‹ L'enfermé avec le masque de BlanquiChapitre 12 sur 15 · CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXXVIII

Ce gouvernement de quelques heures, installé à l'Hôtel de Ville pendant cette soirée et cette nuit qui pouvaient devenir tragiques et né furent que confuses^ était incapable de prolonger davantage son existence. 11 était sans communication, sans attache avec le dehors^ et, infailliblement, il devait s'anémier et mourir sur place.

Aucun des hommes qui le composaient ne pouvait réunir l'unanimité de Paris, ni Flourens, simple chef d'une troupe, ni Delescluze, journaliste d'influence limitée, ni Blanqui, inconnu des uns, méconnu des autres, légendaire, défiguré. D'ailleurs, la force révolutionnaire ne se révéla pas assez vivante pour leur donner une dictature de circonstance. Non seulement ils ne furent pas rejoints à l'Hôtel de Ville, mais encore ils y furent abandonnés. Leurs troupes, venues sur la place, s'en étaient retournées, peu à peu avaient regagné leurs quartiers. Hs ne se seraient maintenus un jour que pour assister aux élections 'municipales et au renouvellement du mandat du gouvernement de la Défense. On a le droit d'écarter l'hypothèse d'une guerre civile devant l'ennemi : de l'avis de tous ceux, hommes d'opinions les plus diverses, qui ont donné leur témoignage sur cette journée, il ressort que la préoccupation perpétuelle des envahisseurs a été de ne pas se servir de leurs armes.

De même, il n'y eut pas déploiement de vigueur chez Trochu, Ferry, libérés. Trochu s'en alla dîner. Ferry entra après les mobiles lorsque la porte lui fut ouverte. Les choses, visiblement, furent traînées en longueur. Ce fut comme une entente tacite, infiniment honorable, de ne pas en venir aux mains au milieu de ce terrible désordre.

L'idée de la guerre et le sentiment patriotique dominaient la situation. Il y avait donc, dans l'esprit des plus décidés, l'idée contradictoire de renverser le gouvernement de la Défense sans agir révolutionnairement. On s'en remettait à la volonté de tous, comptant, pour le jour présent, sur l'afflux populaire, et pour le lendemain, sur le moyen légal des élections. Le populaire manqua.

Il était trop facile, ensuite, de railler les hommes qui se permettaient de critiquer les opérations du siège et n'avaient pas su se maintenir, se fortifier, dans la place qu'ils avaient prise. On n'y manqua pas, on risqua le spécieux et grossier parallèle. Il est pourtant aisé d'apercevoir que les hommes apportés là par un mouvement qui diminue et bientôt cesse, devaient fatalement tomber à l'impuissance. Il faat l'arrivée du flot pour emporter les navires vers le large. Tout l'effort de Blanqui alla au vide. Il vit la situation, sut fournir une méthode, donner des ordres. Il ne pouvait faire que Paris eût comme lui le sens du vrai, et que la révolution s'ordonnât. Sa forte imagination, après avoir constaté le réel, créait le rêve de l'action, mais l'élément nécessaire manquait pour animer le rêve. Dans les périodes historiques de ce genre, si les soldats peuvent créer le chef, le chef ne peut susciter les soldats. A ce moment Paris, déjà inquiet, mais encore croyant, voulait, acceptait Trochu, se confiait à l'esprit négateur. Blanqui, affirmatif, résolu, restait ce qu'il fut toute sa

vie, un général* sans armée, prouvait seulement qu'il était un chef possible. « La Révolution, dit Louis Fiaux, sut qu'elle avait son Richelieu. »

Il ne gagna au Trente-un Octobre qu'un nouvel enjolivement de sa légende. On inventa contre lui, et il se trouva des gens pour le croire, qu'il avait profité de son pouvoir éphémère pour envoyer au ministère des finances deux délégués porteurs d'un bon de quinze millions!

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