DU FONCTIONNEMENT DE LA BANQUE
Le paragraphe de l'enquête relatif au fonctionnement de la Banque contient douze questions, dont les principales peuvent se résumer ainsi : — Quel est le rôle du capital social de la Banque de France ; s'il convient mieux que ce capital soit immobilisé en rentes, ou reste disponible ; quel moyen a la Banque pour défendre son encaisse, lorsqu'il est menacé; si le meilleur est l'élévation du taux de l'escompte; s'il ne serait pas possible de prévenir cette élévation, ou tout au moins de l'empêcher de trop varier, et si enfin il ne conviendrait pas d'imposer une limite maximum
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à cette variation? Les autres questions concernent ou des points auxquels il a déjà clé répondu, ou ne soulèvent que des questions accessoires sur lesquelles il me paraît inutile de poi'ter la discussion. J'arrive aux questions essentielles. Quel est le rôle du capital de la Banque de France?
En général , le capital de toutes les banques ne doit être qu'un capital de garantie. Si c'était avec leur capital seulement que les banques fissent des affaires, le chiirre en serait fort limité, beaucoup trop limité pour les services qu'elles sont appelées à rendre. Le propre d'une banque, a dit Piicardo, c'est de se servir des capitaux d'autrui. Elle a en effet une marge beaucoup plus ample pour ses opérations, et de plus, en se servant de cai)itaux (|ui ne lui coiitent rien ou lui coûtent peu de chose, elle peut les donner à bien meilleur compte que si elle se servait de son propre capital. Qu'est-ce en effet que le capital d'une banque à coté des opérations qu'elle est appelée à faire? Voilà par exemple la Ban(j[ue de France qui a un capital social de moins de 200 millions, et qui ouvre des crédits s'élevant à près d'un milliard, pouvant même s'élever plus haut , si la confiance du public le lui permet! Le capital social, en supposant qu'il fût em-
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ployé , ne serait qu'un appoint , et si par cet emploi il diminuait la confiance du public, s'il empêchait l'extension de la circulation fiduciaire et celle des dépôts, il enlèverait à la Banque plus de ressources qu'il ne lui en ajouterait.
Les dépôts, voilà le véritable fonds qui doit servir aux opérations d'une banque, d'abord parce qu'il est susceptible de se développer indéfiniment, selon l'extension des affaires, et ensuite parce que, devant être presque toujours disponible, il ne doit être employé que dans les opérations d'une banque dont le caractère propre est de ne faire que des opérations à brève échéance et de ne jamais immobiliser ses capitaux. En présence de cette élasticité que peuvent prendre les opérations d'une bancpe au moyen des dépôts, ce qu'on a de mieu'X à faire du capital social, de celui des banques d'émission comme de celui des autres banques, c'est de l'employer à servir de garantie, de le placer en rentes ou en toute autre valeur publique. C'est ce qu'a fait la Banque de i'rance, la Banque d'Angleterre, ce que font en général toutes les banques d'émission, et non-seulement les banques d'émission, mais toutes celles (pii ont assez de crédit pour attirer les capitaux d'autrui. Qu'on
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interroge le portefeuille de toutes les banques particulières, celui ôes joint-stocks banks de Londres^, de quel(|ues-unes de nos sociétés de crédit en France, on verra (ju'elles ont généralement dans leur portefeuille une somme de valeurs publiques au moins égale à leur capital, et qui n'est là que comme garantie.
On dit : — Mais cette garantie n'existerait pas moins, si le capital était employé dans les opérations de la banque, s'il était représenté dans le portefeuille par des valeurs commerciales. — On ajoute même ({ue, ces valeurs de portefeuille étant moins susceptibles de varier que les valeurs de bourse, la garantie serait encore meilleure et plus sûre. Je veux l'admettre, bien ([u'il ne mesoitpas d('îmontré ([ue le jour où la Banque de France aurait tout son capital employé dans ses opérations,
I. Voici les piiiR'ipaux chiffres tlii l)ilan de la plus LMandc banque de Londres, après la Banque d'Angleterre, (hc l^ndoii (ind Westminsler joiid-slock bânk, au 30 juin 1863 :
Capital versé 25 millions de francs.
Dépôts et comptes courants, et exi-
giliiliti's diverses 4S9 —
Fonds de l'fitat, bons de i'écliiquier,
ol bons de l'Inde (il —
Portefeuille * 425 —
Es; èces en caisse .'40 12
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et OÙ le public ne verrait plus rien derrière le portefeuille, il aurait la même confiance en elle, et laisserait l'encaisse métal lic^ue descendre au quart de la circulation fiduciaire et au cinquième de toutes les exigibilités, en y comprenant les dépôts, comme nous l'avons vu l'année dernière. Je l'admets pourtant, et je demande alors à quoi bon? Quel résultat se propose-t-on d'atteindre avec les 150 millions du capital de la Banque ? Veut-on les avoir en plus pour les opérations que fait cette banque, que le portefeuille puisse monter à 750 millions au lieu de 600 ? Soit; mais on n'y gagnera pas d'avoir l'escompte à meilleur marché, car si, avec 150 millions de ressources supplémentaires, la Banque de France s'avisait de donner l'escompte au-dessous du cours, de ce cours qui est déterminé en dehors d'elle sur le marché par les rapports de l'olTre et de la demande, et dont elle n'est et ne doit être, à proprement parler, que le thermomètre, les 150 millions lui seraient enlevés en très-peu de temps, et il n'y aurait rien de changé à la situation, sinon qu'elle serait plus tendue. Qu'est-ce que 150 millions de plus à côté des besoins qui peuvent se manifester dans les moments où l'argent est cher, à côté des milliards du papier de
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circulation ? C'est une goutte d'eau dans un fleuve. Une chose qui trompe le public lorsqu'il considère le bilan de la Banque de France aux moments où l'argent est à bon march<' et à ceux où il est cher, c'est (ju'il ne voit souvent entre les deux ([u'une différence en moins de 200 millions dans l'encaisse. 11 se demande alors comment, par une si mince différence, à côté des affaires considérables qui ont lieu, le prix de l'argent peut doubler, monter de 4 à 8 pour 100 par exemple, et il se dit que si l'on procurait à la Banque les 200 millions (jui lui man(}uent, soit en augmentant son capital, soit en rendant celui qu'elle possède disponible, soit par tout autre moyen, et si on les lui donnait surtout en or, comme on s'imagine qu'on pourrait le faire, le mal serait conjuré, et qu'il n'y aurait plus de crise.
L'erreur en pareil cas est de prendre le symptôme du mal pour le mal lui-même. S'il y a 200 millions de moins dans l'encaisse de la Banque de France à certains moments, cela ne veut pas dire qu'il n'y a f|ue ce déficit dans le capital disponible, et que, si on avait 200 millions de plus, les ressources seraient au pair avec les besoins. Ces 200 millions ne sont qu'une fraction minime du fonds
de roulement de la société, de celui qui sert à toutes les opérations, et dont l'abondance ou la rareté, par rapport aux besoins, détermine le prix. Supposons que ce fonds de roulement soit de 50 milliards, et il n'est pas moindre si on en juge par le mouvement des atTaires commerciales qu'il alimente : qu'est-ce que 200 millions à côté de ce chiffre ? 11 est puéril de penser qu'avec un tel sup])lément de ressources on pourrait agir sur le taux de l'intérêt et modifier sensiblement la situation. Les 200 millions tomberaient du ciel qu'ils n'auraient, pour ainsi dire, pas d'etfet, et malheureusement ils n'en tomberaient pas ; ils seraient pris ailleurs, détournés d'emplois où ils ont une place certainement plus utile. La cause de la crise ne tient i)asà 200 millions de plus ou de moins dans la caisse de la Banque ; elle tient à ce qu'on a dépassé les ressources du capital disponible, que par suite ce capital est devenu cher, et la cherté de l'argent n'est que la manifestation, que le symptôme de la cherté du cai)ital.
Maintenant qu'est-ce c[ue peuvent représent^en capital les 200 millions de moins en ^ftCTaii'è? Ils doivent représenter une part prop#rionjil^JG-à ce qu'est le stock métallique tout entier ,yis-à-vis
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du fonds du njuleiiient de la société , puisque ce fonds ne circule c{u'au moyen du nuniéi'aire. Si le fonds de roulement est de 50 milliards et que le stock métallique soit de 5 milliards, une dilïerence en moins de 200 millions en luunéraire en représente une de 2 milliards en capital, elle en leprésente une beaucoup plus forte , car cette dilïerence de 200 millions en numéraire , elle se manifeste dans les caisses de la Banque de France, c'est-àdire là où le numéraire a son rôle le plus actif et le plus parfait. Or, si en Angleterre on liquide des sommes considérables au moyen de virements , et sans employer même de inonnaie métallique, nous admettrons bien que, chez nous, 200 millions de moins en numéraire à la Bancjue représentent certainement un capital circulant de 5 à 0 milliards. C'est à peu près le déficit que nous avons constaté dans la première partie de ces études, en comparant le capital disponible avec les emplois qui en ont été faits depuis dix ans. On s'explicpie i)arfaitement qu'un pareil déficit agisse sur les rapports de l'oiïre et de la demande , qu'il détermine des besoins ])ressants et fasse renchérir le capital; mais on ne s'expliquerait pas qu'avec 200 millions de numéraire de plus on pût changer cette situa-
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tion. On s'en servirait tout simplement, en supposant qu'ils tombassent du ciel , pour se procurer une très-faible partie des choses qui manquent, et le déficit, au lieu d'être de 5 milliards, ne serait plus que de h milliards 600 millions. Je le répète, on voit par ces chilTres combien est puérile l'argumentation de ceux qui s'attachent à ces 200 millions de numéraire comme au seul moyen de nous tirer d'embarras dans les moments de crise.
Il est complètement insignifiant, pour les facilités à donner au crédit, que le capital de la Banque de France soit employé ou non en valeurs publiques. En temps ordinaire, la Banque a tous les capitaux dont elle a besoin; elle en a môme plus qu'il ne lui en faut, témoin ce qui a eu lieu dans la plus grande partie de cette année. Et en temps de crise 150 ou 200 millions de plus ne seraient, je le répète, qu'une goutte d'eau dans un fleuve, et ne retarderaient pas, ne devraient pas retarder au moins le recours aux mesures restrictives. Laissons donc les choses comme elles sont. Le capital de la Banque, placé en rentes, sert le crédit public; il met en dehors de la circulation une somme de rentes considérable; c'est un service ({ui a bien son
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prix, et qui l'a d'autant plus (ju'il ne préjudicie à aucun autre intérêt.
Maintenant l'enquête demande « si l'élévation du taux de l'escompte est le seul moyen pour la Banque de maintenir ou de reconstituer son encaisse. » Je n'en connais pas d'autres. Quand l'encaisse diminue, c'est ou parce que nous avons le change contre nous, que nous ne pouvons payer au dehors avec nos produits, ou parce que l'activité intérieure est telle qu'elle absorbe dans la circulation une quantité de métaux précieux plus grande qu'à l'ordinaire, ou encore parce qu'il y a une panique comme en 1848 et que tous les moyens de crédit sont suspendus; mais c'est là un cas tout exceptionnel, qui dure peu généralement et qui n'a rien à faire avec les lois économiques. Si l'encaisse diminue parce que nous avons le change contre nous et que nous ne pouvons plus payer au dehors avec nos produits, soit parce que ces produits sont devenus trop chers par le renchérissement du capital ou de la main-d'œuvre , soit par toute autre raison, parce que nous avons à répondre à des engagements pris vis-à-vis d'entreprises ou d'emprunts étrangers, engagements qui dépassent ce que peut acquitter régulièrement l'échange
de nos produits, — dans ce cas, quoi qu'on en dise, il faut absolument empêcher la trop grande sortie du numéraire; la cherté qu'il acquiert prouve qu'on en a besoin , et on ne l'empêchera qu'en laissant à la cherté son libre cours.
11 en est de même, si la diminution du numéraire a lieu pour cause de plus de besoins à l'intérieur, comme ceux cjui se produisent, par exemple, lorsque les salaires s'élèvent ou que les denrées agricoles sont plus chères , qu'il y a plus d'argent à répandre dans la campagne. Dans ce cas-là encore, il faut augmenter le stock métallique et en faire venir du dehors. L'argent se gouverne par les mêmes lois que toutes les autres marchandises, il va où on le paye le plus cher. Si dans ces moments la Banque de France n'élevait pas le taux de son escompte, non-seulement elle ne verrait pas le numéraire revenir, mais elle serait bien vite dépouillée de tout ce qui lui en reste. Elle agirait comme un négociant qui offrirait ses marchandises au-dessous du cours ; il serait bien vite obligé de fermer boutique, et il n'aurait rien changé à la situation. Comme il ne faut pas que la Banque de France puisse fermer boutique, autrement dit qu'elle suspende ses opérations, ce qui
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serait une calamité publique, elle n'a qu'un moyen de conserver ses ressources, c'est de les faire payer assez cher pour en diminuer la demande.
Mais, dira-t-on, si on est obligé d'exporter du numéraire pour acheter des céréales ou toute autre denrée de première nécessité, il faudra bien qu'on continue à se procurer ces denrées, car on ne peut s'en passer, et l'élévation du taux de l'escompte n'aura pour résultat que de les faire payer un peu plus cher. 11 est vrai, il faudra toujours se procurer ces denrées; mais, si on élève suffisamment létaux de l'escompte, on pourra se les procurer en exportant moins d'argent. Les négociants qui auront des crédits au dehors, au lieu de se faire adresser des retours en marchandises, se les feront adresser en numéraire, s'ils y trouvent plus de profit. — De même pour les étrangers. — Aujourd'hui, avec la facilité des communications et la solidarité qui existe entre tous les marchés, le capital, autrement dit le numéraire, au moins celui qui est dans la main des banquiers, est un peu cosmopolite, il se porte là où on le paye le plus cher, et s'il est plus cher chez nous qu'ailleurs, on nous l'enverra tant que nous en aurons besoin ; ce qui faisait dire à lord Overstone et à d'autres fman-
ciers éminents, dans l'enquête de 1857^ qu'avec :200 millions d'exportation au plus de numéraire, on pouvait faire venir pour un milliard de céréales ou de coton, à la condition d'élever suffisamment le taux de l'escompte.
L'élévation du taux de l'escompte est fâcheuse, je le reconnais ; elle amène des baisses sur tous les produits , elle provoque des liquidations ; mais à qui la faute? Lorsqu'on est engagé au delà de ses ressources, qu'il n'y a plus de capitaux pour soutenir toutes les entreprises, le mieux , c'est de soi'tir de cette situation au plus vite et de ramener l'équilibre entre les ressources et les besoins. La baisse sur les produits qui résultent de l'élévation du taux de l'escompte nous rouvre les marchés étrangers ; nous y écoulons nos marchandises contre la chose dont nous avons le plus besoin, c'est-à-dire l'argent, et le change se rétablit à notre profit.
On s'étonne quelquefois de voir, à trois ou quatre mois de date, l'abondance du numéraire succéder à la disette dans les caisses de la Banque et l'escompte diminuer de moitié, de 7 à o 1/2 pour 100 j c'est un fait qui s'est produit cette année même. L'encaisse, qui, au mois de novembre
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I86/1., était descendu à 182 millions, était remonté à plus de 500 millions il y a quelques mois, et l'escompte, à 7 pour 100 à la fin de l'année dernière, a été à 3 pour 100 pendant la plus grande partie de l'année actuelle. On est tout près de croire alors que la tension qu'on avait subie était artificielle, puisqu'il a fallu si peu de temps pour lamener les choses à leur état normal. Cela prou\e tout simplement que le moyen employé a eu l'efficacité qu'on attendait, que l'élévation du taux de l'escompte a amené la liquidation qui était nécessaire, et, à l'aide de cette liquidation , beaucoup de capitaux mal engagés sont redevenus disponibles. D'ailleurs, il ne faut pas se faire d'illusion, cette élévation du taux de l'escompte, si préjudiciable pour les alfaires mal engagées, puisqu'elle a pour résultat de les obliger à une liquidation, n'a pas une importance extrême pour le commerce sérieux, pour les alTaires qui répondent à des besoins réels. Il s'agit presque toujours d'une mesure temporaire. Supposons, par exemple, que, pour un billet de commerce de 1,000 francs à l'échéance ordinaire de quatre-vingt-dix jours on applique le taux de l'escompte à 7 pour 100 au lieu de h pour 100 : la prime à payer sera de
17 fi'. 50 c. au lieu de 10 fr. C'est beaucoup assurément, mais est-ce assez pour empêcher une affaire sérieuse de s'engager? Est-ce assez pour empêcher des acquisitions de céréales ou de coton , et de toute denrée qui répond à des besoins de première nécessité? Evidemment non, et quand nous parlons d'une échéance de quatre-vingt-dix jours, il s'agit là de l'échéance commerciale la plus longue. Les billets qui se présentent à l'escompte à la Banque de France n'ont pas tant de délai à courir; ils n'ont guère, en moyenne, que quarantecinq jours : par conséquent la différence à payer sera de 8 fr. 75 c. au lieu de 5 francs. Aussi n'est-ce pas le commerce sérieux qui se plaint. Ceux qui se plaignent, ce sont les spéculateurs pour lesquels toute aggravation du taux de l'escompte est un échec porté à leurs spéculations. Quand quelques commerçants unissent leurs voix à ces plaintes, comme cela s'est fait à la fin de l'année dernière, c'est qu'ils y sont poussés par les suggestions de ces mêmes spéculateurs et qu'on les trompe sur leur véritable intérêt. Leur intérêt, ce n'est point de payer un peu moins cher à certains moments l'argent dont ils ont besoin , mais d'en trouver toujours, et de ne pas le voir détour-
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ncr au profit de spéculations douteuses , d'entreprises étraugères ; or le seul moyen à employer pour cela , c'est l'élévation du taux de rescom|)te. L'enquête demande c( quel est le moyen (|ui présente le moins d'inconvénients pour le commerce. de l'élévation du taux de rescomjite, du refus d'un certain nombre de bordereaux, ou de la gradation du taux de l'intéi'êt selon les échéances? » Je n'hésite pas, quant à moi, à me prononcer pour l'élévation du taux de l'escompte. Le refus d'un certain nombre de bordereaux est toujours un acte arbitraire, qui peut ne ])as agir dans le sens qu'un voudrait; on peut se tromper sur l'origine et la destination des valeurs qui sont présentées à l'escompte. Puis le refus agit d'une façon beaucoup plus dui'c, beaucoup plus brutale sur ceux qu'il atteint que l'élévation du taux de l'escompte; il ruine le crédit du jour au lendemain , tandis (ju'avec l'élévation du taux de l'escompte on a le temps de se liquider, et on })eut éviter un désastre. Enfin , et c'est la plus grave considération , le refus de bordereaux ne corrige pas le change aussi efficacement que l'élévation du taux de l'escompte; il peut bien, s'il est habilement j)rati([ué, empêcher l'exportation de quel-
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qiies métaux précieux . et encore n'est-ce pas une œuvre facile que de déjouer toutes les combinaisons de la spéculation lorsque son intérêt est en jeu; mais il ne s'agit pas seulement d'empêcher les métaux précieux de s'en aller, il faut encore en faire venir, et à cet effet rien ne vaut l'élévation du taux de l'escompte. D'ailleurs rien n'empêche de joindre le refus des bordereaux à l'élévation du taux de l'escompte; les deux moyens, employés ensemble . auront même plus d'efficacité : ils remédieront plus vite à l'embarras de la situation. 'Quant à la gradation du taux de l'intérêt selon l'échéance, c'est aussi une bonne mesure qui se prati- •(|ue d'ailleurs généralement et qui ne peut avoir que d'excellents effets. Celui c|ui présente à l'escompte un billet à longue échéance fait courir plus de risque au capital qu'il emploie que celui dont l'effet est à bref délai , et il engage ce capital pour un temps plus long; il est donc juste qu'il paye un peu plus cher.
Reste maintenant à examiner s'il est possible de prévenir les variations du taux de l'escompte ou de les renfermer dans de certaines limites. Vouloir prévenir d'une façon absolue les variations du taux de l'escompte, c'est caresser une chimère;
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on ne peut pas plus empêcher les variations du prix de l'argent que celles du prix de toute autre marchandise. Ce prix dépend toujours du rapport de l'offre à la demande, et, comme on ne peut pas répondre qu'à certains moments l'argent ne sera pas plus demandé qu'otrert ou plus offert que demandé, on ne peut pas répondre davantage qu'il ne variera point de prix. Nous voyons à chaque instant autour de nous varier le prix des marchandises les plus importantes. Tantôt c'est celui des céréales parce que la récolte a manqué, tantôt celui de la soie, tantôt celui du coton, et nous ne nous en étonnons pas, bien que nous ayons aujourd'hui, pour conjurer ces variations, des moyens que nous n'avions pas autrefois, la liberté commerciale, par exemple, et la facilité des transports. Malgré cela, nous n'évitons pas les variations de prix, parce qu'elles sont dans la force des choses et qu'il y a toujours des moments où, pour une raison ou poin* une autre, l'offre n'est pas en rapport avec la demande, à fortiori pour l'argent. Avec la solidarité qui existe aujourd'hui entre les principaux marchés, quand l'argent est cher quelque part, il est cher à peu près partout, et de ])lus, malgré sa mobilité apparente, l'argent est
peut-être la marchandise qui se déplace le moins aisément, surtout celui qui n'est pas dans la main des banquiers et qui reste dans celle des particuliers. Celui-là aime à connaître les gens auxquels il se prête, les affaires dans lesquelles il s'engage, et il préférera toujours rester dans son propre pays avec un intérêt moindre que d'aller au dehors pour un intérêt plus élevé. C'est ce qui explique comment, en temps normal, l'intérêt peilt être à 3 et h pour 100 en Angleterre, à 2 1/2 pour 100 en Hollande, à 6 et 7 pour 100 en Italie, à 10 en Espagne et 12 pour 100 en Amérique, sans que le capital des deux premiers pays se déverse dans les autres. On arrivera peut-être un jour, avec plus de facilité dans les rapports, à atténuer ce qu'il y a d'excessif dans les différences d'intérêt suivant les pays, sans pourtant que le nivellement soit jamais complet. Comme il y aura toujours de plus grands risques à courir dans un pays que dans l'autre, cette différence dans le risque, à part toute autre considération, fera la différence dans l'intérêt.
Mais arrivât-on à un nivellement complet, aune solidarité absolue entre tous les établissements de crédit, ce qui nous paraît une chimère, qu'on n'y trouverait pas les moyens de prévenir les varia-
liG L'K.Nou iVn;
lions de l'escompte; il laudrciit encore empècliei' la demande de dépasser jamais l'olTre. IMiis On établirait de facilités pour le crédit, plus on multiplierait l'emploi du capital, et plus par cela même on le rendrait cher. C'est l'elïet que nous avons ])u constater depuis quelques années, à mesure que les établissements de crédit se sont multi|)Iiés. lis ont eu beau metire plus de capitaux à la dis|)osition du commerce : comme ils en ont })rovoqué rem|)loi sur une échelle plus considérable encore, ils ont contribua' à faire augmenter le taux do l'intérêt plut(')t (ju";i le modi'rer. 11 n'y a qu'un soûl moyen pour renfermer les variations de rescomj)le dans de certaines limites, c'est la prudence. C'est aux établissements qui ont pour mission spéciale de distribuer le crédit, de ne jamais s'engager au delà de leurs forces, de ne jamais perdre de vue, dans les moments oii le capital est abondant, (lu'ini jtur il pDiu'ra (Mre cher, et (ju'il le sera d'autant phis que dans les jours d'abondance ils se seront laissés aller à le j)rètcr à des conditions trop peu élevées. Il y a en lùu'ope une l)an({ue [)rivilégiée dont les vai'ialions du taux de l'intérêt sont trrs-modérées, c'est la Banque de Hollande : cela tient à ce (}ue dans l(;s moments où rargenl est
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abondant, elle n'abaisse pas le taux de l'intérêt autant qu'elle pourrait le faire ; elle ne prête guère au-dessous de li pour 100. On se passe d'elle quand l'argent est au-dessous de ce cours, et quand il est au-dessus, elle ne prête que jusqu'à concurrence d'un certain capital. A ces conditions, elle peut maintenir le taux de son escompte presque invariable; mais ce ne peut pas être là le fait de banques comme la Banque d'Angleterre et comme la Banque de France. La Banque de Hollande n'est qu'un accessoire dans un pays admirablement pourvu d'autres établissements de crédit j le crédit ne manque pas le jour où la banque privilégiée n'escompte plus. En Angleterre et en France surtout, le jour où les établissements privilégiés refuseraient d'escompter, il n'y aurait plus de crédit nulle part.
On a souvent argué contre les variations actuelles du taux de l'escompte que, pendant longtemps, ce taux s'était tenu à un chilfre presque invariable, à ù pour 100 en France, et on se demande pourquoi il n'en est plus de même. La réponse est bien simple, et je l'ai déjà faite plus d'une fois. C'est qu'à l'époque dont on parle les affaires étaient loin d'être ce qu'elles sont aujourd'hui. Files ont ((uadruplé. quintuplé depuis; il a bien fallu re-