‹ L'énigme allemandeChapitre 19 sur 106 · BI · texte numérisé non relu

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amitié loyalement et solidement établie avec l’AIlemagne? Ah! monsieur, que de belles choses on

pourrait faire ensemble!

— Où serait la garantie de l’indépendance fran-

Çaise ?

— Et pourquoi l'Allemagne marchanderait-elle à la France la grande place qui, dans une telle combinaison, naturellement, lui appartiendrait? N’aurait-elle pas le plus grand intérêt à se ménager les dispositions amicales de son alliée, et à la voir, une fois délivrée, sur ses frontières, de tout souci, développer ses forces maritimes? L'Empire, je vous le répète, ne convoite rien de la République, non, rien, pas la moindre parcelle de son territoire, en Europe ni ailleurs. Il ne veut rien que la certitude qu’elle cesse d’être le centre et l'espoir de toutes les tentatives formées contre lui. Rien de plus, rien de moins. Et n’apercevez-vous pas ce qu’une telle alliance donnerait à la France? Non de l'illusion et du vent, mais une sûre réalité; tandis que si elle escompte, pour de secrètes espérances, pour des réparations historiques, ses amitiés d’aujourd’hui, j’ai bien peur pour elle qu'elle ne soit déçue... Mais ici je glisse, n'ayant pas le droit d'appuyer.

«Je me demande, en tout cas, s’il est possible que la situation actuelle, je veux dire la petite guerre de coups d’épingle, l’accroissement des

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armements, l'inquiétude, se prolongent impunément longtemps encore. Il faudra bien que tout cela se résolve. Mais comment? Par le choc décisif ou par des arrangements amiables?..

M. Harden se recueillit un instant :

— Le choc? La guerre? Et cette guerre, qui certainement ne laisserait pas seuls, face à face, nos deux peuples, que serait-elle? Comment nourrir, ravitailler ces immenses armées que j’entrevois? Comment continuer le travail qui fait vivre les nations, le travail des usines vidées dans les régiments? Et lequel de nous, en manière de consolation, pourra du moins se dire : « Si nous affrontons tant de maux épouvantables, c’est qu’il faut en finir »?.. En finir! Illusion et mensonge! Car cette guerre même, loin d’être une liquidation, ne serait qu'un recommencement, et, les canons redevenus silencieux, on verrait le vaincu, quel qu'il soit, méditer sa revanche! Et pourquoi? Pour sa propre gloire, pour sa vie? Non pas; mais pour le délice et le profit du « tertius gaudens », de l'Américain d’abord, du Jaune plus tard. Et nous assisterions alors à la faillite, à l’abdication définitive de la vieille Europe.

« S1 c’est la dure nécessité, soit. Le destin ne nous verra pas blémir, Français ni Allemands. Est-ce donc l’inévitable? On peut imaginer de nouveaux systèmes d’alliances : une entente anglo-

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