FH £ \ > 1 EE
: 4 PHE À ; :
ni :
LPO A Ho . À ( 4 è Ü Ni © : :
11< Le 4 . :
1 EC | : # UE à; :
{F LI 1 MREYE Li 5 4 d } 1?
: s! br 4:
k nl 4 1 } L LA :
t | Û | | BEL 1 ï et! | La : 4 Le he :
ni :
Î DRE + ! | Hé |
. — " ; A ON 520 S 2 on ME 6 OL GT store cm , PE eh
“— e à pape - "- 7 € “2 ve 24 44 "0 Â- L£ a | Fa ste ant he + + She PT ss
« Le royaume avait pour régent celui qui, l’année suivante, allait devenir son roi : Guillaume. Ce fut un très grand souverain militaire. Il laissait volontiers à ses ministres le soin de la politique intérieure et même celui de la politique étrangère; mais tous les instants de sa vie, toutes ses pensées, toutes ses tendresses, il les rapportait à son armée. Il ne se passait point de jour qu'il ne consacrât plusieurs heures aux travaux qui la concernaient, et, s’il montait à cheval, c'était pour une revue, une inspection, pour surprendre un régiment, visiter une caserne. Bref, ce zèle militaire fut tel, que Moltke, plus d’une fois, sans aller jusqu’à s’en plaindre, exprima le regret qu'il fût si exclusif. C’est tout dire.
« En quarante-cinq ans, la Prusse avait presque doublé sa population : elle comptait 18 millions d'habitants et ordonnait un budget de 480 millions de francs. Elle avait, durant ce temps, mollement appliqué la prescription du service obligatoire, tout comme elle fait aujourd’hui, et, en dépit de l'accroissement de la population, ses contingents annuels restaient à peu près au même chiffre qu'en 1814. Derechef, elle promulgue le service obli-
gatoire et universel — sans dérogations ni exceptions, — se tient au service actif de trois
ans, réorganise la landwehr et se constitue une armée active de 630 000 soldats, à laquelle 1l faut
è t LE —————————— Lo ne
LES IDÉES D'UN MAJOR 275 ajouter environ 200 000 hommes de la landwehr. « À une telle armée, il suffit d’une bataille pour en finir, en 1866, avec l'Autriche; mais la campagne d'Autriche, aux yeux du roi, de Moltke, de toute la Prusse enfin, n’est qu’une manière d’épreuve pour l'instrument qu'ils se sont fait, et, la guerre finie, la Prusse ne se contente pas, installée dans sa victoire, d'organiser la jeune Confédération de l'Allemagne du Nord, qu’elle vient de jeter dans la vie européenne; elle travaille encore, elle travaille sans répit à corriger, à parfaire, à limer et polir l’arme puissante qui, depuis cinquante ans, n'a cessé de devenir plus robuste. En 1867, nouvelle loi; en 1868, nouvelle réOTganisation de la landwehr. Bref, à la veille de la srande guerre, la petite Prusse de Frédéric, si misérable avec ses quatre millions d'habitants, était à la tête d’une vaste fédération de trente millions d’âmes, et son roi commandait à un million de soldats. »
J'avais écouté le commandant sans l’interrompre, me bornant à faire préciser les chiffres. Il s'arrêta un moment. Puis il reprit :
— Je me fais l’effet d’un pédant d'histoire, et je vous prie de m'en excuser. Mais j'avais besoin de vous montrer que cette activité militaire, qui paraît aujourd'hui vous surprendre, et à laquelle
vous n'êtes pas loin d'attribuer des intentions sournoises, est, en réalité, en ce pays, la tradition la plus ancienne, la plus impérieuse, la moins discutée. Nous perfectionnons sans cesse notre armée sans avoir besoin d’y être poussés par un dessein précis, mais parce que c'est pour nous l'occupation nationale la plus naturelle, la plus grave, et qui nous semble la plus pressante, et parce qu'il n’est pas un Allemand en qui l'habitude, l'éducation. l’obscure mémoire de terribles revers n'aient inscrit ce principe, absolu comme un axiome, que le premier devoir de la patrie allemande est d'être, en tout temps, aussi forte qu'elle peut l'être. Je me plais à croire que vous comprenez mieux maintenant les raisons du culte de l'Allemagne pour son armée.
« Nous sommes une nation militaire, et je vous ai dit qu'après l'avoir été par nécessité, nous le sommes devenus par goût. Pourquoi? Parce que l'éducation militaire est pour nous le complément logique de l'éducation civique. Parce que l’armée est certainement le milieu où se développent le plus complètement les caractères de notre peuple, son besoin d'ordre, de discipline et de subordination, son goût du travail, son énergie lente, sa faculté de se plier à la monotonie, et parce qu'elle est ainsi comme un miroir où la nation, à tout instant, se retrouve telle qu'elle aime à se voir.
TR
mm + 2 ne —
Parce que ses plus grandes joies patriotiques, c’est à son armée que le peuple allemand les doit; parce que, mal construit pour plaire, n'étant pas aimable et le sachant, il n'a jamais dû ses succès qu’à la force, et que l'armée est à ses yeux le monument constamment présent et vivant de la force allemande.
« Nous sommes une nation militaire, parce que nous sommes un peuple d'esprit militaire. Vous parlez à votre aise, vous autres Français, de ce que vous appelez, je crois, d’un mot comique, notre « tempérament moutonnier ». Vous êtes, vous, d'admirables individualistes, les plus complets et les plus purs que le monde moderne ait connus; c’est votre individualisme qui a fait votre civilisation, lui qui a conduit l’Europe, alors que se cherchaient encore les grandes forces nationales qui déterminent aujourd'hui le mouvement de ses artères. Vous avez de l'imagination et de l’enthousiasme, vous savez vouloir, vous accomplissez, à la minute qu'il faut, l'acte qui n’a pas été annoncé, mais qui, dès qu'il est, appelle d’autres actes; enfin vous osez, et, parce que vous osez, vous croyez en vous. À cette âme individualiste, l'Allemand oppose, lourdement, son âme collective. Quand vous croyez quil pense, 1l mesure et calcule; quand vous espérez qu'il va agir, ilsuppute les raisons et regarde autour de soi. Pour marcher de
l'avant. il lui faut, contre les siens, sentir des coudes; son point d'appui n’est pas en lui-même, mais dans la communauté; la force qui le porte, ce n’est pas la foi en soi, mais une confiance placide dans la solidarité de l'effort; et l'énergie qui, chez vous, est le rayonnement de l'être, n’est, chez lui, qu'un effet de masse. Il faut sans cesse le former, le dresser, le chapitrer, le pousser, l’entraîner. C'est un instrument sans pareil, mais c'est un instrument. Est-ce là l’image d’un citoyen? C’est l’image d’un soldat. Nous sommes un peuple de soldats.
« Nous sommes militaires, oui, mais nous ne sommes pas guerriers, et voilà justement ce que les Français ont tant de peine à comprendre. Nous excellons dans l’organisation de la discipline, dans la pratique du métier de la guerre; nous y excellons si bien qu'il n'est pas une armée qui n'ait
sans que vous vous en doutiez probablement, c’est à notre vocabulaire que vous avez emprunté cer-
| | | | | | profité de nos expériences, et que, par éxemple, tains de vos mots techniques, tels que « feu de
salve », « feu rapide », « mobilisation (1) ». Mais
(1) Si mon interlocuteur avait une connaissance plus profonde de la philologie, il saurait qu’un très grand nombre de termes militaires de notre langue ont une origine germanique. Les uns, amenés en Gaule, du troisième au dixième siècle, soit par les barbares enrôlés dans les armées romaines, soit par les conquérants francs, goths et burgondes, ont pris une apparence latine, et, à travers le latin, se sont peu