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allemande, conférant l’hégémonie à l'esprit germanique dans ses deux courants, anglo-saxon et allemand; une entente franco-allemande, plus durable peut-être : l’une ou l’autre assurant la paix et l'empire. À une telle entente, je veux dire la seconde, nulle voix allemande ne refusera son approbation. Aucun doute, dans notre pays, n’effleure les hautes vertus, guerrières et civiques, d’un peuple que, pour une fois, la fortune abandonna. Ce qu’elle fut en ses heures les plus glorieuses, la France le redeviendrait, et son libre développement se poursuivrait sans entrave, sans que, du côté de l'Est, rien d'autre lui vînt qu'une collaboration amicale. Le prix? L’oubli, le ferme propos de ne plus s’associer désormais à ceux qui poursuivent l’Allemagne de leurs pensées hostiles et qui, dans une erreur pour eux funeste, la jugent plus pauvre, plus faible, moins résolue qu'elle n’est en réalité... Vraiment est-ce acheter à trop haut prix la sécurité, la paix, l’avenir? L'heure est peut-être décisive. Réfléchissons. Mais pas trop longtemps... »
« Pas trop longtemps » ...Sur ce mot, j avais quitté M. Maximilien Harden. Revenant de Grunewald, je revoyais sa tête fine et lourde qui se penche, son geste incertain, J écoutais sa voix molle, je classais dans ma mémoire tant de pen-
sées substantielles, jetées avec nonchalance, mais que l’on sentait si fortement méditées et commandées par une volonté si âpre... « Pas trop longtemps! »... Ce mot s’attardait dans mon souvenir, s’imposait à moi, dominait tout en moi... « Pas trop longtemps! » … De retour à l’hôtel, j’écrivis à M. Harden : « Acceptez, lui dis-je, que je prolonge un instant notre entretien. Vos deux mains sont croisées sur vos genoux, vous baissez les yeux, vous venez de me dire : « Pas trop longtemps. » Alors je me penche vers vous, je pose les coudes sur la table qui nous sépare, et je vous demande : « Pourquoi? ….. »
Le lendemain, je recevais un billet écrit d’une écriture minuscule et serrée, où les lettres semblent jouer à qui tiendra le moins de place, et j'y lus :
« Pourquoi « pas trop longtemps »?
« Pour nous garder du mot le plus triste, le plus lamentable dans l’histoire des nations, du mot fatal : « Trop tard! »
J'avais vu la griffe du fauve.
Continuité de l’effort militaire. — Lois en 1911, 1912. — Cinquante mille hommes de plus. — L’inépuisable réservoir. — Comptes fallacieux. — Les budgets militaires depuis 1900, — On se hâte. — Encore une loi en 1913. — Les suites de la guerre d'Orient. — La paix par l’effroi. — Paroles au Reïichstag. — Politique intérieure. — M. de Tirpitz. — Pourquoi?
Tous les personnages que j'interrogeais s’accordaient à atténuer le sens de la loi militaire, celle de 1912, et l’un des plus fameux pour son intransigeance allait jusqu’à me dire : « La loi du 14 juin? Ce n’est pas une question militaire, c’est une question d'argent! »
Cependant, lorsque le Reichstag, le 10 mai, la votait, tous ces députés, habituellement réservés, saluaient d’acclamations répétées le résultat du scrutin. Exceptons-en les socialistes, les Alsaciens- Lorrains et les Polonais, qui l’avaient combattue. Mais ces libéraux, qui plus tard se révélaient à nous comme les orateurs généreux de l’apaisement, et qui nous parlaient de la diminution des
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effectifs, négligeaient, ce jour-là, le verbalisme des conversations d'après-midi et ne faisaient point de façons pour se joindre aux réalistes apôtres de la force.
Or, il faut le dire sans cesse, la loi qu'ils venaient de voter représente, dans l’ordre militaire, un eflort {el que l'Allemagne n’en avait pas tenté de pareil depuis 1871 (1). Son importance s'accroît en outre de ce fait qu’elle apparaissait moins d’un an après la loi de 1911, qui semblait marquer le point où le gouvernement et l'état-major avaient décidé de se fixer pour longtemps : dans l'intervalle, il y avait eu Agadir, le discours de Lloyd George, une laborieuse négociation, le traité du 4 novembre. Examinons-la donc, et tâchons de mesurer quel énorme supplément de
(4) Ce chapitre était écrit avant que l’on püt entrevoir le nouvel et colossal effort militaire que l'Allemagne allait faire en 1913. Je n'ai cru devoir cependant ni le supprimer, ni rien y Changer. S'il eût été possible, jy eusse au contraire ajouté quelques renseignements sur la loi de 1913; mais, au moment où je corrige mes épreuves, elle est encore ignorée dans ses détails.
D'ailleurs, il n'importe. Plus on montrera que la loi de 1912 exprimait un effort déjà considérable, plus on établira le caractère excessif de la loi de 1913, qui la laisse en arrière de si loin. Au surplus, cette enquête se soucie moins de documents statistiques que de documents moraux, et. à cet égard, les considérations qu’on lira plus loin et dans le chapitre suivant gardent toute leur force. Quel que soit l'esprit que l’on apporte à les lire, elles ne sont aucunement atteintes par des mesures militaires, dont la raison essentielle — on le reconnaîtra bientôt — est dans la rupture d'équilibre qui vient de se produire à l’orient de l’Europe.
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