‹ L'enguête sur le crédit et la crise de 1863-64Chapitre 2 sur 6 · L'I:N QUITTE · texte numérisé non relu

L'I:N QUITTE

les choses qui manquent, cl on aura recours à ce moyen d'échange jusqu'à ce que le prix de l'aro-ent lui-même soit au niveau de celui de toutes les autres choses.

On s'est souvent demandé, en comparant l'encaisse de la Banque de France à une époque où l'argent est à bon naarché et à une autre où il est cher, et en voyant entre les deux époques une simple dilTérence de 200 millions , on s'est demandé comment il se faisait que, pour une si minime différence, pour 200 millions de plus ou de moins dans l'encaisse de la Banque, lorsqu'il y avait du reste de l\ à 5 milliards de numéraire en France, le prix de l'argent passât tout à coup de 3 et k pour 100 à 6 et 7 pour 100. Et alors on a imaginé toute espèce de systèmes pour donner à la Banque les 200 millions qui lui manquent et qui lui permettraient, croit-on, de parer à tous les besoins. On lui a conseillé d'augmenter son capital, de rendre plus disponible celui qu'elle a déjà, de renoncer à d'autres services qui absorbent à peu près ces 200 millions. On n'a pas réfléchi que cette diflérence de 200 millions que l'on prend pour la cause n'est ici que l'effet. S'il est vrai qu'en dix ans on ait employé en dépenses extraordinaires 6 milliards

OU environ de plus que n'ont fourni les épargnes, et que ce soit là la cause du renchérissement du capital, qu'est-ce que viendraient faire 200 millions de numéraire de plus ajoutés à l'encaisse de la Banque? D'abord ils ne s'y ajouteraient pas gratuitement, ils seraient pris quelque part, détournés d'autres emplois où ils manqueraient probablement beaucoup ; mais tombassent-ils du ciel qu'ils seraient encore un remède insuffisant et changeraient bien peu la situation. Le découvert, au lieu d'être de 6 milliards, serait de 5 milliards 800 millions. Ce n'est pas 200 millions de plus ou de moins en numéraire qui font la difficulté de la situation, c'est l'immense écart qui se trouve entre les ressources disponibles et les besoins , et cet écart se marque par la cherté de l'argent, parce que, je le l'épète, l'argent est la forme que prend le capital disponible pour circuler, pour passer d'une main à l'autre, et qu'il est cher quand le capital est cher. On dit alors que la crise est monétaire ; on se trompe; la cherté de l'argent n'est ici qu'un symp- -, tome : la crise est financière. /^^

Il y a pourtant des causes spéciales de reii^i^- -"" •^'^' rissement pour l'argent : comme tous les proriu'jtx''^ qui répondent à des besoins de première nécesmçir.i'i'

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il baisse ou il monte de prix suivant qu'il est plus ou moins abondant par rapport h ces besoins. Quand, à partir de 18/t8, les mines de la Californie, puis, à partir de 1851, celles de l'yVustralie, sont venues verser ensemble sur le continent européen de 2 à 300 millions chaque année , on s'est dit que l'or allait se déprécier, et beaucoup d'écrits ont été publiés dans ce sens par des hommes considéi'ables et dont l'opinion fait autorité. Cependant le résultat a été tout autre. 11 y a bien encore quelques personnes qui attribuent l'élévation du prix; de certaines choses à la dépréciation de la monnaie; mais cette opinion est de plus en plus rare, et, à mesure qu'on considère les faits avec attention, on est convaincu que la cherté doit être attribuée à une autre raison qu'à la dépréciation de la monnaie. Je n'oserais pas dire, quant à moi, que la monnaie, considérée elle-même comme étalon des valeurs, a plus de prix aujourd'hui qu'elle n'en avait il y a vingt ans; mais j'estime qu'elle en a au moins autant, nialgré les 3 ou h milliards d'or californien et australien qui sont venus s'ajouter au stock métallique de l'Europe depuis quinze ans. Il s'est produit à l'égard du numéraire le même phénomène qu'à r('gard d'autres denrées

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de première nécessité. — La production de la viande a triplé depuis quinze ans, cela ne Ta pas empêchée d'augmenter de prix. — On produit aujourd'hui au moins le double de céréales, et cependant les prix sont restés h peu près ce qu'ils étaient il y a quinze ans. — De même pour le vin, de même pour beaucoup d'autres choses. Cela tient à ce que la quantité de toutes ces choses a eu beau augmenter, les besoins ont augmenté encore davantage ; il serait facile de le démontrer par le progrès de la ])opu1ation et par le développement de la richesse. Si on produit aujourd'hui trois fois plus de viande qu'il y a quinze ans , il y a peutêtre quatre fois autant de gens qui peuvent en consonniier ; de même pour les céréales, de même pour le vin, et j'ajoute de même pour le num('^raire.

Le numéraire répond dans la société à un besoin qui est susceptible de beaucoup de développement ; plus les relations commerciales prennent d'importance, plus les transactions se multiplient, et plus on a besoin de ce c[ui est l'intermédiaire obligé des échanges. Sans doute on y supplée par des combinaisons de crédit, par des virements de comptes, par ce qu'on appelle le système des compensa-

fions; mais loujoiii's osl-il c[ue le numéraire est au bout de toutes les transactions, que lui seul est accepté de tout le monde comme règlement définitif; par conséquent, jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de faire marcher de pair et en toute sécui-ilé le progrès du crédit avec celui dos transactions, il faudra toujours plus de numéraire à mesure qu'il y aura plus d'alTaires. Nous avons vu (lue depuis dix ans seulement le commerce extérieur avait doublé, et celui de l'intérieur triplé. Pendant ce temps , quel a été l'accroissement du numéraire? Si nous prenons les états de douanes, nous trouvons que, de J85A à 1859, l'augmentation du numéraire, en ce qui concerne la France. a été de 187 millions par an de 185^ à 1859, et de 1859 à 186/1 de 9o millions : soit en tout pour dix ans 1 milliard /lOO millions. C'est à peine le tiers de ce que nous en possédions déjà.

Ainsi, pendant que nos affaires doublaient d'un côté, triplaient de l'autre, notre numéraire n'augmentait que dans la proportion d'un tiers. Cela explique que nous ayons pu depuis dix ans faire beaucoup de progrès en matière de crédit, recourir davantage au système des virements , économiser plus que jamais le numéraire, et cependant

que le prix de ce même numéraire se soit maintenu, s'il ne s'est pas élevé. On s'est demandé souvent ce qui serait arrivé si nous n'avions pas eu à notre disposition les mines d'or de la Californie et de l'Australie ; ce qui serait arrivé , c'est que l'immense progrès industriel et commercial qui s'est accompli depuis dix ans eût été beaucoup moindre. Certes ce progrès à eu d'abord pour cause principale les chemins de fer; ce sont les chemins de fer qui sont venus tout à coup, dans des proportions qu'on ne soupçonnait pas, ouvrir des débouchés au commerce , mais les mines d'or ont eu aussi leur action éminemment utile. Les chemins de fer et les mines d'or, voilà les deux secrets de la prospérité industrielle et commerciale de l'Europe, et j'ajouterai du nouveau monde depuis un certain nombre d'années.

Le numéraire a été pour la circulation des capitaux ce qu'ont été les chemins de fer pour la circulation des marchandises et des voyageurs, et à eux deux ils ont exercé sur le progrès de la richesse publique une influence prodigieuse et qui a donné aux phénomènes économiques des conséquences différentes de celles qu'on avait vues jusqu'alors, celle-ci entre autres : que l'argent a pu

niainleiiii" son pi'ix, le voir même s'élever, en devcnanl [)!us abondant et pendant ([ue cette plus grande abondance coïncidait elle-même avec le perfectionnement des moyens de crédit.

L'enquête s'est encore donné pour tâche de rechercher quelle analogie et quelle différence il y a entre la crise de I8G0-I86/1 et les précédentes. L'analogie est parfaitement claire. La crise de 186o-6/i, comme toutes les autres, est née d'un défaut d'équilibre entre les ressources et les besoins, d'un emploi de capital supérieur aux ressources fournies par les épargnes. Toutes les crises naissent de même. Il n'y a qu'un genre de crise qui ne résulte pas des mêmes causes , ce sont les crises politiques : pour celles-là, il n'est pas nécessaire qu'il y ait eu un emploi de capital supérieur

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aux ressources, que la situation industrielle ou commerciale soit très-tendue; elles peuvent éclater, comme en 18/i8, au milieu d'une situation tout à l'ait normale. C'est la peur qui les tait naître; tant (lu'elle diu'c, les capitaux se cachent, et les elTets sont les mômes que dans les crises ordinaires : les produits ne se vendent plus, et chacun recherche le capital sous la forme qui se déprécie le moins, c'est-à-dire sous la forme du numéraire. En de telles circonstances, l'argent acquiert une valeur tout exceptionnelle, qui tient à son caractère propre. Comme il est un instrument d'échange universel, il possède un marché immense, toujours ouvert, et qui ne dépend pas des accidents commerciaux de tel pays. Pendant que tout se déprécie, lui seul conserve sa valeur; jion-seulement il la conserve, mais il la voit môme s'élever, parce que dans les moments de crise il est encore plus recherché. Les gens qui rêvent de se passer dé la monnaie métallique et de la remplacer par tout autre instrument d'échange n'ont jamais pensé aux crises. C'est dans les crises surtout (ju'apparait l'inniicnse utilité de la monnaie métallique. Si dans ces moments-là il n'y avait pas un instrument d'échange universel, un étalon de valeurs auquel

tout put se rapporter, il y aui-ait des ditTicultés extrêmes pour opérer la liquidation ; toute crise aurait des conséquences incalculables.

Adam vSmith, malgré tout son génie, n'avait pas aj)erçu les avantages inappréciables de la monnaie métallique lorsque, la comparant aux autres produits de la société, il disait que la disparition du numéraire aurait des elTets moins funestes que celle de telle ou telle autre denrée. C'est, à mon sens , une grande erreur ; il n'y a pas, si on se place au point de vue moderne, avec l'état actuel de la richesse publique, un agent de notre organisme social qui soit aussi utile que la monnaie. C'est l'àme de toutes les transactions, et un économiste américain distingué, M. Carey, a pu dire presque sans exagéi'ation que « les métaux précieux étaient au corps social ce que l'air atmosphérique était au monde physique, que tous deux fournissaient l'instrument de circulation, et que la dissolution du corps physique en ses éléments , lorsqu'il est privé d'air, n'était pas plus certaine que la dissolution de la société lorsqu'elle est privée de monnaie métallique. » En elïet , qu'on réfléchisse à ce que deviendrait le mouvement industriel et commercial tel que nous le voyons aujour-

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d'hui, sans cet auxiliaire puissant qu'un appelle la monnaie. Les chemins de fer sont très-utile-, ils ont donné à la richesse publi({ue une impulsion des plus extraordinaires, l'>h bien! si nous avions à choisir entre la disparition des chemins de fer ou celle des métaux précieux, nous n'hésiterions pas. nous garderions les métaux précieux. Cela ne veut pas dire qu'il ne puisse pas y en avoir trop à un moment donné . et que par suite ils ne soient exposés h une certaine dépréciation, de même qu'il pourrait y avoir trop de chemins de fer, si on en faisait là où ils ne sont pas nécessaires; mais nous n'en sommes là ni pour l'un ni pour l'autre de ces deux instruments de circulation. Et quant aux métaux précieux, les mines d'or peuvent en fournir beaucoup encore avant ([u'il y ait excès, tant est grande la puissance d'expansion du commerce destiné à les absorber.

Si la crise de 1863 et \S6h a eu cette analogie avec les précédentes d'être née, comme elles, d'un défaut d'équilibre entre les ressources et les dépenses, le défaut d'(''(iuilil)re n'est pas arrivé de la môme manière, et c'est là ce qui constitue la difl'érence de cette ciise avec les autres, notamment avec celle de 1857. La période d'avant 1857

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avait bien été traversée aussi par de grandes immobilisations de capital , par des emprunts improductifs, comme les 1,500 millions de la guerre de Crimée, elle avait fourni aussi ses 300 ou 400 millions par an aux chemins de fer; mais ce qui avait surtout dominé dans cette période , c'est le grand développement pris par Tindustrie et le commerce. Si nous interrogeons les chiffres du commerce extérieur spécial de la France de 1852 à 1857, nous trouvons qu'il y a eu une progression de 85 pour 100 (2 milliards 711 millions en 1852 et !i milliards 988 millions en 1857), tandis que , dans la période quinquennale suivante , l'augmentation n'a été que de 10 pour 100 {k milUards 988 millions en 1857 et 5 milliards /io2 millions en 1862). Les annt'es 1863 et 186/| n'ont pas changé la proportion ^ (Juant aux opérations de la Banque de France, elles ont augmenté, de

4. Il est vrai' que l'année 1857 a été une année exceptionnelle pour le développement commercial, puisqu'elle a dû aboutir à une crise; l'année suivante, celle de 1838, a été. "dans le ^ns inverse, une année de ralentissement. Cependant, si nous la prenons pour point de départ de la dernière période quinquennale, nous trouvons que l'augmentation de 1863 sur 18.38 a été encore de moins de 40 pour 100, 4 milliards 408 millions en 1838. et G milliards 181) millions en 1863.

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1852 à 1857. de M') pour 100 {k milliards 113 millions en 1852 , (> milliards 5 millions en 1857), et de 28 pour 100 seulement de 1857 à 1862 (6 milliards ()5 millions en 1857, 7 milliards 783 millions en 1862). Kt encore le cliilTre de 1862 al-il été un cliilTro exce|)tionnel , en augmentation de près de 1 milliard 200 millions sur l'année précédente, et qui aujourd'hui est à peine dépassé. Ce n'est donc pas l'expansion du commerce et de l'industrie qui a été. connne en 1857, la principale cause de la crise; il faut l'aller chercher ailleurs, dans les immobilisations de capitaux dont nous avons parlé, dans les 3 ou /lOO millions consacrés par an à nos chemins de fer, dans les 300 millions donnés à la transformation de la capitale et d'autres gi'andes villes, dans les appels de fonds faits pour le compte de l'étranger, dans les dépenses extraordinaires de notre gouvernement. C'est là, plus (|ue dans le développement du commerce, ({u'on peut trouver la cause principale de la crise de 1863 et 186/1.

Cette cause a été la môme en Angleterre.^L' Angleterre n'a pas dépensé, comme nous, 3 milliards en dehors des prévisions de son budget, elle n'a pas consacré, comme nous, 3 ou /|00

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millions par an à ses chemins de fer; mais elle a eu à faire face à d'autres dépenses extraordinaires. Elle s'est mise à commanditer l'industrie et la banque dans le monde entier : la seule année 1863 a vu éclore 263 sociétés nouvelles, au capital de 2 milliai'ds 1 2 , dont un à verser en iSQli. L'année j 86/i a donné naissance à 282 , à un capital au moins égal , sinon supérieur. C'est cet emploi extraordinaire du capital en dehors du commerce qui , en Angleterre comme en France , a été la cause principale de la crise de 1863 et 1864. Et ce qui prouve l)ien que cette crise n'avait pas un caractère commei'cial, c'est qu'elle s'est fait sentir à peine ou qu'elle ne s'est pas fait sentir du tout dans des pays commerçants comme Hambourg et Amsterdam , qui avaient fort soulTert de la crise de 1857. Il n'y a pas eu non plus la même dépréciation qu'en 1857 sur l'ensemble des produits. Ce qui a soulTert surtout pendant la dernière crise, ce sont les valeurs publiques, celles précisément qui avaient été émises par suite de la trop grande immobilisation du capital, et qui représentaient les alTaires plus ou moins douteuses organisées tant en France qu'à l'étranger. En un mot , la crise de 1863 a été une crise financière, tandis

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que celle de 1857 avait surtoul été une ci'ise commerciale.

Parmi les élémcnls (|iii on( c()nti'il)ii(' à la crise (le :18Go. il y eu a de particiilirremeut regretlables : ce sont, bien entendu, d'abord les dépenses extraordinaires de ri'^tat, qui, au point de vue économique, n'ont rien rapporté; c'est ensuite l'exagération donnée aux travaux des villes, enfin l'absorption des capitaux français par les entreprises étrangères. Nous ne dirons qu'une chose en ce qui concerne les travaux des villes el nolaniment ceux de la ville de Paris, (jui naturellement est la première en cause : c'est (jne de tels travaux, poussés avec trop de [)récipitation , ont été une grande faute au point de vue polilicpie et économique. Au point de vue i)olifique. ils ont amené dans la (•a]')itale une agglomiM'alion d'oux riei's qui ;i un moment donné peut être un embarras sérieux. Une grande partie de ces ouvriers vivent de la transformation de la capitale; que feront-ils quand celte transformation sera terminée? Retournerontils dans les villes, dans les campagnes qu'ils ont ciuittées? Assiu'émcnt non. Il faudra leiii' ti'(juver de nouvelles occupations. Aussi nous doutons fort que les travaux de Paris s'achèvent jamais. Déjà

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même, en les poursuivant avec l'aclivité qu'on y met. on obéit plus qu'on ne le croit à la triste nécessité de fournir du travail à ceux qu'on a trop attirés; on a détaché le rocher de Sisyphe, on le roule maintenant. Réussira-t-on jamais à le mettre d'aplomb 5

Au point de vue économique , ces travaux , poussés avec trop de précipitation , ont un double inconvénient : ils contribuent à faire renchérir le capital, et ils donnent à la main-d'œuvre un prix artitlciel. 11 est incontestable que 2 ou oOO millions consacrés par an à la transformation des villes, et attirés par les moyens que l'on connaît, comme les emprunts avec lots et primes et les spéculations sur les terrains ou sur les constructions , que ces 2 ou 300 millions ne sont pas sans influence sur le renchérissement du capital. Or le renchérissement du capital , c'est pour le commerce et l'induslrie une cause de gêne et de ralentissement; c'est plus que cela pour l'agriculture, c'est une véiitable ruine. Depuis qu'on s'est mis à dépenser tant d'argent pour des besoins un peu factices, l'agriculture ne trouve plus de capitaux, et elle est dans un état de détresse elTroyable. Quant à l'élévation artificielle du prix de la niain-d'(rnvre. c'est aussi

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un grave iiicoinéiiient : ce prix réagit sur la production, il la l'end plus coûteuse, et, comme les facultés de chacun ne se développent pas en propoi'lion. cette ])r()(luction reste sans consommateurs et sans débouchés. L'ouvrier lui-même ne gagne pas ce qu'il a l'air de gagner avec cette élévation du prix de hi main-d'ceuvre : comme tout a renchéri autour de lui, il paye plus cher ce dont il a besoin; son salaire est plus élevé sans être plus avantageux. Voilà ce que produisent les travaux des villes lorsqu'on veut les pousser trop vite, et qu'on n'a pas de capitaux disponibles à y consacrer.

Quant à l'absorption des capitaux IVançais par les entreprises étrangères, l'elTet en a été peutêtre })lus fâcheux encore. Je ne suis j)oinl par système ennemi des entreprises étrangères; je sais tout le profit qu'on peut en tirer lorsqu'elles sont bien conçues, et ([uYm n'y place que les capitaux dont on n'aurait pas l'emploi chez soi. La ]L)Ilande, l'Angleterre se sont enrichies par leurs placements au dehors. Cependant il faut pour cela, je le repète, que l'entreprise soit bien conçue et que le capital soit abondant, car si. même l'entreprise étant bonne, on y consacre un capital dont on au-

rait besoin, on fait une mauvaise opération. L'entreprise du dehors, quelque bonne qu'elle soit, ne donnera jamais, au point de vue social, au point de vue économique, tous les profits que donnerait une entreprise à l'intérieur. Je prends pour exemple un chemin de fer : si avec le capital français on fait un chemin de fer à l'étranger, on n'aura jamais que le produit des actions , tandis que s'il est fait en France . outre le produit des actions, on aura l'immense utilité sociale qui résulte d'un chemin de fei".

Si maintenant on n'avait pas de capital disponible à y consacrer, si celui qu'on y a mis il a fallu le détourner d'autres emplois, le prendre à l'agriculture et au commerce, si de plus les atïaires dans lesquelles on l'a engagé étaient douteuses et ne donnaient qu'un profit médiocre, alors la perte est double, et le préjudice considérable. Malheureusement, à cjuelques exceptions près, c'est ce qui nous est arrivé. Nous avons commandité les chemins de fer espagnols, russes, autrichiens; nous avons formé des sociétés de crédit presque partout, mais si aujourd'hui on parcourt la cote de la Bourse et que l'on compare le prix des val sont nées de ces entreprises avec le cours

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sion, on trouvera un immense mécompte, et on se dira tout naturellement que ce n'était pas la peine de priver notre pays des capitaux dont il avait grand besoin (la crise de 1863 et J86/|. l'a prouvé) pour arriver à un pui'cil résultat.

On répondra peut-être que cette participation aux entreprises étrangères a agrandi le rayonnement de notre marché, a fait de Paris le foyer des affaires, le centre des capitaux, et que, si nous donnons notre argent aux étrangers, ils nous le rendent par les intérêts qu'ils prennent dans nos affaires, que nous y gagnons d'établir une solidarité générale entre le capital européen, d'abolir pour lui, comme nous l'avons fait pour les marchandises, le système d'exclusion. Je ne nie pas la valeur de cette objection. Cependant je persiste à croire que jusqu'à ce jour au moins il n'y a pas eu réciprocité , que ni les Espagnols , ni les Russes, ni les Autrichiens ne nous ont rendu l'équivalent des capitaux que nous leur avons prêtés, et que nous leur avons prêtés, hélas! avec trop de désintéressement. — 11 y a pour cela une raison bien simple, c'est que les capitaux intelligents et clairvoyants préféreront toujours un placement k côté d'eux, sous leur propre surveillance, à un place-

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ment lointain qu'on ne peut pas surveiller, et pour lequel il y a toujours quelque risque à courir. Ce qui l'esté vrai de notre participation aux affaires des pays étrangers jusqu'à ce jour, c'est que nous y avons consacré beaucoup plus de capitaux que nous n'en avions de disponibles, qu'il ne nous en a été rendu, et que de plus nos capitaux ont été mal engagés dans des entreprises qui ont donné peu de résultais. Ces faits bien regrettables n'ont pas peu contribué à la crise de 1863 et I86/1.

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]m constitution (Ip certaines sociétés de crédit suns forme anonipne a-t-elle e.vercé de rinjUience sur les embarras monétaires? a-t-elle tendu à éloi- (jner ou à rapprocher les crises? C'est encore une (fiiestioiî posée ])i\r l'enquête, et à laqiK^Ile nous essayerons de répondre.

V]n principe, il seniblerait que la coustilution de ces sociétés, de la plupart au uioius, n'a pu exercer qu'une influence lavorahle siu' les questions d'argent, puisqu'elles oui eu généralement ])our but de recueillir les capitaux disponibles et de les prêter au commerce ou à l'industrie. 11 n'en est pas d'elles comme d'uno entreprise de chemins

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de fer qui appelle les capitaux pour les immobiliser, et qui ne les rendra plus à la circulation que sous la forme d'un revenu amélioré si l'entreprise est bonne, d'un revenu diminué si elle est mauvaise. Les capitaux qu'une banque on institution de crédit appelle, elle ne doit pas les immobiliser, elle doit les avoir presque toujours disponibles et ne les prêter au commerce et à l'industrie qu'à brève échéance. Il semble donc, je le repète, que de tels établissements devraient atténuer plutôt qu'augmenter les embarras monétaires. Cependant c'est le contraire qui arrive. Les établissements de crédit mettent bien en elTet plus de capitaux à la disposition du commerce et de l'industrie j mais, comme ils payent à ces capitaux un intérêt plus ou moins élevé, ils ne peuvent pas les laisser inactifs, ils cherchent à les utiliser, et pour les utiliser ils poussent au développement des alTaires, à la création d'entreprises nouvelles. C'est le côté avantageux, mais c'est aussi le côté dangereux. Bientôt, par la force des choses, la clientèle, bonne ou mauvaise, d'une institution de crédit s'étend à ce point que les capitaux dont celle-ci dispose ne suffisent plus et que les embarras ne tardent pas d'ari'iver, sinon pour l'institution elle-même, au

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moins autour d'elle. Je suis loin de contester l'utilité de CCS établissements de crédit; je reconnais qu'ils contribuent i^randement à la prospérité du pays par rim[)ulsion (ju'ils domient aux alTaires. Je réponds seulement à la question de l'enquête, et je dis que, par cela même qu'ils poussent à l'emploi des capitaux, qu'ils y poussent dans une mesure (jui n'est pas toujours sage, qui n'est pas toujours subordonnée aux besoins et surtout aux ressources disponibles, ils amènent des embarras financiers, et tendent pliilnt ;i rapprocher les crises qu'à les éloigner.

Ce qui le prouve, c'est que la dernière crise, celle de 1863 et I8O/1, n'a été éloignée de la précédente que par un laps de six ans, tandis ([u'il y avait eu dix ans d'inicrvallo entre les crises antérieures. Ainsi, sans remonter plus loin , il y avait eu crise en 1826, puis en 1836, puis en 18/i6 et 18/i7, enfin en J857, et tout le monde sait que la création de plusieurs de nos sociétés de crédit a eu lieu dans ces dernières anPiées. Le lait est beaucoup i)lus saillant encore en ce qui conceine l'Angleteri'e, oii le rapprochement de la dernière crise avec la précédente a coïncidé avec le plus grand développement qui ait été donné aux institutions

de crédit. On peut presque affirmer que dans ce pays la crise est née de la trop grande quantité des institutions de crédit.

Ouand je dis que ces institutions ont rendu de grands services, qu'elles ont donné une grande impulsion aux atTaires, il ne faudrait pas se méprendre sur ma pensée et croire que ces services, elles les rendent en commanditant directement l'industrie et en prêtant leurs capitaux à l'organisation d'une entreprise nouvelle quelconque. Non, telle n'est pas, telle ne peut pas être leur mission, et quand des institutions de ce genre se vantent de la participation qu'elles ont prise à un chemin de fer, à une entreprise nouvelle, à la reconstruction même de la capitale ou d'autres grandes villes, elles se vantent de ce qu'elles ne devraient pas faire, de ce qui est contraire au principe même de leur organisation. Les institutions de crédit n'ont généralement qu'un capital social insignifiant à côté des opérations qu'elles sont appelées à faire. Les capitaux dont elles disposent sont des capitaux qui leur sont prêtés à brève échéance, le plus souvent sous forme de dépôts qu'on peut retirer du jour au lendemain. Par conséquent elles ne peuvent les employer que de la même façon qu'ils leur ont été

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prèles, c'est-à-dire à brève échéance aussi . pour escompter du papier de commerce ou faire d'autres opérations de ce genre. Elles ne peuvent pas les engager dans des entreprises industrielles sous peine de s'exposer à toute espèce de risques , d'abord au risque de compromettre les capitaux si l'alïaire est mauvaise, et ensuite à celui de ne pas les avoir disponibles quand on les redemandera, ou de ne les avoir (ju'au prix d'une réalisation désastreuse pour l'institution de crédit et pour l'alFaire dans laquelle les capitaux seraient engagés. Toutes les fois qu'une institution de crédit a fait faillite, et il y en a souvent des exemples en Angleterre, on trouve presque toujours dans son portefeuille la représentation d'intérêts pris dans une entreprise à long terme.

11 y a chez nous pourtant une institution de crédit fort célèbre, qui, contrairement à ces principes, s'est donné la mission de commanditer l'industrie et de procé'der à la création et à l'administration d'entreprises de toute nature. Elle s'est assigné même une mission beaucoup plus large et plus dilïicile, celle de soulenii- le crédit public. C'est l'institution du Crédit mobilier. Je ne veux pas dire qu'à l'origine cette institution n'ait eu sa l'aison

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d'être, suii moment d'utilité. On était au lendemain d'une péi'iode révolutionnaire qui avait fort elTrayé les capitaux ; ils s'étaient retirés des afiaires. Il s'agissait de leur donner de la confiance et de les faire rentrei' dans le mouvement industriel et commercial. C'est le service cju'a rendu le Crédit mobilier. Organisé sous le patronage et le prestige d'hommes considérables et habiles , il donna en elfet une vive impulsion aux aflaires. Beaucoup d'entreprises s'établirent sous ses auspices et à côté de lui, et il en résulta pour la France une ère d'activité qui eut d'excellents résultats. Cependant, il faut le dire, là s'arrête le mérite de cette institution; habile à donner une })remière impulsion aux affaires , elle ne l'a pas été autant lorsqu'il s'est agi de les diriger et de les administrer. Parmi les entreprises organisées sous son patronage, on en cite beaucoup que de cruels mécomptes sont venus frapper. Il faut en excepter cependant la Société parisienne du gaz et celle des omnibus. Ces sociétés, il est vrai, existaient déjà avant le Crédit mobilier ; seulement elles étaient divisées et dans des situations diverses de prospérité. L'intervention du Crédit mobilier a eu j^our effet de les réunir, de les fusionner, ce qui. je le

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reconnais, a été une bonne mesure pour ces deux sociétés et pour le public : pour ces deux sociétés, en ce qu'elle les a affranchies de toute concurrence et leur a préparé un avenir plus brillant; pour le public, en ce qu'il a trouvé dans une organisation plus puissante un service meilleur et des conditions de bon mai'ché c^u'il n'aurait pas eues sans cela. Néanmoins, à part cette intervention, qui a été heureuse, bien qu'elle se soit fait payer un peu cher, je ne connais guère d'affaires organisées directement par les soins du Crédit mobilier qui aient prospéré, qui aient donné des résultats en rapport avec ceux qu'on s'en promettait.

Je prends d'abord la grande société des chemins de fer autrichiens , dont les actions, cotées à l'origine de 8 à 900 francs, sont aujourd'hui à 400, puis les chemins de fer russes, dont les titres ont disparu de la cote française et qui sont sensiblement au-dessous du pair, — les chemins espagnols, dont celui du nord de l'Espagne est à 190 francs et celui de Cordoue à Sévi Ile plus bas encore, puis ces autres sociétés de Crédit mobilier organisées en pays étrangers, qu'on a appelées les sœurs cadettes de celle de Paris, et qui semblent en effet n'avoir été créées que pour venir en aide à

la sœur aînée, tels que les crédits mobiliers espagnol, italien, néerlandais. De ces trois-là, l'espagnol seul se maintient aux environs du pair après s'être élevé jusqu'à 900 francs. Enfin il faut citer la Compagnie maritime, dont les actions dépréciées ont été noyées dans la Compagnie transatlantique , qui est encore trop nouvelle pour êlre jugée, et la Compagnie immobilière, qui, après plusieurs transformations successives ayant eu leur jour d'éclat et de faveur, se traîne péniblement aux environs du pair. Je ne parle pas de la canalisation de l'Èbre et d'autres petites affaires qui ont fait un naufrage plus ou moins complet et dont il n'est plus question; je ne parle pas non plus d'une autre intervention moins heureuse qui a fait quelque bruit dans le temps et qui a grevé deux compagnies puissantes de charges qui pèseront longtemps sur leur avenir : ainsi le rachat du chemin de Montereau par la compagnie de l'Est et celui du chemin de Saint-Germain par celle de l'Ouest. Ces exemples suffisent pour montrer que le Ci'édit mobilier est loin d'avoir fait prospérer toutes les alfaires dont il s'est mêlé.

Maintenant pourquoi en a-t-il été ainsi? pourquoi le Crédit mobilier a-t-il été moins heureux

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dans l'adininistration que dans l'oi'ganisation de s(>s alTaires? La raison en est bien simple, c'est (ju'il n'y avait pas le môme intérêt. La question essentielle pour le Crédit mobilier, c'était d'organiser des aflaircs. La bonne administration de l'enirepi'ise était chose secondaire, ne devant jamais donner autant de bénéfices que l'organisation, et ne devant d'ailleurs les donner qu'à longue échéance. Le Crédit mobilier était pressé de réaliser; c'est ainsi qu'on le voit, dans sa période de faveur, organiser sans cesse des allaires nouvelles, et quand il s'occupe des anciennes, c'est poiu" leur préparer des fusions, des transformations qui donnent immédiatement une plus-value aux actions. Le Crédit mobilier a été, qu'on me pardonne l'expression, un lanceur d'a/fdiirs. Pour lui, l'intérêt du présent domine |)res(iue toujours celui de l'avenir. Les entreprises qu'il organise sont de longue haleine; elles ne doivent pas donner de résultats immédiats. Ce n'est qu'au bout de quehfues aimées qu'on pourra les juge]* à l'œuvre. En attendant , on se contente de promesses, et le prestige du Crédit mobilier l'esle intact.

Du reste, le vice (|ui s'est l'eviMé dans l'administration du Crédit mobilier sei'ail celui de toutes

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les institiilions de crédit qui voudraient commanditer l'industrie ; non-seulement elles seraient sollicitées, comme le Crédit mobilier, à lancer seulement les affaires et à réaliser au plus vite l'intérêt cju'elles y auraient pris, mais la prudence même leur en ferait une loi à cause de la nature des capitaux dont elles disposent. Je ne prétends pas pourtant que ces sociétés ne puissent prêter une certaine assistance aux entreprises industrielles : elles le peuvent avec une partie de leur actif social , avec les capitaux qui leur sont prêtés à longue échéance; mais cet emploi doit toujours être fait avec beaucoup de mesure , car on n'est jamais sûr de l'avenir des alïaires dans lesquelles on s'engage, et le capital social, c'est la garantie des opérations d'une banque : il doit toujours être prêt à être réalisé. Ce qu'il y a, de mieux pour ces institutions , ce qui est leur caractèi'e propre, c'est de se boi'iier à des opérations commerciales, d'escompter du papier de commerce ou auties valeurs de ce genre.

Il y a dans l'institution du Ci'édit mobilier un autre vice encore qui a produit des résultats dé- ])lorables : c'est la faculté qui lui a été donnée, sous piv'texte de soutenir \f. cn'dit, de vendre et

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acheter à terme toute espèce de valeurs. On soutient le crédit quand on a des capitaux disponibles, et qu'on peut les employer à acheter des fonds publics sans être obligé de les revendre plus lard. Les caisses d'épargne, la Caisse des retraites, diverses sociétés de prévoyance, les étabHssements publics , enfin tous les capitalistes qui ont des fonds à placer, soutiennent le crédit, parce que ce qu'ils cherchent dans leurs placements , c'est un revenu fixe et assuré, et qu'ils n'ont pas besoin de spéculer sur des ditTérences; mais comment s'imaginer que le Crédit mobilier, qui n'a que des capitaux mobiles, dont il ne peut pas disposer pour longtemps, puisse soutenir le crédit? Le Crédit mobilier ne cherche pas des revenus dans les valeurs qu'il achète à la Bourse; il n'aurait pas le temps de les attendre. Ce qu'il cherche, ce sont des différences à réaliser; il achète une valeur aujourd'hui, il la revend demain. Le crédit public n'a rien à gagner à cette opération : si la hausse s'est faite sous l'influence de l'achat , la baisse a lieu sous l'influence d,e la vente ; par consé((uent la situation reste la même. l)ira-t-on qu'en portant de temps en temps ses capitaux à la Bourse, et surtout dans les moments

difficiles, il donne l'exemple, entraîne les autres, et qu'une fois l'entraînement opéré, il peut se retirer impunément, sans que le crédit en souflYe? D'abord il n'est pas sûr que cet entraînement ait lieu au moment où on en aurait besoin et dans le sens qu'on voudrait, et il n'est pas sûr non plus qu'il ait lieu précisément en faveur de la hausse. Dès qu'il ne s'agit que de dilTérences à réaliser, peu importe au Crédit mobilier qu'il les réalise par la baisse ou par la hausse; ce qu'il cherche avant tout, c'est l'opération la plus fructueuse et la plus facile. A certains moments, ce sera une spéculation à la hausse; en d'autres temps, ce sera une spéculation à la baisse. Il résultera de cette intervention mystérieuse des oscillations plus ou moins fortes dans le crédit public, mais il n'en résultera jamais un appui solide, un soutien ferme, comme celui qui résulte des capitaux disponibles qui viennent chercher un placement, et qui gardent la valeur qu'ils ont achetée.

On comprend parfaitement la spéculation qui achète pour revendre et vend pour racheter, lorsqu'elle est faite par un individu agissant sous sa propre responsabilité et avec les capitaux qui lui appartiennent. Rien n'est plus légitime, il agit à

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ses risquos et pri'ils. et son intérêt comme sa responsabilité rengagent à «(> renfermer dans des limites assez prudentes. On ne comprend pas cette spéculation entre les mains d'une société anonyme où il n'y a de responsabilité poui' personne , et qui dispose d'un capital plus ou moins considérable, qu'elle peut porter tantôt sur une valeur, tantôt sur une autre, suivant l'intérêt du moment et au grand préjudice de ceux qui spéculeraient en sens contraire.

Il ne faut pas oublier que cette institution dispose d'un capital social de GO millions, que de plus elle a les fonds qui lui sont déposés en comptes courants, qu'entin, par ses rapports avec des compagnies ([ui semblent créées tout exprès pour augmenter sa })uissance, elle peut encore à un moment donné leur emprunter une partie de leurs ressources. Tout cela sera peu de chose pour soutenir le crédit en général, car, en supposant que toutes ces ressources s'élèvent à une centaine de millions, ce n'est pas avec 100 millions qu'on ])()Ui'i'ait soutenir un crédit ([ui embrasse aujourd'hui à la Bourse de Paris plus de 20 milliards de valeurs, d'autant plus que le Crédit mobilier n'achète que pour revendre; mais ce qui est sans

importance pour soulenir le crédit en général en acquiert une très-grande lorsqu'il s'agit de le porter sur une ou plusieurs valeurs en particulier. Il est évident qu'une institution qui dispose de 100 millions, ou même de la moitié, ou mèuie du quart, et qui peut les employer à telle opération de bourse qui lui convient , et cela dans le mystère le plus complet et sans que ses bilans ou ses rapports en indiquent jamais la trace , il est évident que cette institution est dans des conditions exceptionnelles pour faire la hausse ou la baisse sur telle ou telle valeur au gré de ses intérêts.

Déjà le Crédit mobilier ne trouve pour ainsi dire plus de contre-partie à la Bourse; personne n'ose s'aventurer sur un terrain où il peut rencontrer un adversaire aussi redoutable; et quant aux alïaires, son prestige est beaucoup diminué , il ne trouverait pas à coup sur dans le public le même empressement que par le passé. C'est bien à tort qu'on a représenté les sociétés de crédit comme d'excellents patrons pour les entreprises nouvelles, comme des guides très-sùrs pour le placement des capitaux. Ces sociétés, lorsqu'elles s'occupent d'entreprises, n'ont qu'un intérêt, en organiser le

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possible pour toucher la coiniuission ou la prime qui y sont attachées et les abandonner ensuite à leur propre sort, [.'intérêt des capitalistes, au contraire, est qu'on en organise moins, et c{u'ellei soient meilleures. C'est aussi l'intérêt de la société. qui a besoin qu'on ne gaspille pas les capitaux qui font sa richesse, et Dieu sait combien de capitaux, depuis dix ans, ont été gaspillés par l'entremise des sociétés de crédit ! Si la société du Crédit mobilier a rendu quelques services à l'origine, elle les a fait payer bien cher depuis par les ruines qu'elle a semées sur sa route, par le discrédit qu'elle a jeté sur les afVaires, à ce point (ju'on s'étonne de la voir encore se maintenir avec son organisation primitive, (j'est un mécanisme usé (jni ne peut plus avoir d'action utile, i'^t piu'sque le gouvernement s'enquiert des causes qui amènent les crises, c'en est là une. C'est le Crédit mobilier qui a été le centre où se sont organisées les alïaires étrangères, et les moins bonnes; c'est lui qui soutient les travaux exagérés des villes, et, lorsque la situation est embarrassée et qu'il faudrait restreindre le crédit pour y remédier, c'est encore en son nom et pour servir ses intérêts qu'on demande de l'étendre. Ce sont bien là les causes principales

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qui ont amené la dernière crise, celle de 1863 et J866.; et si on n'y prend garde dans l'avenir, elles en amèneront d'autres.

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