autel, le défunt environné de chaînes- qui semblaient rougies au feu, et quelque chose d’incandescent apparaissait dans toute sa personne.

Epouvanté, le pauvre Frère était tombé à genoux, les veux fixés sur l’effrayante apparition. Alors, le réprouvé lui dit :

‘“ Ne priez point pour moi. Je suis en enfer pour toute l'éternité. ” Et il raconta la lamentable histoire de sa mauvaise honte et de ses sacriléges, après quoi il disparut, laissant dans l’église une odeur infecte, qui se répandit dans tout le monastère, comme pour attester la vérité de

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