‹ L'enfer: satire "dans le goût de Sancy"Chapitre 14 sur 20 · I . Ces deux : le premier estant premier président à Tho · texte numérisé non relu

I . Ces deux : le premier estant premier président à Tho

s» Daâis et TArcher disoient qu'il estoit vray, et qu'ilz en prirent un jour telle appréhension, que la parolle leur en faillit ^ Le feu Président de Thou faisoit bonne mine et monstroit assez qu'il estoit à son aise. Il m'envoya un huissier pour sçavoir qui j'estois, mon Jesuitte luy respondit pour moy, car ilz s'entr'entendoient ensemble, et luy dit que je me tenois ordinairement à Paris. Il me fit approcher; je le saliie et, sçachant qui il estoit, luy asseure que j'estois des meilleurs amis de Monsieur le Président son filz, et que j'esperois le veoir en bref, et que ce seroit le premier à qui je dirois nouvelles de mon voyage. « Puiz que vous luy estes si bon amy, dit-il, commandez luy de ma part, je vous prie, qu'il £ace imprimer de reche^ son Histoire; mais que, comme à la seconde édition il a osté quelques feuilles et contenté les Jesuittes, ainsy à ceste troisiesme il raze tout ce qui prejudicie à la renommée de la feue Royne mère. Cest elle qui m'a faict, et luy par conséquent, tels que nous sommes, et ne faut pas qu'elle reçoive le mal pour le bien. Dittes-

loze, fut tué par la populace de ceste ville-là, et l'autre par celle de Paris.

I. L'un advocat gênerai à Tholoze, et l'autre conseiller au Chastellet^ accablez ensuitte de la calamité des deux presidens susnommez.

luy qu'en toutes autres choses, je me contente infiniement de luy, et que tous ceux qui viennent par deçà l'estiment merveilleusement homme de bien. » Quasi au mesme rang où estoit assis Monsieur de Thou, il y avoit une chaire et personne dedans, la figure des Sceaux de France dessus, et toutes les autres marques de la Chancellerie. On m'apprit que c'estoit pour Monsieur le Président Jannin, qui seroit chancellier en ce monde-là, à cause qu'il ne le pouvoii estre en cestuy-cy. Feu Monsieur de Chiverny ne m'avoit pas encore apperceu, car il estoit empesché à lire des lettres de Madame de Sourdis, touchant quelques indulgences qui debvoient estre à Bordeaux le jour de St-Joseph; mais, dès qu'il m'eut veu, il quitta sa lecture pour me caresser et faire souvenir du temps passé. Je proteste par toutes les merveilles de mon voyage, que je fus si espris de joye et de tristesse tout ensemble, qu'à grand peine luy pus-je dire un seul mot. Nous devizasmes enfin assez long temps, et si le temps ne m'eust pressé, je croy que j'y fusse encore. A nosire a-dieu, il me pria de veoir ses filz à mon retour au monde, et que je disse au comte de Chiverny qu'il le prioit d'estre bon mary en ses secondes nopces, qu'il traictast bien sa femme, Phonnorast comme sa compagne, et par tous les tableaux, cheminées, portes, et au-

très lieux où il feroit graver ses artnayries, qu'il n'oubliast pas aussy d*y mettre celles de sa femme. Pour PEvesque de Chartres, il ne me donna pas grande commission; seulement me dit un mot touchant la chasse des lièvres de Beausse. Monsieur de Thou me pria aussy de veoir la Royne Mère devant que de partir, et luy dire, comme de moy-mesme, que je sçavois bien qu'on vouloit corriger ceste Histoire de quoy elle s'estoit scandalisée, et que, sans doubte, ce qu-en avoit faict l'Autheur ne procedoit d'aucune malice ou ingratitude, mais du pur et sincère amour de dire vérité. Je pris la commis-r sion, et luy demanday où je la trouverois. « Au quartier des Princes, ce me dit-il; si vostre guide est bon Jesuitte, il vous y pourra bien conduire. » Comme j'estois prest à sortir, feu Monsieur de la Guesle* me rencontra qui venois de faire de l'eau à la porte et me demanda des nouvelles de son filz et de sa belle fille. Je luy dis que je les avois laissés tous deux en bon poinct. Dieu

mercy, et que si Monsieur le pouvoit venir

au-dessus d'un demy rond contre qui il a af&ire, que, sans doubte, il auroit la rotondité toute pleine, a Mais nefaict-il point de filz pour luy suc-

I. Président au Parlement de Paris et père du procureur gênerai, car ilz estoicnt l'un et Tautre excessivement gros et gras.

céder? — Monsieur, dis-je, il a promis à son gendre de n'en point faire. Je ne sçay s'il tiendra €Oup ; mais, s'il attend encore quelque temps, je m'asseure qu'il en recevra commandement de Monsieur le Dauphin, en faveur de Monsieur de Nancey . — Et je vous prie donc bien fort, dit-il, de le faire haster, et si vous avez du crédit envers Madame de , faites qu'elle en parle à ma

belle fille. »

Comme j'eus quitté ce seigneur, je commençay à songer où pouvoit estre Ligolî, que je n'avois pas veu en ceste bande-là. Je le demande à un guide , il me dit qu*on l'avoit envoyé en Angleterre pour confesser un Jesuitte qui estoit proche de sa fin. c Mais où est-il logé quand il est icy bas? — Monsieur, dit-il, il est logé en si misérable lieu, qu'il crie comme un desespéré qu'il ne croit point qu'il y ait de Dieu, et qu'il né sçait où est sa miséricorde. Mais où voulez -vous que je vous mène? — J'irois volontiers veoir, luy dis-je, ceux qui ont aimé les belles gens, car je me sens un peu de ceste humeur, et peut-estre que ceste veue me feroit homme de bien. De là nous irons, s'il vous plaist, à la Toumelle, veoir donner quelque sentence ; puis nous passerons par la maison du Roy de ce lieu et, finallement, au lieu où vous logez les Princes, pour faire mon mes-

sage à la Royne-mere. — En voilà bien, ce dit-il, ]e ne sçay si nous irions partout en un jour, et puis il n'y a point de cabaret pour disner ; le meilleur seroit d'aller tout droict veoir la Royne Mère, et que nous prinsions nostre réfection chez elle. » Je m'y accorde, nous tirons à ce costé et passons par une grande lande, où un nombre de Diables estoient empeschez à faire des fagots de fougère et de bruyère, pour certains feux de joye qu'on devoit faire après vespres, comme je vous diray tantost. Un peu plus loing, nous apperceûmes deux hommes qui se battoient en duel, comme avoient fait le jour de devant Monsieur de Laval et Monsieur de Baummes. « Ne voilà pas, dis- je, grand pitié, messieurs les morts, que, ne vous contentans des maux que vous endurez icy, vous les augmentez encore par vos querelles et sottises?

Hastons-nous, je vous supplie, séparons ces enragez et les mettons d'accord, s'il y a moyen. » Estans assez proches, je cogneu que Tun estoit encores une fois Monsieur de Baummes; cela m'irrita extrêmement, tellement que , sans recongnoistre sa partie, je m'addresse seulement à luy : « Et ne voilà pas de belles nouvelles que je rapporteray à Monsieur du Plessis de vos comportements? Est-ce là ce qu'il vous a enseigné? Sur mon Dieu, vous debvriez estre hon-

teux, et pour ne vous celer point vos perfections^ quand ce seroit Monsieur le Prince de Jêinville*, il ne sçauroit estre plus folastre que vous. — Je ne le suis pas tant que vous pensez, dit-il. Je proteste par Nostre-Dame-des- Ardilliers que je ne me bats que pour bonne cause ; mais voicy un homme qui m'agace sans cesse sur le faict de la Religion. — J'en ay bonne raison, respond Tautre, car je suis jeté en ma croyance tant pour la vérité que pour ce que mes prédécesseurs ont esté membres de la saincte Eglise. » Je le regarday au visage, et cogneu que c'estoit le feu Mareschal de Balagny. a Ma foy, Monsieur, luy dis je, vous debvriez avoir honte d'estre si vaillant après vostre mort. C'est à vous de redresser ceste jeunesse, et ne penser qu'à veoir vos parens qui sont icy, et vous vous amusez enfin à estre soldat. » Il cognent bien que je disois vray, et pourtant remist l'espée au fourreau et donna la main au sieur de Baummes, qui n'en fit pas moins de son costé. Après cest appoinctement, Monsieur de Balagny me demanda des nouvelles de la guerre, et s'il estoit vray qu'on vouloit assiéger Cambray. « Rien moins, luy dis-je. L'Archeduc ne se deffie pas du Roy, et le Roy ne

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