I. On le nommoit alors yidame du Mans
philosophalC) que tant de gens' cherchent, sont de mesme substance; et son filz aisné% que ses tripes et celles des dames ne sont pas de mesme nature, et qu'il garde les siennes de coups de lances ; pour sa fille plus jeune, que c'estoit une sotelette d'avoir refusé le comte de Fiasco pour n'estre assez desbauché; et que si jamais je vOyois monsieur de Bourboné *, je Tadvertisse de boire devant sa mort tout son saoul, car il estoit en danger puis après de ne boire qu'à la discrétion du marquis de Pisani. Je fis un petit mémoire de tout cela, et pris congé de la compagnie pour me transporter au quartier des larrons ; mais , comme je sortois , je trouvay un esprit qui amenoit un gros Suisse qui s'estoit crevé de boire le jour devant à une feste de village, et le menoit soubz le gouvernement de monsieur de Pisani* Ce diable, me voyant sortir, n'eust pas l'esprit de songer que je n'estois pas encores mort, et jugea incontinant que j'estois de la troupe des yvrongnes et que je faisois une scapade pour me sauver. Je fus tout estonné qu'il me mit la main sur le collet, et jura par Bacchus à tous les Âllemans qu'il m'empesche-
1. M. de Bassompierre, son filz aisné, ayoit esté blessé peu auparavant au rentre, d'un esclat de lance, courant en lice dans la court du Louvre.
2, Cestoit un seigneur Lorrain.
roit bien de faire ce tour. Si jamais homme fut estonné, ce fut moy. Je me mis à crier que c'estoit moy, et que je me plaindrois de l'outrage qu'il me faisoit. Je le voulois tirer à toute force en jugement, mais j'estois trop faible, car il me menoit aisément avec ce Suisse pour seoiv à table, et estois tout de mesme que monsieur de Montbazon quand ses prisonniers lui fekent escorte par force au logis de monsieur du Mayne. J'avois beau dire que je n'estois point mort, il n'yavoit point de raison en ce diable, et croy qu'il estoit aussi yvre que son Suisse. Mais le jesuitte qui me servoit d'escorte vint à la tra* verse et fit le holà^ disant que j 'estois un estranger qui venoit veoir le pays, et que, si on me faisoit quelque violence, ce seroit pis qu'à Rome, où on donne l'estrapade aux François devant qu'ils soyent debottez. Le diable pensoit que le jesuitte luy en vouloit donner d'une, et hiy dit qu'il cognoissoit bien qu'il n'y avoit religion qui eslargit plus la manche de la conscience pour le faict des jeusnes que celle des jesuittes, et qu'à cause de cela il taschoit à me sauver, qui estois yvrongne et condamné à la soif perpétuelle. J'estois si fort saisi de crainte, voyant que ny la force ny les prières n'avoient efficace auprès de cest enragé, que j'oubliois la franchise de mon passeport; mais je ne sçay quelle bonne
fortune m'en fit ressouvenir. Je le desployai et monstray à ce maistre diable, voyant que ces messieurs se serroient desjà pour me faire place à table. Le diable Tayant veu et cogneu la signature» me fit une grande révérence, me priant que je luy pardonnasse ceste jeunesse; que ce qu'il en avoit faict n'estoit qu'une affection qu'il portoit à la justice, qu'ilz conformoient en ce pays-là du tout à la justice françoise, principallement pour la longueur et des procès et de la prison. Je pensois que je ne serois jamais hors de ceste maison. Je luy pardonnay fort volontiers, et, ayant passé un petit d'eau dessus un petit pont, vins en une isle où sont tous les larrons de Paris, France et de tout le reste du monde; car en ce pays-là n'y a grand ny petit Chastellet, et si sont tous les financiers juridiciables à la Conciergerie du Palais. J'y vis un grand nombre de personnes, et entre autres plusieurs trésoriers de ma cognoissance , un grand nombre de gabelleurs , partisans et autres. Parant ' y estoit, homme de qui on tient un grand conte là-bas, et qu'on a fort bien salé de peur qu'il ne pourrisse. Ce fut le premier à qui je m'addressay. Il me demanda comment se portoit monsieur de Gesvres et combien il avoit gaigné