ACTE DEUXIEME iô
Mme REMOUSSIN.
Il a dit cela...
REMOUSSIN.
Parfaitement... Il fait beaucoup de cas de moi. Lorsque cette petite affaire a été liquidée, il m'a demandé mon opinion sur la situation générale, nous avons causé de choses et d'autres, de politique, et de questions tellement sérieuses même, que je ne puis te répéter toute notre conversation.
Mme REMOUSSIN.
Vraiment ?
REMOUSSIN.
Je te le dis. Lorsqu'il a eu brûlé le dossier... ton dossier, j'ai considéré qu'il était de ma dignité de ne pas accepter rien pour rien, et je lui ai dit: Monsieur le ministre, je devais avoir l'honneur de vous interpeller prochainement : je me tairai. — Sais-tu ce qu'il a fait ?
iSI^e REMOUSSIN.
Non.
REMOUSSIN.
Il m'a dit, avec sa fine bonhomie et son sourire : « Mon cher Rémoussin... oui, mon cher Rémoussin, ne changez rien h vos projets, vous me désobligeriez. » Oh! je puis te le garantir, ce n'est pas un homme ordinaire.. . Il a une grandeur d'idées, une façon à lui de voir les choses de haut... Il n'y a pas à dire : on ne connaît bien les gens qu'après avoir causé avec eux... J'interpellerai donc, mais je le ménagerai.
M'e REMOUSSIN.
Oh! oui, n'est-ce pas?
74 l'engrenagb
remoussin.
Sois tranquille.
M»' REMOUSSIN.
Eh bien, et ton Balbigny ? Il se trompait alors ?
REMOUSSIN, souriant.
Balbigny... Balbigny ?
M™' REMOUSSIN.
Oui.
REMOUSSIN.
Je le quitte à l'instant. Et sais-tu oiî je l'ai rencontré ?
M™'= REMOUSSIN.
Non.
REMOUSSIN.
Chez le ministre !
M^'e REMOUSSIN, se levant.
Chez le ministre.
REMOUSSIN.
Chez le ministre... Oui... Ah ! mais tu es comme j'étais jadis : toute imprégnée des idées de ta province... tu... tu vois petitement... Je ne t'en fais pas un crime, j'étais comme ça il n'y a pas si longtemps, n'est-ce pas...
M^e REMOUSSIN.
Mais après son article de ce matin...
REMOUSSIN, souriant finement.
Ils l'ont rédigé ensemble.
ACLE DEUXIÈME 75-
M^e REMOUSSIN.
Ta te moques de moi?
REMOUSSIN.
Je dis ça. Je n'en sais rien, mais ça ne m'étonnerait pas. . . Si tu les avais vu se serrer la main, s'appeler mon cher ami... se taper sur l'épaule.
Mme REMOUSSIN, s'approchant.
Vraiment !
REMOUSSIN.
De ce qu'on n'est pas d'accord sur telle ou telle question, doit-on être des ennemis?... Balbigny m'a complimenté de mes relations avec le ministre et m'a conduit chez le président de notre groupe. Sais-tu qui j'y ai vu? très entourée, très honorée ? madame Bourdier.
Ah
Mlle REMOUSSIN.
REMOUSSIN.
Nous avons été aussi très trompés sur son compte.
M™9 REMOUSSIN, s'asseyant.
Elle se conduit mal, cependant ?
REMOUSSIN.
Oui... mais enfin, elle n'a qu'un amant, et c'est un conseiller à la cour. Il estj évident qu'il y a une nuance...
Mme REMOUSSIN.
Pourtant...
76 l'kngrknage
remoussin.
Veux-tu que je Le dise lout? C'est elle que Lecardonnel a priée d'intervenir pour moi auprès du ministre. Elle a la plus grande influence, mets-toi bien cela dans la tête. Elle afait obtenir une recette générale à Lormau, qui a été battu aux dernières élections.
Je lui dois une visite. . .
REMOUSSIN.
Oh !...
M™6 REMOUSSIN.
Madame Balbigny y va-t-elle ?
REMOUSSIN.
Oui...
M™e REMOUSSIN.
Alors ■?
REMOUSSIN.
Tu as raison, il n'y a pas à dire, tu as raison... Nous avons des préjugés qui sont d'un autre âge. . . A mesure qu'on s'élève, vois-tu, toutes les choses s'expliquent et, malgré ce qu'on peut dire, on s'aperroit bien que la morale n'est pas la même pour un petit usinier ou pour un homme de gouvernement.
LE DOMESTIQUE, annonçant.
Monsieur Morin.
Entre Morin.
REMOUSSIN.
Bonjour mon cher Morin.