‹ L'enfermé avec le masque de BlanquiChapitre 11 sur 15 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

CLXXXVII

Il y a, autour de la table, Flourens, Delescluze, Millière, Ranvier, Mottu. Ils délibèrent. La situation est celle-ci :

Les membres du gouvernement qui n'ont pu suivre le général Trochu sont toujours gardés à vue. Paris s'est arrêté dans sa manifestation. Aucun bataillon n'est descendu des faubourgs. Ceux qui étaient venus sont repartis. La place de Grève s'est trouvée déserte, main-

tenant elle se repeuple d'instant en instant. Par lu rue de Rivoli, par les quais, les bataillons de Trochu arrivent, investissent l'Hôtel de Ville. Ferry est à la porte de la salle Saint-Jean avec le 106^ qu'il a ramené après la conduite de Trochu à son hôtel. Tout à l'heure, les forces du dehors rejoindront les forces du dedans, l'Hôtel de Ville sera repris. Il faut tirer le meilleur parti des événements.

Dorian choisi comme intermédiaire a consenti aux élections municipales pour le lendemain mardi, et pour le mercredi à l'élection du gouvernement provisoire. Delescluze propose de prendre acte de cette déclaration et d'attendre le résultat du vote. Blanqui donne lecture d'une adresse aux Parisiens : elle ferait connaître à tous la raison de défense nationale qui a déterminé le mouvement du Trente-un Octobre, et donnerait le pouvoir à la commission provisoire pendant la durée du scrutin.' Ce fut la proposition de Delescluze qui fut adoptée, et tous les six, Delescluze, Blanqui, Flourens, Minière, Ranvier, Mottu, allèrent la remettre à Dorian, avec lequel ils conclurent la convention définitive des élections municipales, de la réélection du gouvernement, et de la séparation à l'amiable des deux parties adverses, avec cette clause que nulles représailles, nulles poursuites, ne pourraient être exercées à l'occasion des faits accomplis.

Cette convention, Jules Favre, Jules Simon, Garnier- Pagès et Tamisier, général de la garde nationale, l'acceptent, et même, il est dit, dans la déposition de Dorian faite plus tard devant la commission d'enquête, que ce sont les membres du gouvernement qui avaient fait offrir les élections municipales pour le lendemain et la soumission du gouvernement de la défense nationale ci l'épreuve du suffrage universel. Jules Ferry, qui bat toujours l'entrée de la salle Saint-Jean, et vers

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lequel s'en vont en parlementaires Dorian et Deleseluze, Jules Ferry, par la porte entrebâillée, prononce «les paroles qui souscrivent à la convention proposée, tléclare que le peuple doit être consulté et le titre gouvernemental régularisé. Il consent aussi à l'évacuation. La porte se referme. Jules Ferry restera encore là deux heures, attendant la réponse définitive de Delescluze.

C'est après ces tentatives de conciliation, et cet accord qui engageait suffisamment les contractants, que la force apparaît. La sortie de tous est empêchée par l'irruption du bataillon des mobiles du Finistère, conduit par le commandant de Legge, et du bataillon de l'Indre, commandant Dauvergne. Ils surgissent par les deux souterrains qui font communiquer la caserne Lobau avec l'Hôtel de Ville. Il y a une terrible minute d'anxiété lorsque les fusils brillent dans la masse noire des mobiles, sous la voûte, et qu'il suffirait du signal d'un chef pour allumer la gerbe d'une fusillade. En face d'eux, il y a Flourens, Dorian, Blanqui, Delescluze, Minière,. et, massés derrière le mur d'un corridor, les insurgés armés. Un geste, un coup de feu, et l'Hôtel de Yille est plein de sang. Heureusement, l'officier vient à l'ordre de Dorian, est mis au courant de la situation, accepte l'expectative. Les mobiles bretons occupent le rez-de chaussée, l'entresol. Les mobiles berrichons prennent le premier étage et la salle du Trône. Pendant ce temps, Charles Ferry ou\Te la porte à Jules Ferry qui entre avec des gardes des 14®, 17<^, 106® bataillons. Il va tout droit à la salle du gouvernement, brise les portes, délivre ses collègues, parle haut. Cette fois encore, le conflit entre les survenants elles tirailleurs de Flourens est évité. Le général Tamisier, qui avait accepté la proposition d'un départ commun, f.iit honneur à sa parole. 11 part avec Flouren

donnant le bras à Blanqui, et derrière eux tous ceux qui avaient occupé insurrectionnellement l'Hôtel de Ville. Le défilé dure une demi-heure à travers les rangs des mobiles et des gardes nationaux massés sur la place. C'est quatre heures du matin, la nuit noire, la pluie d'automne.

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