‹ L'enfer: satire "dans le goût de Sancy"Chapitre 6 sur 20 · I . Ce livret n'estott guères be«u · texte numérisé non relu

I . Ce livret n'estott guères be«u

d'entrer en lieu où les jesuittes eussent du crédit*. Nous ne voulusmes pas forcer sa conscience, et prenant congé de luy vinsmes jusques en la salle de théologie, car il y falloit passer pour aller en la chambre que M. de Laval a en ce monde là, où nous trouvasmes une as* semblée de messieurs et un grand peuple, tous bien empeschez à gaigner de petits bancs pour veoir et entendre des harangueurs. Je pensois que ce fust quelque maistre aux arts qui disputast , ou bien qui proposast quelque tableau dissimvdé qu'on appelle énigme , dont les jesuittes sont prestres passez. Mais M. de Laval ayant gaigné une place assez relevée médire à luy, et se baissant à mon oreille me dit que c'étoit quelque chose d'importance, et que c'estoit un des advocats généraux d'Enfer qui parloit, monstrant bien à sa mine qu'il traitoit de quelque matière d'estat. Je me tins pour savoir quel langage parloit cest advocat; et de bonne fortune c'estoit M. Marion, qui rendit dernièrement à sa mort son iîls huguenot, à qui il ne permit pas seulement qu'il luy dist un Ave Maria pour son ame. Je fus bien esbauby de cette advanture , et demanday si l'advocat d'Enfer estoit mort pour

I. Gausserie sur ce qui se passa en la conférence tenue à Fontainebleau entre MM. du Perron et Plessis-Momay.

avoir laissé sa place à M. Marion, tout nouvel habitant en ce pays-là. « Non, me dit M. de Laval; mais on fait icy tout de mesme qu'en France, où les estats se multiplient et la vertu s'accourcist, et où les maistres des requestes, justiciers, financiers, sont accruz en tel nombre, que, mesmes s'ils attaquoient Montfaucon, ils en pourroient venir au dessus. C'est tout de mesme icy : qui a de l'argent fait mettre en forme les offices, comme une paire de souliers, pour y trouver place; mais bien vous diray-je que les François obtiennent par deçà plus aisément toutes les dignités qu'autre peuple qui soit, car on dit qu'ils ont ordinairement bonne mine, et sont plus accostables que les Espagnols , moins dan* gereux que les Italiens, et si les peut-on solliciter Faprès-disnée, ce qui ne se peut pas faire des Allemans. Mais escoutons, je vous prie, ce que dit M. Marion. » Nous escoutons : le sommaire de sa harangue estoit que Pluton, s'estant toujours fort contenté des bons services des jesuittes , avoit néantmoins été contraint de se fascher contre un de la Société, nommé père Cotton, qui avoit forcé une fille et le diable qui estoit dedans à luy conter beaucoup de nouvelles qui scandalisoient fort TEIglise. Cela le forceoit de faire ses plaintes contre ledict Cotton, et prier la Société d'escrire au gênerai, à Rome,

pour le punir, puisque luy seul avoit authorité légitime sur ceux qui s'aveuglent en son obéissance, et que les princes ne pouvoient mordre sur gens armez des lettres de denaturalisation. Quant à son diable qui n'avoit pas eu le courage de résister au père Cotton , qu'il Tavoit incontinent fait poursuivre à toute diligence , et toutefois ne l'avoit peu attraper jusqu'alors, car il s'estoit sauvé entre les soldats de Boscay, qui avoit pris les armes contre messieurs les jesuittes; mais qu'ayant esté pris cependant qu'on traitoit la paix, il l'avoit fait saisir, garoter, et, le procès fait, condamner à cinquante mil escuz d'amande pour faire rebastir la pyramide du palais et une autre joignant Peschelle du temple , le reste employable à payer les debtes de M. de BeaumoQt pour la ferveur que monsieur le président, son père, a tousjours porté à toute la compagnie '. Ovritre plus debvoit ledict diable endurer trois fois la sepmaine vingt coups de discipline de Monsieur l'archevesque de Sens durant quatre mois, à compter du premier jour de l'exécution, pendant lequel temps ledit délinquant demeureroit enferré à un poteau devant la porte de ce çollege-là, bien çhoisy pour cette justice à fin que tout le monde sçeust que tous

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